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Véronika Nentcheva (Traducteur)Eric Naulleau (Traducteur)
EAN : 9782264041609
329 pages
10-18 (08/10/2007)
4.12/5   29 notes
Résumé :
À travers le personnage de Berto Cohen, Bulgare exilé en Israël qui retourne dans sa ville natale le temps d'un colloque, Angel Wagenstein ressuscite le petit monde de son enfance : Plovdiv, une ville parmi les plus belles et les plus cosmopolites des Balkans.
Au gré des glissements entre présent et passé, le fil rouge d'une déchirante nostalgie se mêle à une affaire de spéculation immobilière, les amours enfantines à l'actualité proche-orientale, la recherch... >Voir plus
Que lire après Abraham le Poivrot : (Loin de Tolède)Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Tolède-Plovdiv : 3.190,8 kilomètres, sans compter la distance en passant par Constantinople (Istanbul). C'est le périple parcouru par les ancêtres de l'auteur après l'expulsion des Juifs de la péninsule ibérique par les rois très catholiques d'Espagne, Ferdinand et Isabelle, en 1492.

Plovdiv, au centre de la Bulgarie, n'a pas été nommée capitale européenne de la culture en 2019 par hasard, car selon les historiens il s'agit de la plus ancienne ville de notre continent, toujours habitée. Il y a des lustres que dans ma petite classe des cours d'été d'anglais à Bournemouth, il y avait une Plovdivienne qui affirmait que sa ville venait tout de suite après Sofia, comme 2e de la Bulgarie. En fait, c'est Varna sur la mer Noire qui détient cet honneur, mais comme Nikolina était une jeune fille charmante, personne ne lui en voudra de ce pieux mensonge.

Dans 2 mois Angel Wagenstein célébrera ses 98 ans et il est un vrai enfant du siècle. Comme gosse, il a été avec ses parents en tant que gauchistes en exil à Paris. C'est l'armée rouge qui a libéré d'un camp le jeune Bulgare condamné à mort pour actes de résistance.
Avant d'en arriver à l'écriture avec succès, l'auteur s'est distingué avec le même succès comme réalisateur de films. Déjà en 1959, il a remporté le Prix Spécial du jury de Cannes pour son scénario de "Sterne" ou "Étoiles", une histoire d'amour entre un gardien allemand d'un camp nazi et une jeune Juive bulgare.

C'est à travers la destinée de ses grands-parents Mazal et Abraham, surnommé le Poivrot ("El Borrachón") par les familles Cordoba, Sevilla, Granada et les Catalans... de Plovdiv, qu'Angel Wagenstein nous éclaire le sombre sort des Juifs en odyssée forcée pendant des siècles avant de s'établir comme les Deutsch, Berliner, Schweitzer et Moskovitch en Bulgarie.
À propos l'historien, écrivain et député israélien, Michel Bar-Zohar, l'excellent biographe de David Ben Gourion est né, en 1938, non à Plovdiv, mais presque, à Sofia.

Ne vous laissez pas décourager par le fait qu'Abraham a été porté sur l'alcool. C'était un homme fort instruit qui avait lu Cicéron et Pestalozzi, parlait le Ladino (la langue des Juifs séfarades, comme le Yiddish des Juifs ashkénazes) et le Turc et qui savait même jurer dans un Bulgare impeccable. Il avait une mémoire impressionnante et se souvenait même de certains événements qui n'avaient jamais eu lieu... Ainsi, les Plovdiviens écoutaient avec fascination son récit du grand tremblement de terre bulgare, qui datait d'avant sa naissance, et de l'ouverture de la terre dans une gigantesque fontaine d'où jaillirent des poissons que l'on ne trouve normalement qu'en Amazonie.

L'ouvrage offre de l'ironie et de l'humour, mais c'est avant tout un document humain sur l'exode des Juifs d'Espagne. On apprend par exemple que les Turcs étaient contents d'accueillir des étrangers qui pratiquaient des arts et professions inconnus dans le vaste Empire ottoman. C'était, bien entendu, longtemps avant l'apparition de ce génie de Recep Tayyip Erdogan et son initiative lamentable de transformer l'Hagia Sophia ou la Sainte-Sophie en mosquée pour des raisons de popularité électorale !

Un livre donc bien instructif et merveilleusement traduit du Bulgare par le couple Veronika Nentcheva et son époux Eric Naulleau.
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L'auteur nous fait découvrir le quartier de son enfance en Bulgarie dans l'immédiat après-guerre, le quartier du Cimetière du Milieu où se côtoient et cohabitent différentes communautés : Juifs, Arméniens, Turcs et Tziganes, autour de leurs lieux de culte et des bains turcs. le personnage central est son grand-père, Abraham, le poivrot, mais aussi son professeur, son amour d'enfance et sa mère, au destin tragique. L'expérience communiste est évoquée, tout comme les départs pour Israel, dans ce récit envoutant, coup de coeur de mon libraire qui l'avait lu dans une édition aujourd'hui épuisée et est ravi de le retrouver et de le faire découvrir !
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J'ai trouvé dans ce roman, le portrait d'une Bulgarie que je n'imaginais pas ! Un pays aux habitants bigarrés, chaleureux, tolérants, pauvres, de toutes nationalités, qui savaient cohabiter comme on n'ose plus le rêver aujourd'hui.

Imaginez des juifs côtoyant des musulmans et des chrétiens et des tziganes, chaque groupe parlant aux autres partageant les fêtes et les peines.Peu de richesses dans ce quartier de Plodiv, si ce n'est des bars, des bars que fréquente assidument Abraham, mais pas seulement lui. Les religions étaient plus humaines et moins rigoristes, pope, imam et rabin pouvaient trinquer ensemble et succomber aux charmes de la belle Turque...

Abraham le poivrot est le pilier de ce monde, hâbleur, buveur, jouisseur mais avec une telle élégance qu'on ne peut que l'aimer. Un personnage magnifique cet Abraham, qui explique,avec une profusion d'images la vie à son petit fils.

Et puis les drames viendront, les tziganes en premier évidemment, puis la dictature, fut-elle celle du peuple, puis les Turcs puis les juifs et quand Berto, le petit fils d'Abraham revient. Il ne reste pas grand chose dans la ville mais tout est dans les souvenirs de Berto et quelques photos.

Une lecture enjouée, vive, qui m'a séduite du début à la fin, un régal !
Lien : http://theetlivres.eklablog...
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Après la saga polonaise du "Pentateuque ou les cinq livres d'Isaac" (L'Esprit des Péninsules, 2000), Angel Wagenstein fait ici revivre un autre univers englouti : le Plovdiv de la première moitié du vingtième siècle, une ville parmi les plus belles et les plus cosmopolites des Balkans.
À travers le personnage de Berto Cohen, Bulgare juif exilé en Israël qui retourne dans sa ville natale à l'occasion d'un colloque de byzantinologie, l'auteur fait ouvertement oeuvre autobiographique. Né et élevé dans cette cité «sans doute unique en son genre», il garde la plus vive tendresse pour ce microcosme où «la majeure partie des conversations, des criailleries, des jurons et des chansons, parvenait encore aux oreilles du promeneur égaré en ces ruelles dans cet étrange espagnol (ladino) dont nous avons déjà dit un mot. Mais les familles turques et bulgares ne manquaient pas non plus, et chacun parlait plus ou moins la langue de ses voisins : les petits Bulgares s'insultaient mutuellement en turc, et chaque vendredi soir, le cordonnier du quartier, le Turc Izmet saluait respectueusement ma grand-mère d'un Schabbat chalom !, tandis que les Juifs, à l'occasion d'une naissance ou d'un décès dans une famille musulmane du voisinage, faisaient porter un plat de feuilletés au fromage qui signaient leur origine d'un nom turc auquel s'accrochait la traîne d'une terminaison espagnole : burekas.»
Au gré des glissements entre présent et passé, le fil rouge d'une déchirante nostalgie se mêle à une ténébreuse histoire de spéculation immobilière, les amours enfantines avec la petite Arménienne Araxi Vartanian à l'actualité immédiate, la recherche du temps perdu au portrait sans concession de la Bulgarie contemporaine. Abraham le Poivrot donne aussi fort habilement à lire en filigrane le destin millénaire du peuple juif, depuis l'expulsion d'Espagne en 1492, qui fait l'objet d'un morceau de bravoure inaugural, jusqu'au conflit israélo-palestinien (la femme et les enfants du professeur Berto Cohen sont morts dans un attentat à Jaffa) en passant par la Shoah et le miraculeux sauvetage des Juifs bulgares durant la Seconde Guerre mondiale.
Le tout agrémenté d'un humour déjà familier aux lecteurs du Pentateuque ou les cinq livres d'Isaac. C'est ainsi que pour rendre compte de la diversité religieuse du petit monde perdu de son enfance, le narrateur raconte comment il reçut trois gifles successives du pope, du rabbin et du mollah, pour tenue inconvenante dans leurs temples divins respectifs.
Mais le roman est tout entier dominé par l'inoubliable figure grand-paternelle d'Abraham le Poivrot, maître ferblantier, ivrogne céleste et affabulateur de génie qui prétend successivement avoir arpenté les rivages de Galilée en compagnie du Christ, traversé les Alpes à dos d'éléphant en compagnie d'Hannibal ou coulé à lui seul toute la flotte turque pour le compte de Venise. Témoin privilégié du crépuscule qui s'étend peu à peu sur ce coin des Balkans avec les exils successifs des communautés tsigane, turque, arménienne et juive, il révélera aussi, avec l'aide d'un âne !, le sens de la vie au petit Berto. Aux yeux de ce dernier, les deux héros de Plovdiv sont d'ailleurs à part égale Philippe de Macédoine, fondateur de la cité, et son propre grand-père, Abraham dit «Le Poivrot».
Outre celui d'Albert Cohen (surnommé Berto), le lecteur français trouvera enfin dans Abraham le Poivrot un second nom familier, celui de Vartanian, le grand amour du narrateur. Abrégé en Vartan, c'est celui d'une autre native de Plovdiv qui fit carrière en France et chanta notamment la beauté de la rivière Maritsa, à laquelle Angel Wagenstein consacre lui aussi quelques-unes de ses plus belles pages.
Lien : http://www.bulgaria-france.n..
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Le narrateur évoque la vie de son grand-père Abraham, Abraham le poivrot donc, juif dont les ancêtres ont quitté l'Espagne il y a bien longtemps, en 1492, et se sont installés à Plovdiv, petite ville Bulgare. Il évoque plus encore la vie en ce temps-là, c'est-à-dire aux alentours des années 45-50, joyeuse et colorée, bien loin de la grise ville post-communiste qu'il retrouve à la fin du XXe siècle, lui qui est désormais israélien.
Un beau roman, joyeux et nostalgique, qui raconte un monde disparu, celui où le pope orthodoxe, le rabbin et le mollah picolaient avec un poivrot juif athée et rêvaient aux charmes d'une même femme. Sans oublier les Tziganes et leur musique. Et les autorités communistes qui se mettent en place doucement, au début avec peu d'autorité, mais peu à peu avec l'efficacité d'un rouleau compresseur. Ils quitteront tous la ville. Des années plus tard, il reste des souvenirs et des photographies en noir et blanc.
On retrouve certes la verve du Pentateuque puisque Abraham est un conteur qui a traversé les Alpes avec Annibal, vu les eaux se soulever et diverses autres choses extraordinaires, mais la tristesse du narrateur est réelle. Son malaise à la vue de ce qu'est devenue la ville ne cesse pas – il faut dire qu'il vit dans une douloureuse solitude.
Plovdiv m'est apparue comme une ville rêvée (elle existe pourtant), avec des ruines romaines et des minarets turcs, des demeures bulgares, une forteresse thrace, un bain turc utilisé par toutes les communautés, chacune un jour différent. le quartier dit du Cimetière du Milieu n'existe plus. On peut se demander également si les souvenirs sont fidèles et non pas recréés par la nostalgie de l'enfance.
Il y a aussi l'évocation floue et brouillonne de l'histoire avec sa grande hache, qui pourtant finit par rattraper le narrateur, avec ses camps et ses soldats, et ses histoires de partisans. C'est quand même le point de vue d'un enfant qui ne comprend pas bien ce qui arrive à ses camarades d'école et à son grand-père. Et il y a un grand blanc, celui des 40 années où le narrateur n'était pas là. On ne saura rien de ce qu'il s'y est ou non passé.
Je retiens le récit très drôle de la visite des écoliers dans les trois lieux de culte de la ville (mosquée, synagogue, église) et les trois gifles que reçoit le narrateur enfant à cette occasion. Je retiens aussi l'hommage rendu à la langue ladino, parlée par les juifs d'Espagne pendant des siècles.
Un roman doux amer.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Il était aussi connu sous le nom de Manouche la Clarinette, ce qui ne lui rendait guère justice puisque, outre la clarinette, il jouait divinement de tous les instruments et que s'agissant de musique, il n'existait pour lui aucun domaine inaccessible. Cela restait vrai du classique, par exemple d'Amadeus Mozart et de sa petite musique de nuit que Manouche Aliev enrichissait généreusement d'acrobatiques variations tziganes jusqu'à la transformer en grande musique de minuit.
Manouche était un véritable tablent, plein de grandeur et de furie. Dans les moments de suprême inspiration passaient dans ses yeux les lueurs de feux de camp tziganes, les crinières de chevaux au galop et les démons qui incendiaient ses veines brûlaient comme raki de Karlovo trois fois bouilli pour inonder les âmes de l'éclat des étoiles.
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La majeure partie des conversations, des criailleries, des jurons et des chansons, parvenait encore aux oreilles du promeneur égaré en ces ruelles dans cet étrange espagnol (ladino) dont nous avons déjà dit un mot. Mais les familles turques et bulgares ne manquaient pas non plus, et chacun parlait plus ou moins la langue de ses voisins : les petits Bulgares s’insultaient mutuellement en turc, et chaque vendredi soir, le cordonnier du quartier, le Turc Izmet saluait respectueusement ma grand-mère d’un Schabbat chalom !, tandis que les Juifs, à l’occasion d’une naissance ou d’un décès dans une famille musulmane du voisinage, faisaient porter un plat de feuilletés au fromage qui signaient leur origine d’un nom turc auquel s’accrochait la traîne d’une terminaison espagnole : burekas.
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Il s’agissait bien entendu de café turc, mélange de café véritable et de pois chiches grillés ou de seigle brûlé. Les proportions en étaient depuis longtemps précisément définies à la manière d’un dogme irréfutable, le onzième commandement, qu’exprimait la formule espagnole "uno i uno", c’est à dire "une pour une". Mais rien ne serait plus erroné que de croire qu’il était question d’une dose de café pour une dose de pois chiches grillés. Pour les vieilles juives, cette proportion dogmatique signifiait en réalité du café pour un Lev et une quantité de succédané à hauteur de la même somme. Fort de ses connaissances en simple arithmétique, le lecteur instruit n’aura aucune difficulté à calculer le résultat de pareille alchimie, sachant que le café coûtait vingt fois plus cher que son substitut.
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(p. 276)

« Les yeux des hommes ne sont pas bandés !
- Qui t’a raconté une bêtise pareille ? (…) Ils sont bandés, mon garçon, et comment ! Mais le bandeau est invisible, à la différence de celui de l’âne. Il est ingénieusement conçu, celui des hommes, on le remarque difficilement. Et il y a différents bandeaux, oh ! oh ! il en existe de tous les genres ! » (…)
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Oui, ils sont toujours vivants dans mon âme, les couchers de soleil emplis des parfums de brioche chaude au sésame et de confiture de figues, les lourds coings d’automne sur les branches, les fils d’or des toiles d’araignée sur les treilles. Ce monde n’était ni pauvre et loqueteux ni riche, je dirais qu’il était modeste et plein de bonnes intentions mais parfois un peu trop difficile à comprendre pour nous autres, les enfants.
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Video de Angel Wagenstein (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Angel Wagenstein
Angel Wagenstein - Adieu Shanghai .Emmanuelle Collas présente l'ouvrage d'Angel Wagenstein "Adieu Shanghai". Parution le 6 février 2015 aux éditions Galaade. Rentrée littéraire 2015. Traduit du bulgare par Kracimir Kavaldjiev et Véronika Nentcheva. http://www.mollat.com/livres/wagenstein-angel-adieu-shanghai-9782351763735.html Notes de Musique : ?Opium? (by Albert Glasser). Free Music Archive.
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