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Critiques sur Jeu Blanc (54)
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michfred
  10 octobre 2018
Saul Indian Horse est un amérindien, un ojibwé du Clan des Poissons, les Anishinabés, au nord de l'Ontario, près de la rivière Winnipeg.

Pour l'heure, c'est un vieil ivrogne qui amuse les Zaunagush, les hommes blancs, dans son centre de "rehab'", New Dawn, en leur racontant l'histoire de sa vie.

De son enfance surtout.

Une enfance en noir et blanc.

Noir comme la mort qui lui enlève sa grand mère chérie et son grand frère. Noir comme l'orphelinat de St Jérôme, noir comme les habits des soeurs et des curés, ces prédateurs sans scrupule, qui usent et abusent de leur pouvoir de nuisance sur ces petits indiens sans défense arrachés à leur famille-tous ne sont pas orphelins- à leur langue, leur culture, leurs croyances. Noir comme leur avenir, sans respect, sans amour, sans issue...

S'il n'y avait, salvateur, le blanc éclatant de la patinoire de hockey.

Blanc comme la glace, blanc comme la neige, blanc comme la page où vont s'inscrire les revanches sur l'humiliation, blanc comme l'étincelante renommée, blanc comme ce vertige magique qui saisit Saul, après une phase d'observation, blanc comme cette "vista" qui décode soudain les lignes du jeu, lui donne la prescience des passes à faire, des trajectoires à emprunter, blanc comme ce pouvoir quasi chamanique qui fait de Saul un génie de la glisse, un maître de la stratégie- le dieu rouge de ce jeu blanc.

Mais voilà, nous sommes dans les années soixante, et le hockey sur glace, sport national des Canadiens, ce jeu blanc, est avant tout un jeu de blancs.

Quand un peau rouge en devient maître c'est une sorte d'affront.

Il faut payer.

A moins que cette virtuosité au hockey n'ait été, déjà, une façon d'expier , de payer autre chose. Une blessure plus ancienne, plus profonde..cachée dans la nuit de l'enfance. Un prêté pour un rendu. Un jeu blanc, dans le troisième sens du terme...

J'ai lu d'une traite ce livre magnifique, lyrique et beau, cruel et tendre, très largement autobiographique.

Un petit mot sur le hockey, qui risque d'en effaroucher quelques-uns...ou plutôt quelques-unes! J'ai été maman de deux hockeyeurs sur glace passionnés- surtout un, qui nous a même transformés en groupies itinérants! J'ai moi aussi adoré ce jeu rapide, vif, viril..pour ne pas dire plus, l' atmosphère glacée et électrique de la patinoire, toujours nimbée de cette poussière de glace qui aiguise les sens, et fouette le sang...Voir David, mon hockeyeur de 12 ans, lever la crosse avec vaillance pour demander l'accès à la glace me donnait toujours un petit coup d'adrénaline et mon estomac se serrait!

C'est dire si je n'ai pas boudé les époustouflantes pages sur les parties disputées par magic Saul! Mais c'est si bien écrit que même le lecteur le plus pépère, le plus allergique au sport, ne peut, lui aussi, qu'avoir "la vista" d'Indian Horse, et se représenter brillamment les matchs !

Ce jeu blanc m'a emballée, mais il m'a aussi tordu le coeur, de colère et de chagrin.

Pour Saul, il faudra fendre la glace , briser son miroir pour trouver, enfin, un sens apaisé à ce jeu équivoque et , finalement, pervers, ainsi qu' une façon d'y jouer qui permette à l'ivrogne repenti qu'il est de recouvrer dignité, douceur et fraternité, entouré des enfants de son peuple qui ont besoin, comme lui, de faire leur place sans se renier, dans une société blanche, catholique et raciste.

Dur, beau et fascinant comme la glace.


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Annette55
  25 avril 2018
Voici un livre autobiographique , passionnant , sensible et juste .
Il retrace l'enfance de Saul, (sans doute l'auteur ) .
Sa famille était issue du Clan des Poissons des Ojibwés du Nord, les ANishinabés.
Elle a vécu sur les territoires bordant la rivière Winnipeg .
C'est une oeuvre vraiment bouleversante .......de perte et de persécution , puis de renaissance dans laquelle Saul raconte son histoire et le rejet des indiens par les Canadiens dans les années 60.
Sa toute petite enfance est rythmée par les légendes Ojibwés, ----------en ce temps - là , son peuple s'en remettait à l'intuition _______le grand pouvoir spirituel de la pensée_________les cérémonies sur les rochers, les chants anciens , les prières dans la langue Ancestrale, la récolte du riz et la pêche .
Puis son exil , l'hiver de ses huit ans , la mort de sa grand- mère Naomi, (morte de froid pour le sauver) , la disparition de ses parents, l'enlèvement de sa soeur Rachel, Benjamin , son frére, lui aussi enlevé , revenu affaibli , mort de la tuberculose ........

Il intégre alors l'institution Saint- Jérôme ( qui n'a De Saint que le nom ) , un internat cruel, infâme et inhumain où les blancs feront tout pour effacer en lui son" Indianité", un enfer sur terre !
Il décrit les coups de ceinture, les raclées humiliantes, les gifles , les coups de poing sur la chair où certains étaient roués jusqu'au sang ..........
Une souffrance intolérable qu'il supporte car il se révèle secret, calme et renfermé, dépourvu de sentiments apparents .......
Il sait lire et écrire ce qui est un gros avantage ........
Les religieuses considéraient les indiens comme du bétail , nourris , abreuvés, et contraints de porter leur fardeau quotidien. On leur arrachait leur innocence, dénigrait leur peuple, la famille d'où il venait méprisée, son mode de vie et ses rituels tribaux étaient décrétés arriérés, primitifs et sauvages .........
Heureusement , au coeur de cet enfer, Saul découvre son salut grâce au hockey sur glace .......
Il réussit à rejoindre l'élite du sport national mais c'est sans compter sur le racisme qui régne encore au Canada au coeur des années 60 .
C'est un livre brillant , poignant à l'écriture magnifique faisant la part belle aux relations entre l'homme et la nature, qui retranscrit avec force la richesse , la singularité et la beauté de l'identité indienne !
Merci beaucoup , à Claire de la médiathéque qui m'a fait découvrir cette oeuvre attachante !
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gavarneur
  01 mai 2019
La littérature n'est pas, pour le lecteur, un sport de combat. Je n'aime pas trop lire dans une critique : choc, claque, gifle, secouer. Mais ce livre m'a laissé abasourdi, intensément ému et indigné. Ce n'est pas vraiment une autobiographie* : Richard Wagamese n'a pas été un hockeyeur génial, et n'a pas, enfant, vu partir ses parents et mourir sa grand-mère dans la neige. Je ne sais pas s'il a subi lui-même tout ce qu'il décrit dans ce pensionnat catholique. Mais ces horreurs se sont produites partout, il y avait non seulement une vraie volonté de détruire chez les jeunes autochtones toute trace de leur culture, en les arrachant à leurs familles, mais aussi d'autres abus abominables. le gouvernement canadien a mis bien du temps à le reconnaître, certaines églises protestantes aussi. Quant au pape... il ne veut pas qu'on lui force la main, et « seuls 16 des 61 diocèses canadiens étaient impliqués, ainsi qu'une trentaine de congrégations sur plus de cent dans le pays. »** , donc il ne présente pas d'excuses au nom de l'église.
Et le roman? Je ne suis pas particulièrement admiratif du style, simple et classique. Mais la construction est d'une efficacité redoutable. S'enchaînent une belle histoire familiale et fantastique, la description très dure des sévices infligés par des religieux fanatiques d'une bêtise crasse, un début de rédemption par le hockey, la chute morale causée par des canadiens racistes ordinaires d'une bêtise crasse. Et la suite que je vous laisse lire, car le plus fort reste à venir.
J'ai été accroché au récit d'un bout à l'autre, ressentant les difficultés, les espoirs, la joie, la haine, la déchéance, la rédemption du jeune Saul Indian Horse, et vraiment c'est un témoignage qui donne envie de se révolter. La magie du hockey sur glace est donnée en plus, même pour un français qui connaît peu ce sport il y a des moments magiques, l'exaltation de la vitesse, de la force et la vision du jeu nous sont partagées pour des pages de grand bonheur.
Lecture obligatoire ? Pas autant que Primo Levi, mais peu s'en faut..

*  « I did not speak my first Ojibwa word or set foot on my traditional territory until I was twenty-six. I did not know that I had a family, a history, a culture, a source for spirituality, a cosmology, or a traditional way of living. I had no awareness that I belonged somewhere. »
**La Croix, 2 mai 2018. le pape et l'église ne me semblent pas mériter de majuscules.
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si-bemol
  20 janvier 2019
Saul Indian Horse, alcoolique invétéré, est en cure de désintoxication dans un centre dont les thérapeutes l'incitent à raconter son histoire, ce qui - selon eux - pourrait accélérer sa guérison. Mais plutôt que de la raconter de vive voix aux autres patients - “je ne peux pas la raconter dans un cercle. Je le sais. Il y a trop à trier et à passer au crible” - il préfère la consigner par écrit. C'est donc à nous, par le biais de ce livre, qu'il la raconte, cette histoire. Et quelle histoire !

C'est, dans les années soixante, l'histoire du peuple indien dans les vastes étendues canadiennes, un peuple de la nature et des mondes sacrés qui communique et danse avec les esprits. C'est l'histoire d'une tribu, celle des Ojibwé, à qui les Blancs enlèvent leurs enfants pour les élever très loin, dans leurs écoles et dans leurs villes. C'est l'histoire d'un peuple ancien dont la liberté, la sagesse, la spiritualité et les traditions sont méthodiquement détruites par le “progrès”, la violence et l'indifférente cruauté de l'homme blanc.

Et c'est l'histoire d'un petit garçon, Saul Indian Horse, qui à l'âge de sept ans, après la disparition de toute sa famille, devra quitter pour toujours ses forêts et ses lacs pour affronter seul l'univers des hommes blancs. Enfermé dans un pensionnat religieux à la discipline militaire qui lui vole “toute la lumière de (son) monde”, contraint à renier ses origines, sa langue, ses croyances et jusqu'à l'essence-même de son être, Saul découvre un monde d'une violence inouïe, tant physique que mentale et spirituelle. Comment continuer à grandir dans cet enfer d'une noirceur absolue, comment envisager de pouvoir, un jour, s'en échapper ?

La découverte du hockey sur glace, pour lequel il se révèle immensément doué, qui fera de lui un joueur de tout premier plan et une célébrité, bouleverse toute sa vie. Sur la glace éblouissante de blancheur des patinoires, sous les applaudissements des foules fascinées par la virtuosité de son jeu, il trace peu à peu, à coups de crosse frappés dans le palet, son chemin de lumière. Mais, au final, le hockey n'est qu'un jeu. Et c'est un jeu blanc, un jeu pour rien, un jeu de l'homme blanc et pour l'homme blanc, un jeu biaisé par le racisme, le mépris et la violence. Un jeu où l'Indien ne peut avoir sa place et auquel il ne peut survivre que dans l'alcool et la déchéance. Ou l'écriture.

Avec "Jeu blanc", l'Amérindien Richard Wagamese, décédé en 2017, signe un livre-testament, un roman autobiographique d'une grande puissance et le témoignage accusateur de la destruction d'un peuple et d'une culture. Une histoire dépaysante et bouleversante qui me laisse avec un mélange d'admiration pour le talent et l'écriture de l'auteur, et de colère envers la supériorité auto-proclamée de l'homme blanc et son cortège de haine, de bêtise et de nuisance.

Un grand livre et, assurément pour moi, une belle lecture.

[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
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Adriatik
  14 janvier 2018
Je vous présente mon premier coup de coeur 2018 qui porte le titre de "Jeu Blanc" de Richard Wagamese.
Le titre intriguant et le sujet m'ont attiré immédiatement et la belle écriture a fait le reste.

Ce roman raconte l'histoire de Saul, un jeune indigène qui connait très tôt les souffrances des siens. Sa soeur a été enlevée par les blancs et elle n'est jamais revenue, son frère a attrapé la tuberculose et il en est mort.

Emmené dans un pensionnat canadien après le décès de sa grand- mère, il entrera à son tour dans un monde obscur et sans amour. Saul sera le témoin des abus et des maltraitances des religieux envers les indiens, dans le but de leur faire oublier leur langue et leur culture.

C'est la passion pour le hockey qui va lui permettre de sortir du pensionnat pour lui ouvrir d' autres horizons.
Hélas, le hockey des années 1960, c'est' le jeu des blancs' et le racisme est omniprésent.

Un texte puissant plein de pudeur qui ne laisse pas indifférent et qui émeut.
Richard Wagamese rend un vibrant hommage à son peuple et explique l'impuissance de Saul et des siens condamné dès la naissance, par le simple fait qu'ils sont différents.
Bien que l'auteur lui-même n'a pas fréquenté les pensionnats, il avait des parents qui l'ont fait.
La souffrance d'un peuple ou d'un individu ne peut mieux s' exprimer qu'avec cette citation qui m'a touché :

Quand on t'arrache ton innocence , quand on dénigre ton peuple, quand ta famille d'où tu viens est méprisée et que ton mode de vie et tes rituels tribaux sont décrétés arriérés, primitifs, sauvages, tu en arrives à te voir comme un être inférieur. C'est l'enfer sur terre, cette impression d'être indigne.
Voilà ce que j'appelle un livre inoubliable. Un auteur à suivre pour moi. Bientôt j'irai vers "Les étoiles s'éteignent à l'aube".

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JIEMDE
  08 octobre 2017
Après l'énorme coup de coeur que j'avais eu pour Les étoiles s'éteignent à l'aube, j'ai acheté Jeu blanc dès sa sortie mais ai attendu quelques jours avant de le démarrer, histoire de savourer l'attente (syndrome bien connu de la montée de l'escalier). Et je n'ai pas été déçu !

Dans ce livre paru antérieurement aux "Étoiles" mais publié après en France, Richard Wagamese nous lance sur les traces de ses origines Ojimbé, peuple indien marginalisé du Canada. Il le fait à travers l'histoire du jeune Saul Indian Horse, élevé par les siens dans les montagnes reculées entre Ontario et Manitoba, là où la civilisation est encore loin, bien loin. Là où les saisons, la pêche, la chasse rythment la vie du clan. Là où l'arrivée d'un cheval devient une grâce. Là où l'éducation s'appelle la vie de tout les jours.

Mais au milieu du XXe siècle, tout cela n'est plus possible et les "bons blancs" canadiens se font un devoir de civiliser ces jeunes hors du temps, quitte à les enlever à leurs familles. C'est ce qui va arriver à Saul, échouant comme d'autres dans un pensionnat religieux où à coups de fouets, brimades et privations, on va lui apprendre à renier ses origines pour retrouver le "vrai" sens de la vie.

Heureusement pour lui, Saul a un don pour le hockey sur glace, sport national en plein essor. Un don qu'un de ses prêtres éducateurs va déceler puis encourager. Et Saul, joueur d'instinct à la vista unique, va entamer une carrière qui le mènera au plus haut niveau de ce sport.

Sauf que chassez le naturel... Vous connaissez la suite. Même joueur d'excellence, Saul restera toujours un indien, jouant à un sport de blanc. Et il va le payer. Cher...

En peu de pages, Wagamese réussit un récit poignant, émouvant, attachant, qui comme pour Les étoiles..., m'a profondément marqué par sa beauté autant que sa dureté. La langue de Wagamese est fluide comme la rivière Winnipeg et coule avec une exceptionnelle poésie, même quand elle aborde les affres les plus sordides de la race humaine.

Un vrai coup de coeur donc, qui laisse une fois achevé un peu d'amertume à la pensée d'un auteur décidément parti trop tôt.
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kuroineko
  20 août 2018
Jeu blanc de Richard Wagamese, Canadien d'origine ojibwé qui s'est éteint trop jeune en 2017, est à la fois un coup de coeur et un coup au coeur.

L'auteur renverse les belles images du Canada: grands espaces, couleurs automnales féeriques, sirop d'érable, etc. le narrateur est un enfant indien ojibwé, Saul Indian Horse, que sa grand-mère tente de protéger pour que les missionnaires des pensionnats religieux ne l'enlèvent pas. C'est pourtant ce qui va arriver et le gamin de sept ans se retrouve à St Jérôme. Au programme après épouillage et coupe de la traditionnelle longue chevelure, sévices, corvées, acculturation pour extirper la vile racine païenne et indienne en eux. On leur apprend à mépriser ce qu'ils sont et d'où ils viennent.
Tu te rebelles, fouetté. Tu parles ojibwé, fouetté. Tu pleures, fouetté. Ou pire, enfermé dans une boîte en fer à la cave, d'où l'on ne ressort pas psychologiquement indemne. Comme si ça ne suffisait pas, les enfants sont soumis aux désirs abjects des bons pères et des bonnes soeurs. Atroce, aberrant et à vomir, ce système de pensionnat - dans les années 1960 tout de même - m'a fait penser aux descriptions similaires de l'héroïne de Charlotte Bousquet dans Celle qui venait des plaines.

Ce sont les livres et le hockey qui permettent au jeune Saul de tenir. Sur la glace, sa vision du jeu est quasi magique, autant que sa dextérité. Il a un don certain pour ce jeu qui le conduira aux portes de la Ligue Nationale de Hockey.
Pourtant, dès le premier chapitre, on se doute que tout n'a pas fonctionné comme ça aurait dû puisqu'on découvre Saul dans un centre de désintoxication de l'alcool.

Racisme, discrimination, injures, Richard Wagamese montre tout ce que doit endurer Saul. Il ne peut être un simple hockeyeur parmi les autres; il est l'Indien, l'Autre, avec tous les clichés grotesques que les Blancs bas de plafond peuvent véhiculer.

Comme précédemment Taqawan d'Éric Plamondon, ce livre m'a profondément touchée, émue et remontée contre la connerie humaine. le personnage de Saul est très attachant et il est douloureux de le voir s'enfoncer ainsi dans le piège de l'alcool pour échapper à ses démons intérieurs.

Richard Wagamese signe là un ouvrage d'une puissance crue et sans fard sur la condition amérindienne au Canada des années 1960 à 1980. C'est dur, âpre, amer et extrêmement dérangeant. Mais à lire pour garder les yeux ouverts.
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Bazart
  05 décembre 2017
Centré autour de la culture amérindienne, Jeu blanc" est le deuxième roman de l'écrivain canadien Richard Wagamese, un auteur hélas disparu en mars 2017, à être traduit en français.

Après son premier roman les étoiles s'éteignent à l'aube , Jeu blanc continue dans la même veine poétique et philosophique avec une intrigue qui rend un vibrant hommage à ses origines, le peuple ojibwé, et montre que les amérindiens ont souvent du mal à trouver leur place face à l'hégémonie des blancs, face au racisme...

Le personnage central Saul Indian Horse, indien Ojibwé, va être contraint par des blancs a renier ses origines. et seul le hockey sur glace lui permettra de sortir de sa condition.

Comme dans son roman précédent, Wagamese aborde avec énormement de sensibilité et de justesse les thèmes de la perte et de la rédemption. ce sentiment de perte qu'ont pu ressentir les natifs persécutés par l'homme blanc.

Avec simplicité et humanité le récit met en exergue les nombreuses difficultés, embûches qui empêchent le jeune Saul Indian Horse de se réaliser. Un personnage courageux et sensible qui doit renier sa culture et ses racines,pour essayer de s'en sortir, de s'intégrer sans jamais le pouvoir réellement, à cause du poids des préjugés et du regard des autres.

Une bien belle oeuvre à découvrir d'un auteur dont on ne peut que regretter la disparition mais dont on espère que l'éditeur exhumera de ses pépites inconnues en France!
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Mimeko
  27 mai 2019
Saul Indian Horse est ojibwe. Sa famille vit dans les bois, guidée par la grand-mère, pour éviter l'enlèvement des enfants qui risquent une assimilation forcée dans des écoles catholiques. Après la disparition tragique des parents puis de sa grand-mère, Saul est envoyé à St Jérôme, un pensionnat terrible où toute indianité est éradiquée : croyances, rites, langues, prénoms qui sont christianisés; liens familiaux et mêmes liens amicaux sont cassés ou broyés à coups d'humiliations et de châtiments corporels. Pour survivre, Saul se referme et se soumet, son destin est tout tracé, apprendre un métier manuel et travailler comme mineur ou bucheron...Mais dès huit ans, sa rencontre avec le hockey va lui permettre de se construire pour exister... Grâce au don de vision hérité de son grand père - il lui suffit d'observer le jeu et le style des joueurs, pour anticiper le match - il réussit à s'imposer dans les ligues autochtones. le racisme va très rapidement s'inviter quand il se voit offrir la possibilité d'intégrer la ligue sportive blanche qui va révéler plus que la violence qui sommeillait en lui et qui va réveiller un traumatisme qu'il avait essayé de d'oublier.

Jeu Blanc est le roman magnifique qui relate le destin de Saul, jeune ojibwé qui, au delà des souffrances et des tragédies, va trouver dans le Hockey sur glace plus qu'un simple sport, la révélation grâce à laquelle toute son indianité va se cristalliser - le don de vision du jeu comme celle qui permet au chasseur de pister l'orignal, la patience, la beauté du geste, le respect de l'adversaire, l'esprit d'équipe.
Richard Wagamese s'empare du douloureux sujet de l'assimilation forcée des indiens du Canada et leur difficile combat pour se faire respecter. Avec le destin de Saul, au delà du hockey et grâce à un style magnifique et une belle traduction, Richard Wagamese touche à l'universalité de la réalité amérindienne.
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celestineh
  16 avril 2019
Deuxième incursion dans l'oeuvre de Richard Wagamese après Les étoiles s'éteignent à l'aube qui m'avait enchanté.
En lisant ce roman, j'ai découvert avec une certaine stupéfaction le sort qui fut réservé aux enfants de nombreuses familles amérindiennes au Canada : arrachés de force à leurs parents, ils furent placés dans des orphelinats et des pensionnats afin d'être « rééduqués ». Des lieux où ils furent en réalité battus, exploités, violés pour certains, le tout avec la « bénédiction » de l'église en charge de ces institutions. Et cette éducation dans l'horreur a brisé de nombreux jeunes amérindiens qui ont trouvé refuge, adultes, dans l'alcool ou la violence. Vérification faite sur le net, les faits racontés par Richard Wagamese sont véridiques et ont fait l'objet d'enquêtes et de véhémentes polémiques au Canada.
Saul Indian Horse est l'un de ses enfants. Enlevé à sa famille, il est placé dans un de ces pensionnats où l'un des prêtres va l'initier au hockey. Car Saul a plus que des qualités pour ce sport national : il a du génie. le hockey va jouer un rôle salvateur pour le jeune garçon et lui permettre d'être hébergé par une famille aimante dans une réserve. Mais quand ses talents l'amènent à jouer dans l'équipe nationale, Saul va s'apercevoir que le racisme est toujours bien présent et les préjugés vont l'empêcher de faire la carrière qu'il mérite.
Récit en partie autobiographique, Jeu blanc est d'une terrible mélancolie. le destin brisé de ce jeune amérindien est vraiment d'une tristesse indicible….Comme Les étoiles, le texte se lit facilement, il n'y a pas de grands effets mais la tragédie est bien là, au coeur du récit.
Une belle découverte.
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