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EAN : 9782842612320
114 pages
Éditeur : Le Serpent à plumes (18/10/2000)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Les éditions du Serpent à Plumes publient Moisson de crânes du Djiboutien Abdourahman A. Waberi. Ce livre fait partie du projet " Rwanda : écrire par devoir de mémoire ". Un texte violent et poétique à découvrir absolument.
En 1997, trois ans après le génocide rwandais, l'écrivain tchadien Nocky Djedanoum initie le projet " Rwanda : écrire par devoir de mémoire ". En 1998 dix écrivains, un cinéaste et un plasticien se rendent alors à Kigali. Ils proposent à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Under_the_Moon
  17 mai 2015
Adana , Auschwitz, Kigali : un trio pas très glorieux pour l'humanité du XX° siècle.
Trois noms de villes, mais il pourrait y en avoir d'autres qui résument la barbarie, l'inhumanité et les conséquences dramatiques qu'entraînent la haine de l'Autre institutionnalisée et encouragée.
Dans ce petit ouvrage, c'est des victimes de Kigali qu'Abdourahman Waberi veut qu'on se souvienne. Des pauvres gens qui eux aussi ont eu la mauvaise idée d'appartenir à la mauvaise ethnie, et d'être au mauvais endroit au mauvais moment.
Je n'avais jamais lu cet auteur mais son intervention dans La Grande Librairie avait piquée ma curiosité.
Le livre est composé de deux parties : 3 récits de fiction, puis 3 récits type compte-rendu de voyage.
Les deux se complètent bien, interpellent et amènent le lecteur à réfléchir sur la nature du génocide, les bourreaux, la communauté internationale et l'après-génocide. La première nouvelle est assez...étonnante, à cause de sa structure et du choix du point de vue externe qui suscite difficilement l'intérêt. En revanche, la seconde, "La Cavalcade", qui donne la parole à l'agresseur Hutu qui se cache derrière un "on" impersonnel est bien plus saisissante. Quand à la dernière, qui utilise le chien comme métaphore et emblème du conflit et de l'après, il interpelle sur le côté presque absurde de la situation.
Dans ces trois nouvelles, A. Waberi utilise beaucoup les références et les motifs de violences bibliques : l'Humanité, la haine et la jalousie envers l'Autre ne sont-elles que des répétitions ? N'a-t-on pas évolué depuis l'Antiquité ?
Quant à l'écriture, elle est telle un fleuve : tantôt calme et fluide, tantôt déchaînée mais toujours poétique.
Une découverte intéressante.
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Kirsikka
  28 mars 2017
En 1998, l'écrivain Tchadien Noccky Djedanoum initie le projet "Rwanda : écrire par devoir de mémoire". C'est dans ce cadre qu'Abdourahman A. Waberi se rend en 1998 et 1999 au Rwanda et au Burundi pour recueillir des témoignages. Confronté à la difficulté de rendre compte de l'horreur, dans l'impossibilité de l'expliquer, il écrit trois courts textes de fiction sur le génocide à partir des paroles des survivants, et trois récits qui parlent du Rwanda et du Burundi tels qu'ils les voit lors de ses voyages.
Les textes sont très courts, l'écriture est saisissante, très belle, elle coupe le souffle. Ce petit livre rend hommage aux victimes dans une langue qui cherche à "rendre sa part d'humanité à cette contrée". Et y réussit.
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nanek
  06 mai 2019
Un texte court mais incisif.
On plane entre poésie, récit et fiction, survolant cet amoncellement de squelettes, pour devoir de mémoire. Parce que l'écriture doit permettre cela
pour raconter et faire vivre les horreurs subies.
Car elle n'a pas toujours servie la cause juste, ici, A.A Waberi redonne à l'immense talent des conteur africains, leur digne place et leur rôle immense lorsqu'il s'agit de contrer la pensé immonde qui voudrait que ce ne soit pas important lorsqu'il s'agit de l'Afrique.
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Cronos
  25 juillet 2020
Certains titres sont figuratifs et d'autres non, ici on est dans la seconde catégorie. Moisson des crânes parle du Rwanda, de son génocide aussi fulgurant que violent. Pas de témoignage direct comme le précise la préface « Ce livre n'a pas la prétention d'expliquer quoi que ce soit, la fiction en occupe la part centrale. », pourtant les mots sonnent juste. Chaque chapitre nécessite une pause tant ils m'ont paru intense. Les belles tournures de phrase n'enlèvent rien à la cruauté du passé.
« de l'inédit de l'inconnu ils passeront à l'éternité de la langue. »
En début de chapitres il y a une citation d'Aimé Césaire, un homme qui m'a appris que la poésie n'est pas toujours mièvre, elle peut être brutale et incisive. C'est également ce que je retrouve dans ces fictions. le précédent propriétaire a laissé au crayon de papier des annotations et références à la réalité, cela rend la souffrance encore plus réelle. Les abominations décrites ont beaux être sous le terme du fictif, elles s'inspirent pour beaucoup, malheureusement, de la réalité. Rwanda, Allemagne nazie, les douleurs s'entremêlent dans ces textes, qui pour moi sont un coup de coeur, une réussite en tout point, la narration donne l'impression d'être sur place, les textes sont forts et la seconde partie qui fait plus récit de voyage permettent d'avoir ce lien avec la réalité.
Un livre dont on ne sort pas indemne.
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mayim
  12 février 2020
Waberi s'est rendu au Rwanda en 1998 dans le cadre d'un projet d'écriture qui réunissait plusieurs auteurs africains. Dans ce recueil sont réunis trois nouvelles fictives et trois témoignages personnels de son voyage.
La force de ce recueil repose sur la question que pose l'auteur sur le rôle de l'écriture et des mots après un génocide. Il le rappelle à plusieurs reprises, citant entre autres Primo Levi : il n'est pas le premier à se questionner à ce sujet. Les mots ne sont pas grand-chose mais ils sont tout ce qui reste. Ils sont dérisoires et indispensables. Ils ne sauvent pas les morts mais ils luttent contre ceux qui veulent les tuer une deuxième fois et achever les vivants en les soumettant au silence. Pourtant, les mots ont aussi tué. La nouvelle "La cavalcade" le rappelle de manière glaçante. Elle reprend un discours nauséeux tel qu'on pouvait les entendre à la radio avant et pendant le génocide des Tutsi du Rwanda : par les mots, il insuffle la haine, la fureur du meurtre et justifie toutes les actions par l'histoire, les mythes et la religion. Il s'agit donc ici de réhabiliter la langue et les mots, de leur redonner de la lumière, et de prendre ses responsabilités par la parole comme écrivain et comme humain.
Cette nouvelle est la plus déchirante du recueil. Les autres textes sont plus impressionnistes, certains filent la terrible métaphore agricole présente dans le titre. L'auteur observe la situation actuelle (1998) et témoigne d'une société détruite. Il fait des rencontres mais on en a trop peu détails pour ne pas avoir un sentiment de survol. Il est difficile de dire s'il a de l'espoir pour le futur. S'il donne quelques éléments qui le laissent penser (l'envie de faire des études, l'ouverture d'une librairie), d'autres points le contredisent : l'absence de repentance des génocidaires emprisonnés, la méfiance permanente, la situation brûlante au Burundi voisin…
J'ai été très sensible à l'immense humilité de l'auteur face à son rôle. Presque trop humble puisqu'il manque quand même un peu d'émotions au recueil pour le rendre passionnant. Fidèle à son devoir de mémoire, l'auteur se contente d'observer, d'écouter, de donner une voix, de transmettre et de lutter contre le négationnisme. Seulement ça. Juste ça.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
KirsikkaKirsikka   28 mars 2017
Combien de corps tombant, trébuchant, rattrapés par la pointe des cheveux, achevés, émasculés, bousillés, souillés, violés, incendiés ? Combien ? Le langage est, on le voit à chaque crise, inadéquat à dire le monde et toutes ses turpitudes, les mots restent de pauvres béquilles mal assurées, toujours à fleur de déséquilibre. A maintes occasions, sous divers cieux, ce langage reste un luxe rarement accessible. Et pourtant, si l'on veut qu'un peu d'espoir vienne au monde, il ne nous reste comme armes miraculeuses que ces béquilles malhabiles. Que faire d'autre sinon évoquer un instant les âmes et les êtres disparus, les écouter longuement, les effleurer, les caresser avec des mots maladroits et des silences, les survoler à tire-d'aile parce qu'on ne peut plus partager leur sort ? Les faire sourire aussi, si cela est possible, s'ils se prêtent au jeu et si cette tâche est à portée de nos forces.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   16 mai 2015
Le malheur danse et sautille au bras de l'Histoire. Les collines, vêtues de leurs ténèbres denses, sont envahies par les milices bovines qui se fraient un passage entre les emmêlements des tiges, les foisonnements de branches et les confusions de lianes. Il se prépare une récolte de crânes, un théâtre qui pourrit les yeux et la tête quand on en a encore une, pleine ou pas. La reine Rumeur mobilise tout le monde, nous précipite dans la boue la plus fermentée. Qui ne dit mot consent pleinement. Une cathédrale de sang et de cendre se profile - une cathédrale digne des mille paroisses du petit pays ou de celle de nos amis du Vatican.

(dans "Terminus")
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naneknanek   05 mai 2019
Les oiseaux voletaient sur les collines comme si de rien n'était, on notait cependant le survol insistant d'une nuée de charognards.
Ah! toutes les intelligences abîmés pour toujours, toutes les lignés épuisées, éteintes, toutes les jeunesses sandwichées entre l'enclume et le marteau qui ne connaîtront les tendresses de l'amour!
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   16 mai 2015
Voyage sans escales, au plus loin, au plus profond de l'inhumanité. Les mamelles fertiles de la haine et le treillis du ciel. Un froid de marbre ou de pierre nue. Une peau précaire. Un monde très chaviré. Sang usé, épuisé. Mots fatigués, mille fois mâchonnés. On tue pour rire, pour rien. [...] Toujours, on viole la victime pour rire, pour rien. D'autres fois, le cancrelat fait l'objet d'envie parce qu'il a une chemise propre sur lui, de jalousie [...] ; des soupçons il y en a toujours, pas besoin de chercher des motifs pour ça. [...] Voyage sans escales, au plus loin de l'inhumanité.


(dans "Et les chiens festoyaient")
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   16 mai 2015
C'est toujours comme ça depuis les temps bibliques, les Romains n'ont-ils pas appris aux autres peuples l'usage de la torture comme arme politique pour sauvegarder l'intérêt général ? La sagesse séculaire de nos pères a des limites, vous n'en disconviendrez point, j'en suis sûr, et les hommes de l'avenir se doivent d'affronter les nouvelles exigences que leur impose le monde moderne.
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Payot - Marque Page - Abdourahman A. Waberi - Pourquoi tu danses quand tu marches ?
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