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Lucienne Lotringer (Traducteur)
ISBN : 2020408104
Éditeur : Seuil (18/06/2004)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 215 notes)
Résumé :
A partir d'embryons de ses propres souvenirs, Kurt Vonnegut échafaude la très cruelle saga de Billy Pèlerin, l'homme qui voyageait dans le temps, passant, d'un coup, de sa nuit de noces aux latrines d'un camp de prisonniers, d'un lit d'hôpital à une porcherie bombardée, d'une paisible existence à une cage de zoo sur la planète Tralfamadore...
Au récit swiftien, propre à mettre en avant le ridicule, sinon l'absurdité du comportement terrien, Vonnegut empr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
Foxfire
  19 mai 2016
Billy Pilgrim est un opticien américain dans les années 60. Billy Pilgrim est aussi détenu par les trafalmadoriens qui l'exhibent comme un sujet de curiosité sur leur planète. Billy Pilgrim est aussi un jeune soldat américain prisonnier à Dresde en 1945. Billy Pilgrim est tout cela. En même temps. Car comme lui disent les trafalmadoriens, le temps n'est pas une succession de moments s'égrainant de façon linéaire, mais une superposition d'états.
A la lecture de cette tentative, ratée et complètement vaine, de résumé, on voit tout de suite qu'il est illusoire de chercher une logique dans ce roman. "Abattoir 5" est totalement inclassable. Récit de guerre, ingrédients de science-fiction, questionnements philosophiques, roman psychédélique... le roman de Vonnegut ne se prête à aucune classification. le récit de Vonnegut brise toute logique classique de narration. Car il est vain de chercher du sens à ce qui n'en a pas. "Le mot pourquoi ne veut rien dire" disent les trafalmadoriens à Billy. Expliquer l'absurde n'a pas de sens et quoi de plus absurde que la guerre et son cortège d'horreurs.
Si "Abattoir 5" est impossible à classer, il est aussi très compliqué d'en parler. Trouver les mots pour évoquer une lecture aussi singulière est difficile. J'imagine qu'il faut être dans un certain état d'esprit pour être touché par le récit de Vonnegut, que certains lecteurs se sentiront exclus, peinant à ressentir des émotions lors de leur lecture. Je devais être dans la bonne disposition pour recevoir ce roman qui m'a littéralement bouleversée. Ce texte écrit avec les tripes par un esprit torturé m'a soufflée. J'ai été secouée par le propos et transportée par la forme. "Abattoir 5" m'a remué le cerveau et le coeur.
Dans ce récit puissant, violemment anti-militariste, transparait une forme d'humanisme désabusée. Pour l'auteur, aucune horreur ne se justifie, aucune mort n'a de sens. A cet homme qui cherche à justifier le bombardement de Dresde par une sorte de "c'est eux qui ont commencé", Billy acquiesce mollement. Chercher un "parce que" à Dresde , à l'horreur de ces milliers d'êtres transformés en "farine humaine", n'a pas de sens. Et comme le temps n'existe pas tel que nous le concevons, cet instant d'horreur n'a pas de fin, il existe pour l'éternité. La guerre, même finie, est toujours là. Vonnegut a vécu la guerre, il a vu Dresde? Et Vonnegut, comme Billy, la vit encore et toujours, chaque instant étant permanent. Ce roman anti-militariste n'invite donc pas au devoir de mémoire car on ne se remémore pas quelque chose qui est, on ne se remémore que ce qui a été.
Il y a dans "Abattoir 5" un fatalisme désespéré qui peut déplaire. Ce constat de la barbarie éternelle est très pessimiste. Mais j'ai vu aussi dans "Abattoir 5" une lueur d'optimisme. Billy supporte l'indicible en se raccrochant aux souvenirs de ce qui a été et aux souvenirs de ce qui sera. On peut appeler ça l'imagination. En cela, Billy Pilgrim m'a rappelé Darrell Standing, le personnage du "vagabond des étoiles" de Jack London, qui s'évadait des murs de sa prison par la force de son imagination en revivant ses vies antérieures.
Ainsi, Vonnegut nous rappelle la force de l'imaginaire qui permet de supporter l'horreur de la condition humaine.
Challenge Multi-Défis 2016 - 28 (un roman qui se passe en temps de guerre)
Challenge Petits plaisirs 2016 - 23
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Charybde7
  12 décembre 2014
Bombe littéraire à fragmentation.
Sans emphase ni exagération, «Abattoir 5 ou la croisade des enfants», le sixième roman de Kurt Vonnegut (1922-2007), publié en 1969, fait partie des livres incontournables, à lire et relire absolument.
À l'origine, il y a la vie de Kurt Vonnegut : Fait prisonnier par les Allemands en décembre 1944, Il fût transféré à Dresde où il travailla dans un abattoir, et fût un des rares survivants du bombardement de la ville en février 1945, refugié avec quelques autres soldats américains dans les caves de l'abattoir.
Kurt Vonnegut voulait évoquer son expérience de la guerre, mais comment dire l'horreur sans tomber dans un effroi abyssal ou une dépression insurmontable, ni dans des stéréotypes qui pourraient faire passer la guerre pour une aventure utile ? Il répond à cette question insoluble avec un récit en apparence absurde et dénué de sens, comme la guerre, un chef d'oeuvre poignant, désespéré et en même temps d'un humour féroce.
Le héros du livre, homme sans qualités du nom de Billy Pèlerin et double fictionnel de Vonnegut, a rencontré des extra-terrestres, les Tralfamadoriens qui l'ont kidnappé et comme eux, il a «décollé du temps», ce qui signifie qu'il voyage dans le temps de sa propre vie, avec des allers et retours imprévisibles et incessants, ne sachant jamais quel est le prochain moment qu'il va vivre.
Billy Pèlerin est ainsi tour à tour en lune de miel, sur le point de survivre à un accident d'avion en 1968, sur le front pendant l'ultime offensive allemande de 1944 et ne voulant pas se battre, à Chicago pour prononcer une conférence sur les soucoupes volantes et la nature du temps en 1976, exposé nu dans un zoo de Tralfamadore en compagnie d'une jolie starlette, Montana Patachon, ou encore en février 1945 sous les bombes de Dresde…
«Un anesthésique est insufflé dans l'air que respire Billy pour l'endormir. On l'emporte dans une cabine pour l'endormir. On l'emporte dans une cabine où on l'attache à l'aide de sangles à un fauteuil-relax jaune dérobé dans un entrepôt de Prisunic. La cale de la soucoupe était bourrée d'objets volés qui serviraient à meubler l'habitation reconstituée pour Billy dans un zoo de Tralfamadore.
L'insupportable accélération, cependant que la soucoupe quitte la Terre ratatine le corps assoupi de Billy, lui tord le visage, le ravit au temps, le réexpédie à la guerre.
Quand il revint à lui, il n'était pas sur la soucoupe. Il traversait l'Allemagne sur un wagon de marchandises.»
Kurt Vonnegut raconte la guerre en tournant autour et en la fragmentant. L'effet est étourdissant, les événements se succèdent sans enchaînement logique apparent, mais le flot du récit est totalement fluide malgré les sauts temporels, régulièrement ponctué de cette phrase faussement stoïque : «C'est la vie».
La tragédie de la guerre est totalement absurde, et une simple description des événements ne saurait transmettre l'inconcevable. Ce conte qui a recours à la science-fiction et au contournement, renvoie en miroir aux mots de Sebald à propos des récits des rescapés des bombardements, qui «se caractérisent en règle générale par leur discontinuité, leur caractère singulièrement erratique, en telle rupture avec les souvenirs nés d'une confrontation normale qu'ils donnent facilement l'impression de n'être qu'invention pure ou affabulation.» (W.G. Sebald, de la destruction comme élément de l'histoire naturelle)
Mais comment ai-je pu attendre si longtemps avant de lire ce chef d'oeuvre ?
«Billy, grâce à ses souvenirs du futur, sait que la ville sera réduite en miettes avant de flamber, dans trente jours à peu près. Il se rend compte aussi que la plupart de ceux qui l'observent mourront très bientôt. C'est la vie.»
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jamiK
  19 mai 2016
Soufflé par une explosion littéraire !
Kurt Vonnegut prend le parti de nous raconter le bombardement de Dresde en 1945 dans un livre de Science Fiction. le bombardement n'est pas le prétexte pour nous faire vivre une aventure, c'est l'histoire rocambolesque de Billy qui est le prétexte pour nous faire vivre ce drame historique.
Billy a la particularité de vivre les moments de son existence en désordre. Il est chez lui avec sa fille à la fin des année soixante et se retrouve l'instant qui suit dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne en 1945, ou encore en cage dans un zoo sur une planète extra-terrestre. Les moments cocasses ou dramatiques de sa vie sont nivelés, ses émotions aussi. Billy est-il fou ou est-il l'être le plus lucide qui soit ? Il traverse l'Histoire et les évènements un peu comme le Candide de Voltaire ou Usbek des lettres persanes de Montesquieu ou encore Gulliver.
Je m'attendais à trouver un livre de SF, mais il s'agit surtout d'une démonstration de l'absurdité de la guerre. L'absence d'empathie, la naïveté du personnage est une manière d'aborder le sujet sans le pathos, une guerre sans héros, une société sans but, un suite de faits incongrus qui une fois rassemblés forment un véritable pamphlet. La désarticulation du temps efface la notion d'aventure pour nous laisser perdu face à l'absence de sens, à l'absence du “pourquoi”.
On passe du rire à la tristesse d'un paragraphe à l'autre, mais ce qu'il reste à la fin de la lecture, c'est un goût un peu amer, une vision sans complaisance de notre société, de l'Histoire.
J'ai retrouvé dans ce roman ce qui fait des «Voyages de Gulliver» un chef d'oeuvre, et ce n'est pas in mince compliment.
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colimasson
  21 novembre 2015
Dans un passage de son livre, Kurt Vonnegut explique que la Troisième loi de la Mécanique d'Isaac Newton « établit qu'à toute force qui s'exerce dans une certaine direction correspond une force de même intensité orientée en sens contraire ». Oui. « Ça peut être utile dans le domaine des fusées ». C'est certain. Et un livre sur la guerre, ça peut être utile dans quel domaine ? Un livre sur les bombardements de Dresde, à qui ça peut servir ? N'est-ce pas la faute à ses foutus écrivains qui ne peuvent pas s'empêcher d'embellir leur rôle si les guerres ne cessent jamais ? Les manchots, bras cassés et cul terreux, incapables de mener une vie correcte, finissent alors par croire qu'ils peuvent se venger de leur insignifiance en se joignant au combat, attirés par l'espoir d'une gloire qui n'existe qu'en littérature.

Kurt Vonnegut le pense sincèrement et c'est pourquoi son roman ne ressemble à aucun autre roman sur la guerre. « Pas de personnages à la Frank Sinatra ou à la John Wayne », pas d'accusations à tout va non plus.

« J'ai fréquenté un temps l'université de Chicago après la Seconde Guerre. J'étais en Anthropologie. A l'époque, on enseignait que tout le monde était exactement comme tout le monde. […] On nous apprenait aussi que personne n'était ridicule, mauvais ou répugnant. Peu avant sa mort, mon père me dit comme ça : "Tu as remarqué que tu n'as jamais mis de crapule dans tes histoires ?". »

Pas de crapules, c'est quelque peu déstabilisant dans un roman qui parle de la guerre. Pour continuer dans l'étrange jusqu'au bout, et pour rendre sa pensée plus explicite, Kurt Vonnegut laisse souvent la parole aux sages Trafalmadoriens, un peuple lointain venu observer notre population terrienne (faut pas avoir grand-chose à faire). Pour eux, le temps n'existe pas, la mort non plus et ils considèrent « qu'une personne qui meurt semble seulement mourir. Elle continue à vivre dans le passé et il est totalement ridicule de pleurer à son enterrement. le passé, le présent, le futur ont toujours existé, se perpétueront à jamais. […] Un Tralfamadorien, en présence d'un cadavre, se contente de penser que le mort est pour l'heure en mauvais état, mais que le même individu se porte fort bien à de nombreuses autres époques ». Alors, qu'il se passe des événements joyeux dont on peut tirer gloriole ou que les événements semblent s'enchainer dans une espèce de fatalité funeste, peu importe : les Trafalmadoriens et Kurt Vonnegut à leur suite ont atteint le sommet de toute philosophie, résumée en une phrase : C'est la vie. Alors mon gars, si tu espérais trouver un peu de mérite à te sacrifier ou à sacrifier les autres (à la guerre ou ailleurs), n'oublie pas ce détachement troublant des grands êtres Trafalmadoriens, n'oublie pas que tu n'existes pas, mais cependant à jamais, et que toutes les ambitions que tu peux nourrir sur cette terre sont certainement vaines, mais d'autant plus mauvaises que tu agis sans savoir, croyant poursuivre le bien et la gloire lorsque tu ne fais qu'exécuter la condamnation de ta soumission. C'est pourquoi Kurt Vonnegut parle surtout de toutes les histoires importantes de la vie dérisoire de Billy : un mariage, des rencontres, une famille, et les épisodes de la guerre surviennent parfois, comme une erreur, insignifiants comme tout mais pire que ça, dommageables. Abattoir 5 ne constitue plus ce viatique qui voudrait nous rendre la guerre bandante. Il ne faudrait pas pour autant que les personnes éplorées de sens finissent à leur tour par se consacrer à l'écriture.
Lien : http://colimasson.blogspot.c..
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ScoutCurtis
  16 février 2016
Avant de donner mon avis, je tiens à adresser un immense merci aux éditions Points et à Babelio pour leur confiance pour cette opération Masse critique.
Autobiographie, plaidoyer antimilitariste, roman de science-fiction, Abattoir 5 de Kurt Vonnegut est tout cela à la fois. C'est un remarquable réquisitoire contre la guerre, ou plutôt les guerres et contre le cortège d'horreurs qui les accompagne.
Ce roman en grande partie autobiographique s'inspire de l'expérience traumatisante de Kurt Vonnegut : prisonnier de guerre à Dresde durant la seconde guerre mondiale, enfermé dans l'Abattoir 5 (qui inspira le titre de son roman) il connaît l'enfer d'un des pires bombardements de cette guerre qui détruira presque entièrement la ville et fera plus de 20 000 morts.
Abattoir 5 apparaît donc comme une tentative d'exorcisme de cette nuit d'horreur qu'a vécu Vonnegut, et qu'il ne peut affronter sans le secours de la fiction.
Le roman nous transporte, de manière comique, en jouant avec les codes du genre de la science-fiction : voyage dans le temps, enlèvement par les extra-terrestres...
Mais ici la science-fiction ne sert qu'à camoufler la vérité. Une vérité que Billy Pilgrim, héros du livre et avatar de l'auteur, refuse de toutes ses forces.
Une réalité qu'il cherche à repousser dans le domaine de l'imaginaire, comme pour la rendre plus supportable et lui éviter de sombrer dans la folie.
Si je dois relever un petit bémol à cette nouvelle édition, ça serait la traduction du leitmotiv du personnage de Billy Pilgrim "c'est la vie", ponctuant chaque mention de décès, qui est devenu "ainsi vont les choses". Cependant cette variation ne devrait pas perturber les nouveaux lecteurs.
En bref, c'est un roman délirant faisant preuve d'un humour noir jubilatoire et d'une construction alambiquée.
«Abattoir 5 ou la Croisade des enfants» fait partie des classiques de la science-fiction à lire et relire absolument.
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critiques presse (1)
Telerama   17 février 2016
Ouvrage symbole de la contre-culture, paru en 1969, Abattoir 5 est aussi un classique de la SF et un livre superbe sur la guerre.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
lanardlanard   30 avril 2012
Billy a invité Trout à fêter sont dix-huitième anniversaire de mariage, deux jours plus tard. Les réjouissances battent maintenant leur plein.
Trout, dans la salle à manger, engloutit des canapés. Il parle à la femme d'un opticien, la bouche pleine de fromage blanc et d'oeufs de saumon. Tout le monde, Trout excepté, a un lien quelconque avec l'optique. De plus, il est le seul à ne pas porter de lunettes. Il se taille un fameux succès. Les convives sont fort aise de la présence d'un écrivain en chair et en os, même s'ils ignorent tout de ses romans.
Trout fait causette avec une certaine Maggie White qui, de secrétaire d'un dentiste, est devenue femme d'opticien. Elle est très jolie. Le dernier bouquin qu'elle ait ouvert est 'Ivanohé'.
Billy Pélerin, à deux pas, tend l'oreille. Il tripote quelque chose au fond de sa poche. C'est le cadeau destiné à sa femme, un écrin de satin blanc contenant un saphir étoilé à monture fantaisie. Il y en a pour huit cent dollars.
Les flatteries dont Trout est l'objet, toutes superficielles qu'elles soient et proférées par des béotiens, lui montent au cerveau comme une drogue. Sa satisfaction éclate en une bruyante impudence.
"Je crains de ne pas lire autant qu'il le faudrait, murmure Maggie.
- Nous avons tous peur de quelque chose, coupe Trout. Moi, c'est le cancer, les rats et les Doberman.
- J'ai honte de ne pas le savoir, mais je vous pose tout de même la question: qu'avez-vous écrit de plus connu?
- Un truc sur enterrement d'un célèbre chef français.
- C'est passionnant.
- Tout les meilleurs cuisiniers du monde se sont déplacés. C'est une cérémonie grandiose." Trout improvise au fur et à mesure. " Avant de sceller le cercueil, la famille asperge le mort de persil et de paprika." C'est la vie.
"C'est une histoire vraie?" s'enquiert Maggie White . Maggie n'est pas un cerveau, mais elle constitue une invitation irrésistible à la procréation. Les hommes la regardent et se mettent immédiatement à vouloir la remplir de bébés sur-le-champ. Elle n'a pas encore donné le jour à un seul enfant. ELle est adepte des méthodes anticonceptionnelles.
"Bien entendu, soutient Trout. Si je me servais d’évènements qui n'ont pas réellement eu lieu et que j'essayais de vendre mes bouquins, je risquerais a prison. Ce serait de l'"abus de confiance""
Maggie gobe le tout. "Je n'avais jamais pensé à cela.
- Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
- C'est comme la publicité. On doit dire la vérité, sinon on a des ennuis.
- Très juste. Le même code régit les deux.
- Vous avez l'intention de nous faire entrer dans un récit, un de ces jours?
- Tout ce qui m'arrive se retrouve dans mes livres.
- Je vais bien mesurer mes paroles.
- Vous avez raison. Et je ne suis pas le seul à écouter. Dieu aussi vous entend. Au jour du Jugement dernier il vous énumérera tous vos faits et gestes. S'il s'avère que le mal l'emporte sur le bien, ce sera dommage pour vous parce que vous grillerez pour l'éternité. Et les brûlures ne cessent jamais de vous tourmenter."
La pauvre Maggie vire au gris. Elle avale aussi cela, en reste pétrifiée de terreur.
Kilgore Trout rit de bon coeur. Un oeuf de saumon jaillit de sa bouche et atterrit au creux des seins de Maggie.
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lanardlanard   30 avril 2012
C'est "l’Évangile de l'espace" de Kilgore Trout. Il s'agit d'un visiteur étranger à la Terre qui, entre parenthèses, a beaucoup d'un Tralfamadorien. Il se livre à une étude serrée de la chrétienté dans le but de découvrir pourquoi les chrétiens se révèlent si facilement cruels. Il conclut qu'une bonne partie du problème tient au bourrage de crâne massif du Nouveau Testament. Selon son optique, le rôle des Évangiles serait d'inculquer aux gens, entre autres choses, une infinie compassion, même envers les plus déshérités.
Mais en fait, le message des Évangiles est celui-ci:
"Avant de tuer qui que ce soit, assurez-vous bien qu'il n'a pas de hautres relations." C'est la vie.

Ce qui accroche dans toutes ces bondieuseries, proclame le voyageur interstellaire, c'est que le Christ, sous son aspect plutôt insignifiant, est en réalité Fils de l'Etre suprême. Les lecteurs en sont conscients et quand se place la scène la de la crucifixion, ils s'écrient tout naturellement (Juderose relit la phrase à haute voix):
"Oh, machin, ce coup-là, ils n'ont pas tiré le bon numéro en lynchant ce type!"
Ce qui entraîne une pensée concomitante; "Il y a donc des gars bons à lyncher?" Qui alors? Ceux qui ne connaissent personne de bien placé. C'est la vie.
L'étranger fait don à la Terre d'un nouvel Evangile. Le Christ y est vraiment un rien du tout et un fichu poison pour beaucoup de gens pourvus d'accointances plus puissantes que les siennes. Il se débrouille cependant pour proférer toutes les merveilleuses paroles pleines de mystère qui figurent aussi les anciennes version.
C'est pourquoi, un beau jour, on s'amuse à le clouer sur une croix qu'on plante en terre. Les tortionnaires sont sûrs que cela ne tirera pas à conséquence. Et le lecteur se doit d'adopter cette vue car le nouvel Évangile lui enfonce dans la tête, de gré ou de force, que Jésus est bien un va-nu-pieds.
Et soudain, au moment où cet obscur est sur le point de mourir, les cieux se déchirent, le tonnerre résonne, l'éclair jaillit. La voix de Dieu gronde du haut des nues. Elle annonce à tous qu'il fait son fils de ce bon à rien et lui accorde, à ce jour l'éternité, les pouvoirs et privilèges du Fils du Créateur de l'Univers. Dieu tonne: " Dès cet instant, Ma main s'appesantira sur quiconque s'acharne sur un pauvre mec sans piston!"
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lanardlanard   30 avril 2012
Fumeux trimbalait un bloc de balsa qu'on disait être un oreiller de tranchée. Il avait un étui prophylactique qui contenait deux préservatifs résistants "Réservé à la prévention des maladies vénériennes!". Il possédait un sifflet qu'il ne ferait voir à personne avant d'être promu caporal. Et aussi la photo porno d'une femme essayant de s'accoupler avec un poney Shetland. Il avait obligé Billy Pélerin à l'admirer plusieurs fois.

Le femme et le poney tenaient la pose devant des portières de velours frangées de glands. Ils étaient flanqués de colonnes doriques. Devant l'une d'elle, un palmier en pot. C'était une reproduction de le première photo pornographique mentionnée dans les annales. Le mot "photographie" apparaît en 1839, et c'est cette même année que Louis J.M. Daguerre communique à l'Académie française qu''une image formée sur une plaque métallique argentée recouverte d'une mince pellicule d'iodure d'argent peut être développée en présence en présence de vapeur de mercure.
En 1841 tout juste deux ans plus tard, un assistant de Daguerre, André Le Fèvre est arrêté aux Tuileries pour avoir tenté de vendre une image de la femme et du poney. C'est aussi là que Fumeux avait acheté la sienne, aux Tuileries. Le Fèvre soutenait que c'était de l'art et qu'il s'attachait à faire revivre la mythologie grecque. D'ailleurs les colonnes et le palmier étaient là pour le prouver.
Interrogé sur mythe qu'il prétendait représenter, Le Fèvre jura qu'il en existait des milliers de similaires, dans lesquels la femme était une mortelle et le poney un dieu.
On le condamna à six mois de prison ferme. Il y mourut de pneumonie. C'est la vie.
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Domi_VDomi_V   11 mai 2016
Les Allemands et les chiens étaient engagés dans une opération militaire qui porte un nom aussi amusant qu'éloquent, une de ces aventures humaines qu'on décrit rarement en détail et dont la mention seule, aux informations ou sous la plume d'un historien, procure à de nombreux fervents de la guerre une espèce de satisfaction post-coïtale. C'est, dans l'imagination des mordus de la bagarre, le jeu amoureux exquisément nonchalant qui succède à l'orgasme de la victoire. En d'autres termes, « le nettoyage ».
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   14 avril 2013
J’ai parcouru la Bible de la chambre du motel à la recherche de vastes destructions. Le soleil se levait sur la terre, lorsque Loth entra dans Tsoar. Alors l’Eternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu, de par l’Eternel. Il détruisit ces villes, toute la plaine et tous les habitants des villes, et les plantes de la terre.

C’est la vie.
Les habitants de ces deux cités étaient des êtres dépravés, c’est bien connu. Le monde débarrassé d’eux ne s’en porte que mieux.
Et la femme de Loth, on le sait, reçut l’ordre de ne pas diriger son regard vers ces gens et leurs demeures en ruine. Mais elle le fit, et je l’aime pour cela, c’était tellement humain.
C’est pourquoi elle fut changée en statue de sel. C’est la vie.

On n’a pas idée de regarder en arrière. Je ne recommencerai jamais, vous pouvez m’en croire.
J’ai maintenant terminé mon bouquin de guerre. Je m’amuserai plus avec le suivant.
Celui-ci est raté, c’était prévu, puisqu’il est l’oeuvre d’une statue de sel. Il débute de cette façon :
Écoutez, écoutez
Billy Pèlerin a décollé du temps
Et s’achève sur :
Cui-cui-cui ?
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Video de Kurt Vonnegut Jr (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Kurt Vonnegut Jr
Le chroniqueur Le Rouquin Bouquine revient sur l’œuvre de Kurt Vonnegut Jr et plus particulièrement sur 4 ouvrages traduits en français : - Abattoir 5, paru aux éditions Points, - Elle est pas belle, la vie ? paru aux éditions Le Livre De Poche - Dieu vous bénisse, Monsieur Rosewater et Le Petit-déjeuner des champions, tout deux parus dans la collection Totem des éditions Gallmeister
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