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ISBN : 2330035993
Éditeur : Actes Sud (23/08/2014)

Note moyenne : 3.61/5 (sur 255 notes)
Résumé :
On pense que le reality show est l'ultime avatar du spectacle de masse. Qu'on se détrompe. Il en est l'origine. Son créateur fut Buffalo Bill, le metteur en scène du fameux Wild West Show. Tristesse de la terre, d'une écriture acérée et rigoureusement inventive, raconte cette histoire.
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Critiques, Analyses et Avis (75) Voir plus Ajouter une critique
Sando
  03 septembre 2014
Figure mythique de la conquête de l'Ouest, Buffalo Bill a entretenu sa propre légende par le biais de représentations dans lesquelles il se mettait en scène avec de vrais indiens et rejouait les scènes de batailles qui avaient fait sa renommée. Son spectacle, le Wild West Show, créé en 1882, dix ans avant l'exposition universelle de Chicago, fait le tour des Etats-Unis et de l'Europe, mêlant la réalité au mythe et provoquant un véritable engouement chez les spectateurs. Buffalo Bill est à l'origine du concept de show-business, pionnier de ce qui deviendra une marque de fabrique américaine.

Mais derrière ce décor en carton-pâte se cache une réalité beaucoup moins attirante, celle d'un peuple martyrisé, avili, humilié, condamné à rejouer sa propre destruction par ceux-là même qui en sont à l'origine. Un peuple exploité, exhibé comme un trophée et qui, plutôt que de susciter la compassion, alimente la peur et la haine.

Dans « Tristesse de la terre », Eric Vuillard dresse le portrait d'un homme dépossédé de lui-même, réduit à jouer toute sa vie son propre rôle, mais il dépeint également l'image d'une nation qui s'est construite dans le sang, sans se soucier de la dignité humaine. Sans être moralisateur, l'auteur nous place face à la réalité des évènements, il nous invite à réfléchir au sens de nos actes ainsi qu'à leurs conséquences. L'écriture est d'autant plus forte qu'elle est belle, éloquente. Les mots, leur sonorité, nous frappent et nous heurtent profondément, jusqu'à nous bouleverser… « Tristesse de la terre » est un texte percutant, riche en émotions et qui donne à réfléchir.
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Under_The_Moon
  14 février 2015
D'abord intriguée par l'interview qu'Eric Vuillard avait eu avec François Busnel dans La Grande Librairie, j'ai eu quand même beaucoup de mal à rentrer dans ce livre.
De par mes études, mais pas seulement, je m'étais intéressée au sort des Indiens d'Amérique, alors le voir du point de vue de Buffalo Bill - devenu aussi emblématique pour les Etats-Unis et leur identité que Ronald McDonald - pourquoi pas !
La lecture des 100 premières pages a été laborieuse car je le lisais comme un roman, or Tristesse de la terre, malgré ce que ce titre poétique suggère tient plus de l'essai que du roman. Et, l'écriture de l'auteur n'est pas toujours très digeste non plus. Souvent j'avais l'impression de lire Nelson Monfort… Un style qui convient difficilement à la lecture. Pourtant, c'est dans les 60 dernières pages que le livre tient toute sa force.
L'auteur nous montre bien sûr le cynisme dont les Américains ont fait preuve vis-à-vis de ce peuple qui avait aidé leurs ancêtres à survivre sur cette terre qu'ils ne connaissaient pas. Eric Vuillard prend surtout comme exemple le tragique épisode de Wounded Knee qui contient à lui seul dans ces deux pauvres mots une grande partie de ce qu'a été ce génocide toujours pas reconnu par le gouvernement américain à ce jour.
Enfin, ce n'est pas réellement le sujet. le Wild West Show ! Un spectacle folklorique qui est certes tombé aux oubliettes depuis bien longtemps mais qui illustre parfaitement un certain nombres des fondements de la société américaine : le spectacle ! le spectacle et tout son rapport ambiguë au réel qu'il remanie et finit par imposé comme vrai à coup de tours de passe-passe plus impressionnant pour un public en attente de sensations.
Une fois passé la partie un peu pénible de ce court récit, un seul sentiment s'impose une fois le livre fermé : l’écœurement. Se dire que ce décor en carton pâte qui a servi des fables pseudo-historiques (limite révisionnistes) ait pu ériger en héros quelqu'un que l'on considérerait aujourd'hui comme un raté… C'est tout simplement hallucinant. Comme quoi le paraître a un pouvoir bien plus grand qu'on ne l'imaginerait, et sur du long terme en plus. Heureusement, les livres aident à lutter contre ce reformatage de la mémoire.
Eric Vuillard n'apporte certes rien de nouveau à tout le travail fait par les historiens ou des Amérindiens qui se font gardiens de leur très fragile passé, mais il a le mérite d'amener le public (plus ou moins averti) à se poser des questions sur notre propre rapport au spectacle.
Et j'imagine que pour ceux qui ne sont pas familiers de cette partie de l'histoire américaine, Tristesse de la terre leur fera découvrir l'envers du décor. Et pas seulement du Wild West Show.
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Renod
  08 décembre 2017
"Les peuples se plaisent au spectacle. Par-là, nous tenons leur esprit et leur coeur." L'auteur de ce propos n'est autre que le plus grand metteur en scène de notre Histoire, Louis XIV, qui sut enjoliver son règne et son auguste personne. Dans "Tristesse de la terre", Eric Vuillard pose un regard critique sur l'art du divertissement. Il étudie le phénomène des spectacles itinérants "Wild West Show" dirigés par Buffalo Bill qui ont attiré des millions de spectateurs en Amérique du Nord et en Europe, peu avant l'émergence du cinéma. Ce triomphe marque l'avènement du show-business, le spectacle et le divertissement s'industrialisent, des produits dérivés sont vendus à la fin de la représentation. Mais d'où vient la puissance attractive de ce spectacle ? Qu'est-ce qui parvient à fasciner quarante mille personnes pendant deux heures ?
L'auteur démontre ensuite que les "Wild West Shows" ne sont qu'une large entreprise de mystification, une version romancée de la conquête de l'Ouest racontée par ses vainqueurs. le massacre d'Indiens désarmés de Wounded Knee est transfiguré en une épopée de Far West. le mensonge a marqué les esprits et j'ai découvert, par exemple, que les "whou whou" des Indiens ne sont en aucun cas un usage amérindien, il s'agit en fait d'un cri de scène poussé par des acteurs du show. Même les auteurs de cette large contrefaçon finiront par croire à leurs propres mensonges. Mais le public finit par se lasser de tout et se détournera bientôt vers d'autres divertissements.
Eric Vuillard restitue le gigantisme du spectacle (une centaine de chapiteaux, une troupe comptant huit cents personnes, cinq cents chevaux traversant des continents) qu'il associe à des anecdotes glauques afin de contrecarrer le mythe. Il sait se montrer poignant lorsqu'il évoque l'existence tragique de ces Amérindiens. Ils apparaissent au cours du récit grâce à de magnifiques photographies qui les rendent présents à nos yeux. Petit à petit, Vuillard l'écrivain et l'intellectuel s'efface pour laisser place à un homme exprimant toute son empathie pour ses frères perdus.
Un récit critique (attention à nos représentations de l'Histoire !) et poignant.
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Charybde7
  19 juillet 2014
Dans son septième livre à paraître en août 2014 chez Actes Sud, Éric Vuillard déconstruit le mythe de Buffalo Bill Cody et de son spectacle le «Wild West Show», et, avec ce qui fut le premier grand divertissement de masse, nous montre la face tragique du divertissement.
Les dimensions du Wild West Show étaient spectaculaires : Clou de l'Exposition universelle de 1893 à Chicago, ses deux représentations par jour attiraient près de quarante mille spectateurs, et plus de trois millions lors des représentations données à Paris pendant la tournée européenne en 1905.
Exaltant les conquêtes pionnières, cette Histoire de carton pâte – les cris de guerre des Indiens que nous connaissons tous, quand on fait claquer sa paume sur sa bouche en lançant des whou ! whou ! sonores, furent inventés pour le spectacle, de même que le Stetson des cowboys – était surtout irrésistible du fait de la présence dans le spectacle de véritables indiens, utilisés comme acteurs dans ce spectacle tandis qu'on les massacrait, tristes acteurs de la déformation de leur propre histoire, à l'image du chef Sioux Sitting Bull, qui participât au Wild West Show en 1885.
«Sitting Bull n'a sans doute jamais été si seul qu'à cette minute, au milieu des drapeaux américains, dans la grande machine à divertir. Il n'était pas aussi seul lorsqu'il vivait en exil au Canada, parmi une poignée de proscrits ; l'obscurité première est impénétrable. Et certes, on était seul à cheval, sous la pluie glacée, errant entre les formes imprécises, dans la grande forêt. Oui, on était seul et triste, mais on était libre, on était plein d'une haine brûlante. Et maintenant Sitting Bull est seul dans l'arène ; la grande chose qu'il aimait est restée en arrière, très loin, Et, ici, dans les gradins, ils ne sont venus que pour ca, tout le monde est venu voir ça, simplement ça : la solitude.»
Loin de la figure mythique que l'on connaît, Eric Vuillard dépeint Buffalo Bill Cody comme un homme en proie à une angoisse obscure, jamais repu en dépit de ses succès, un vide comme en écho à celui du spectacle.
«Tristesse de la terre» est un très beau récit, une lecture amère mais nécessaire, un dessillement brutal qui fait apparaître la véritable histoire enfouie sous les paillettes du spectacle, et qui rend si fragiles et incertaines la beauté et la douceur du monde.
«Et il se leva une violente tempête. La neige tomba du ciel comme une injonction de Dieu. Les flocons tourbillonnaient autour des morts, légers, sereins. Ils se posaient sur les cheveux, sur les lèvres. Les paupières étaient toutes constellées de givre. Que c'est délicat un flocon ! On dirait un petit secret fatigué, une douceur perdue, inconsolable.»
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isabelleisapure
  18 août 2015
« le spectacle est l'origine du monde »
Le Wild West Show est présenté lors de l'Exposition Universelle de Chicago. du mouvement, de l'action, des chevaux qui galopent, des batailles reconstituées et le public vient de plus en plus nombreux, applaudissant, riant, criant, captivé, fasciné.
Mais le public est exigeant, il en faut toujours plus. Buffalo Bill l'instigateur du spectacle le comprend très vite. Pour étonner davantage, pourquoi ne pas rajouter la souffrance et la mort ? Il rajouta donc de vrais Indiens avec Sitting Bull qu'il engagea pour 50 dollars par semaine.
«Sitting Bull n'a sans doute jamais été si seul qu'à cette minute, au milieu des drapeaux américains, dans la grande machine à divertir. Il n'était pas aussi seul lorsqu'il vivait en exil au Canada, parmi une poignée de proscrits ; l'obscurité première est impénétrable. Et certes, on était seul à cheval, sous la pluie glacée, errant entre les formes imprécises, dans la grande forêt. Oui, on était seul et triste, mais on était libre, on était plein d'une haine brûlante. Et maintenant Sitting Bull est seul dans l'arène ; la grande chose qu'il aimait est restée en arrière, très loin, Et, ici, dans les gradins, ils ne sont venus que pour ça, tout le monde est venu voir ça, simplement ça : la solitude.»
En douze chapitres assez courts, Éric Vuillard démonte l'Histoire et la reconstruit grâce à son regard acerbe et critique.
« Tristesse de la terre » est un livre magnifique servi par une écriture précise et percutante d'un auteur que j'ai eu grand plaisir à découvrir.
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critiques presse (5)
LeFigaro   07 novembre 2014
Étrange livre que ce court récit tendu et nerveux comme l'appaloosa des plaines, dans lequel le lecteur est constamment pris à témoin, interpellé, chahuté par ce portrait féroce de la star en veste à franges et cette évocation en creux du calvaire indien.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Chro   28 octobre 2014
Le Wild West Show inaugure selon lui l’ère de l’entertainment de masse, fonde un certain mythe de l’Amérique et change les vaincus en figurants, falsifiant ainsi leur propre drame. Éric Vuillard offre à cette falsification le contrechamp de la littérature, sa compassion supérieure et sa vérité, à la fois plus profonde et plus mélancolique.
Lire la critique sur le site : Chro
LesEchos   01 octobre 2014
Dans un style élégant, où il mêle le grotesque et le pathétique, le poignant et le sordide, Eric Vuillard nous entraîne dans les coulisses du mythe dévoilant « l'autre versant de la fable. La haine ». Carton plein.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Bibliobs   12 septembre 2014
Cette glaçante puissance du simulacre est au centre du bref chef-d'oeuvre de Vuillard. Il n'empêchera pas les enfants de faire les Indiens. Lui n'a que son écriture pour lézarder la légende. Mais elle a l'extraordinaire précision d'un cow-boy d'élite.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress   25 août 2014
Une fois de plus, Eric Vuillard déploie sa maîtrise du récit et de l'emploi du futur pour raconter les choses du passé. Et la tristesse du monde.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (121) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   07 décembre 2017
Le ciel était gris, les nuages épais. Les hommes marchaient en silence. Tout à coup, l’un d’eux cria. Les autres accoururent. Les pleurs venaient d’un cadavre de femme. On se mit à quatre pattes, grattant autour de la morte. On souleva le corps de l’Indienne, raide et froid, figée dans son propre sang ; et on découvrit, entre ses bras morts, une petite fille. Il fallut écarter de force les bras gelés.
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DuluozDuluoz   08 décembre 2017
Les longues vies sont des mystères qu'on ne comprend pas. Elles ont leurs ruses, leurs plis. Personne ne peu rien dire. La vie à deux est peut être toujours une longue suite de bonheurs et de malentendus. Il ne peut pas faire beau, pendant, dix ans, vingt ans; il-y-a l'hiver. Les fruits mûrs tombent, l'herbe sèche, enfin il ne reste qu'un peu d'humus.
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MondidiMondidi   04 décembre 2017
C'était juste un margoulin de la pire espèce. A cette époque le premier zozo venu pouvait fonder une ville, devenir général, homme d'affaire, gouverneur, président des états unies; c'est peut-être encore le cas
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Lilou08Lilou08   30 novembre 2014
Les baïonnettes déchiraient les bras, ripaient sur les crânes. On braillait des ordres impossibles à entendre. Les canons tiraient sur les tentes, au hasard. Les châlits s’écroulaient, carbonisés. On courait de toutes parts. Des chariots s’effondraient sous le poids des corps. Puis les canons se mirent à tirer en direction de la plaine afin d’atteindre les fuyards.
Soudain, il n’y eut plus un bruit. Ça faisait comme un drap dans le vent. Les soldats baissèrent leurs fusils. Que se passait-il ? Le silence avait quelque chose d’effarant. Les soldats se regardaient, interdits.
En contrebas, les Indiens étaient presque tous morts. Une fois réarmés les canons, il y eut encore deux, trois déflagrations. Puis des cris ; certains soldats suppliaient qu’on arrête. Il y eut même un hurlement, on ne sait pas de qui.
Ce fut tout.
Et il se leva une violente tempête. La neige tomba du ciel comme une injonction de Dieu. Les flocons tourbillonnaient autour des morts, légers, sereins. Ils se posaient sur les cheveux, sur les lèvres. Les paupières étaient toutes constellées de givre. Que c’est délicat un flocon ! On dirait un petit secret fatigué, une douceur perdue, inconsolable.
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ZakuroZakuro   25 octobre 2014
Que le bonhomme du Dakota nous pardonne. Qu'il nous ramène de son prétérit, s'il le peut, sa besace de soucis, là où les fragments d'Histoire s'emboîtent comme des mâchoires. Regardons-le une dernière fois.

Aimons sa tristesse, son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être ! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu'il faut écrire. S'il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte.
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Entretien sur le cinéma avec Eric Vuillard réalisé à la librairie Page 189.
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