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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  04 décembre 2021
Après m'être imprégnée du contexte historique (et du personnage) avec le documentaire "La véritable histoire de l'Ouest américain", je me suis plongée dans ce récit romancé racontant comment Buffalo Bill imagina et organisa son Wild West Show, qui fut déterminant dans notre façon de percevoir cow-boys et indiens, loin de la réalité (voire de la vérité) et pleine de stéréotypes.
Certes l'ancien ranger a révolutionné l'art du divertissement : deux représentations et 40 000 spectateurs par jour, dans une arène de 100m de long et 50 de large. Mais d'emblée, le spectacle est posé dans son cadre par l'auteur : tout ce qui est montré, tout ce qui est vendu dans la boutique de souvenirs, provient d'Indiens tués et dépouillés (« Des curiosités recueillies sur les morts »)… D'où le titre (« La terre [indienne] est triste ») et le choix de la couverture (un hommage à ce peuple massacré et non un portrait du « héros »). Dépouillés, chassés, vivant dans la misère, les Indiens finiront eux-mêmes par vendre « les produits dérivés de leur génocide » pour survivre.

Celui qui participait au spectacle, Sitting Bull, était un habile négociateur. On ne le voit pas sur la célèbre photo qui le représente aux côtés de Buffalo Bill (une mise en scène marketing) mais il a un « regard sans concession ». Cela ne l'empêchera pas, une fois rentré auprès des siens après des années de représentation, d'être massacré avec toute sa tribu à Wounded Knee par un régiment de cavalerie. le plus ignoble néanmoins, c'est qu'on représentera par la suite dans le spectacle « la mort de Sitting Bull, avec son véritable cheval et sa vraie cabane, recueillis par les soins de Buffalo Bill lui-même »… « Rien n'arrête le démon de la mise en scène. Rien ne remplit assez le tiroir-caisse ». L'un des associés de Cody, Leonard Colby, ira même jusqu'à récupérer « la petite survivante de Wounded Knee » et exhibera l'Indienne adoptée pour la parade d'ouverture. le massacre sera bien sûr rebaptisé « bataille ».

Tout le spectacle n'est en effet que parodie, « pas beaucoup plus réaliste qu'un film de Méliès, c'est le même toc ». Les Indiens n'ont jamais eu pour cri de guerre ce « Whou ! Whou ! » la paume sur la bouche, c'est « une pure invention de Buffalo Bill ». Chaque show débutait par « une caricature à cheval blanc » (Cody lui-même), brandissant le drapeau US tandis qu'un orchestre cow-boy jouait « La bannière étoilée » : cet air deviendra par la suite l'hymne des États-Unis - « on voit comment l'Histoire se prosterne devant le spectacle ». D'ailleurs les événements historiques présentés sont transformés en simulacres et déformés (toujours à l'avantage des rangers).

Ainsi le ton du livre est amer, et l'homme décrit guère attachant, sorte d'entrepreneur à la recherche de gloire et d'argent mais sans réel talent. Il eut même la prétention (comme beaucoup d'autres à l'époque) de fonder sa propre ville, Cody, qui fut un monumental fiasco, à l'image de tout ce qu'il entrepris en dehors du Wild West Show.
Il finit d'ailleurs endetté car ayant vécu au dessus de ses moyens, et parce qu'un jour son spectacle de « vieux clown dégarni » devint ringard, supplanté par d'autres (le Luna Park notamment) et par le cinéma. Il n'empêche qu'il aura fabriqué « la plus grande mystification de tous les temps », ce qui lui a apporté quelque chose de fort précieux : l'éternité.
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