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EAN : 9782850610134
Premier Parallèle (03/10/2019)
3.62/5   4 notes
Résumé :
Un guide pratique culte écrit par une des plus figures les plus importantes de la gauche américaine.
Une ressource indispensable pour les militants, une source de réflexion politique pour tous, et un appel à l'action formidablement réjouissant.

1971, en pleine guerre du Vietman. Michel Walzer a 36 ans ; il enseigne à Harvard et milite activement. Les États-Unis viennent d'envahir le Cambodge quand il écrit, en quelques semaines, ce qui deviendr... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Notre époque est propice aux envies de changements politiques. Mais voilà, une fois qu'on a compris que mettre un émoji « Grr » sous les publications de nos amis ne va pas faire vraiment avancer les choses, et que la carrière de politicien professionnel ne nous attire pas spécialement, que nous reste-t-il comme solution ?

Ce manuel très concret a pour but de préparer tout militant potentiel à ce qui l'attend. Bien qu'il ait été écrit il y a un demi-siècle en Amérique, en plein contestation contre la guerre du Vietnam, on ne ressent aucun décalage temporel.

Le texte adresse de sérieuses mises en garde : le militantisme demande une bonne dose d'effort, réclame d'effectuer un travail pas toujours très gratifiant, pour un résultat finalement aléatoire (et pas un aléatoire du type pile-ou-face : généralement, vous perdrez).

L'important est de trouver un but atteignable pour le temps que l'on peut y consacrer : avec un travail à plein temps, et/ou une famille dans laquelle on s'investit, il est illusoire de se voir en leader d'une révolution de 20 millions de personnes (ce qui m'a beaucoup déçu, car j'avais déjà consacré du temps à réfléchir à la couverture de mes mémoires : « Luniver, la destinée d'un homme exceptionnel ». Vous ne la verrez jamais du coup, et c'est bien dommage, parce que ça en valait vraiment la peine). Avoir un but modeste, à la portée locale, est sans doute moins sexy sur le papier, mais quand on peut seulement y investir quelques heures par semaine, c'est un bon moyen de changer les choses, à notre niveau.

Il est important également de se préparer aux guerres d'égo internes, aux tentatives de récupération du mouvement par d'autres groupes, aux nécessaires compromis que l'on va devoir faire pour former un groupe de taille suffisante, … Définir un objectif clair et concret, savoir maintenir le cap quoi qu'il arrive, permettra d'éviter la plupart des écueils.

Le sentiment d'indignation, de révolte, qui nous pousse à nous investir dans une cause est puissant, mais il nous fait aussi idéaliser nos compagnons de combat, dans un premier temps du moins. Il faut savoir où on va mettre les pieds pour ne pas transformer ce sentiment en amertume, ou pour ne pas finir dans un canapé à trois heures du matin à refaire le monde avec les trois mêmes personnes en boucle.

Livre à conseiller à tous les novices en politique, pour quitter le monde de l'utopie, et tenter d'obtenir des résultats tangibles, quelle que soit l'énergie que l'on souhaite mettre dans une cause.

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On pourrait croire qu'il se passe toujours quelque chose dans nos nations qui donnent envie de s'engager pour protester et construire autre chose. "Les crises et les indignations qui poussent des citoyens ordinaires à se lancer en politique sont toujours graves - suffisamment grave pour les y pousser -, mais elles se produisent dans le cadre d'un système qui ne traverse pas encore de crise globale et qui autorise ses membres à réagir de manière "irrégulière". Les citoyens sont des piliers essentiels à la réussite d'un homme politique. « Nous avons besoin que surgissent des mouvements de résistance et d'activistes citoyens qui se souviennent du vieux mot d'ordre syndicaliste : organisez-vous ! ». Impossible? Absolument pas. "Le déclin des partis politiques et de l'autorité législative a clairement rendu le système politique moins accessible et a singulièrement compliqué le travail des activistes citoyens." Pour réussir votre mission il va falloir coordonner les troupes, convaincre, fédérer une base militante, pérenniser l'activité, organiser le début interne, se donner un dirigeant, voter des décisions, exclure les éléments les plus problématiques et dangereux... Tous ces sujets sont abordés chapitres après chapitres de façon simple, directe et compréhensible par tous. Un outil que chacun peut s'approprier qu'importe son niveau social.


Lien : http://22h05ruedesdames.com/..
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Tout d'abord merci à Babelio et son opération masse critique de m'avoir permis de découvrir ce livre. C'est sans doute le premier livre qui parle de politique que je lis. J'ai trouvé cet ouvrage très intéressant et en étonnante adéquation avec notre société actuelle. S'en est presque terrifiant.

Ce manuel aborde de manière assez simple la mise en place, l'organisation et la structure d'une action politique. de la mise en place de chacun aux enjeux en passant par la levée de fonds et aux tactiques, ce manuel propose des conseils que chacun est libre d'adopter/ adapter / refuser.

J'ai été surprise d'apprécier à ce point cette lecture. Un ouvrage pédagogique !

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation

[Pour un démarcheur, ] la discussion est la forme la plus dangereuse de complaisance envers soi-même. Assez souvent, [ils] repartiront convaincus d'avoir remporté une victoire intellectuelle majeure et d'avoir au final emporté l'adhésion de la personne. Mais de telles victoires, faciles, ont ordinairement l'effet exactement inverse. Le démarchage ne devrait viser qu'une seule chose : informer les personnes démarchées de l'existence du mouvement et de la cause qu'il défend ; trouver celles qui, d'ores et déjà, se montrent en plein accord avec elle et faire en sorte que les autres puissent à l'avenir se convaincre de sa pertinence. Personne n'est censé renoncer à ses anciennes opinions en une heure ou un jour, et le fait de tenter de « retourner » des personnes aussi vite ne témoigne que de l'arrogance de ceux qui prétendent y parvenir.

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Si l'on ne rencontre pas souvent l'amour dans la vie politique, la haine, par contre, y est assez banale, et il faut s'y faire. L'une des choses les plus difficiles à assimiler pour les jeunes activistes est que l'action politique les exposera en permanence à des rapports antagoniques avec autrui. [...] Le mouvement lui-même est une scène de conflit et d'antagonisme. L'engagement et la camaraderie atténuent le plus souvent les désaccords quotidiens. Mais parfois ils échouent à le faire, et les dissensions internes et luttes pour le pouvoir peuvent alors gagner en intensité et devenir franchement cuisantes – peut-être tout particulièrement pour ces membres qui avaient rêvé d'unité et de dévouement.

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Les membres de la classe moyenne entretiennent à l'égard [des populations paupérisées] un certain nombre de préjugés, dont le pire consiste à supposer que tout le monde dispose, ou devrait disposer, de loisirs, d'un esprit désintéressé et d'une passion pour les causes éloignées du quotidien. Pour beaucoup de gens, une cause – y compris la leur – est un luxe qu'ils ne peuvent en fait se permettre qu'occasionnellement. Un professionnel de la politique se cantonnant à une activité routinière emportera donc facilement l'adhésion d'un plus grand nombre de partisans que des activistes proposant un programme utopique – et cette adhésion sera probablement méritée. Ses partisans sont des individus rationnels et non les victimes d'une oppression ou d'une « fausse conscience ».

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Quand on décide d'agir, mieux vaut toujours garder à l'esprit que la plupart des gens resteront passifs, que les institutions bien établies et les usages sociaux survivront au choc.

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Videos de Michael Walzer (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Michael Walzer
Confrontée à la guerre, la philosophie semble intempestive, à contre temps. Elle se déploie quand la guerre n'est pas encore là, tentant de retenir tout ce qui pourrait prolonger la paix, ou quand la guerre n'est plus là, s'escrimant alors à penser la «réparation», panser les blessures, accompagner les deuils, réanimer la morale, rétablir la justice. Lorsque «la guerre est là», lorsque fusils d'assaut, bombes et missiles éventrent les immeubles, incendient fermes, écoles, hôpitaux et usines, rasent des quartiers entiers, laissant sur le sol carbonisé enfants, hommes et femmes, chiens et chevaux, lorsqu'on est contraint de vivre tremblant dans des caves, lorsqu'il n'y a plus d'eau potable, lorsqu'on meurt de faim et de douleur – eh bien la philosophie ne trouve guère de place dans les esprits. Peut-être est-ce là la raison pour laquelle il n'y a pas une «philosophie de la guerre» comme il y a une «philosophie du langage» ou une «philosophie de l'art», et que le discours de la guerre renvoie plus aisément à la littérature ou au cinéma, aux discours de stratégie et d'art militaire, d'Intelligence, d'histoire, d'économie, de politique. Pourtant – de Héraclite à Hegel, de Platon à Machiavel, d'Augustin à Hobbes, de Montesquieu à Carl von Clausewitz, Sebald Rudolf Steinmetz, Bertrand Russell, Jan Patoka ou Michael Walzer – les philosophes ont toujours «parlé» de la guerre, pour la dénoncer ou la justifier, analyser ses fondements, ses causes, ses effets. La guerre serait-elle le «point aveugle» de la philosophie, la condamnant à ne parler que de ce qui la précède ou la suit, ou au contraire le «foyer» brûlant où se concentrent tous ses problèmes, de morale, d'immoralité, de paix sociale, d'Etat, de violence, de mort, de responsabilité, de prix d'une vie?

«Polemos (guerre, conflit) est le père de toutes choses, le roi de toutes choses. Des uns il a fait des dieux, des autres il a fait des hommes. Il a rendu les uns libres, les autres esclaves», Héraclite, Frag. 56) #philomonaco
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