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EAN : 9782264072900
264 pages
Éditeur : 10-18 (03/01/2019)
4.41/5   424 notes
Résumé :
Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, bercée par les légendes et les traditions ojibwés, rythmée par la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d’effacer en lui toute trace d’indianité. C’est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (117) Voir plus Ajouter une critique
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CasusBelli
  16 août 2021
Une lecture aux thèmes sombres puisqu'il sera question de maltraitance et de racisme, mais aussi de résilience.
Il s'agit d'un récit en trois tempos, en trois tableaux, une histoire qui se doit d'être exhaustive pour être appréhendée efficacement dans son effroyable réalité, je pense de plus que cette histoire sera perçue différemment selon le vécu des lecteurs.
L'histoire de Saul Indian Horse le petit ojibwé est bien sûr unique, mais c'est aussi et malheureusement une variation d'un thème tristement universel et éternel.
L'auteur va nous raconter chronologiquement et avec méthode sa vie, les premiers souvenirs sont ceux de sa prime enfance imprégnée de culture ojibwé, puis de huit à douze ans viendront les années passées à l'orphelinat catholique de Saint-Jérôme où il sera victime de l'acharnement des religieux à le purger de sa culture, de sa langue, témoin des maltraitances subies par ses amis et de la mort de certains.
Puis il y aura la "délivrance", le hockey sur glace qui lui permettra de se réfugier dans une bulle de passion, il y aura aussi la chance d'être adopté par une famille d'anciens pensionnaires eux-mêmes passionnés de hockey.
Je vais m'arrêter ici avant de résumer l'intégralité du livre car mon but est avant tout d'exprimer un ressenti, on apprend dès le début du livre que l'auteur est en cure de désintoxication et qu'il se raconte pour essayer de "s'en sortir", donc je vais laisser ceux qui souhaiteront le savoir lire ce livre et poursuivre la découverte.
Il me faut quand même dire que bien qu'ayant été aspiré par ce récit je ne pouvais pas me départir d'un sentiment de gêne, sentiment qui s'est envolé au chapitre 49 (sur 56), et je suis pour le coup admiratif car
ce chapitre 49 fait vraiment basculer le récit vers quelque chose d'essentiel qui donne l'éclairage qui manquait jusque là.
Saul a survécu, plus que beaucoup d'autres livres, "Jeu blanc" explique comment et à quel prix cela peut se faire parfois.
Ce fut probablement mon avis le plus difficile à rédiger, j'étais parti pour développer mon ressenti, l'expliciter et écrire quelques pages, je me suis abstenu et limité comme jamais encore pour ne surtout pas en dire trop, un indice sur l'impact qu'a eu cette lecture sur moi.
Il me reste à remercier Doriane qui a une très mauvaise influence sur ma PAL ;)
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marina53
  21 octobre 2019
Cela fait un mois qu'il est dans ce centre de réhabilitation. Et autant de temps sans une goutte d'alcool. Pour tenter de comprendre comment et pourquoi il en est arrivé là, Saul Indian Horse doit raconter son histoire. Mais, dans ce cercle d'hommes et de femme, cela lui paraît impossible. Trop à dire, trop à trier, trop à crier... Alors, il va l'écrire, son histoire...
… l'histoire du Clan des Poissons des Ojibwés du Nord où Saul vit avec sa famille, ses parents, son petit frère et sa grand-mère, au coeur des forêts. Une vie empreinte de légendes et de croyances...
… l'histoire des Blancs dont il faut se méfier, eux qui veulent enlever leur indianité...
… l'histoire de son petit frère, Benjamin, kidnappé par des Blancs. Revenu affaibli d'entre leurs griffes, il mourra des suites de la tuberculose...
… l'histoire de sa grand-mère, omniprésente et protectrice, qui paiera de sa vie pour sauver le petit garçon...
… l'histoire de sa vie entre les quatre murs de l'orphelinat St. Jerm's, régi par un Père et une Soeur despotiques...
… l'histoire du hockey dans lequel il trouvera son échappatoire et son salut...
Récit poignant et fort s'il en est, Jeu blanc émeut autant qu'il interpelle. Saul Indian Horse, jeune Ojibwé, va se retrouver bien seul après l'abandon de ses parents et la mort de sa grand-mère. Placé dans un orphelinat où violence, humiliation et abus sont monnaie courante, il trouvera néanmoins une porte de sortie grâce au hockey, sport pour lequel il semble avoir un don. Saul Indian Horse pourrait être le double, le frère de Richard Wagamese. Un frère porteur de ses souffrances, de ses blessures, de ses espoirs vains et déchus. Lui-même abandonné par ses parents, enlevé dans le cadre de ce qu'on appelle "La rafle des années 60" (programme visant à placer des enfants autochtones dans des familles d'accueil), trimbalé de familles en familles au coeur desquelles il ne trouvait pas sa place, ce n'est pas dans le hockey que l'auteur se réfugiera mais dans la littérature. En de courts chapitres, ce roman déroule, avec force et constat, une épopée tragique, illustration édifiante du sort réservé aux Indiens. Puissant, à la fois cruel et lumineux, porté par un personnage entier et sensible, Jeu blanc est, immanquablement, inoubliable...
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LaBiblidOnee
  23 septembre 2021
Jeu Blanc. le titre est déjà un édifiant jeu de mots résumant ce que représente le Hockey pour Saul : d'abord ce jeu grisant pratiqué sur le blanc éblouissant de la glace, reflétant la lumière dans laquelle il tente de s'aveugler pour ne pas voir la noirceur de sa vie - lumière dans laquelle il se jette à corps perdu pour fuir ses propres zones d'ombre ; mais aussi un jeu que l'homme blanc croit être le seul à pouvoir pratiquer dignement. Un jeu de blancs. Un jeu qui l'aidera malgré tout à combler les blancs de sa vie.

Saul était petit, lorsque les hommes blancs l'ont violemment arraché à ses racines naturelles et aux siens, pour le « civiliser ». Pour ce faire, de nombreuses « écoles » catholiques accueillaient de force les enfants indiens. Hélas, ceux qui ont lu Diderot savent que la religion n'est pas le refuge ultime qu'elle voudrait faire croire. Dans ces endroits, où sévices et punitions supplantent Amour et compassion, Saul survit grâce à sa passion toute nouvelle pour le hockey qu'il y découvre. Il s'y accroche comme le seul rempart préservant une part de vie et de liberté dans un quotidien de contraintes, un refuge pour lequel il accepte tout, y compris de se lever aux aurores pour s'entrainer dans le froid piquant. Cette sensation de légèreté, lorsqu'il s'élance sur la glace laiteuse et luisante, cette liberté qui l'effleure lorsque le vent caresse son visage, les bruits et les odeurs qui le remplissent tout entier, ne laissent plus de place aux mauvais souvenirs : ceux de la déliquescence de sa famille, parquée dans une réserve, ou encore de cet emprisonnement et des traitement reçus au nom d'un Dieu en qui il ne croit pas. Saul s'accroche à ces sensations au point de devenir un très bon joueur, se donnant les moyens d'accéder aux grandes équipes de ligues. La glace est le seul espace où on le laisse exprimer son don de vision, sa clairvoyance pour trouver le chemin de la victoire. Sa passion du jeu est communicative et sa motivation est de la partager et de la transmettre, pour continuer à vivre cette passion qui le fait se sentir vivant.

« C'est pour cela que je m'étais abandonné au hockey. Pour m'abandonner à moi-même. Lorsque le racisme du public et des joueurs me fit changer, je devins furieux parce qu'ils m'enlevaient la seule protection que j'avais. Quand cela se produisait, je savais que ce sport ne pourrait plus m'offrir de protection. »

Malheureusement, il ne voit pas aussi clair dans sa vie. Ayant du mal à s'enraciner, la patinoire devient son « beau miroir » trouble, qu'il arpente dans l'espoir d'y apercevoir ce qui ne va pas. Et puis où tout cela mène-t-il, si le public blanc et les joueurs blancs ne voient en lui qu'un indien à (a)battre, l'insultant, le rabaissant pour leur simple et pitoyable plaisir de se sentir supérieur ? Une fois de plus, l'(im)pitoyable homme blanc lui ôte sa joie de vivre en même temps que son envie de jouer, et l'empêche de s'insérer dans une communauté où on l'a pourtant implanté de force… Que lui reste-t-il, quand on lui a tout pris ? Une énorme boule de colère au fond de l'estomac, quelque chose de lourd, de noir et d'amer qui menace de le submerger s'il ne la fait pas taire avec de l'eau de feu. Un peu, beaucoup, et jusqu'à la folie, le foie de Saul s'affole et ses amitiés s'étiolent. « Je ne pouvais pas courir le risque que quelqu'un me connaisse, parce que je ne pouvais pas courir le risque de me connaître moi-même. » Saul remplace alors son paradis blanc par un refuge de feu, celui de l'enfer qu'il vit sur cette terre. le sol glacé fond sous ses pieds, et l'homme qui se cachait derrière son reflet sur la glace ne peut plus se regarder dans le miroir. Qu'y voit-il ?

« Quand on est paumé comme je l'étais, on boit toujours pour oublier. Pour oublier les choses banales et admises comme un foyer, un boulot, une famille, des voisins. On boit pour oublier les pensées, l'émotion. L'espoir. On boit pour oublier parce que après toutes les routes qu'on a prises, c'est la seule direction qu'on connaisse par coeur. On boit pour oublier afin de ne plus entendre les voix, de ne plus voir les visages, ne plus toucher les choses, ne plus sentir. On boit pour oublier afin d'effacer ce lieu que seuls les poivrots de la pire espèce connaissent ; ce monde au fond du puit où l‘on se réfugie dans le noir, hanté à jamais par la conscience de la lumière. Je fus au fond de ce puits pendant un long moment. Revenir à la lumière du jour faisait un mal de chien. »

Etonnamment, il fallait pourtant en passer par là. C'est ce dont Saul se rend compte lorsqu'un sevrage médicalisé lui rend les idées claires. le thérapeute qui tente de le sauver qui lui fera écrire son histoire, celle qu'il vous délivre faute de savoir la raconter lors des groupes de paroles. Un récit distancié au départ, dont les contours flous semblent trop survolés pour nous atteindre réellement ; Réveil d'un mauvais rêve genre gueule de bois, révoltant notre raison mais préservant nos sentiments. Jusqu'à ce que se dessine l'origine des larmes qui explique cette sensation de flottement, fait finalement fondre aussi nos coeurs et bouillonner nos tripes. Des larmes comme les lames qui vous déchirent l'âme, la lacèrent et puis l'essorent, à bout de mots, à bout d'amour pour ce Saul solaire que l'on voudrait désormais rieur. Encore un livre qui gagne en intensité et en profondeur sur la fin, et qui fait s'interroger sur le sens de notre humanité dite « civilisée »…

« J'y retournais pour apprendre à partager la vérité que j'avais découverte, hermétiquement enfouie au fin fond de moi. J'y retournais parce que je voulais apprendre à vivre avec cette vérité, sans boire. J'y retournais parce que j'avais besoin de prendre un départ solide sur une nouvelle voie et je savais que ce serait difficile. Parfois les fantômes rôdent. Ils trainent dans les coins les plus reculés, et quand vous vous y attendez le moins, ils surgissent, chargés de tout ce qu'ils vous avaient apportés quand ils étaient vivants. Je ne voulais pas être hanté. J'avais vécu ainsi pendant bien trop longtemps déjà. »
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michfred
  10 octobre 2018
Saul Indian Horse est un amérindien, un ojibwé du Clan des Poissons, les Anishinabés, au nord de l'Ontario, près de la rivière Winnipeg.
Pour l'heure, c'est un vieil ivrogne qui amuse les Zaunagush, les hommes blancs, dans son centre de "rehab'", New Dawn, en leur racontant l'histoire de sa vie.
De son enfance surtout.
Une enfance en noir et blanc.
Noir comme la mort qui lui enlève sa grand mère chérie et son grand frère. Noir comme l'orphelinat de St Jérôme, noir comme les habits des soeurs et des curés, ces prédateurs sans scrupule, qui usent et abusent de leur pouvoir de nuisance sur ces petits indiens sans défense arrachés à leur famille-tous ne sont pas orphelins- à leur langue, leur culture, leurs croyances. Noir comme leur avenir, sans respect, sans amour, sans issue...
S'il n'y avait, salvateur, le blanc éclatant de la patinoire de hockey.
Blanc comme la glace, blanc comme la neige, blanc comme la page où vont s'inscrire les revanches sur l'humiliation, blanc comme l'étincelante renommée, blanc comme ce vertige magique qui saisit Saul, après une phase d'observation, blanc comme cette "vista" qui décode soudain les lignes du jeu, lui donne la prescience des passes à faire, des trajectoires à emprunter, blanc comme ce pouvoir quasi chamanique qui fait de Saul un génie de la glisse, un maître de la stratégie- le dieu rouge de ce jeu blanc.
Mais voilà, nous sommes dans les années soixante, et le hockey sur glace, sport national des Canadiens, ce jeu blanc, est avant tout un jeu de blancs.
Quand un peau rouge en devient maître c'est une sorte d'affront.
Il faut payer.
A moins que cette virtuosité au hockey n'ait été, déjà, une façon d'expier , de payer autre chose. Une blessure plus ancienne, plus profonde..cachée dans la nuit de l'enfance. Un prêté pour un rendu. Un jeu blanc, dans le troisième sens du terme...
J'ai lu d'une traite ce livre magnifique, lyrique et beau, cruel et tendre, très largement autobiographique.
Un petit mot sur le hockey, qui risque d'en effaroucher quelques-uns...ou plutôt quelques-unes! J'ai été maman de deux hockeyeurs sur glace passionnés- surtout un, qui nous a même transformés en groupies itinérants! J'ai moi aussi adoré ce jeu rapide, vif, viril..pour ne pas dire plus, l' atmosphère glacée et électrique de la patinoire, toujours nimbée de cette poussière de glace qui aiguise les sens, et fouette le sang...Voir David, mon hockeyeur de 12 ans, lever la crosse avec vaillance pour demander l'accès à la glace me donnait toujours un petit coup d'adrénaline et mon estomac se serrait!
C'est dire si je n'ai pas boudé les époustouflantes pages sur les parties disputées par magic Saul! Mais c'est si bien écrit que même le lecteur le plus pépère, le plus allergique au sport, ne peut, lui aussi, qu'avoir "la vista" d'Indian Horse, et se représenter brillamment les matchs !
Ce jeu blanc m'a emballée, mais il m'a aussi tordu le coeur, de colère et de chagrin.
Pour Saul, il faudra fendre la glace , briser son miroir pour trouver, enfin, un sens apaisé à ce jeu équivoque et , finalement, pervers, ainsi qu' une façon d'y jouer qui permette à l'ivrogne repenti qu'il est de recouvrer dignité, douceur et fraternité, entouré des enfants de son peuple qui ont besoin, comme lui, de faire leur place sans se renier, dans une société blanche, catholique et raciste.
Dur, beau et fascinant comme la glace.

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Annette55
  25 avril 2018
Voici un livre autobiographique , passionnant , sensible et juste .
Il retrace l'enfance de Saul, (sans doute l'auteur ) .
Sa famille était issue du Clan des Poissons des Ojibwés du Nord, les ANishinabés.
Elle a vécu sur les territoires bordant la rivière Winnipeg .
C'est une oeuvre vraiment bouleversante .......de perte et de persécution , puis de renaissance dans laquelle Saul raconte son histoire et le rejet des indiens par les Canadiens dans les années 60.
Sa toute petite enfance est rythmée par les légendes Ojibwés, ----------en ce temps - là , son peuple s'en remettait à l'intuition _______le grand pouvoir spirituel de la pensée_________les cérémonies sur les rochers, les chants anciens , les prières dans la langue Ancestrale, la récolte du riz et la pêche .
Puis son exil , l'hiver de ses huit ans , la mort de sa grand- mère Naomi, (morte de froid pour le sauver) , la disparition de ses parents, l'enlèvement de sa soeur Rachel, Benjamin , son frére, lui aussi enlevé , revenu affaibli , mort de la tuberculose ........
Il intégre alors l'institution Saint- Jérôme ( qui n'a De Saint que le nom ) , un internat cruel, infâme et inhumain où les blancs feront tout pour effacer en lui son" Indianité", un enfer sur terre !
Il décrit les coups de ceinture, les raclées humiliantes, les gifles , les coups de poing sur la chair où certains étaient roués jusqu'au sang ..........
Une souffrance intolérable qu'il supporte car il se révèle secret, calme et renfermé, dépourvu de sentiments apparents .......
Il sait lire et écrire ce qui est un gros avantage ........
Les religieuses considéraient les indiens comme du bétail , nourris , abreuvés, et contraints de porter leur fardeau quotidien. On leur arrachait leur innocence, dénigrait leur peuple, la famille d'où il venait méprisée, son mode de vie et ses rituels tribaux étaient décrétés arriérés, primitifs et sauvages .........
Heureusement , au coeur de cet enfer, Saul découvre son salut grâce au hockey sur glace .......
Il réussit à rejoindre l'élite du sport national mais c'est sans compter sur le racisme qui régne encore au Canada au coeur des années 60 .
C'est un livre brillant , poignant à l'écriture magnifique faisant la part belle aux relations entre l'homme et la nature, qui retranscrit avec force la richesse , la singularité et la beauté de l'identité indienne !
Merci beaucoup , à Claire de la médiathéque qui m'a fait découvrir cette oeuvre attachante !
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   10 octobre 2017
Après le formidable "Les Etoiles s’éteignent à l’aube", "Jeu blanc" est le deuxième roman de l’écrivain canadien Richard Wagamese, disparu il y a peu, à être traduit en français.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (116) Voir plus Ajouter une citation
DavidG75DavidG75   13 septembre 2020
Je ne sais plus très bien quand je me mis à boire. La seule chose que je sais, c’est qu’alors le grondement au fond de mon ventre s’apaisa. Dans l’alcool, je découvris un antidote à l’exil. Je quittai l’arrière-plan pour devenir un blagueur, un clown, un conteur qui relatait des histoires de voyages et d’événements insensés. En fait, je n’en avais vécu aucune, mais j’avais suffisamment lu pour rendre ces récits vivants, crédibles et captivants. Au milieu des grandes claques, des coups de poing et des gros éclats de rire qui les accueillaient, je découvris qu’être quelqu’un que l’on n’est pas est souvent plus facile que de vivre sa propre vie.
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VALENTYNEVALENTYNE   05 mai 2019
Je n’étais pas là le jour où le premier cheval indien est arrivé jusqu’à notre peuple, mais j’ai entendu cette histoire tant de fois quand j’étais enfant qu’elle est devenue réelle pour moi.
Les Ojibwés n’étaient pas un peuple du cheval. Notre pays existait à l’état sauvage : lacs, rivières, tourbières et marécages entourés de citadelles de forêt, de pierre et du tissage labyrinthique de la nature. Nul besoin de cartes pour le comprendre. Nous étions le peuple des manitous. Les êtres qui partageaient notre temps et notre espace étaient le lynx, le loup, le glouton, l’ours, la grue, l’aigle, l’esturgeon, le chevreuil et l’orignal. Le cheval était un chien-esprit fait pour courir dans des espaces dégagés. Il n’y avait pas de mot pour le désigner dans notre ancienne langue jusqu’à ce que mon arrière-grand-père en rapporte un du Manitoba.
Quand le soleil était chaud et que le chant du vent s’entendait dans les bruissements des arbres, notre peuple disait que les Maymaygwayseeuck, les esprits des eaux, étaient sortis danser. C’était une journée comme ça, étincelante. Les yeux des esprits se reflétant dans l’eau.
Un jour de la fin de l’hiver, mon arrière grand-père s’en était allé dans la morsure du vent du nord, en direction de l’Ouest, vers les pays de nos cousins, les Ojibwés des plaines. Il s’appelait Shabogeesick. Ciel oblique. Il était chaman et trappeur, et parce qu’il passait beaucoup de temps dans la nature, elle lui révélait des choses, elle lui parlait des mystères et des enseignements. Les gens disait qu’il avait le pouvoir télépathique, ce don exceptionnel que possédaient nos premiers maîtres. C’était une puissante médecine permettant de partager des enseignements vitaux entre peuples séparés par des distances colossales. Shabogeesick fut l’un des derniers à revendiquer l’énergie de sa science, avant que l’histoire ne la piétine. Un jour, la nature l’avait appelé et il s’était éloigné sans souffler mot à qui que ce soit. Personne ne s’inquiéta. C’était une chose qu’il faisait tout le temps.
Mais par cette après-midi de la fin du printemps, lorsque, revenant de l’est, il sortit du bois,il tirait, au bout d’un licol en corde, un étrange animal noir. Notre peuple n’avait jamais vu une telle créature et les gens avaient peur. C’était un animal gigantesque. Aussi gros qu’un orignal, mais sans le panache, et le son de ses sabots sur le sol rappelait le roulement du tambour – tel un grand vent qui s’engouffre dans la crevasse d’un rocher. Les gens reculèrent en le voyant.
« Quelle espèce d’être est-ce donc ? demandèrent-ils. Est-ce qu’on le mange ?
– Comment se fait-il qu’il marche aux côtés d’un homme ? Est-ce un chien ? Est un grand-père égaré ? »
Le peuple se posait de nombreuses questions. Personne ne voulait approcher l’animal, et quand il s’inclina la tête pour commencer à brouter l’herbe, ils en eurent le souffle coupé.
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Annette55Annette55   24 avril 2018
"Les bosses des rochers sur le rivage portaient des manteaux blancs.Les arbres, sous le poids de la neige fraîche dans leurs branches, ressemblaient à des soldats épuisés , rentrant à la maison à la fin de la guerre. Le froid était une bête redoutable. Tandis que j'avançais péniblement , dans la neige jusqu'aux genoux, en quête de bois pour le feu, je la sentais me traquer cette bête , attendre que l'épuisement m'abatte de façon à se repaître de ma chair gelée".....
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marina53marina53   21 octobre 2019
Je me tenais sur les rochers aux toutes premières lueurs du jour, avant que quiconque ne se soit réveillé et je sentais la nature entrer en moi comme la lumière. Je fermais les yeux et la sentais. La nature était une présence. Elle avait des yeux et j’étais surveillé. Mais jamais je n’eus l’impression d’y être un intrus.
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marina53marina53   22 octobre 2019
Quand on t'arrache ton innocence, quand on dénigre ton peuple, quand la famille d'où tu viens est méprisée et que ton mode de vie et tes rituels tribaux sont décrétés comme arriérés, primitifs, sauvages, tu en arrives à te voir comme un être inférieur. C'est l'enfer sur terre, cette impression d'être indigne. C'était ce qu'ils nous infligeaient.
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