AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Citations sur Terminus Radieux (26)

Piatka
Piatka   20 septembre 2016
Le chant cristallin des gouttes retombant dans la vasque.
Le goût de l'eau. Un lointain parfum de tourbe, de silice un peu poivrée. Une impression de transparence, d'éternité. L'émotion de pouvoir ressentir cela, de ne pas être mort encore.
Le silence de la forêt.
Le martèlement d'un pic creusant l'écorce avec violence, à quelques centaines de mètres de la fontaine.
Puis, de nouveau, le silence.
Commenter  J’apprécie          270
Piatka
Piatka   22 septembre 2016
L'exténuation était en train de les désunir. Ils ne communiquaient pratiquement plus. Cachés en terrain découvert, contraints d'attendre sans bouger soit le départ des soldats, soit d'improbables secours, ils n'étaient plus en état de se réconforter mutuellement.
Commenter  J’apprécie          190
nadejda
nadejda   23 août 2014
Quand on progresse dans la vieille forêt, quand on écrase sous ses bottes des branchettes perdues par les arbres, les sapins centenaires, les mélèzes noirs, quand on a le visage caressé ou battu par les mousses ruisselantes, on se trouve dans un univers intermédiaire, dans quelque chose où tout existe fortement, où rien n’est illusion, mais, en même temps, on a l’inquiétante sensation d’être prisonnier à l’intérieur d’une image, et de se déplacer dans un rêve étranger, dans un bardo où l’on est soi-même étranger, où l’on est un intrus peu sympathique, ni vivant ni mort, dans un rêve sans issue et sans durée.
Qu’on s’en rende compte ou pas, on est dans un domaine qui a Solovieï pour maître absolu. On bouge dans les ténèbres végétales, on essaie de bouger et de penser pour en sortir, mais, dans la vieille forêt, on est avant tout rêvé par Solovieï.
Et là-dedans, en résumé, on ne peut être autre chose qu’une créature de Solovieï.
Commenter  J’apprécie          160
nadejda
nadejda   07 août 2014
Ciel. Silence. Herbes qui ondulent. Bruit des herbes. Bruit de froissement des herbes. Murmure de la mauvegarde, de la chougda, de la marche-sept-lieues, de l’épernielle, de la vieille-captive, de la saquebrille, de la lucemingotte, de la vite-saignée, de la sainte-valiyane, de la valiyane-bec-de-lièvre, de la sottefraise, de l’iglitsa. Crissements de l’odilie-des-foins, de la grande-odilie, de la chauvegrille ou calvegrillette. Sifflement monotone de la caracolaire-des-ruines. Les herbes avaient des couleurs diverses et même chacune avait sa manière à elle de se balancer sous le vent ou de se tordre. Certaines résistaient. D’autres s’avachissaient souplement et attendaient un bon moment, après le souffle, avant de retrouver leur position initiale. Bruit des herbes, de leurs mouvements passifs, de leur résistance.
Le temps s’écoulait.
Le temps mettait du temps à s’écouler, mais il s’écoulait.
Commenter  J’apprécie          110
Rushkoff
Rushkoff   19 septembre 2014
Elle prit la gazette qui était en haut de la pile et elle se mit à en ânonner les gros titres. Le journal datait du siècle précédent, mais Ies nouvelles étaient encourageantes.
La révolution marquait des points sur tous les fronts et on observait une montée des luttes. La Deuxième Union soviétique s'étendait à présent sur la majeure partie du globe. Il y avait encore sur quelques continents éloignés des poches remplies de capitalistes agressifs, et, évidemment, on ne
pouvait nier que les catastrophes du nucléaire civil avaient rendu problématique la survie de la population mondiale, mais, ne serait-ce que sur le plan militaire,la situation s'améliorait,
Bon, commenta-t-elle. Comme prévu, on va vers la victoire totale, faut juste avoir un peu de patience. C'est plus qu'une question de temps.
Satisfaite, elle délaissa les gros titres et se plongea dans les pages intérieures. Elle cherchait la rubrique météo pour confronter les informations imprimées à la réalité du ciel au-dessus de« Terminus radieux», et en conclure une fois de plus que Ia presse était bourrée d'âneries.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Rushkoff
Rushkoff   21 septembre 2014
La vieille forêt n'est pas un lieu terrestre comme les autres. Rien de comparable n'existe ni dans des forêts de taille moyenne, ni dans la taïga qui est sans frontières et où l'on meure. À moins d'emprunter un chemin monstrueusement long et hasardeux, on ne peut atteindre le Levanidovo et son kolkhoze "Terminus radieux" sans la traverser. Mais la traverser signifie aussi errer sous ses arbres hostiles, avancer sans repères, en aveugle, signifie marcher avec effort au milieu de ses traquenards étranges, hors de toute durée, signifie avancer à la fois tout droit et en cercle, comme empoisonné, comme drogué, en respirant avec difficulté, comme dans un cauchemar où I'on s'entend ronfler et gémir mais où le réveil n'advient pas, signifie être oppressé sans discerner l'origine de sa peur, signifie redouter aussi bien les bruits que le silence, signifie perdre le jugement et, pour finir, ne comprendre ni les bruits ni le silence. Être au cœur de la vieille forêt signifie aussi parfois ne plus sentir sa fatigue, flotter entre vie et mort, demeurer suspendu entre apnée et halètement, entre sommeil et veille, signifie aussi s'apercevoir qu'on est un habitant bizarre de son propre corps, pas vraiment à sa place, comme un invité pas vraiment bienvenu mais qui incruste et qu'on supporte à défaut de pouvoir I'expulser, qu'on supporte en attendant d'avoir un prétexte pour se séparer de lui sans douceur, qu'on supporte en attendant de Ie chasser ou de le tuer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
nadejda
nadejda   07 août 2014
Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes.
Le ciel était couvert d’une mince laque de nuages. Juste derrière, le soleil invisible brillait. On ne pouvait lever les yeux sans être ébloui.
Commenter  J’apprécie          70
Rushkoff
Rushkoff   18 septembre 2014
Sa vision du monde était illuminée par la morale prolétarienne : abnégation, altruisme et combat. Et comme nous tous, bien sûr, il avait souffert des reculs et des effondrements de la révolution mondiale. Nous n'arrivions pas à comprendre comment les riches et leurs mafias réussissaient à gagner la confiance des populations laborieuses. Et avant la rage c'est d'abord I'ahurissement qui nous saisissait lorsque nous constations que Ies maîtres du malheur triomphaient partout sur le globe et étaient sur le point de liquider les derniers d'entre nous. Nous n'avions aucune explication quand nous nous interrogions sur les mauvais choix de I'humanité. L'optimisme marxiste nous interdisait d'y voir les preuves de graves défauts dans le patrimoine génétique de notre espèce. Une attirance imbécile pour I'autodestruction, une passivité masochiste devant les prédateurs, et peut-être aussi et surtout une inaptitude fondamentale au collectivisme. Nous pensions cela au fond de nous, mais, comme la théorie officielle balayait ces hypothèses d'un haussement d'épaules, nous n'abordions pas le sujet, même entre camarades. Même dans les plaisanteries entre camarades.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
feanora
feanora   03 mai 2015
Fuir notre collectivité, c'est se jeter dans la gueule du loup. C'est affronter tout seul de terribles moments de peur et de douleur, comme s' il n'y en avait pas assez déjà quand nous sommes ensemble. L'évasion n'a aucun avenir. On , aura beau dire et gloser, rien ne peut remplacer le camp, rien n'est aussi nécessaire et salutaire que le camp.
Commenter  J’apprécie          40
Claire45
Claire45   01 mars 2015
Enervées par la perspective de la fin de l'humanité, les populations avaient perdu toute loyauté envers le collectivisme, et se laissaient tenter par n'importe quelle monstruosité politique, pour peu que celle-ci contrariât leur maussade présent. p.225
Commenter  J’apprécie          40




    Acheter ce livre sur

    AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





    Quiz Voir plus

    Les plus grands classiques de la science-fiction

    Qui a écrit 1984

    George Orwell
    Aldous Huxley
    H.G. Wells
    Pierre Boulle

    10 questions
    2141 lecteurs ont répondu
    Thèmes : science-fictionCréer un quiz sur ce livre