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ISBN : 2253071870
Éditeur : Le Livre de Poche (01/07/1997)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 56 notes)
Résumé :
La stupidité des hommes a jadis ruiné la planète Terre. La sensibilité des femmes permettra-t-elle de la réparer, ou plutôt de la laisser se réparer ? C'est la question que se pose Lisbeï au cours d'une longue vie aventureuse qui va la mener du Pays des Mères, où les sexes vivent séparés, vers un avenir encore incertain où ils parviendront peut-être à se retrouver. Ce beau roman, qui a reçu plusieurs prix (dont, pour sa traduction américaine, le prix spécial Philip ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
OumG
  30 mars 2017
Renverser les perceptions. Pousser les convictions hors de leurs fauteuils douillets. Tout en faisant tournicoter l'imagination. Voilà le rôle sacré de la science-fiction. Ces chroniques remplissent toutes les conditions. J'ai adoré. Et comment ai-je pu ignorer Elisabeth Vonarburg jusqu'alors ?
« La bonne science-fiction, c'est comme un coucher de soleil dans les yeux d'un platiste. » (anonyme)
La langue d'abord. Ici la langue pousse en dehors des ornières. Quand un homme et une femme - une femme et un homme - se regardent, on dit qu' « elles se dévisagent ». Un exemple dans tout un renversement grammatical. C'est un roman féministe, oui, mais. Surprise. Toute chose poussée assez loin - quand c'est fait avec sincérité – doit forcément contenir son contraire...
Ce monde de femmes. Je ne vous dirai pas s'il est sur un autre globe. Un autre temps. Ailleurs, maintenant, etc. J'ai trop peur de gâcher. Gâcher la découverte. Qui se fait par le biais d'une enfante. Les premiers souvenirs d'une « mosta » de cinq ans. Qui ouvre ses yeux naïfs sur le monde. Et les nôtres aussi. Presque aussi naïfs que les siens.
Cette enfante et cette femme dont dont nous suivons la vie. Dans ce monde et cette société. Une vie d'absolu, de curiosité. Une vie qui croise de nombreuses personnages. Une vie faite de beaucoup de relations, de passions, et d'interrogations. Une vie un peu longue et bavarde parfois aussi. Presque trop intime le journal. Mais l'organisation des sexes, l'eugénisme, l'écologie, la foi, l'histoire, la politique, la tradition et le changement, les règles et la transgression, le bien commun et le coût du sacrifice.
Pour moi les Chroniques est surtout un roman éthique. Les questions éthiques le traversent tout du long. Leur éthique ? Ou la nôtre.
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Sionnach
  16 juin 2013
Un livre vraiment dense, sur le plan du fond comme de la forme... Je vais essayer de décrire mes impressions de lecture mais elles ne seront sûrement pas à la hauteur de cette petite merveille...
La narration est très particulière. On a le récit de Lisbeï à la troisième personne, intercalé de lettres et d'extraits de journal personnel. Cela nous permet d'apprendre beaucoup de choses en parallèle du récit, puisqu'il permet de revenir sur des évènements passés, sur les impressions et le réflexions que Lisbeï ne confie qu'à son journal. Toute la narration est d'ailleurs dans le même style, dans un va-et-vient de passé et de futur. On connaît donc parfois des éléments avant même qu'ils ne se soient passés, et nous donnent ainsi un éclairage nouveau. C'est un peu perturbant au début, mais quand on arrive à s'y faire, c'est au final un style agréable à lire (même s'il m'arrivait de retourner en arrière pour vérifier les dates ^^). L'autre particularité est que le féminin domine également dans les accords : on dit chevale, enfante, ... et on dit "elles" pour un groupe même si un homme est présent. Cela renforce cette impression d'être immergé dans un monde féminin.
De nombreux thèmes sont développés dans ce livre. le premier et le plus marquant est la hiérarchisation. Seules les Mères des familles sont autorisées à procréer directement avec les hommes. Les autres femmes sont tributaires de l'insémination artificielle. La perpétuation de l'espèce humaine est au centre de toutes les préoccupations, et organise même la vie de tous. Les femmes sont des Vertes de leur enfance à leur adolescence, des Rouges lorsqu'elles sont en âge de porter des enfants, et des Bleues lorsqu'elles ne sont plus fertiles (c'est également la couleur des femmes stériles, comme Lisbeï). Les Rouges doivent porter des enfants tous les deux ans. Les hommes quant à eux sont mis à l'écart au début de leur adolescence, pour les préparer à leur vie de reproducteur. Lorsqu'ils sont des Rouges, ils sont en période de Service, et vont de famille en famille afin de faire des enfants avec la Mère. Ils ne sont pas libres de leurs choix, ils sont Choisis par une famille en fonction de leur lignée, de leur ascendance. Ils sont considérés un peu comme du bétail...
On découvre petit à petit l'histoire du Pays des Mères, et ce qui a mené à l'organisation présente. Au lendemain du cataclysme qui a bouleversé le monde, celle-ci a été prétexte pour les hommes à asservir les femmes : c'était le temps des Harems. Puis les femmes se sont révoltées, et les rôles se sont inversés, et ce fut le temps des Ruches. Celles-ci ont également disparu au profit du Pays des Mères, beaucoup moins violent et équitable que son prédécesseur. On découvre donc ce passé avec lequel doivent vivre les familles aujourd'hui, avec quelques résurgences. Certaines femmes ont également choisi comme "carrière" de faire des fouilles archéologiques, afin de retrouver des lieux préservés du cataclysme. On retrouve ainsi des lieux, des salles enfouies, dont elles ne savent plus à quoi ils servent, mais également des objets, des oeuvres d'art et des livres. Car avec le cataclysme, beaucoup de choses ont disparu, comme le savoir acquis il y a longtemps dans tous les domaines : technique, médical,.. qu'elles cherchent à recouvrer. Cela donne lieu a beaucoup de situations de découvertes que l'on vit; nous lecteurs, en spectateurs. On reconnaît certains objets et leurs utilités, alors que les protagonistes elles n'en ont pas la moindre idée. C'est assez sympathique !
L'aspect historique se double d'un aspect religieux très fort. La figure divine que vénère le Pays des Mères, Elli, régit le quotidien de toutes et tous. Les familles suivent Sa Parole en toutes choses. Mais comme on le découvrira avec Lisbeï, des découvertes vont remettre en cause certains aspects de la religion. On découvre en effet le personnage de Garde, une femme qui a amené au soulèvement au temps des Ruches, et qui est considérée comme la fille d'Elli, celle qui a amené Sa Parole . On ne peut pas s'empêcher de faire le rapprochement avec la religion chrétienne, avec Dieu d'une part (Elli) et Jésus (Garde) qui a porté sa parole et la foi aux hommes. Version féminisée là encore ! Mais je ne vous en dévoile pas trop sur ce sujet, c'est un des éléments clé de l'histoire.
Je me rend compte que j'ai beaucoup parlé de ce que contient ce livre, excepté une chose très importante : le personnage principal. On s'attache énormément à Lisbeï. On s'identifie pratiquement à elle, puisque nous partageons ses pensées, ses doutes, ses découvertes... On suit toute son évolution psychologique, de son enfance à sa vie d'adulte, ses progrès dans la compréhension du monde et des relations sociales, choses pour lesquelles elle n'était pas prédisposée. Il y a également une foule de personnages secondaires, qui seront également très attachants, et font toute la force de livre. C'est aussi grâce à eux que Lisbeï se construit. Il y a énormément de passages très émouvants dans ce livre, et j'ai souvent eu la larme à l'oeil.
Ça a été une lecture très enrichissante. Cet univers très hiérarchisé nous interroge, on se pose des questions sur les relations entre hommes et femmes, leur statut, et l'égalité. L'aspect religieux/mystique est également très intéressant, surtout quand il est confronté aux recherches archéologiques. On voit les évolutions des croyances, la capacité qu'ont les familles de remettre plus ou moins en question ce qu'elles savaient de leur religion, et en accepter de nouveaux aspects. Et il y a également ces questionnements autour de l'amour et de l'amitié, entre femmes, entre hommes et femmes... Bref, il y a énormément de choses sur lesquelles je me suis arrêtée, sur lesquelles je me suis interrogée. Mais ça va être impossible de parler de tout en un seul article, et puis je pense qu'il vaut mieux en faire l'expérience soi-même, et voir ce que la lecture de ce livre évoque en nous. C'est un livre qui laisse des traces en tout cas.
Je pense que relirais ce livre dans un an ou deux, car je pense que pas mal de choses m'ont échappées. Et maintenant que je me suis habituée au style et à l'orthographe particulière, je pourrais mieux l'apprécier.
Lien : http://revedurenard.online.f..
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Beatson
  19 mars 2016
Comme d'autres, j'ai également trouvé ce livre un peu long.
Ce qui est paradoxal, c'est que mettre en scène d'une civilisation de femmes me parait assez une situation assez intéressante et ce livre comporte pas mal d'idées assez judicieuses et même originales sur les plans humain, sociologique, éducatif et politique.
Par contre cela est un peu noyé dans un contexte de mystique religieuse assez pauvre (remplacer JC par une femme, ça ne va pas loin). Certains concept yogiques transparaissent de temps en temps et le développement là dessus m'aurait bien plus intéressé.
Le personnage principal se pose beaucoup de questions à tel point que je l'ai trouvée assez "immature".
Et sur le plan sexuel, alors là, on est dans de la vraie guimauve. Tout est tellement sous la forme d'allusion et de non-dit que je pense être passé à côté de certains détails de l'histoire. Je n'aurai jamais pensé que nos descendantes puissent être aussi prudes.
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Philemont
  17 décembre 2012
Chroniques du Pays des Mères est un roman qui décrit une Terre futuriste dont la population masculine a été décimée par une catastrophe. Cela engendre bien entendu des rapports humains fort différents de ce que l'on connaît aujourd'hui, donc de fait une organisation sociale très particulière.
C'est ce que s'attache à décrire longuement Elisabeth VONARBURG par le prisme de la vie de Lisbeï, consacrée à de longues recherches historiques et archéologiques. Que ce soit à la troisième personne, ou par le biais d'échanges épistolaires de divers personnages du roman, cette vie rend compte de ce qu'est devenue la société humaine. Les activités de Lisbeï permettent aussi d'avoir une explication progressive d'une telle évolution pour l'humanité ; elle demeure certes parcellaire, mais cela ajoute à la crédibilité d'ensemble du récit, un peu comme quand notre société contemporaine en est réduite à de simples conjectures sur les faits de la Préhistoire. Cette crédibilité est aussi la résultante du langage qui lui-aussi a été adapté à la féminisation de la société.
Si le tout manque singulièrement de rythme, Chroniques du Pays des Mères est un roman profondément humaniste qui évite l'écueil du féminisme militant. Lentement, et sur un ton mélancolique, c'est à un véritable compte-rendu anthropologique que se livre Elisabeth VONARBURG, non sans rappeler parfois les oeuvres du cycle de l'Ekumen d'Ursula K. LE GUIN. On est donc ici en présence d'un roman qui privilégie le raffinement par rapport à l'action, ce qui ne conviendra certainement pas à tous les lecteurs mais comblera à coup sûr ceux qui sont avides de profondeur et de réflexion.
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AlizeeSand
  13 novembre 2015
Une super découverte pour cette auteur québécoise peu reconnue en France, et c'est bien dommage !
Chronique du Pays des Mères est un roman très dense, un roman d'apprentissage où l'on suit le personnage de Lisbeï et où l'on apprend tout en même temps qu'elle : le monde où elle vit, cette société dirigée par les Familles, les femmes, les Mâles et où tout est fait selon des règles précises, afin de favoriser l'augmentation de la démographie dans un monde où le taux de mortalité est très élevé, et le pourcentage de naissances de garçons assez faible. Il faut un petit temps d'adaptation au style et passer outre la confusion car ensuite se révèle un petit bijoux !
Je ne sais même pas si je pourrais faire un résumé de cette oeuvre. C'est tellement riche, et il y a tellement de réflexions sur l'humanité, la religion, les croyances, la science, la construction de soi, les relations aux autres, l'amour... C'est parfois presque de la philosophie, et de la belle philosophie !
Passé et présent se mêlent, les dates se bouscules, tout fini par prendre sens après coup ; les personnages vont et viennent, gravitent autour de Lisbeï qui vit, apprend, aime, se révolte... Lisbeï enfant et adulte se mêlent, Lisbeï futur Mère, puis Bleue, puis étudiante, exploratrice, intellectuelle, amoureuse... On suit son évolution psychologique tout le long du roman, et on finit par vraiment s'attacher à elle.
Ce roman est un beau roman sur les relations hommes/femmes, l'égalité, le féminisme. C'est vraiment une belle réflexion sur l'être humain et l'humanité.
Je ne saurais quoi dire d'autre, à part que la meilleure façon de se faire une idée c'est de le lire ! Et allez-y, parce qu'il vaut vraiment le coup !
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
OumGOumG   05 avril 2017
Y a-t-il en chacune seulement une réserve limitée de souplesse, une capacité limitée de croire plusieurs choses en même temps sans qu’elles se détruisent les unes les autres ? L’ai-je usée sans m’en rendre compte ? Parce que je me suis racontée trop d’histoires, contrariées par trop de réalités ensuite, ou terminées d’une façon trop différente de celle que j’avais imaginée ?
Peut-être franchit-on plusieurs seuils, et chaque fois on retrouve une sorte d’équilibre, mais au bout d’un certain temps, après trop de transformations, on ne peut plus.
C’est peut-être cela, vieillir ?
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OumGOumG   08 avril 2017
Elles regardaient se coucher le soleil. Elles attendaient l’instant parfait, si bref, où l’on peut croire sans effort que la nappe en fusion dans le ciel est un lac, une mer intérieure, un golfe, et les masses écarlates ou déjà bleu-violet des nuages, une côte lointaine face à des archipels inconnus baignés d’une eau d’or ou de cuivre liquide, de la lave même mais qui ne brûle pas dans ces contrées aux détails imprécis mais aux contours d’une netteté presque douloureuse. Il suffirait d’avancer, semble-t-il, on escaladerait plateaux et contreforts du ciel, et tout à coup ce serait la beauté, pour toujours.
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BeatsonBeatson   19 mars 2016
Il y a des moments où, de la présence simultanée d’éléments disparates, jaillit soudain une étincelle qui se propage aussitôt. Tous ces éléments portent à notre insu une parcelle identique de sens inflammable. Et elles se combinent en nous, une chimie invisible les cristallise tout d’un coup en une illumination, comme on dit, « fulgurante ». Une intuition irrésistible. Après, on reconstruit, on se dit que « c’était évident » mais on se trompe : c’est devenu évident. Les conséquences de cet éclair sont allées modifier notre conscience en amont, comme en aval la réalité que nous percevons : notre futur, mais aussi notre passé. Et il faut tout un travail pour reconstituer cette intuition dans ses détails, retrouver dans la linéarité des mots cette certitude globale qui a en quelque sorte court-circuité langage et la durée : il faut essayer, péniblement, de revenir, de se souvenir de ce qu’on a su.
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OumGOumG   28 mars 2017
Antoné n'a jamais été très douée pour donner des explications simples ; elle a trop de respect pour l'exactitude scientifique ; entre une bonne histoire et de vilains faits, elle choisira toujours les faits ; elle n'a jamais pu admettre qu'une bonne histoire vaut parfois mieux - en attendant de pouvoir digérer les faits.
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VALENTYNEVALENTYNE   09 août 2015
La gardienne bleue s’appelait Antoné et c’était une Médecine. Elle avait vingt années. Elle aurait dû être une Rouge, mais elle n’avait jamais pu faire d’enfantes. Aussi était-elle une Bleue. C’était aussi une « pérégrine », une Bleue qui ne restait pas chez elle mais se promenait de Famille en Famille. Lisbeï était une Verte, ou une « dotta ». Les Mosta aussi étaient des Vertes, mais ce n’étaient pas des dotta. Il faudrait un certain temps à Lisbeï pour comprendre la nuance.
Les Bleues normales étaient celles qui ne pouvaient plus faire d’enfantes parce que leurs graines étaient épuisées, après 35 années, en général. Les Rouges seules étaient les » mères », celles qui faisaient les enfantes. On les appelait aussi « génitrices ». Mots, catégories, hiérarchies, les réponses se multipliaient de façon vertigineuse de l’autre côté du mur de la garderie. La plupart du temps, Lisbeï ne savait même pas à quelles questions correspondaient ces réponses qu’on laissait tomber en passant, comme si elles allaient de soi.On croyait donner des explications : on lui révélait surtout la profondeur de son ignorance.
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