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Jean-Luc Moreau (Traducteur)
EAN : 9782266053693
510 pages
Pocket (01/03/1993)
3.96/5   57 notes
Résumé :

Ce roman posthume de Waltari (1981), composé dès les années cinquante et qui annonce à bien des égards Les Amants de Byzance a été comparé à sa sortie à l'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar.

Johannes, jeune théologien malmené par la brutalité des temps (nous sommes au milieu du XVe siècle) tenaillé entre l'Orient et l'Occident - et tenaillé non moins entre la chair et l'esprit - s'engage dans l'armée chrétienne qui veut sauver Byzance ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Curieuse histoire que celle de ce roman, pas le plus facile à lire, mais sans doute un des plus importants de Mika Waltari.
En 1951, l'écrivain finlandais, déjà auteur de « Sinouhé l'Egyptien » (1945) et du diptyque « Mikael Karvajalka » (« L'Escholier de Dieu » - 1948, « le Serviteur du Prophète » - 1949) entame l'écriture d'un nouveau roman, dont le personnage principal Johannes Angelos, Jean l'Ange, se trouve au coeur des grandes querelles théologiques du temps (fin du Moyen-Age et début de la Renaissance) et dont la destinée doit le mener à Constantinople où, en 1453, il assistera et participera au siège qui mettra un terme à l'Empire Romain d'Occident. Waltari amasse une imposante documentation, et travaille d'arrache-pied, mais trois mois plus tard, Dieu sait pourquoi, il abandonne le projet. Il le reprendra l'année suivante, le retravaillera en profondeur, et en fera « Les Amants de Byzance ». L'ébauche de 1951 sera publiée à titre posthume en 1981 sous le titre « Jean le Pérégrin ».
Faut-il en conclure que « Jean le Pérégrin » est une préquelle des « Amants de Byzance » ou que « Les Amants de Byzance » sont une suite de « Jean le Pérégrin » ? Oui et non, dirais-je, sans trop m'avancer. Oui, parce qu'il s'agit à l'évidence du même personnage Johannes Angelos, et qu'il suit grosso modo la même destinée. Non, parce que le contexte n'est plus le même En 1431, date du Concile de Bâle, la situation internationale n'est pas la même qu'en 1453, date de la chute de Constantinople. le sujet est également différent : ici les querelles théologiques prennent toute la place, là, c'est le siège, ses rigueurs, ses hauts faits d'armes qui forment le fond de l'histoire. Enfin, découlant directement de cette observation, le ton utilisé par l'auteur est approprié différemment : haletant et plein de mouvement pour raconter les péripéties du siège, il est posé, docte et savant pour souligner les interminables discussions théologiques qui cherchent sans la trouver l'union des églises chrétiennes d'Occident et d'Orient.
Alors bien sûr, les amateurs d'aventure, de romance, d'actions d'éclat, apprécieront mieux « Les Amants de Byzance » tandis qu'au contraire les férus de théologie s'extasieront devant ceux qui (les chrétiens de Rome) pensent que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils (notre Sainte Trinité) contrairement à ceux qui (les chrétiens d'Orient) pensent au contraire que le Fils et le Saint-Esprit sont les « mains jumelles » du Père. N'en déduisez pas par cet exemple que « Jean le Pérégrin » soit un roman fastidieux, où ce genre de querelles constitue le fond de l'histoire. Il y a quand même du mouvement, de l'action, du dialogue, mais le ton est beaucoup plus calme, même si, comme dirait Audiard « On ne sent pas l'épopée ».
Jean le Pérégrin, c'est-à-dire le Pèlerin, est comme tous les héros de Mika Waltari, en quête d'une identité, en quête de Dieu, en quête de lui-même. Son chemin le mène de concile en concile, et d'ambassade en ambassade à Bâle, Constantinople, Ferrare, Florence, Venise, etc. Jean est le porte-parole de Waltari : sceptique tout en étant demandeur de foi, il voit devant lui le spectre du schisme entre les églises (et Mika Waltari voit lui la scission d'après-guerre entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est).
« Jean le Pérégrin » n'est donc pas le roman qu'il vous faut si vous aimez les romans historiques à la Dumas. A rapprocher plutôt du « Nom de la rose » d'Umberto Eco, pour l'érudition et les querelles théologiques, et la reconstitution historique, en tous points remarquable.
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Au XVème siècle, Jean, jeune homme libre de toute attache et de tout engagement, rêve de se confronter aux auteurs antiques, grecs et romains. de nombreuses péripéties lui permettront de jalonner son périple de nombreuses conquêtes et découvertes, charnelles ou spirituelles.
Il sera ainsi le témoin et parfois l'acteur invisible des grands moments de son époque qui s'achèveront comme une époque par la chute de Constantinople.
Jean le Pérégrin est donc un formidable roman historique de quelques 600 pages qui nous refait revivre l'importance du fait religieux, notamment dans le monde trouble des conciles comme celui de Bâle qui oppose le concile au pape en matière de suprématie, le concile de Ferrare – Florence pour l‘union de l'église grecque à latine. A ces événements majeurs sont présents les grands comme le basileus, le pape, le patriarche de Constantinople et d'autres moins connus mais au final laissant une place plus durable dans le temps comme Nicolas de Cues ou Bessarion. Sans être un précis de théologie, ce roman nous plonge dans des notions complexes comme le fameux Filioque ajouté à tort ou non au Credo. On se prête à la querelle pour savoir si l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils ou du Père et le Fils par le Père. Par la suite, on se penche également sur l'Islam, tout particulièrement celui des derviches. On se déplace également, on oscille même entre Occident et Orient, de Bâle à Constantinople puis à Venise, Ferrare, Florence, les Balkans pour aboutir a Andrinople, capitale de l'Empire Ottoman avant la chute de Constantinople.
Si rencontre il y a, tout roman ayant un jeune homme comme héros se doit de traiter de ses conquêtes féminines qui se devront être multiples et surtout emblématiques d'un certain idéal féminin. Peut-être la thématique qui m'a peut-être la moins intéressée. Peut-être est-ce dû à l'impression d'avoir plus affaire à des allégories du féminin qu'à de femmes réelles ?
Mais au final, ce qui donne une dimension particulière à ce roman, ce fut pour moi l'évolution du mode de pensée de notre héros qui explique, comprend et vit dans un premier temps tel un sophiste quelque un peu imbu de ses connaissances pour finir dans un cynisme désabusé.
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Une épopée magistrale, empreinte de philosophie, de richesse, de couleurs. Un véritable travail d'historien et de compositeur des émotions.
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Fais partie des livres que j'emmène sur une île déserte! Que j'ai aimé !
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Tu es jeune, et pour un être jeune, il est douloureux de constater que la vie n'est pas telle qu'il l'avait imaginée. Si tu veux réussir, tu dois, du bec et des ongles, ne rechercher que ton propre intérêt, car personne d'autre ne le fera pour toi. Mais toute réussite est une blessure pour l'âme. Et cependant, il est difficile, pour un homme de talent, de penser que le royaume des cieux sera son unique récompense : il voudrait, dès ce bas monde, recevoir une part de ce qu'il mérite. Aussi le plus raisonnable est-il de trouver le juste milieu entre la réussite et la souillure de l'âme. Sans être le pire des pires ni le plus vertueux des vertueux, sans être trop orgueilleux parmi les orgueilleux ni trop modeste parmi les humbles. Toute exagération est un vice, et l'absolu est un défaut, non moins dommageable que l'excés.
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Ce à quoi l'être humain aspire au plus profond de lui-même, c'est à savoir et à comprendre, aussi pouvons-nous supposer qu'il a reçu les instruments nécessaires à la réalisation de cette aspiration. Mais en étudiant l'essence du savoir humain, on remarque vite que tout savoir provient de la comparaison entre d'une part ce que l'on connaît et que nous savons et d'autre part ce qui est encore inconnu. Nous pouvons aller loin sur cette route mais nous n'en atteindrons jamais le bout. La vérité absolue, le savoir absolu nous sont inaccessibles. Tu le comprendras mieux si je donne à la vérité absolue le nom de Dieu.[...] La vérité absolue est illimitée comme Dieu est illimité, et de fait elle est pour nous insaisissable. [...] C'est cela que j'appelle la "docte ignorance" par opposition à l'ignorance ignare.
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Tout ce que l'homme a besoin de connaître, c'est Dieu, c'est la grâce incompréhensible de la Rédemption. Tout ce qui trouble ce savoir-là est une science inutile et mauvaise. La poésie elle-même, sa beauté n'est qu'un reflet de la beauté céleste.
Je lui dis :
-Vous êtes certainement très heureuse si vous pensez connaître ce que vous croyez. Quand à moi, je ne peux pas croire que l'homme ne vive sur la terre que dans l'attente du ciel.

Chapitre 3
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-Si jamais tu reviens à Constantinople, Jean le Pérégrin, sache que dans la boutique de mon père il y aura peut-être encore quelques livres précieux. Je prierai pour que tu aies une bonne traversée et ne fasses pas naufrage un livre entre les bras.

Chapitre 3
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(...) un livre me procure une joie plus forte que celle que je tire du meilleur des repas. Oh, Madame Dorothée, j'ai récupéré les bouts de chandelle sur les tables des riches afin de pouvoir, la nuit, lire les oeuvres des poètes et des sages, et leurs pensées, quand je les comprends, me procurent une jouissance plus vive que ne m'en procureraient les bras des plus belles femmes. Je me suis fait copiste afin de pouvoir lire les ouvrages en même temps que je les transcrivais et aussi afin de les apprendre par coeur, puisque je suis trop pauvre pour en posséder.

Chapitre 1
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