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EAN : 9782352842408
248 pages
Editions du Jasmin (08/09/2022)
4.5/5   17 notes
Résumé :
Comment être lauréat du Grand Prix de Littérature en étant prisonnier dans un camp au fin fond de la Poméranie ? Peu importe. Edmond écrit. Au diable les miradors et la captivité, la formidable entreprise d'une université voit le jour. Ce roman est l'histoire d'un roman. Un roman qui va nouer un lien indéfectible entre Edmond, Emile, Suzanne et Pedro. Dans cette mise en abîme, souffle la rage de la création littéraire, du savoir et de la passion.

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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Les sables savants, le titre de ce roman, porte en lui une tension, entre les grains, terme d'une longue histoire de roches soumises aux éléments et au temps long et son qualificatif « savants » qui donne du sens à son histoire et suggère de la cohérence à découvrir en tant que sujet d'étude et de connaissance, alors que l'objet « grain de sable » n'a pas, en tant que matériau, de cohésion. Il ne s'assemble de que de manière éphémère. Ainsi en est-il de la condition humaine, prise ici dans les rets d'une situation extrême.

Isabelle Vouin nous entraîne, avec brio, dans le suivi de destins croisés de quatre personnes , happées par la guerre, les hommes Emile et Edmond internés ensemble au fin fond de la Poméranie, Suzanne épouse et muse d'Edmond et Pédro grand traumatisé de la guerre d'Espagne qui sauvera Suzanne juive des nazis.

La grande originalité de la construction du roman est qu'il raconte la fabrique du roman qu'Edmond s'acharne à écrire en captivité dans l'objectif fou qu'il remporte le Grand Prix de Littérature, dans la continuité de son ambition d'écrivain parfaitement légitime avant la guerre.

D'une grande qualité littéraire, ce récit est en réalité le script d'une oeuvre découpée en plans comme un film, le lecteur, en tout cas cela a parfaitement fonctionné pour moi, voit, sent, réagit, aime , déteste, s'émeut, s'indigne, comprend comment l'activité intellectuelle soutenue par l'écriture, l'organisation de débats savants arrive à combattre les carences imposées implacablement aux corps dans la durée jusqu'à l'ultime goutte de vie, ce qui rend toujours possible la renaissance, l'espoir de renaissance déraisonnable mais bien réel.
Ce roman est principalement
celui du temps présent, il décrit ces parcelles de temps de vie intense, tous ces petits riens arrachés à l'enfer. Comme l'écrit joliment Isabelle Vouin, à propos de la dégustation, à la façon « Philippe Delerme », d'une petite gorgée de Château Brion, provenant d'un colis pour prisonnier de guerre, tout le bordelais est dans cette première gorgée, quelques secondes d'humain requalifie tout, restaure tout !

Je sors de la lecture de ce roman en étant renforcé dans l'idée que ce n'est pas l'histoire documentée, scrupuleusement étayée, même rendue accessible qui pourra transmettre la mémoire de ce que les survivants ne peuvent témoigner, mais bien la littérature. Cet aspect et la grande qualité de ce roman m'a beaucoup touché en ce sens. La mort, la puissance de l'amour sous toutes ses formes spirituelles, platoniques par nécessité, charnelles aussi , sont des thèmes traités, mis en scène avec grand soin, Isabelle Vouin maîtrise une large palette, en use et est parfois à la limite d'en abuser quelquefois.

Pour terminer, sans dévoiler le contenu mais en vous invitant à le découvrir, tant il est riche, subtil, original et à forte charge émotionnelle, pour son aspect universel également. Pour terminer, je reviens sur la forme. Isabelle Vouin dès les premières pages nous annonce l'essentiel et met ainsi en place un solide fil rouge, qui pour moi est un aspect essentiel : la préoccupation de ne pas perdre son lecteur et ainsi de s'autoriser à la complexité qui seule donne de l'épaisseur aux personnages, aux ambiances, à l'intrigue est la marque des plus grands. Isabelle Vouin que j'ai découverte, ainsi que les Editions du Jasmin, qui ont fourni un bel écrin à cette oeuvre, grâce à l'opération Masse Critique que je remercie au passage, en fait ou fera partie, je ne serai pas étonné qu'un Grand ? Prix Littéraire, un jour, rendrait prophétique son roman « Les sables Savants » et ma modeste critique du même coup !

Je reproduis pour illustrer mon propos la préface :
« Ne pas trop attendre des autres; mais ne pas en attendre trop peu. Cet homme capable de voler un morceau de pain, il est capable aussi bien d'offrir son dernier morceau de pain. Les hommes sont ainsi, mêlés de bons et de mauvais. » Georges Hyvernaud, in Carnets d'Oflag.
L'Ange ou la Bête, tout est dit…

Et voici l'inciput :
Lundi 4 novembre 1948, Restaurant Duron, Paris
12h20. Il pleut à peine. Un petit crachin. Une bonne averse aurait été préférable. Ou bien un de ces soleils blancs d'automne, une journée qui vous propulse vers la vie comme une tape dans le dos. Non, il pleut. A peine. Et e « A peine » est inquiétant. Fade. Gris. Mesquin. Ne pas commencer à voir des signes. Il nous arrive souvent de passer une bonne journée alors que tout laisser présager le contraire. Ce petit crachin ne va pas venir tout gâcher.

Ecrire ainsi est une grâce pour le lecteur, merci. Merci pour cette apologie des riens qui témoigne de la possibilité dépasser l'extrême, aux hommes réduits à l'état de « cafards » par les abjections nazies de garder envers et contre tout leur humanité.

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L'histoire dans la Grande, les brumes automnales et glacées, le camp des prisonniers d'officiers en plein coeur de la Poméranie. Juin 1942, Isabelle Vouin prend place, digne et altière dans son récit, porte-voix du Grand Prix de littérature qui va prendre vie dans les tréfonds d'un abîme incommensurable.
Pétri d'humanité, « Les sables savants » est polyphonique, mémoriel et touche aux destinées. Ce roman plausible, entre l'ombre et la lumière est une marche dans la nuit noire. La glorieuse aventure des écritures renouvelées. Ce qui reste sur le plancher fracassé d'une cabane de prisonniers, meurtrie par les nostalgies de ces hommes-savants en résistance.
Bien au-delà d'une trame gorgée de sentiments, d'alarmes, le point d'appui, le mot qui devient le héros, foisonnant et luxuriant dans un salvateur empreint de bonté. le parchemin est émouvant, de voix et d'estime, d'amour et de déchirures. Au-delà des miradors Edmond oeuvre. Il exauce ses prières, un roman venu des profondeurs. Écrire pour atteindre le but, un prix et tout sera sauvé. Transcrire, tel le griot du trou noir, la faim aux abois et la fraternité dans son plus bel éclat. Il va avec Émile et d'autres intellectuels créer une université en plein camp, en plein miracle, en bienfaiteur. L'évocation des savoirs, la lucidité pour encre, l'indicible passation des survivances. L'art dans son summum, et puis, elles. Celles qui sont restées côté France, rivières et barbelés, frontières et distances infinies. Suzanne, juive, belle et blonde, pure et altière, femme française jetée aux loups en pâture. Pedro, le boulanger, Pierrot dans une autre vie, à l'instar de celui de Tournier. Pas de côté, vacillements, Suzanne va se blottir à mille mille des griffes intestines, les Justes, banderole de lumière, la mer à marée-basse.
Les Sables savants, grain démultiplié, Edmond rassemble l'épars, livre qui soufflera dans mille ans encore ce qui fût de la folie des hommes et de l'amour plus fort que la mort.
Isabelle Vouin attentive, silencieuse, observe ces hommes et ces femmes en proie aux tragédies humaines. Ce livre résurgence d'Edmond est littéralement le sien. Cette intériorité qui regarde par la fenêtre le mirage de la paix, mais l'art est grandiose et dans ce camp rayonnent les vertueuses intelligences en fusion.
Comment transformer une épreuve ?
Blé fauché malgré les affres, ce texte d'une formidable amplitude se mérite. Il est au garde-à-vous. Et cette douceur de ton enivre l'universalité des littératures. Destinées valeureuses, livre dans le livre.
« Il le sait, c'est facile de réécrire l'histoire. de réécrire son histoire...Ses fins de journées sont consacrées aux activités du camp : musique classique, jazz, théâtre. Une vie artistique et intellectuelle s'est organisée dans cet espace de landes mornes. »
« Les sables savants » est un récit dont il faut prendre soin. le lire doucement comme une rencontre avec ces êtres devenus les nôtres. Il y a ici, les pas des grands hommes qui sont nos modèles pour demain encore et encore.
C'est un livre bouleversant de tendresse. Une page de notre histoire et le véritable sens d'un prix littéraire.
Publié par les majeures Éditions du Jasmin.
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Coup de coeur pour les sables savants.
Pendant la 2eme guerre mondiale, nous suivons le destin de deux officiers détenus en captivité en Poméranie dans des camps. Insalubrité, promiscuité, déshumanisation, et un froid. Un froid qui porte bien son nom, puisqu'ils le ressentent jusqu'aux os. Pour ne pas sombrer dans la folie, Edmond écrit. Il s'est promis de remporter le Grand Prix de Littérature. Si d'abord, il ne lui semble pas cohérent d'écrire sur ce qu'il est en train de vivre, très vite son ami Émile, professeur d'Histoire, finit par le convaincre. Alors Edmond écrit pour oublier… et penser souvent, à sa femme, Suzanne restée en France.
En parallèle, Suzanne est traquée puisque juive et n'a d'autres choix que de se cacher pour échapper aux raffles, chez son ami boulanger Pedro.

L'histoire alterne des chapitres courts, des poèmes, et le pensées des 4 personnages principaux. On se sent complètement aspiré par leur quotidien. Et surtout leur lutte. Survivre. Résister. Témoigner.
Un livre poignant, un coup de coeur !
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La construction de ce roman est complexe. C'est un enchaînement de chapitres courts issus de plusieurs époques, plusieurs narrateurs, plusieurs lieux. À l'intérieur de ces chapitres s'entrechoquent aussi plusieurs formes littéraires: des poèmes, des lettres, des chansons, des prières. L'ensemble forme un tout hétéroclite qui rend parfaitement compte de l'absurdité de la seconde guerre mondiale, où les couples se retrouvent séparés, les familles déchirées, les âmes esseulées.

Parmi elles, Edmond et Émile, tous deux prisonniers au fin fond de la Poméranie. Suzanne, juive, qui se cache à Paris. Pedro, boulanger au grand coeur. Chacun résiste à sa manière et chacun à sa façon soutient Edmond. Edmond qui n'a qu'une obsession: recevoir le Grand Prix de Littérature après la guerre. Car notre héros écrit, dans la crasse du camp, dans la promiscuité suante, dans le froid cuisant, rongé par les poux, affaibli par la maladie, la faim, la soif, le désespoir, il écrit sans relâche. C'est là le coeur de ce roman: la littérature est-elle vraiment "au-dessus de tout, au-dessus de la guerre, des ennemis, de la souffrance et de la dignité"? Pour Edmond, la littérature est un refuge, depuis l'enfance. Elle devient résistance, lorsque ses camarades et lui créent une université dans le camp. Elle se fait même sensualité, lorsqu'il écrit à Suzanne: "dans les déliés des lettres, je retrouve les courbes de ton corps."

Ce récit d'Isabelle Vouin est un magnifique hommage à toutes les formes d'écriture. Et à tous ceux qui sont capables "de s'emparer d'un grain de sable, d'un courant d'air, d'une épluchure de pomme de terre, pour en faire un chef-d'oeuvre."
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Ce récit polyphonique se lit comme on regarde un bon film. On ne le lâche pas jusqu'à la fin et il colle à la peau pendant plusieurs jours.

Je me suis même surpris à mettre des visages de vedettes de cinéma sur les protagonistes.

L'idée principale est assez inattendue. Pour lutter contre la barbarie, l'absurdité de la guerre, la faim, la peur, la puanteur des camps, la distance et le froid, des prisonniers brandissent leur meilleure arme, la littérature.

Le scénario est très bien ficelé. On suit la vie d'une femme et de trois hommes à travers cette période trouble de la 2e guerre mondiale.

L'action se passe à Paris, en France occupée, et en Allemagne dans un camps de prisonniers. Les décors, les ambiances, sont décrits avec tant d'exactitude que ça donne au récit beaucoup de réalisme.

Le style d'Isabelle Vouin est sobre et élégant. On en oublie qu'on lit. Je dirais plutôt qu'on entre tour à tour dans le coeur de ces 4 personnages qui malgré la brutalité qui les entoure, restent farouchement accrochés à leur dignité.

Les temps difficiles révèlent les caractères et les sentiments.
Isabelle Vouin nous fait vivre dilemmes, tourments et scènes de violence avec une élégante pudeur.

Dans ce livre, on vit des aventures humaines en parallèle, nourries par des liens affectifs et la même fureur de vivre. La fin réserve une belle surprise, même plusieurs en fait.

Pour ne pas en dire trop je recommande plutôt de plonger dans cette histoire atypique qui procure de grandes émotions et qui laisse des images puissantes dans nos esprits.

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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
— Et pourquoi pas ? C’est ça, justement, la littérature ! Être capable de s’emparer d’un grain de sable, d’un courant d’air, d’une épluchure de pomme de terre, pour en faire un chef-d’œuvre.
— Arrête, avec ton sarcasme. Quand on n’a aucune ambition, c’est facile de tout tourner en dérision.
— Pas du tout, je suis sérieux.
— C’est plus grave que ça, Émile. Ce n’est pas qu’une question d’inspiration. L’acte d’écrire n’a plus de sens lorsque le monde est en train de s’effondrer. Des hommes se battent, d’autres soignent, d’autres produisent, d’autres bâtissent et moi, j’écris. Quelle absurdité !
— Si tu pars par là, tout est absurde. Ne réfléchis pas à un sens. Écrire, c’est ta colonne vertébrale. C’est tout.
Avec toute la déférence qu’il porte à ces pommes de terre, aliment rare dans leur quotidien de rutabagas, Émile nettoie délicatement la chair blanche, l’essuie avec la tendresse d’une mère et range soigneusement les bâtonnets en petits tas. Les épluchures sont lavées et gardées pour agrémenter un bouillon. Pour Émile, ces gestes du quotidien sont des garde-fous. Il prend de plus en plus de plaisir à accomplir les corvées. Edmond, lui, se brûle de l’intérieur et l’extérieur ne lui est plus d’aucun secours. Ils se sont déchirés sur tous les sujets : religion, art, politique, culture, littérature, histoire. Certains jours, il suffit que l’un dise blanc pour que l’autre dise noir. La querelle naît, enfle, s’égare, s’apaise et recommence de plus belle, nourrie par les railleries et les certitudes. Le lendemain, tout est oublié hormis la sensation d’avoir été encore vivant.
— Tu as raison, je n’ai pas le choix. Dans « Les Sables savants », j’essaie de parler de nous. Un théâtre, posé sur les sables de l’Oder. Des figurants sont là. Ils errent dans le dédale de leurs limites. Leurs occupations se résument à les repousser à chaque instant. Mais ces arrangements, ces micro-combats quotidiens les sauvent. Sans ça, ils seraient des larves. Leurs faiblesses les narguent plus que les regards de leurs geôliers. Dans ce roman, Émile, c’est la guerre intérieure, et quand l’ennemi est soi-même, c’est encore plus difficile d’en cerner la stratégie. Le plus grand danger qui les guette, c’est de ne plus croire en rien. Et je crains que la chute ne soit un vertige dans l’inconnu.
Émile écoute Edmond parler de son roman. Adepte de l’ironie socratique, il aime tenir ce rôle d’accoucheur d’âme. Mais bien souvent il est pris à son propre piège, ne sachant plus où se trouve la frontière entre les croyances et la réalité. Faire l’apologie du rien faisait déjà partie de sa philosophie, jusqu’à ce qu’il l’expérimente dans le camp.
— ­Moi, je trouve que c’est bon de ne plus croire en rien. Avoir la tête vide, le cerveau à l’arrêt. Plus de pensées. Tout a tellement été dit, écrit, rabâché, et rien n’a changé. À chaque instant, l’homme sort de sa préhistoire.
— Il faudrait savoir. Plus rien n’aurait de sens et tu me dis d’écrire.
— Non, toi, ce n’est pas pareil. Tu ne joues pas à l’écrivain. Tu ne te regardes pas écrire. Tu es habité par l’écriture. Regarde-toi, avec ton corps filiforme et tes épaules voûtées, tu ressembles à un point d’interrogation.
Piqué au vif et conscient de son attitude avachie, Edmond se redresse en raclant machinalement le gras de la table avec l’ongle trop long de son pouce. Après un bref moment de réflexion, il repousse ses feuilles, dépose son crayon au-dessus et se tourne vers Émile, disposé à entamer une conversation plus légère.
— Je ne sais pas si je dois prendre ça pour un compliment. Je me passerais bien du corps filiforme, surtout quand je te vois bâti comme un athlète.
Émile, conscient de sa stature imposante, redresse légèrement son torse et sourit à son ami.
— Oh ! N’exagère pas. Allez, quelques parties de foot avec les autres blocs et tu seras présentable.
— J’en doute fort. Les muscles sont le dernier de mes soucis et ils me le rendent bien.
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Je touche le fond de la cruauté du monde avec ce qu’il me reste de carcasse humaine. Depuis des semaines, nous parcourons des landes sans fin, grisâtres, lourdes de brouillard, emportés dans un mouvement de foules désespérées vêtues de guenilles et de stupeur. Personne ne sait faire rien d’autre que faire avancer ses os et ce qui reste de chair et d’instinct de survie. Des bêtes se seraient couchées pour regarder paisiblement la mort les envelopper et les délivrer. Mais les humains ne sont pas raisonnables. Ils se lèvent en rampant pour lui échapper. Même si chaque pas est une explosion de souffrance, c’est encore la vie.
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Mon amour, je divague. J’ai chaud. Je tremble. C’est la fièvre. La peur aussi. Peur de te perdre. Peur de n’être pas celle que tu crois. Peur de ne pas être ce que je croyais être. Je suis la veuve d’ un mort-vivant. Et toi ? Tu écris, Je le sais. Tu écrirais n’importe où. Tu écriras dans la mort. Tes mots te survivront. Tu m’écris peut-être en ce moment. J’entends le raclement de la mine sur le papier de fortune. Ta main n’a pas oublié comment coucher les caresses que tu inventes pour moi. Les hommes les ont piétinées, mon Amour. Il n’y a plus de tendresse. Elle est morte avec la déclaration de guerre. …
Je m’enfonce dans la tourbe qu’ont remuée les nazis. Je ne supporte plus les regards gênés. Ce poids de la compassion. Cet air calculé pour être limpide mais dont on perçoit le trouble. Où est la Suzanne téméraire que tu as emporté dans ton baluchon de soldat ? Comment se relever lorsque tout son peuple est mis au ban de l’humanité ? Je creuse ma galerie comme un ver sous la terre épaisse piétinée par la foule. Ils y sont arrivés. Ils nous ont réduits à l’état de cafards.
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Pourquoi écrire dans l’absurdité de ce camp?
J’ai juste envie de le ( le livre Les Sables savants) ramener à Suzanne, comme un gosse ramène un bouquet de fleurs des champs à sa chérie. Là, ce sont des fleurs de champs de bataille. Des chardons. Elle se moquera de moi comme elle aime le faire. C’est de façon à elle d’être pudique.
- Mon chéri, voilà, tu reviens de captivité et la seule chose que tu es capable de me ramener c’est un roman. Ne me dit pas que même là bas, tu pensais au Grand Prix ?
- Si, mon amour.
- Et tu pensais plus au Grand Prix qu’à moi?
- Oui, mon amour.
Je la prendrai dans mes bras, je l’étoufferai, je sentirai chacune des ses côtes, de ses vertèbres, de ses hanches, je l’enfoncerai en moi, je me perdrai en elle, je
me couvrirai de ses cheveux, le la respirerai, je me l’incrusterai à vie.
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Pourquoi écrire dans l'absurdité de ce camp ? Qui lira Les Sables savants ? Ces feuillets auront-ils un jour des lecteurs ? Peut-être s'envoleront-ils sur les berges de l'Oder lorsque notre petit monde sera englouti sous des années d'attente vaine. Peu importe. J'ai juste envie de le ramener à Suzanne, comme un gosse ramène un bouquet de fleurs des champs à sa chérie. Là, ce sont des fleurs de champs de bataille. Des chardons. Elle se moquera de moi comme elle aime le faire. C'est sa façon à elle d'être pudique.

- Mon chéri, voilà, tu reviens de captivité et la seule chose que tu es capable de me ramener c'est un roman. Ne me dis pas que, même là-bas, tu pensais au Grand Prix ?

- Si, mon Amour.

- Et tu pensais plus au Grand Prix qu'à moi.

- Oui, mon Amour.

Je la prendrai dans mes bras, je l'étoufferai, je sentirais chacune de ses côtes, de ses vertèbres, de ses hanches, je l'enfoncerai en moi, je me perdrai en elle, je me couvrirai de ses cheveux, je la respirerai, je me l'incrusterai à vie.
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