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EAN : 9782020444613
217 pages
Éditeur : Seuil (10/10/2001)

Note moyenne : 4/5 (sur 94 notes)
Résumé :
Longtemps après la fin de la civilisation, de très vieilles femmes jugent leur petit-fils: elles l'ont autrefois créé avec des chiffons et des formules magiques, et il les a trahies. Autour d'elles, le monde humain va bientôt disparaître. Dans des yourtes ou des immeubles délabrés, les dernières voix se font entendre.

Musiciens, écrivains, vagabonds et chamanes sont les acteurs hallucinés de cette décomposition. Même quand ils ont perdu espoir, ils co... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  06 août 2013
Le monde est en lambeaux. Grande révolution, catastrophe nucléaire, univers concentrationnaire, charniers, dévastation, l'espèce humaine s'approche de l'extinction. Les humains ne sont plus que des particules raréfiées et «Des anges mineurs» est un livre créé à l'image de ce monde.
Quarante neuf histoires – des narrats -, les chapitres de ce livre, sortent de la bouche d'un homme, qui lui aussi se délite. Dans l'hospice de vieillards d'une contrée reculée, cet homme, Will Scheidmann, fut enfanté à partir de chiffons et de pratiques chamaniques par des vieilles femmes immortelles. Poursuivant une lutte révolutionnaire contre le capitalisme destructeur, ces idéalistes éternelles lui ont assigné la tâche de sauver la société égalitariste et de rassembler ce qui reste des hommes.
Hélas, cet envoyé magique, leur petit-fils à toutes, a trahi la lutte et rétabli une société marchande et mafieuse. Jugé et condamné par ces vieillardes redevenues primitives, et attendant la fin, il leur raconte des histoires, une seule histoire par jour, un assemblage étrange où les personnages se croisent et se recroisent, des histoires incroyablement dures et incroyablement belles.
«Après un moment elle reprit, montrant l'intérieur de son crâne, Ici reposent les livres qu'Artiom Vessioly n'a pas pu terminer et ceux qu'il n'a pas pu écrire, ici reposent les manuscrits qui lui ont été confisqués, ici reposent la chemise déchirée d'Artiom Vessioly et son pantalon taché de sang, ici repose la violence qui ne faisait pas peur à Vessioly, ici reposent les passions de Vessioly, ici reposent la première nuit en face des interrogateurs, la première nuit au milieu des hommes entassés, la première nuit dans un cachot où avaient coulé, sans exception, tous les liquides que contient le corps des humains, la première nuit en présence d'un communiste dont on avait cassé toutes les dents sans exception, ici reposent la première nuit de transfert en train et ensuite toutes les nuits dans un wagon glacial, les nuits de somnolence à côté des cadavres, et la première nuit en contact avec la folie, et la première nuit de véritable solitude, la première nuit où les promesses étaient enfin tenues, la première nuit dans la terre.»
Les vieillardes tricentenaires tiennent Will Scheidmann en joue pendant plusieurs années, discutant, méditant pour savoir si elles doivent l'exécuter ou pas ; après des décennies d'entrainement, un homme est envoyé en mission pendant trente secondes dans le monde pour juger de son état. le temps s'alourdit, s'allonge avec Volodine, et une lecture lente s'impose pour s'imprégner de ces histoires oniriques qui disent l'échec de l'humanité et l'horreur du réel.
Et tandis que Will Scheidmann raconte, les vieillardes de plus en plus séniles détachent des lambeaux de ce héros épuisé pour tenter de retenir un morceau de leur mémoire et de leur humanité elle aussi en bout de course.
«Certains spectacles m'affligent encore. D'autres, non. Certaines morts. D'autres non. J'ai l'air d'être au bord du sanglot, mais rien ne vient.
Il faut que j'aille chez le régleur de larmes.»
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cicou45
  21 août 2011
En fait, ce livre mériterait bien plus d'étiquettes que la seule de roman puisqu'il est beaucoup de choses à la fois. Composé de 49 "narrats", selon l'expression employée par l'auteur ou disons plutôt de fragments issues de points de vue différents, je me suis sentie un peu déroutée en entamant la lecture de ce livre, mais plus j'avançais dans l'histoire, plus j'ai compris que ces différents "narrats" avaient un point commun du nom de Will Scheidmann, un homme qui se retrouve attaché à un poteau d'exécution au beau milieu d'un champ près à se faire lapider pas des dizaines de vieille femmes, ces mêmes vielles femmes qui l'ont mis au monde des années plus tôt, l'ont élevé pour être "le vengeur", celui qui rétablirait un monde juste qui vaille la peine qu'on se batte pou lui.
On retrouve dans ce livre des personnages tout aussi étranges les uns que les autres mais qui se ressemblent bien plus qu'on ne le croient puisqu'ils luttent tous pour une même cause.
Ces courts fragments ainsi que la superbe écriture de l'auteur rendent le livre très agréable à lire. Vision post-apocalyptique pourrait-on dire et futuriste mais néanmoins bien plus réaliste que l'on ne voudrait bien le croire. A découvrir !
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crochette
  07 mai 2016
Enorme et unique, la capacité de Volodine à créer un univers qui ne ressemble à rien d'autre, où se mêle monde post apocalypse, épopée poétique de la nature sauvage et humour noir idéologique. Rien que les noms des personnages et chapitres sont un délice d'imagination: Rita Arsenal ou Robby Milioutine. que dire des grands mères qui ont des "visages édentés jusqu'aux clavicules"... le foisonnement de l'imaginaire, la maîtrise de la construction et l'affleurement d'une nostalgie de l'expérience égalitaire même ratée, c'est grandiose.
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stcyr04
  23 octobre 2019
La Terre a été décapée, stérilisée. Elle est couverte de cendre, présente l'aspect de la planète Mars. Elle est la résultante ultime du capitalisme finissant, où bien est ce une révolution planétaire qui a tout rasé dans une vaste déflagration? En tout cas la société est en pleine déliquescence. Des femmes pluriséculaires ont engendré un homme à partir de textiles obsolètes. Mais Will Scheidmann a trahit en réintroduisant les germes du capitalisme. La peine capitale est proclamé mais l'exécution tarde tant par la maladresse de ces vieilles dames que par l'action du condamné.
Le texte est composé de quarante-neuf instantanés romanesques ou séquences poétiques. Chaque narrat porte le nom d'un personnage traité incidemment dans la cellule narrative et qui n'est en général pas le narrateur. Celui ci est principalement omniscient , parfois il y a aussi un je. Il y a une interrogation autour du narrateur. Il est dit que Will Scheidmann compose des narrats au profit de ses mères, à raison d'un narrat par jour. Ne prolonge-t-il pas ainsi sa vie de narrat en narrat et retarde d'autant son exécution telle une Shéhérazade post apocalyptique? Chaque personnage traité dans une cellule narrative est récurent dans plusieurs autres, l'auteur nous obligeant sans cesse à revenir en arrière et à établir le lien et la continuité du texte. Ce qui frappe enfin c'est l'accroche immédiate des séquences narratives, la plupart des débuts de chapitre fournirait un excellent incipit pour une nouvelle ou un roman. Cette dystopie est singulière, elle est sujette à plusieurs interprétations, elle interpelle, on est réduit à des conjectures, c'est là son mérite.
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Celine_72
  01 mars 2012
Le terme les narrats inventé par Antoine Volondine désigne des textes de quelques pages et mis bout à bout, ils forment un tableau de la fin du XXème siècle : barbarie, guerre, génocides, individualisme...Il y est question aussi de capitalisme dont l'auteur en fait l'ennemi direct de la population, alors que ce système n'est plus en place.
Au niveau du décor, on est dans l'univers post-exotique avec ses campements et ses geôles, à savoir aussi que la consonance des noms des protagonistes sonnent russe et parfois asiatiques. de plus, quand ce ne sont pas aussi des personnages qui prennent la parole, ce sont des animaux.
Maintenant, je vais vous donner mon ressenti car ce serait dommage de vous en dévoiler davantage sur les narrats, à vous de le découvrir par vous-même si vous le souhaitez.
Donc, au début du livre j'étais un peu déroutée vu que je n'arrivai pas trop à me situer, mais au fil des récits cela a été nettement mieux et alors les pages se sont enchaînées. Il faut dire aussi que l'auteur possède une écriture assez remarquable : il manie très bien abomination et poésie.
Pour conclure, j'ai passé un bon moment de lecture mais malgré tout, je ne sais pas s'il va me marquer longtemps.
Lien : http://univers-des-livres.ov..
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   11 novembre 2009
Les humains étaient à présent des particules raréfiées qui ne se heurtaient guère. Ils tâtonnaient sans conviction dans leur crépuscule, incapables de faire le tri entre leur propre malheur individuel et le naufrage de la collectivité, comme moi ne voyant plus la différence entre réel et imaginaire, confondant les maux dus aux séquelles de l'antique système capitaliste et les dérives causées par le non-fonctionnement du système non capitaliste
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Alice_Alice_   28 décembre 2016
Le temps s'était réchauffé, pourtant les vieillardes restaient emmitouflées dans leurs peaux de mouton. Elles étaient assises en tailleur, la carabine posée sur les genoux, et elles fumaient, muettes, comme exclusivement occupées à savourer le parfum des herbes et des champignons dont elles avaient bourré leurs pipes. Les pans crasseux de leurs manteaux exhibaient des broderies baroques, et pareillement le cuir de leurs mains et même celui de leurs joues, car elles n'avaient pas perdu encore toute notion de coquetterie, et certaines ici ou là étaient maquillées au point de chaînette.
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OooookOooook   03 mai 2020
Varvalia Lodenko posa son fusil, prit une large inspiration, et dit: -Décervelés! Ecervelées! Devant nous s'étend la terre des auvres, dont les richesses appartiennent exclusivement aux riches, une planète de terre écorchée, de forets saignées à cendre, une planète d'ordures, des océans que seuls les riches traversent, des déserts pollués par les jouets et les erreurs des riches, nous avons devant nous les villes dont les multinationales mafieuses possèdent les clés, les cirques dont les riches controlent les pitres, les télévisions cponçues pour leur distraction et notre assoupissement, nous avons devant nous leurs grands hommes juchés sur une grandeur qui est toujours un tonneau de sanglante sueur que les pauvres ont versée ou verseront, nous avons devant nous les brillantes vedettes et les célébrités doctorales dont pas une des opinions émises, dont pas une des dissidences spectaculaires n'entre en contradiction avec la stratégie à long terme des riches, nous avons devant nous leur valeurs démocratiques conçues pour leur propre renouvellement éternel et pour notre éternelle torpeur, nous avons devant nous les machines démocratiques qui leur obéissent au doigt et à l'oeil et interdisent aux pauvres toute victoire significative, nous avons devant nous les cibles qu'ils nous désignent pour nos haines, toujours d'une façon subtile, avec une intelligence qui dépasse notre entendement de pauvres et avec un art du double langage qui annihile notre culture de pauvres, nous avons devant nous leur lutte contre la pauvreté, leurs programmes d'assistance aux industries des pauvres, leurs programmes d'urgence et de sauvetage, nous avons devant nous leur distribution gratuite de dollars pour que nous restions pauvres et eux riches, leurs théories économiques méprisantes et leur morale de l'effort et leur promesse pour plus tard d'une richesse universelle, pour dans vingt générations ou dans vingt mille ans, nous avons devant nous leurs organisations omniprésentes et leurs agents d'influence, leurs propagandistes spontanés, leurs innombrables médias, leurs chefs de famille scrupuleusement attachés aux principes les plus lumineux de la justice sociale, pour peu que leurs enfants aient une place garantie du bon côté de la balance, nous avons devant nous un cynisme tellement bien huilé que le seul fait d'y faire allusion, même pas d'en démonter les mécanismes, mais d'y faire simplement allusion, renvoie dans une marginalité indistincte, proche de la folie et loin de tout tambour et de tout soutien, je suis devant cela, en terrain découvert, exposée aux insultes et criminalisée à cause de mon discours, nous sommes en face de cela qui devrait donner naissance à une tempête généralisée, à un mouvement jusqu'au boutiste et impitoyable, dix décennies au moins de réorganisation impitoyable et de reconstruction selon nos règles, loin de toutes les logiques religieuses ou financières des riches et en dehors de leurs philosophies politiques et sans prendre garde aux clameurs de leurs ultimes chiens de garde, nous sommes devant cela depuis des centaines d'années, et nous n'avons toujours pas compris comment faire pour que l'idée de l'insurrection égalitaire visite en même temps, à la même date, les milliards de pauvres qu'elle n'a pas visités encore, et pour qu'elle s'y enracine et pour qu'enfin elle y fleurisse. Trouvons donc comment faire, et faisons le.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   29 septembre 2015
Inutile de se cacher la vérité. Je ne réagis plus comme avant. Maintenant, je pleure mal. Quelque chose a changé en moi autant qu’ailleurs. Les rues se sont vidées, il n’y a presque plus personne dans les villes, et encore moins dans les campagnes, les forêts. Le ciel s’est éclairci, mais il reste terne. La pestilence des grands charniers a été lavée par plusieurs années de vent ininterrompu. (…) Il faut que j’aille chez le régleur de larmes.
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brigetounbrigetoun   11 novembre 2009
.. puis la lune vint. J'aurais aimé parler à quelqu'un. J'aurais aimé que quelqu'un me parle des hommes et des femmes que j'avais peints, m'en parle avec amour, avec fraternité et compassion, me dise : J'ai bien connu Lydia Mavrani, raconte-moi encore comment elle était après avoir survécu, ou : Donne-moi des nouvelles de Bella Mardieossian... ou encore : Nous aussi nous appartenons à cette humanité mourante que tu décris.
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Videos de Antoine Volodine (34) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Volodine
Le samedi 3 août 2019, dans le cadre du banquet d'été "Transformer, transfigurer" qui s'est déroulé à Lagrasse du 2 au 9 août 2019, Antoine Volodine et Lionel Ruffel se sont prêtés au jeu de la double voix.
Que se passe-t-il lorsqu?on raconte des histoires ? Lorsque les images surgissent, lorsque les mots se forment, que les corps sortent d?eux-mêmes, lorsque les identités migrent ? Que transfigure-t-on lorsqu?on rêve, lorsqu?on chamanise, lorsque plus que tout et souvent contre tout on veut transformer le monde ? Ces questions sont au c?ur d?un dialogue qu?Antoine Volodine et Lionel Ruffel ont entamé il y a vingt ans, notamment à Lagrasse, et qu?ils reprennent pour ce Banquet.
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