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Jean Launay (Traducteur)
EAN : 9782070385171
347 pages
Éditeur : Gallimard (05/05/1992)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 118 notes)
Résumé :
"Les Enfants Tanner" est le premier roman d'un "marginal" né en suisse il y a un siècle. Robert Walser, entré dans l'oubli bien avant sa mort en 1956, est revenu aujourd'hui au rang des plus modernes de ses contemporains, Franz Kafka, Robert Musil, Walter Benjamin.

"De tous les endroits où j'ai été, poursuivit le jeune homme, je suis parti très vite, parce que je n'ai pas eu envie de croupir à mon âge dans une étroite et stupide vie de bureau, même si... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
nelly76
  06 février 2017
Bien que le titre suggère au moins deux personnages à cette histoire: Les enfants Tanner, nous allons
surtout suivre le parcours de Simon Tanner.
Simon, issu d'une famille nombreuse et aisée,à presque 20 ans, décide de voyager de villages en villages , et de villes en villes, à la recherche de sensations, il a adopté très naïvement du reste, une philosophie de la vie qui consiste à dire :" eh, bien je suis jeune , pourquoi "croupir" derrière un bureau
quand la nature richement embellie et changeante à chaque saison , me tend les bras, quand les hommes sont si amusants à côtoyer, et fort de ces principes, nous allons le suivre au cours de ce voyage naïf et initiatique. C'est un adolescent en quête de reconnaissance, un homme à peine sorti de l'enfance qui se cherche et cherche sa place dans cette société toujours en mouvement.
C'est le roman d'un "marginal qui projette sur la société un regard très philanthropique quitte à se rabaisser lui-même, tout en se "targuant d'être très intelligent (complexe de supériorité , aurait dit ma
"Prof" de philo.).Et puis de temps en temps , faute d'argent, Simon trouve un travail.mais il choisira son départ en toute liberté.
C'est avec patience et douceur qu'il faut lire cette histoire, en essayant de la replacer dans le contexte de l'époque du grand romantisme allemand.
Patience, parce que beaucoup de descriptions de la nature, au demeurant, fort belles, et un jeune Simon souvent en introspection, de longs chapitres et des bavardages un peu "philosophiques,"mais tendres, lors de son séjour chez sa soeur institutrice.
Robert Walzer, est comme le funambule sur un fil, sa folie n'est pas loin et j'ai resssenti ce côté exagéré et extatique, lumineux? Peut-être un peu trop? qui lui vaudront un internement dans l'asile de
Hérisau en 1933 jusqu'à sa mort en 1956.Retrouvé mort de froid, par des enfants, au bord d'une route,certainement suite à une de ses nombreuses promenades qu'il faisait dans la nature.
Ah, fragilité de l'esprit lorsqu'on est poète! .
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Ingannmic
  26 août 2015
Difficile d'évoquer ce roman...
Vous avez l'impression qu'il vous mène de manière décousue d'un point à l'autre, sans réel fil conducteur, si ce n'est son héros, Simon Tanner, que l'on suit au gré de ses errements. Ce Simon est d'ailleurs un drôle de personnage. Nous faisons sa connaissance alors qu'il tente de convaincre le patron d'une librairie de l'embaucher, en lui expliquant que bien qu'il n'ait pas de références, et qu'il ait quitté ses dernières places assez rapidement parce qu'elles ne lui convenaient pas, il sera l'employé idéal...
Et il a de la faconde, Simon ! Malgré la première impression qu'il donne, d'être instable, et beau parleur, il est tellement passionné par son discours, et montre tant d'aisance dans l'argumentation, qu'il finit par convaincre... Il quittera peu de temps après la librairie.
Telle est l'existence de Simon : à vingt et un ans, il passe d'une situation à l'autre, se lassant aussi vite qu'il s'enthousiasme, occupant des places avec la vague intention d'être en accord avec ce que la société attend de lui, pour rapidement, sa lucidité reprenant le dessus, réaliser que ce chemin ne lui convient pas, que la vie, sa vie, est ailleurs...
Cadet d'une fratrie de cinq enfants, il traverse cette vie en électron libre, au jour le jour, suivant ses envies et ses inspirations, souvent soudaines. Il n'a pas d'ambition, au sens social du terme, l'argent ne l'intéresse pas, car il se contente de peu, la couleur du ciel, d'un aliment dans une assiette, le sourire d'un enfant, suffisant à le combler. Contemplatif, il est aussi un observateur attentif du monde qui l'entoure, heureux d'y vivre, tout simplement, et peu enclin à embrasser une vie d'adulte "responsable" et "rangée".
Ceux qu'ils côtoient lui reconnaissent quelque chose de spécial, sans parvenir à le définir précisément. Ils seraient tentés, face à son manque d'ambition, et à ce qui pourrait passer pour de la paresse, de le considérer avec mépris, et en même temps, il se dégage de lui une aura inhabituelle, qui exerce une forme de séduction, et laisse deviner une intelligence, un talent qu'on admire sans bien le cerner.
Les autres enfants Tanner font dans le récit des apparitions plus ou moins fugaces, Simon entretenant avec eux des relations qui vont de la distance courtoise, à une complicité profonde s'agissant de son frère Kaspar, artiste peintre, ou de sa soeur Hedwig, dont il se rapproche intimement lors d'un séjour qu'il effectue chez elle.
L'écriture de Robert Walser est remarquable. Les envolées lyriques ou les fines analyses qu'inspirent à Simon l'observation de son environnement, alternent avec d'intelligents dialogues, à l'occasion desquels les personnages expriment leurs sentiments avec justesse et précision. Attaché aux pas du héros qui le conduit tout au long de son fantasque parcours, le lecteur savoure ainsi chaque phrase, chaque mot... un vrai bonheur de lecture !
Lien : http://bookin-inganmic.blogs..
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dourvach
  11 septembre 2018
Découverte estivale, ce météorique "premier roman" : une oeuvre totalement spontanée et incroyablement lyrique, au ton extrêmement original, aux allures de manifeste romantique... Elle fut créée par un Suisse germanophone du nom de Robert WALSER (1878-1956).
"Geschwister Tanner" ("Les enfants Tanner") a été publié à Berlin pour la première fois en 1907.
Ce roman est issu d'un "premier jet" réalisé en 3 à 4 semaines entre janvier et février 1906 dans l'appartement de son frère Karl, peintre et décorateur de théâtre à Berlin... Son texte final ne nécessitera - à la demande de l'éditeur - que de minimes corrections (syntaxe et ponctuation) effectuées avec réticences par son auteur.
La traduction de Jean Launay (1985) pour les éditions Gallimard est remarquable : elle représente 332 pages dans cette édition de poche "folio" qui suivra (seule édition actuellement disponible en France).
La plasticité et l'imprévisibilité des psychologies et des actes des attachants personnages de Simon, Klara, Kaspar, Hedwig, tout comme le "chant" délié de la langue du jeune Walser (à l'âge de 27 ans...) nous fascinent immédiatement...
" On est fait pour les choses dont on rêve. " : tout comme l'écrit, dans le roman, le doux personnage de Klara...
Ses deux romans ultérieurs seront : "Der Gehülfe" ("Le Commis"), dense roman extraordinaire tout empreint de son inimitable ironie bienveillante, publié en 1908... puis "Jakob von Gunten. Ein Tagebuch" ("L'Institut Benjamenta"), court roman mystérieux, sombre et déroutant qui paraîtra en 1909.
Pour l'avoir découverte intégralement depuis, il nous semble qu'on puisse parler pour Robert WALSER de "Trilogie romanesque magique"... à l'instar de ce qu'on peut ressentir face à la tout aussi fabuleuse "Trilogie" des trois premiers romans de Dino BUZZATI : "Barnabo delle montagne" (Barnabo des Montagnes) [1933]/ "Il segreto del Bosco Vecchio" (Le secret du Bosco Vecchio) [1935]/ "Il deserto dei Tartari" (Le Désert des Tartares) [1940].
Romans et personnages intemporels, face auxquels on croirait voir s'animer - juste sous nos yeux - les beaux visages de la liberté.
+++ NOTE : on accédera par le lien ci-dessous à notre blog "Le fleuve Littérature" où figurent (du plus récent au plus ancien... ) 5 articles copieusement illustrés :
- (1°) "Le Grand Pays de Franz KAFKA - avec vue imprenable sur l'Autre Monde".
- (2°) Un article-fleuve présentant de façon quasi-exhaustive et chronologique l'Oeuvre de Robert WALSER.
- (3°) Une évocation de la fameuse "Trilogie (romanesque) magique" de Dino BUZZATI.
- (4°) Un éclairage du roman "Portrait de femme" de Henry JAMES.
- (5°) Un article-fleuve à propos de l'univers rêveur de Julien GRACQ.
D'excellentes lectures à nous tous !
Lien : http://fleuvlitterature.cana..
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ay_guadalquivir
  04 février 2011
Musicienne et littéraire, ainsi se déroule cette belle semaine nantaise, avec la Folle journée. Cette édition consacrée à la musqiue post-romantique allemande (de Brahms à Webern) m'a replongé dans un univers familier, celui d'une période allemande effervescente, fiévreuse, entousiaste et torturée. le moment choisi pour commencer Les enfants Tanner de Walser, pour creuser ce sillon que j'aime tant, de Hesse à Musil, de Schnitzler à Adorno. Cette littérature est musicale aussi, ou du moins emprunte les mêmes chemins, les mêmes questions. La place de l'individu dans une société héritée du xixème siècle, quelle place pour cet étrange personnage, Simon Tanner? En 1907 lorsque Walser écrit ce roman, un monde semble s'ouvrir. Sept années plus tard, il sombrera.
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NMTB
  19 décembre 2014
Quel bonheur de retrouver Robert Walser ! Ces longues tirades où la franchise éclate dans la plus froide politesse, cette joie du présent toujours renouvelée, ces promenades ravissantes où la beauté de la nature est méticuleusement décrite, cette acceptation de la vie dans son ensemble, cette étrange soumission qui n'est que douce et forcenée révolte face à la négation de la liberté. Walser le promeneur, l'insaisissable, l'intraitable !
Tout d'abord, il n'y a pas d'intrigue dans « Les enfants Tanner », pas de drame. C'est une suite d'évènements qui tombent abruptement, comme du ciel, sans transitions. C'est à peine l'histoire de Simon Tanner, un jeune homme d'une vingtaine d'années, au caractère instable et volontairement insouciant. Il passera par plusieurs petits boulots, sans jamais s'enchaîner, et finira copiste, comme Bartleby. Et Simon a d'ailleurs la même élégante intransigeance et la même profondeur insondable que Bartleby, bien qu'il soit beaucoup plus bavard et moins tragique. Et si on pouvait lui poser la question, je suis à peu près certain que lui aussi, « préfèrerait ne pas ».
D'autres personnages interviennent (en particulier les frères et la soeur de Simon), se trouvent sur son passage, entretiennent des relations avec lui, mais finalement tout l'intérêt de ce livre réside plutôt dans les longs discours des différents personnages qui reflètent tous la vision du monde de Robert Walser. La fratrie Tanner est sans doute très inspirée par la fratrie Walser, et l'histoire du livre par la vie que menait l'auteur dans sa jeunesse : les hésitations d'un jeune homme face à l'existence. Mais il y a déjà dans ce premier roman toute l'originalité de Walser, tout le bonheur que l'on peut ressentir à le lire.
Le bonheur décrit par Walser n'est en rien stupide et ne ferme pas du tout les yeux devant le malheur. Il en a profondément conscience, il comprend parfaitement les gens malheureux, sans nulle pitié pourtant mais avec une vraie fraternité. Et si l'on voulait esquisser une métaphysique de sa pensée, on pourrait même affirmer qu'au fond, mais très au fond, là où Walser juge, apparemment, inutile de s'attarder, il pense que l'homme est un être voué à la fatalité, à un destin malheureux d'esclave. Cependant le bonheur et le malheur sont liés chez lui, inséparables. Impossible de ressentir l'un sans l'autre. Il y a des paradoxes dans le comportement de Simon Tanner : ses colères sont caressantes, sans haine, sa pauvreté est pleine de fierté, sa liberté passe par une drôle de soumission et même une joie d'être puni. Tous ces paradoxes se résolvent dans la simple, tranquille et douce volonté. La volonté d'être libre et heureux.
Je note juste au passage que Walser a, dans ce livre, de troublantes prémonitions sur ce que sera sa vie et sa mort.
J'ai appris dans la postface qu'il écrivait très vite (moins d'un mois pour Les enfants Tanner !) et qu'il se corrigeait peu. Il admettait aussi qu'il y a des longueurs dans ce livre. Aussi, je conseillerais plutôt au lecteur qui ne connait pas cet écrivain, cet homme, magnifique, de commencer par « La promenade », plus court, et qui contient beaucoup d'images et de réflexions communes avec « Les enfants Tanner ». Il en est la quintessence, lavée de l'excès psychologique, peut-être. Et à coup sûr, si « La promenade » est un ravissement, « Les enfants Tanner » sera passionnant.
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   17 mai 2015
Il y a là quelque chose de fier et d'élevé, mais quelque chose aussi d'incompréhensible et de presque inhumain. Pourquoi donc tous ces gens, qui écrivent ou qui comptent, et même des filles toutes jeunes parmi eux, passent-ils par la même porte du même immeuble et viennent-ils gratter, essayer des plumes, compter et gesticuler, tirer la langue et se moucher le nez, tailler des crayons et porter des papiers? Est-ce qu'ils aiment ça, est-ce qu'ils y sont forcés, ont-ils l'impression de faire quelque chose de raisonnable et de productif? Ils viennent de toutes les directions, certains arrivent même par le train de lieux éloignés, ils dressent l'oreille pour savoir s'ils ont encore le temps de faire une petite promenade avant d'entrer, ils sont si patients dans tout cela, une patience de moutons, et puis le soir ils se dispersent, chacun dans sa direction, pour se retrouver tous le lendemain à la même heure. Ils se voient, ils se reconnaissent à leur pas, leur voix leur manière d'ouvrir la porte, mais il n'ont guère affaire ensemble. Ils se ressemblent tous et sont pourtant tous l'un pour l'autre des étrangers, et si l'un d'entre eux meurt ou détourne des fonds, ils s'en étonnent pendant une matinée et puis tout reprend son train. Il arrive qu'il y en ait un qui soit frappé d'une attaque alors qu'il était en train d'écrire. Qu'aura-t-il donc eu de ces cinquante ans pendant lesquels il aura * travaillé * dans la maison? Cinquante ans durant, il est entré et sorti chaque jour par la même porte, il a employé des milliers de fois la même formule dans des millions de lettres, il a porté un certain nombre de nouveaux costumes et s'est souvent étonné d'user si peu de paires de chaussures dans l'année. Et maintenant? Pourrait-on dire qu'il a vécu? Et des millions d'hommes ne vivent-ils pas comme lui? C'étaient peut-être ses enfants le sens de sa vie? Peut-être sa femme faisait-elle tout le plaisir de son existence? Oui, c'est bien possible. Je ne veux pas me donner l'air d'en savoir plus sur ces choses-là, car je me dis que je suis encore bien jeune.
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Cricri124Cricri124   27 décembre 2018
Les gens sans défense n’excitent que trop souvent chez les forts l’envie de leur faire mal. Sois donc heureux de te sentir fort et laisse les plus faibles en paix. Ta force paraît sous un bien mauvais jour, quand tu t’en sers pour tourmenter les faibles. Cela ne te suffit donc pas d’avoir toi-même les deux pieds sur terre ? Faut-il encore que tu en poses un sur la nuque de ceux qui vacillent et qui cherchent, pour qu’ils s’égarent encore davantage et coulent plus bas, toujours plus bas, jusqu’à désespérer d’eux-mêmes ? Faut-il donc que la confiance en soi, le courage, la force et la détermination commettent toujours le crime d’être brutal, d’être sans pitié et sans délicatesse à l’égard d’autres qui ne sont pas même un obstacle sur leur chemin, qui sont simplement là à écouter avec envie ce bruit que font la gloire, les honneurs et la réussite des autres ? Est-ce noble, est-ce bien d’offenser une âme en proie aux rêves ? Les poètes sont si vulnérables : alors vous autres, ne blessez jamais les poètes.
Chapitre 5, p64
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Cricri124Cricri124   01 janvier 2019
[…] quelle splendeur, un homme nu en bonne santé ! Quel bonheur, être débarrassé de ses vêtements, être tout nu ! C’est déjà un bonheur d’être mis au monde, et ne pas en avoir d’autre que d’être en bonne santé est encore un bonheur qui dépasse en éclat les pierres les plus précieuses, les plus beaux tapis, les fleurs, les palais et toutes les merveilles qu’on voudra. La plus merveilleuse des merveilles, c’est la santé, c’est un bonheur auquel on ne peut rien ajouter qui lui soit comparable […] À ce bonheur complet et magnifique, si l’on consent à le reconnaître dans ce corps nu, lisse, mobile et chaud que nous avons reçu de la vie terrestre, il faut bien que quelque chose fasse contrepoids : le malheur ! Il nous empêche de déborder, il nous donne une âme. Il prépare notre oreille à entendre le beau son que cela fait quand l’âme et le corps, mêlés l’un à l’autre, passés l’un dans l’autre, respirent ensemble.
Chapitre 14,p183
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   12 avril 2011
incipit :
"Un beau matin, un jeune homme ayant plutôt l'air d'un adolescent entra chez un libraire et demanda qu'on voulût bien le présenter au patron. Ce que l'on fit. Le libraire, un vieil homme très digne, dévisagea avec attention ce garçon qui se tenait devant lui un peu gêné, et l'invita à parler. « Je veux être libraire, dit le jeune homme, c'est une envie que j'ai et je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de la suivre jusqu'au bout. je me suis toujours imaginé le commerce des livres comme quelque chose de merveilleux, un bonheur, et il n'y a aucune raison pour que j'en sois privé plus longtemps. Regardez, monsieur, comme je suis là devant vous, je me sens une extraordinaire aptitude à vendre des livres dans votre magasin, en vendre autant que vous pourriez souhaiter. Je suis un vendeur-né : affable, vif, poli, rapide, parlant peu, décidant vite, comptant bien, attentif, honnête, mais pas non plus aussi bêtement honnête que j'en ai peut-être l'air. Je sais baisser un prix quand j'ai affaire à un pauvre diable d'étudiant et je sais aussi le faire monter s'il ne s'agit que de rendre service aux riches, dont je vois bien que parfois ils ne savent que faire de leur argent. Je crois malgré mon jeune âge posséder une certaine connaissance des hommes. D'autre part, j'aime les hommes, si différents soient-ils : je ne me servirais donc jamais de ma connaissance des hommes pour avantager l'un plutôt que l'autre, pas plus que mes concessions aux pauvres diables n'iraient jusqu'à nuire à l'intérêt de vos affaires, monsieur. En un mot : sur ma balance de vendeur l'amour des hommes sera en parfait équilibre avec la raison commerciale, laquelle me paraît tout aussi importante et nécessaire à la vie qu'une âme aimante et généreuse. Je saurai trouver le juste milieu, soyez-en dès maintenant convaincu. »
+ Lire la suite
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Cricri124Cricri124   14 janvier 2019
J’aime la vie, mais pas pour y faire carrière, bien que ce soit une chose si formidable, à ce qu’il paraît. Qu’est-ce qu’il y a de si formidable là-dedans ? Des dos voûtés avant l’âge à force de rester debout devant un pupitre trop bas, des mains ridées, des visages blêmes, des pantalons en tire-bouchon, des jambes tremblantes, de gros ventres, des estomacs ravagés, des crânes dégarnis, des yeux mauvais, agressifs, racornis, vitreux, éteints, des fronts dévastés et le sentiment avec tout cela d’avoir été un irréprochable crétin. Merci bien. Je préfère rester pauvre et avoir la santé ; plutôt qu’un logement de fonctionnaire, je préfère une chambre pas chère, même si elle donne sur la ruelle la plus sombre, j’aime mieux les ennuis d’argent que l’ennui de me demander où je pourrais bien aller passer l’été pour rétablir ma santé ébranlée ; il est vrai qu’il n’y a qu’une personne au monde qui m’estime, à savoir moi-même, mais c’est précisément l’estime qui me tient le plus à cœur, je suis libre et chaque fois que la nécessité m’y oblige, je peux vendre ma liberté quelque temps et redevenir libre ensuite. Cela vaut la peine d’être pauvre, rester libre.
Chapitre 15, p195
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Videos de Robert Walser (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Robert Walser
Markus Raetz, Eben, 1971 Film disponible jusqu'au 20 mai 2020 Ce film de 1971 est publié dans le livre Markus Raetz, "Eben", publié par Edizioni Periferia, Lucerne en 2005. Il comprend un DVD et un texte de Max Wechsler intitulé "Eben, au Maroc avec Robert Walser". © 2005 Edizioni Perferia, Markus Raetz, Pro Litteris, ADAGP www.periferia.ch “Markus Raetz nous montre que l'image et donc l'idée du monde et de ses manifestations sont chatoyantes et littéralement l'affaire d'un instant.” Max Wechsler - Markus Raetz, Eben, 1971 Animation-film available until 20 May 2020 This animation-film was published in the book Markus Raetz, "Eben" by Edizioni Periferia, Lucerne in 2005. It includes a DVD and a text written by Max Wechsler entitled "Eben, in Morocco with Robert Walser". © 2005 Edizioni Perferia, Markus Raetz, Pro Litteris, ADAGP, www.periferia.ch
“Markus Raetz shows us that images and therefore our idea of the world and its appearances are iridescent and literally a matter of the moment.” Max Wechsler
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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