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ISBN : 2020617102
Éditeur : Seuil (03/10/2003)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Trente ans d'enfermement, ça laisse des traces, des marques, des blessures. Des obsessions aussi quand on est libéré. Des obsessions, Dondog Balbaïan n'en manque pas. Et non des moindres : "Régler des comptes avec deux ou trois personnes. Tuer deux ou trois personnes, et ensuite m'éteindre." Un programme minimum comme un autre ! Il y a juste un problème, un tout petit problème : il souffre d'amnésie de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Charybde7
  21 août 2014
Treizième livre publié extrait de la bibliothèque du post-exotisme par Antoine Volodine, «Dondog» fut publié en 2003 aux éditions du Seuil, dans la collection Fiction & Cie.
Au sortir de trente ans d'enfermement dans les camps, après avoir survécu aux exterminations des Ybürs, Dondog Balbaïan sent bien qu'il va vers la fin et qu'il ne lui reste que très peu de temps avant de disparaître. Il voudrait se venger des responsables du malheur avant son extinction, mais de qui et pourquoi ? La mémoire de Dondog est défaillante, et, dans les ténèbres de son amnésie, au bout de sa vie d'Untermensch, trois noms de bourreaux le hantent, Gulmuz Korsakov, Tony Bronx et sans doute Éliane Hotchkiss.
À partir de ces noms, des lambeaux de sa mémoire, de souvenirs cauchemardesques, Dondog dit, ou parfois murmure ou grommelle des récits, et suggère l'utopie défaite, la barbarie et la mort de l'espoir.
«La silhouette d'Eliane Hotchkiss trois secondes flotta derrière ou devant ses yeux, sans chair ni étoffe, sans apparence précise. le nom était là, lié à son désir impérieux de vengeance avant la mort, mais, en dehors du nom, l'image était illisible. C'était comme s'il avait mentionné une image secondaire d'un rêve de son enfance, ou comme s'il avait évoqué une maîtresse furtive du temps des camps, lorsque la nuit on l'enfermait au pavillon des grands blessés et des fous, ou encore comme si elle avait appartenu aux courtes années de clandestinité totale, quand jour après jour se perdait la guerre pour l'égalitarisme et le châtiment des progromistes, des mafieux et des milliardaires. le flou entourait Eliane Hotchkiss. Comme Tony Bronx ou Gulmuz Korsakov, elle se cachait au fond d'un des abîmes décevants de sa mémoire, dont une grande quantité était à jamais clos et inexplorables. Mais elle était moins distincte que les deux autres.»
Dondog cherche ses bourreaux dans une cité obscure, où ne survivent plus que les insectes et quelques autres gueux ; sa mémoire et sa volonté vacillent et les personnages et les événements eux-mêmes semblent frappés d'amnésie et d'incertitude, tandis que les récits, où les personnages s'entrecroisent et changent d'identité, semblent démultiplier la parole de Dondog.
«Nuits, passé, hallucinations secrètes, expérience vécue, constructions enfantines, réalité et réalités parallèles se confondaient. Dans quelle sphère de la mémoire, par exemple, devait-il ranger les fermes à l'abandon, les hauts plateaux et les steppes qui l'obsédaient ?... Et ces temples enfumés, ces villes portuaires que la guerre civile ensanglantait ? D'où venaient ces individus qui s'adressaient à lui comme s'ils étaient de proches parents ?... Quand avait-il erré dans ces immenses labyrinthes urbains aux issues toujours closes avec des barbelés ? Et ces maisons de feutre, ces yourtes mongoles où sa famille se comportait d'une manière incompréhensible, y avait-il dormi ou non, et quand ?»
Noir et bouleversant.
«Les êtres aimés disparaissent, la révolution mondiale s'éparpille en poussière comme une bouse sèche, dans l'espace noir on ne rencontre plus les personnes qu'on aime, les golems s'effondrent les uns après les autres, le sens de l'histoire s'inverse, les passions dérivent vers le rien, la signification des mots s'évanouit, les ennemis du peuple et les mafias triomphent à jamais, les rêves trahissent la réalité, mais la vengeance subsiste, un chicot irréductible de vengeance qui n'a plus aucune justification, qui se limite à un geste de violence sur une cible très douteuse. Et ceci encore, le plus révoltant : on n'échappe pas à son schwitt.»
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paulotlet
  22 février 2011
Dondog Balbaïan n'en a plus pour longtemps. Sa mémoire s'efface et c'est sans perdre de temps qu'il doit régler quelques affaires importantes. D'un immeuble-ville glauque et humide à une improbable colonie pénitentière, il erre à la recherche de lui-même, revivant son existence par bribes. Ce roman ancré dans la tradition du réalisme magique est tout à fait déconcertant, les époques et les lieux s'y croisent de manière inattendue, à tel point qu'on croit suivre le héros dans sa perte de répères. le vrai, le faux, l'ancien, le nouveau s'entremêlent dans un récit fantastique qui touche à ce qui fait l'humanité. Je ne suis pas sortis indemne de cette rencontre avec le Ouïgour Balbaïan.
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LucienRaphmaj
  01 juin 2013
Dondog, c'est le nom de la blatte humaine Ybür, survivant dans les camps où il attend le jour de sa vengeance.
Dondog c'est le nom du livre de Volodine qui traite de la 1ère et 2nde extermination des Ybürs à travers la mémoire fabulatrice de divers narrateurs s'échangeant les vues sur les événements (perspective « chamanique »).
Dondog est un livre puissant qui parcourt les territoires du post-exotisme si étranges par leurs images, si proches par les échos qu'il fait résonner dans la mémoire collective.
Car ce livre travaille cette matrice de proximité et de décalage sur le sujet (l'objet ? le débris ?) de l'extermination ethnique.
Bien sûr, on n'est nulle part. Bien sûr tout lien avec des personnes ou des événements connus sont fortuits… Mais en même temps : les camps, la purification ethnique, les exécutions sommaires, le glissement onomastique possible des Ybürs aux Ouïghours, on reconnait avec horreur cette fange historique s'étendant sur tous les continents. Et cette hésitation créé un malaise bien plus puissant que si le référent était précisé. Ce ne sont pas les chinois, les khmers, radio Mille Collines, les nazis, les pogroms, les exactions soldatesques de telle ou telle guerre, c'est un peu de tout cela, de toutes ces catastrophes, de toutes ces situations passées, présentes, et peut-être à venir.
C'est pourquoi à mon sens, en cela Volodine réussit par la fiction à mettre en question une triple question historique (qu'on lui a souvent adressée) : peut-on parler de ce dont on a pas été le témoin ; que peut l'histoire ou la littérature pour éviter le pire de se reproduire ; peut-on écrire après Auschwitz.
Dondog est un livre qui répond à ces questions avec toutes les réponses brutales que cela suppose. Avec aussi ses vertiges et son courage.
« Schlumm et moi, nous sommes restés très unis, très indissociables depuis cette nuit-là [seconde extermination Ybürs], depuis la nuit des péniches qui n'est pas terminée encore, qui n'est pas terminée encore, qui ne sera jamais terminée, depuis cette nuit que, certes, même des Ybürs parviendront à éclaircir grâce à l'oubli, mais que nul ne saura clore véritablement, car, quoi qu'il arrive, de nombreux Schlumm de tout âge et de tout acabit y ont élu, comme moi, domicile, sachant qu'il fallait y rester pour que nul ne la pût clore. »

Lien : http://lucienraphmaj.wordpre..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   11 novembre 2009
Les étoiles se dissolvaient dans le ciel déjà d'un beau gris-bleu abyssal. Autour de l'étang que ternissait une mince pellicule, des oiseaux commencèrent à pépier. Je crois qu'il s'agissait de traquets des steppes, mais, à cette altitude, je n'en mettrais pas ma main au feu, dit Dondog. Des bêlements fusèrent dans les étables, un hennissement retentit. Une cuvette de fer fut déséquilibrée à l'intérieur d'une yourte et tomba
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