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Critiques sur Terminus Radieux (40)
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michfred
  25 février 2015
Voilà un moment que je reporte lâchement cet exercice de haute voltige: m'attaquer à la critique de Terminus radieux.

Faut que je vous dise, d'abord: Volodine m'a tuer.

Rien de moins. Ce roman m'a soufflée, comme si Nagazaki et Hiroshima avaient soufflé ensemble mes bougies d'anniversaire...ou plutôt comme si Tchernobyl avait obligeamment arrêté son nuage juste au-dessus de mon carré de fraises (non, je ne les sucre pas encore!);

ça a commencé comme ça- L.F.C., sors de ce corps!- :par la fin du monde. Eh bien, cette histoire c'est juste après, ou tout comme...

Imaginez une Sibérie post-soviétique où un train plein d'irradiés en armes mais presque sans cartouches arpente indéfiniment le réseau ferroviaire encore en état pour trouver un hâvre qui les accueille, ces irradiés radieux et déraillés. Et ce hâvre, ce nirvana, ce paradis sur steppe, c'est...un bon vieux camp de concentration, un chouette goulag des familles , avec ses petits miradors bien dressés, ses jolis barbelés dentelés, et ses clôtures électrifiées pour en finir car la fin n'en finit décidément pas de s'achever...

Cela vous donne l'étiage des perspectives d'espérance de ce monde-là...

Pour en remettre une couche, une centrale, baptisée , je vous le donne en mille, Terminus radieux, dont le coeur fonctionne encore grâce à une vieille vestale K.G.B. en chapka , la Mémé Oudgoul.

Et planant sur cet univers en déglingue et dans les esprits de tous les malheureux survivants , un mage noir, un chaman infernal, père incestueux et vrai despote- une sorte de réincarnation du petit père des peuples- l'inoubliable Solovieï .

Pour la petite touche glamour , il y a ses trois filles, justement: la rebelle Samiyia Schmidt, la voluptueuse Myriam Oumarik et la mystérieuse Hannko Vogoulian qui se disputent les faveurs d'un des survivants échoués au bord de la voie ferrée, le beau, le baraqué, le mâle Kronauer qui tente de résister de toutes ses forces à leurs charmes vénéneux et à l'emprise sur son mental d'acier de leur papa possessif, le mage Solovieï déjà nommé, qui s'introduit jusque dans ses rêves érotiques!

Raconté comme ça- je ne suis pas Volodine, ça se saurait- vous êtes en train de vous dire qu'à côté de Terminus radieux, le Jour d'après c'est de la dentelle de Bruges..

Bon, je reprends un ton docte et sérieux: ce livre, c'est de la balle! du nanan! (il en faut pour toutes les générations) du pur délice!

Bourré d'humour, assez cynique , mais d'humour quand même-oui, c'est possible, même devant une centrale atomique en plein syndrome chinois-, et d'une incroyable poésie - oui, c'est possible, etc...

Voyez plutôt:"Les corbeaux tombent. Ils sont de petite taille, silencieux et sans odeur. Ce sont les innombrables mailles d'un linceul noir qui se déploie sur la clairière. Une impression de légèreté noire et sans odeur dans les airs et, sur le sol, une couche de plus en plus compacte, qui va rester, qui va tout couvrir et qui promet de ne pas fondre." C'est pas beau, ça? On dirait les Chants de Maldoror, non? Bon, bon, à vous de voir...

D'ailleurs, - et c'est mon dernier mot, si je en vous ai pas convaincus de lire Terminus radieux, aller vous faire cuire un oeuf sur la pile de la Mémé Oudgoul, moi je rends ma faucille, pas mon marteau- faites très attention aux corbeaux, quand vous lirez ce livre époustouflant...ils sèment leurs signes noirs un peu partout, dans le ciel, sur le sol gelé, ils hantent les esprits, ils pullulent et ils prennent même la parole, vers la fin, préparant " l'avenir immédiat. Immédiat ou lointain. L'avenir; Où, quoi qu'il arrive, il n'y aura rien."

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Charybde7
  17 juillet 2014
Un roman magnifique qui est à la fois une somme dépassant tous ses précédents livres, et une somptueuse porte d'entrée dans l'univers d'Antoine Volodine et des écrivains post-exotiques, pour ceux qui ont encore la chance d'avoir tout à découvrir (paru fin août 2014 aux éditions du Seuil).

Après l'échec et le naufrage de la Deuxième Union Soviétique, suite aux accidents en chaîne de petites centrales nucléaires déglinguées et à l'écroulement de l'Orbise, dernier bastion de résistance de ceux qui luttaient pour un monde égalitaire, Iliouchenko, Kronauer et Vassilissa Marachvili, trois combattants en bout de course, se réfugient dans des territoires devenus inhabitables à cause des radiations, pour échapper au massacre des derniers d'entre eux.

«Et puis, maintenant, le phare de l'Orbise n'éclairait ni le monde ni le petit territoire où s'étaient amassés ses ultimes partisans. Toutes les sauvageries allaient réapparaître. Tout ce que nous n'avions pas eu le temps d'éradiquer pendant nos courts siècles de pouvoir. La morale des tueurs et des violeurs allait se substituer à la nôtre. Les cruautés ancestrales ne seraient plus taboues et, de nouveau, comme dans la période hideuse qui avait précédé l'instauration de la Deuxième Union Soviétique, l'humanité allait régresser vers son stade initial d'homme des cavernes. Ses idéologues se rallieraient à ceux qui depuis autrefois prônaient l'inégalité et les injustices. Ses poètes mercenaires chanteraient la culture des maîtres. La soldatesque ne serait plus tenue en laisse. La danse de l'idiotie et du sang allait reprendre.»

Allant vers l'avant et vers la mort tout en s'entraidant, dans des espaces désertés de steppe et de taïga, ils vont se rapprocher du kolkhoze «Terminus radieux», communauté isolée du monde et de la ligne du parti depuis très longtemps, dont le président est un certain Solovieï, un homme imposant au physique de moujik hirsute, sorcier étrange qui recourt à des pratiques incestueuses et obscures, assisté de la Mémé Ougdoul, dont l'organisme est, comme celui de Solovieï, insensible aux radiations et qui gère les humeurs et appétits de la pile nucléaire, enfoncée dans le sol du kolkhoze depuis l'accident de la centrale locale.

«Solovieï quant à lui ne poussait jamais la porte de l'école pour parfaire l'éducation de ses filles. Il préférait se rendre à l'intérieur de leurs rêves. Qu'il choisit pour ce faire de traverser le feu, de s'engager corps et âme dans l'espace noir ou de se mettre à voler puissamment dans les ciels chamaniques, il aboutissait certaines nuits au coeur de leur sommeil et il y entrait sans frapper.»

Dans une nature abimée par l'homme pour des siècles, qui retrouve une majesté sauvage avec la raréfaction des humains, les errances de cette communauté et celles d'un groupe de soldats qui recherchent dans la steppe un camp où finir leur voyage, tels «un groupe de zombies au dernier stade de l'existence», forment un récit poignant sur une humanité crépusculaire, dans un espace où le temps et l'existence semblent s'étirer indéfiniment, et dans des directions paradoxales, créant des images d'une force inouïe et un univers de la pâte dont sont fait les rêves.

«Au-dessus de la steppe le ciel étincelait. Une voûte uniformément et magnifiquement grise. Nuages, air tiède et herbes témoignaient du fait que les humains ici-bas n'avaient aucune place, et, malgré tout, ils donnaient envie de s'emplir les poumons et de chanter des hymnes à la nature, à sa force communicative et à sa beauté.»

Comme Solovieï, Volodine est chamane, infusant dans ses romans tout ce qui l'a précédé et ici les contes en particulier, et faisant s'élever un récit somptueux, terriblement noir et nostalgique, et teinté de cet humour insensé et jamais entamé malgré les défaites.

«Le train cahote sur sa route à petite allure. Les passagers sont affalés dans la pénombre des voitures. Ils ne sont pas tous morts mais prétendre qu'ils sont vivants serait excessif.»
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francoisvaray
  07 octobre 2014
Initiateur du courant post-exotique (post comme future et exotisme comme étranger), Antoine Volodine conte dans Terminus Radieux la vie dans la seconde Union Soviétique, quelque part vers l'an 2500, où tout est détruit par une série d'explosions nucléaires; Les survivants ne meurent plus, ils sont protégés par les radiations. Ils tournent en rond dans leurs rêves, leurs cauchemars et leurs misérables existences, dont le moment le plus agréable est la vie dans un camp.Un odieux dictateur s'immisce dans leurs pensées, les tourmente, l'amour n'existe plus, on erre, on erre encore. Comme le lecteur, sauf s'il décide de s'accrocher pour trouver des symboles à cette monumentale oeuvre de science-fiction, et finir par se dire que ce monde en ruines n'est pas loin d'être le notre.
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Cacha
  26 novembre 2017
J'ai été subjuguée par ce roman et j'ai mis un certain temps à me remettre de sa lecture, tant les idées qu'il brasse sont diverses et profondes.
L'auteur (aux multiples pseudonymes) nous raconte la vie dans un kolkhoze après une série de catastrophes nucléaires.
Un personnage quasi immortel fait régner l'ordre et la terreur auprès des rares survivants aidé en cela par une vieille femme ayant elle aussi survécu aux radiations et s'en trouvant de même revitalisée.
Ce livre, écrit en 2015, représente bien entendu un anachronisme, une description de la vie en Union Soviétique avant sa chute, la centrale au gouffre insondable et insatiable un Tchernobyl puissance X et Soloviei un Raspoutine qu'il a été historiquement si difficile de "neutraliser".
Ce roman foisonnant et prenant est aussi un concentré de l'éternelle âme slave. Les thèmes de la liberté, de l'amour incestueux, de la mort surtout sont omniprésents, on ne sait d'ailleurs si ce récit se passe dans le cauchemar d'un mourant, si les personnages sont vivants, morts ou ressuscités (par les trois eaux de la mémé Ogdoul).
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tolbiac
  29 mars 2015
Arrête ton train Volodine ! C'est le terminus Radieux, mon cul oui…
Je vais me faire descendre par mes potes bablio's mais alors fallait pas m'inviter. C'est quoi ça ?
Bon donnez-moi un doliprane, j'ai mal à la tête.
Descendez- moi à la prochaine étape… Je ne peux plus marcher. Irradié jusqu'à la moelle…
Allez je laisse tomber. C'est pas pour moi. Mais il y a en qui aime ? Bon ça, au moins c'est rassurant. La littérature n'est pas une soupe au goût parfaitement homogène qui ferait qu'on aime tous la même chose, avec ce petit quelque chose d'identique de bout en bout. Marc Levy sous prozac. C'est pas un pléonasme ?
C'est même réjouissant de trouver des romans qui divisent, qui ne font pas l'unanimité. Même lorsqu'on aime la littérature sous toutes ses latitudes, on peut se retrouver avec une porte close, alors que pleins d'autres lecteurs sauront, rentrer par delà les murailles, d'une cité-livre.
Alors j'aime pas, mais c'est bon signe quand je vois ceux qui savent en parler avec talent. Je me dis que la diversité existe encore, que le sang des écrivains n'est pas encore totalement sur les linéaires des grandes surfaces en attente de coagulation.
Terminus Radieux ? Arrête ton char Volodine ! Tu déconnes. Non ? Bon, je te promets, que je reviendrais vers toi, parce qu'à lire la critique de Michfred je me dis, « c'est pas possible, je suis passé à côté d'un truc, j'ai du trop fumer la moquette la semaine ou je l'avais entre les mains, bu trop de Volka, mangé trop de moussaka… »
Le pire dans tout ça, c'est qu'il y a certaines critiques de Babelio qui vous font vous mordre les doigts de ne pas aimer. Merde ! Mais franchement certains d'entre vous, vous êtes trop fort. Vous donnez tellement envie de lire un livre qu'après, ben si on est déçu, on est doublement déçu.
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syth
  30 septembre 2014
Dans un monde divisé en deux blocs antagonistes, dans des camps disséminés dans la steppe radioactive, des hommes et des femmes survivent ou peut-être sont déjà morts... "Terminus radieux" dirigé par l'immortel Solovieï, géant hirsute et terrifiant et la mémé Oudgoul qui veille sur une pile nucléaire à qui elle parle pour la calmer. Et que dire des autres personnages tous plus étranges les uns que les autres... Ce roman est un OVNI littéraire à découvrir absolument pour son onirisme, sa puissance poétique et sa folie.
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celine25
  25 août 2015
"Terminus radieux" correspond surtout à mon état d'esprit à la fin de la lecture: enfin! j'étais arrivée au bout de ces 600 et quelques pages, et j'allais pouvoir passer à autre chose.
Car ce fut une lecture dont l'enthousiasme s'est émoussé au fil des pages: au départ, je me suis laissée emporter dans la taïga infinie, auprès de combattants pour une Deuxième Union Soviétique errants dans un lieu détruit par les nombreuses explosions nucléaires; puis ce fut le kolkhoze et ses habitants étranges, en particulier Solovieï, une sorte de gourou aux pouvoirs immenses et ses filles , toutes plus bizarres les unes que les autres et subissant les intrusions de leur père , physiques et mentales ; et ensuite, je n'ai plus compris: les personnages semblent errer dans un rêve, n'être ni morts ni vivants, certains subissent la malédiction de Solovieï (ou peut-être tous?) et attendent la fin. D'ailleurs, cette partie m'a fait penser à du Beckett, mais en beaucoup trop long.
Bref, je suis allée jusqu'au bout de la lecture , pour voir, si jamais un retournement de situation pouvait tout m'expliquer, mais j'y ai perdu le plaisir et la compréhension. Tant pis, j'ai essayé....
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feanora
  06 mai 2015
Bienvene au pays des morts-vivants.
Les centrales nucléaire ont explosé. Des citoyens ont lutté contre le capitalisme mais les terres sont polluées par l'énergie athtomique.
Un train erre sans but à la recherchr d'un camp où les passagers pourraient se reposer. Mais sont-ils en vie, .ibres ou prisonniers
Dans un monde onirique, voire fantastique, il bien difficile de savoir qui est vivant, mort ou réincarné. À chacun d'assembler les images selon son ressenti. L'écriture est très belle mais parfois, il y a trop de redondances entre les situations.
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Bookinista
  14 août 2015
Radieux, comme rayon, comme radiations...
Eh oui, comme l'indique la 4e de couverture : "Des siècles après la fin de l'Homme rouge, dans une Sibérie rendue inhabitable par les accidents nucléaires, des morts-vivants, des princesses et des corbeaux s'obstinent à poursuivre le rêve soviétique."

Un livre surprenant, et bienvenu. le début m'a de suite plu, pour les descriptions de plantes et graminées qui m'ont d'ailleurs fait penser au fabuleux et dérangeant "Roman" de l'écrivain russe Vladimir Sorokine.
"Ciel. Silence. Herbes qui ondulent. Bruit des herbes. Bruit de froissement des herbes. Murmure de la mauvegarde, de la chougda, de la marche sept-lieues, de l'épernielle, de la vieille-captive, de la saquebrille, de la lucemingotte, de la vite-saignée, de la sainte-valiyane, de la valiyane bec-de-lièvre, de la sottefraise, de l'iglitsa. Crissements de l'odilie-des-foins, de la grande-odilie, de la chauvegrille ou calvegrillette. Sifflement monotone de la caracolaire-des-ruines." (p. 22)
Ensuite, j'ai connu un temps d'hésitation, la lecture se compliquant, les personnages s'entremêlant et se dispersant dans la foulée, et l'espace temps étant totalement farfelu (les siècles passent en un quart de seconde !). Je me suis même posé la question de continuer ou d'arrêter... Mais finalement le livre est prenant, et j'appréciais beaucoup l'écriture d'Antoine Volodine, les descriptions grandioses de cette étendue sibérienne irradiée. J'en suis donc venue à bout avec un grand plaisir de lecture.
«Au-dessus de la steppe le ciel étincelait. Une voûte uniformément et magnifiquement grise. Nuages, air tiède et herbes témoignaient du fait que les humains ici-bas n'avaient aucune place, et, malgré tout, ils donnaient envie de s'emplir les poumons et de chanter des hymnes à la nature, à sa force communicative et à sa beauté.»
L'auteur décrit lui-même son écriture ou son genre littéraire comme "post-exotique".

Cette lecture m'a fait penser au film "La terre outragée" sur la catastrophe de Tchernobyl. Dans le roman "Terminus radieux", ce sont quasiment toutes les centrales nucléaires qui les unes après les autres explosent et irradient toutes les régions. Les gens meurent, les animaux, la flore disparaissent aussi, ou bien mutent dans de nouvelles espèces. C'est ainsi que les personnages du livre sont comme des zombies, des êtres entre la vie et la mort, plus tout-à-fait vivants mais pas tout-à-fait morts non plus. Et certains sont même devenus éternels, comme le père Solovieï président du kolkhoze et la mémé Oudgoul. Ces deux-là forment une sacrée paire.
"Comme tous les matins depuis quelques milliers de saisons, la Mémé Oudgoul tourna le bouton du poste de radio posé à côté de son fauteuil. Elle voulait savoir si la civilisation avait été rétablie pendant la nuit, ou du moins si l'humanité avait survécu à la dégénérescence organique, aux cancers provoqués par l'irradiation généralisée, à la stérilité et à la tentation de s'engager dans la voie capitaliste." (p.580)
Solovieï incarne le nouveau dictateur qui s'infiltre même dans les rêves et le corps des survivants, de ses "sujets", y compris de ses trois filles. Maître de ce "nouveau monde", il se heurte cependant à Kronauer, ancien soldat réfugié débarqué au kolkhoze, qui constitue finalement le personnage principal de ce roman... Kronauer que l'on suit jusqu'à la dernière page.
En parallèle de la"vie" qui se déroule au kolkhoze Terminus radieux, nous suivons la progression laborieuse d'un train fantôme transportant soldats et prisonniers sur une unique voie ferrée, à la recherche d'un camp fermé où ils auront le sentiment de retrouver leur liberté et la sécurité.
"Cette recherche ferroviaire d'un havre concentrationnaire durait déjà depuis des mois, pour ne pas dire un temps bardique incalculable". (p.228)
Cette histoire de train m'a encore ramenée à l'univers de Vladimir Sorokine, cette fois dans son roman "La tourmente", qui emprunte une autre voie pour décrire un univers apocalyptique, et les scènes du train à la fin font froid sans le dos !

"Terminus radieux" d'Antoine Volodine est un grand roman, qui mérite à juste titre le prix Médicis 2014.
Lien : http://coquelicoquillages.bl..
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pleasantf
  25 janvier 2015
Ce livre est excellent, et ce pour de multiples raisons. Il est très bien écrit. La langue de Volodine est très musicale, construite sur un rythme agréable qui en rend la lecture très plaisante. Elle fourmille de détails inventifs, souvent drôles comme la liste des langues étrangères où figurent « l'Américain ancien » ou le « Russe des camps » ! Même quand l'auteur se lance dans une phrase immense de plus de deux pages, comme celle constituant l'essentiel du chapitre 46, j'ai avalé cela sans aucune difficulté et sans aigreur d'estomac . J'apprécie beaucoup le style Volodine fait d'une succession de phrases apparemment sensées, descriptions minutieuses et réalistes, mais achevée d'une phrase qui est pure littérature et invention, création d'un monde autre et incertain où l'écrivain change les règles du déroulement du temps (comme celle-ci : « la tige de fer qui l'avait transpercé de l'oeil à l'oreille appartenait dorénavant au registre des vagues souvenirs »)

Ce livre peut se voir comme un traité poétique d'anthropologie. Dans son récit, Volodine aborde des grands thèmes fondateurs des civilisations humaines, utilisés par exemple dans les mythes collectifs. Au premier rang desquels, on trouve la relation de l'homme à la nature, dans son double caractère de nature hostile et de nature nourricière. La métamorphose permanente de Solovieï en corbeau ou le fait que certains personnages peuvent avoir un oiseau comme ascendant m'a fait penser à certaines cultures indiennes où les animaux sont considérés comme faisant partie d'une famille (au même titre que les végétaux d'ailleurs). La magie est omniprésente dans le livre, qui se réfère souvent aux pratiques chamaniques. le récit faisant osciller en permanence les personnages entre un statut de vivant et celui de mort (sans parler des stades intermédiaires !), on est plongé dans la façon dont une société humaine considère la mort dans la construction de sa culture via ses mythes fondateurs. le roman se réfère abondamment au bardo tibétain, cet état intermédiaire entre la vie et la mort et les personnages en sont si j'ose dire de vivantes illustrations. Autre exemple, la confusion fréquente chez Solovieï entre statut de fille et statut d'épouse renvoie d'après moi aux questions fondamentales de l'inceste, de filiation ou de parenté dans les différentes cultures.

Ce livre nous questionne également sur la façon dont une société se construit, au-delà de ses mythes millénaires. Dans le récit fait par Volodine de l'effondrement d'une utopie (celle de la Russie soviétique), je vois une interrogation sur ce qui fait le ferment d'une société : ses rêves, ses objectifs, ses échecs, ses difficultés. Sur ce plan, il est intéressant de voir comment la guerre peut être un constituant social important. J'ai vu aussi dans le récit, notamment dans l'épisode des brigands, une façon de s'interroger sur l'individualité dans une société de masse, sur la tolérance donnée à l'imperfection ou la déviance personnelle au regard d'une norme idéale, une façon de poser la question des choix individuels au sein d'une collectivité dont les valeurs sont forcément un peu figées. Aussi bien la question du choix individuel lorsque les valeurs de la société évoluent dans une direction qui semble néfaste (résistance ? fuite ? soumission ?).

Ce roman est aussi un formidable panorama des horreurs humaines récentes ou potentiellement à venir, avec l'utilisation de symboles particulièrement évocateurs comme les camps, les convois ferroviaires menant à ces camps, la guerre, les exécutions à l'issue de procès truqués et aberrants, les accidents nucléaires. Avec la référence directe au communisme, on fait face à la question de l'utopie et de ses échecs.

Pour ceux que le roman aurait rendu perplexe, Volodine pousse la gentillesse à consacrer les derniers chapitres de son livre à nous donner les clés et un commentaire sur son oeuvre encore inachevée à ce stade, dans une pirouette de métafiction assez amusante. le chapitre 47 décrit la vie d'écrivain de Hannko Vogoulian, et constitue quasiment un discours sur le texte en train d'être lu, y compris dans ses aspects formels (« elle s'obstinait à diviser ses livres en quarante-neuf chapitres »).
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