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Jean Goulemot (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253149040
94 pages
Le Livre de Poche (01/07/2000)
3.48/5   1483 notes
Résumé :
VOLTAIRE

Trois contes, deux motifs : le philosophe dans le monde, le bonheur par la philosophie. Voltaire, en ces trois œuvres maîtresses, allie la critique incisive et les fantaisies d'un imaginaire déconcertant.


Après une étape sur Saturne où il se fait un compagnon de voyage, philosophe comme lui, Micromégas, habitant de Sirius, vient visiter la terre des hommes, « notre petite fourmilière » : occasion de péripéties nombreuse... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (87) Voir plus Ajouter une critique
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sur 1483 notes
Micromégas est un de ces gentils petits contes philosophiques, brefs et plaisants, relevés d'une fine pointe de piment d'Espelette, cette fameuse tendance à tirer à boulets rouges sur " le monde " parisien et ses travers, comme Voltaire savait si bien nous les concocter, cuits à point, posés sur une élégante assiette, à déguster en guise d'hors-d'oeuvre, avant des plats plus consistants.

On y trouve, comme à chaque fois, une allusion sous chaque mot, comme autant de messages codés, destinés à dire sans dire, n'est-ce pas, pour éviter censure et sanctions. Sans que ce jeu de dupe trompât probablement qui que ce fût, car les contemporains devaient très exactement savoir à qui s'adressait tel ou tel trait, lancé dans les cieux, sous des airs anodins, mais qui, bien entendu, ne l'étaient absolument pas.

De nos jours, il est vrai, toutes ces allusions ne sont plus forcément décryptables, car les destinataires ont disparu, en laissant bien souvent moins de traces que les attaques dont ils firent les frais.

Voltaire, en lorgnant très fort du côté de Jonathan Swift et de son Gulliver, notamment ses deux premiers voyages, à Lilliput et à Brobdingnag, nous invite à prendre du recul sur notre condition et tout ce qu'elle a de relatif. En effet, notre intelligence, notre taille, notre adaptation, etc., tout peut apparaître comme éminemment relatif.

C'est, tout bien considéré, une vision extrêmement naturaliste de la vie, où l'auteur nous invite à respecter tous les êtres vivants (humains ou autres), aussi divers ou insignifiants puissent-ils nous apparaître, depuis notre point de vue personnel, car tous ils ont leur harmonie, leur cohérence ou leur raison d'exister propres.

En somme, pour Voltaire, on est toujours le géant ou le microbe de quelqu'un d'autre. Micromégas, incommensurable géant, représentant de l'immense géante Sirius, voyageur et explorateur intersidéral, s'arrête en route sur la très grosse Jupiter, où il sympathise avec un très grand Jupitérien, mais qui, comparé au Sirien, semble rien moins qu'un nain.

Les deux braves géants, le bien grand et l'immense, s'arrêtent en chemin sur le minuscule globule que constitue pour eux notre planète Terre. Ils y apportent un regard extérieur et neuf, exempt de toute notion d'intérêt et de bas calculs. Micromégas y combat les préjugés du Jupitérien et manifeste une grande tolérance, doublée d'une volonté de compréhension de chaque système de la nature.

Des considérations sur les différences, les motivations des êtres, grands ou dérisoires, se font jour. Outre Swift, déjà mentionné, Voltaire nous y expose clairement sa filiation de pensée avec le philosophe anglais Locke, que l'on peut probablement considérer comme le véritable initiateur des Lumières.

Finalement, dans cette sorte de réponse de Normand que nous fait Voltaire, je lis une franche invitation à la tolérance, au respect de la différence, sans égard à la condition sociale ou à l'aspect extérieur, voire également, à un respect général de toutes les formes de vie de la nature, qu'il nous faut, selon l'auteur, nous efforcer de comprendre et non de juger ou de comparer avec nous même ou avec quiconque.

Le terrain se prépare doucement, calmement, pour la grande révolution darwinienne d'un siècle plus tard, peut-être plus encore que pour la Révolution française, au travers de ce petit conte, dont le caractère ne me semble toutefois pas hautement séditieux. Mais enfin, gardez à l'esprit que, comme toujours mes gars, ce micro avis, sur Jupiter, sur Sirius ou ici bas, ne signifie certainement pas grand chose.
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https://ebooks-bnr.com/voltaire-micromegas/

Une Science-Fiction de l'époque des Lumières, un conte philosophique divertissant où l'humour voltairien grince en dénonçant préjugés et guerres, obscurantisme et fanatisme, au profit des idées des Lumières (raison, tolérance, foi dans le progrès, esprit d'observation et d'expérimentation). « Léger, fantaisiste, plein d'ironie, Micromégas est un méli-mélo où l'on trouve du fantastique dans la tradition de Rabelais, de Cyrano de Bergerac et de Swift, mais aussi l'écho des dernières avancées scientifiques, des règlements de compte, une méthode d'investigation, une critique des systèmes philosophiques traditionnels »
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Au siècle des lumières, Voltaire n'hésite pas à donner dans le fantastique avec son géant Micromégas qui, dans un voyage interplanétaire, arrive sur terre en pleine mer Baltique, minuscule pour lui, et y cueille en quelque sorte un bateau, rien moins que celui de l'astronome Maupertuis, sur le retour d'une expédition qui l'avait amené à démontrer la platitude des pôles.

A partir de là et de cette rencontre fortuite, Voltaire embraye sur de savoureuses réflexions philosophiques, relativisant les vanités humaines, leurs certitudes, à partir desquelles Voltaire dénonce avec beaucoup d'humour bien des convictions des « sachants » de son époque.

C'est le style inimitable De Voltaire qui donne toute sa richesse à ce conte philosophique qui ne manque pas d'originalité. La confrontation de l'immense et du minuscule prend toute sa dimension si l'on peut dire dans cette dénonciation voltairienne des maux de des contemporains, enfermés dans des certitudes et des comportements de censeurs dès que des contradicteurs les menacent.

Micromégas, c'est souvent une lecture scolaire qu'il ne faut pas manquer de reprendre plus tard car elle reste d'une acuité parfaite au XXIe siècle, celui de l'extinction des lumières.
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Roman philosophique de SF ou fantasy ( SF ou fantasy ?aidez-moi, je n'y connais rien ! ).
Micromégas, un géant de 30 km de haut, vient de l'étoile Sirius.
En surfant sur les comètes, il arrive sur Saturne où il se fait un pote qui est un nain par rapport à lui. Tous deux marchent sur l'anneau de Saturne puis bondissent par hasard sur la Terre, arrivent avec force d'éclaboussures dans une grande flaque d'eau : la mer Baltique.
C'est alors qu'ils découvrent un minuscule engin, c'est un bateau, et avec une loupe, observent des vermisseaux, des atomes qui s'agitent. Micromégas cueille délicatement le bateau, et, grâce à un cornet, entend que les atomes se parlent : il s'agit en fait du retour de l'expédition 1737 en Laponie de l'astronome Maupertuis, qui vient de prouver que les pôles sont aplatis. Une discussion scientifique et philosophique s'engage entre Micromégas et les savants. Celui-ci ne comprend pas qu'on puisse se battre pour un tas de boue : en effet, à son échelle, la Crimée par exemple, pour laquelle des vies humaines sont sacrifiées, n'est qu'un tas de boue !
.
Voltaire fera des vers en éloge à Maupertuis.
J'aime ce conte, car il démontre bien la relativité des choses. Et, comme d'habitude, Voltaire le pacifiste, condamne les guerres, et surtout leurs décideurs.
Cela me fait penser au roman de Céline "Voyage au bout de la nuit" , où, dans la première partie, l'auteur montre "la chair à canons" sacrifiée dans le nord de la France, tandis que les planqués, les chefs, les soi-disant "élites" font la fête à Paris.
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UNE «FADAISE» UNIVERSELLE ET IMPÉRISSABLE.

Une «fadaise philosophique qui ne doit être lue que comme on se délasse d'un travail sérieux avec les bouffonneries d'Arlequin » : ainsi ce cher (et plus sincèrement humble qu'à son habitude) François Arouet dit Monsieur Voltaire avait-il qualifié le premier jet, hélas aujourd'hui perdu, de ce qui deviendrait et intitulerait plus tard "Micromégas", dans la présentation qu'il en fit à son célèbre et éminent correspondant d'alors - nous sommes en 1739 -, Frédéric II de Prusse.

La postérité est une dame bien indocile, et celle de Voltaire n'échappe pas au genre. Lui qui espérait - y mettait beaucoup de son énergie, de son temps - que son oeuvre dramatique ainsi que sa poésie feraient sa gloire au-delà de la tombe en serait certainement pour ses frais : qui lit ou joue encore Mérope, Sémiramis, Oedipe ? Son Zaïre est, seule sans doute, de celle à avoir franchit - un peu - la barrière du temps. Qui lit ou déclame aujourd'hui La Henriade, que Beaumarchais plaçait alors à hauteur de L'Iliade !!!, qui se souvient de ses Épîtres, etc ? En revanche, Candide a atteint un tel niveau de popularité qu'il est même passé dans le langage courant, Zadig est encore très largement lu et étudié, et si Micromégas n'atteint pas de tels sommets, sans doute est-ce plus lié à sa brièveté qu'à son contenu ou à sa forme.

Qu'en est-il donc de ce qui est, fort probablement, l'un des tous premiers "contes philosophiques" qu'il rédigea de toute sa carrière, sinon le premier ?

Habitant d'un satellite de Sirius, Micromégas (mot à mot : "Petit-Grand") mesure huit lieues de haut. Devenu suspect à cause d'audacieuses spéculations, ce géant de 450 ans («au sortir de l'enfance») est condamné, pour un exil de huit cents ans, par une assemblée de juristes en raison de ses idées jugées «malsonnantes, téméraires, hérétiques» par le chef religieux local. Ainsi entreprend-il un long voyage interplanétaire en compagnie du secrétaire d'académie de Saturne, un "nain" de seulement six mille pieds qui multiplie les bévues et laisse parler sa nature, contrairement à Micromégas, véritable modèle de vertu et de mesure. Se déplaçant selon des théories plus ou moins inspirées de celles de Newton (que Voltaire lisait et tachait d'expliciter), les deux compères finissent par arriver sur terre.
Juste à ce moment-là, un voilier passe à leur portée qui transporte des savants de tous genres, s'en retournant d'une expédition au cercle polaire, lesquels passent pour à peine plus que des atomes mais dont il comprennent qu'ils ont langue et raison. Nos deux géants comprennent que ces drôles d'insectes passent leur temps à s'invectiver, se haïr, s'entretuer, ce que leur confirme l'un des philosophe présent, qui leur assène ces mots intemporels : «[...] nous sommes d'accord sur deux ou trois points que nous entendons, et nous disputons sur deux ou trois mille que nous n'entendons point.»

On peut gloser tant qu'on veut : texte préfigurant la science-fiction (comment ne pas penser, par ailleurs, à Rabelais, mais aussi à Swift, et puis à Cyrano de Bergerac. ), critique impeccable moquant les évidences se prenant pour savantes, diatribe contre Fontenelle (l'un des grands esprits du temps, tellement oublié aujourd'hui), libelle terrible et juste à l'égard de tous les sectateurs, qu'ils soient déiste ou philosophiques, Voltaire nous embarque dans une démesure peu commune en son temps. Pour la «fadaise», sans doute ; mais s'il se contente de peu, stylistiquement parlant (encore que...), il démonte les vérités fausses, les vraisemblances idiotes, les amitiés hypocrites, les croyances imbéciles, pour mieux assurer ce qui est d'éternité, que si l'on y porte attention, chaque certitude, aussi assurée qu'elle soit, est fruit de raison.

Un style, pour servir ces oeuvres parfois goguenardes, que M. de Voltaire n'estimait pas à hauteur : Immortel !
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Citations et extraits (101) Voir plus Ajouter une citation
Savez-vous bien, par exemple, qu'à l'heure que je vous parle, il y a cent mille fous de notre espèce, couverts de chapeaux, qui tuent cent mille autres animaux couverts d'un turban, ou qui sont massacrés par eux, et que, presque par toute la terre, c'est ainsi qu'on en use de temps immémorial ? » Le Sirien frémit, et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs animaux. « Il s'agit, dit le philosophe, de quelque tas de boue grand comme votre talon. Ce n'est pas qu'aucun de ces millions d'hommes qui se font égorger prétende un fétu sur ce tas de boue. Il ne s'agit que de savoir s'il appartiendra à un certain homme qu'on nomme Sultan, ou à un autre qu'on nomme, je ne sais pourquoi, César. Ni l'un ni l'autre n'a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s'agit ; et presque aucun de ces animaux, qui s'égorgent mutuellement, n'a jamais vu l'animal pour lequel ils s'égorgent.
- Ah ! malheureux ! s'écria le Sirien avec indignation, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée ! Il me prend envie de faire trois pas, et d'écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d'assassins ridicules. - Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. Sachez qu'au bout de dix ans, il ne reste jamais la centième partie de ces misérables ; sachez que, quand même ils n'auraient pas tiré l'épée, la faim, la fatigue ou l'intempérance, les emportent presque tous. D'ailleurs, ce n'est pas eux qu'il faut punir, ce sont ces barbares sédentaires qui du fond de leur cabinet ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d'un million d'hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement.
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Le lendemain, sur un bruit qui se répandit que la paix allait être conclue, le général persan et le général indien s'empressèrent de donner bataille ; elle fut sanglante. Babouc en vit toutes les fautes et toutes les abominations ; il fut témoin des manœuvres des principaux satrapes, qui firent ce qu'ils purent pour faire battre leur chef. Il vit des officiers tués par leurs propres troupes ; il vit des soldats qui achevaient d'égorger leurs camarades expirants pour leur arracher quelques lambeaux sanglants, déchirés et couverts de fange. Il entra dans les hôpitaux où l'on transportait les blessés, dont la plupart expiraient par la négligence inhumaine de ceux mêmes que le roi de Perse payait chèrement pour les secourir. " Sont-ce là des hommes, s'écria Babouc, ou des bêtes féroces ? "

LE MONDE COMME IL VA.
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— Il faut que vous ayez le diable au corps, dit Candide. — Il se mêle si fort des affaires de ce monde, dit Martin, qu’il pourrait bien être dans mon corps, comme partout ailleurs ; mais je vous avoue qu’en jetant la vue sur ce globe, ou plutôt sur ce globule, je pense que Dieu l’a abandonné à quelque être malfaisant. [...] Je n’ai guère vu de ville qui ne désirât la ruine de la ville voisine, point de famille qui ne voulût exterminer quelque autre famille. Partout les faibles ont en exécration les puissants devant lesquels ils rampent, et les puissants les traitent comme des troupeaux dont on vend la laine et la chair. Un million d’assassins enrégimentés, courant d’un bout de l’Europe à l’autre, exerce le meurtre et le brigandage avec discipline pour gagner son pain, parce qu’il n’a pas de métier plus honnête ; et dans les villes qui paraissent jouir de la paix, et où les arts fleurissent, les hommes sont dévorés de plus d’envie, de soins et d’inquiétudes, qu’une ville assiégée n’éprouve de fléaux. Les chagrins secrets sont encore plus cruels que les misères publiques.

CANDIDE, Chapitre XX.
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Notre existence est un point, notre durée un instant, notre globe un atome. À peine a-t-on commencé à s'instruire un peu que la mort arrive avant qu'on ait de l'expérience.
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— Il me prend envie de faire trois pas, et d'écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d'assassins ridicules. — Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. (...) D'ailleurs, ce n'est pas eux qu'il faut punir, ce sont ces barbares sédentaires qui du fond de leur cabinet ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d'un million d'hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement.
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