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ISBN : 2877300196
Éditeur : Editions Philippe Picquier (01/07/1989)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Tao vend des pétards et des feux d’artifice. Wang tient une mercerie et Jin à la passion des grillons.
Ming Hai, apprenti moine au couvent des Châtaignes d’eau, recevra l’ordination en même temps que l’amour de Yingzi.
À Danao, c’est la vie d’un village, dans un paysage de lacs et de rivières. Porteurs de palanches, ferblantiers, dans le brouhaha des marchés, des mariages et des petites gens, dont l’auteur se fait l’observateur minutieux.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Osmanthe
  04 août 2018
Un livre déniché dans ma médiathèque locale, d'un écrivain chinois, Wang Zengqi (rappelons une fois de plus que c'est le nom de famille qui vient en premier en chinois), qui regroupe trois récits écrits en 1980-81. Publié par Philippe Picquier il y a une vingtaine d’années, ce recueil est aujourd’hui épuisé.
Celui qui donne son titre au recueil, les trois amis de l'hiver, met en scène trois hommes chinois qui essaient tant bien que mal de faire vivre leur famille par des activités de petit commerce et artisanat. Wang Shouwu tient une mercerie, Tao Huchen vend des pétards et des feux d'artifice, Jin Yifu est artiste peintre. Ils se donnent du mal, sont courageux et malins, mais vont rencontrer des fortunes diverses. Wang, alors que son commerce se développe bien, va voir arriver un concurrent de sa propre famille qui va lui plomber son affaire. Tao rencontre lui aussi d'abord le succès, puis des changements de législation interdiront en grande partie l'usage des pétards festifs, ce qui fait péricliter largement ses activités. Heureusement Jin va bénéficier de conseils pour améliorer sa peinture au départ de piètre qualité, et va pouvoir ainsi vendre ses toiles, ce qui lui permettra non seulement de bien vivre, mais d'aider ses deux amis. L'auteur met en exergue la débrouillardise, le sens du commerce de ses compatriotes, entre autres qualités, tout en suggérant leurs quelques défauts (que je tairai, par égard pour mes amis, et autres nombreux voisins asiatiques !).
La "Chronique de Danao", qui serait un vaste lac, pousse encore l'hommage au petit peuple, en nous présentant la vie et les mérites de gens exerçant sur les rives du lac de petits métiers, les ferblantiers, les courageux porteurs de palanches, dont des femmes,…Dans un focus, l'auteur nous conte comme une anecdote, l'histoire d'amour de Qiao Yun, dont la mère s'est enfuie avec un autre homme peu après sa naissance, et dont le père qui s'est bien occupé d'elle vient d'avoir un accident de palanche le laissant handicapé. Le bel amour romantique qui se dessine avec le gentil et timide Shiyizi est perturbé par le chef-trompettiste Liu qui prend moins de gants pour venir déflorer Qiao Yun.
Les descriptions du labeur de ces hommes et femmes sont précises, très instructives, nous sommes immergés dans une ambiance villageoise très animée.
Enfin, "L'ordination" raconte l'histoire de Ming Hai, dit Mingzi, apprenti moine dans un couvent, qui recevra en même temps l'ordination et l'amour de Petite Yingzi, sa voisine. Dans la lignée du texte précédent, les descriptions de la vie des moines sont précises, sans concession, et jamais ennuyeuses tant elles apparaissent instructives. L'héroïne a également une forte personnalité, elle est bavarde et curieuse, et elle sait ce qu'elle veut, en l'occurrence son petit voisin Mingzi, peu importe qu'il devienne moine. Et au détour d'une courte description d'une scène, d'un paysage, d'un dialogue, l'auteur sait nous émouvoir : on se reconnaît dans des scènes de premiers émois amoureux de l'enfance, qu'on a vécues ou rêvées, sublimées par l'immersion dans la nature, les bords de l'eau, une barque, la végétation ou les fleurs piquées dans la belle chevelure de jeune fille...
Un beau recueil, le seul traduit en France de cet écrivain chinois, trouvé dans ma médiathèque comme déjà quelques autres très peu connus en France. L'auteur nous instruit sur les rites et coutumes traditionnels chinois (les combats de grillons, si si, ça paraît dingue !), les traits de caractère saillants de ses compatriotes, et nous offre quelques superbes passages de descriptions vivantes, colorées…s'inspirant en cela du grand Lao She, et un peu du japonais Kawabata pour l'art de partir de faits minimalistes pour créer son atmosphère.
Comme souvent chez les écrivains chinois, les histoires sont racontées au présent, et à toute vitesse, c'est une sorte de succession de scènes. Si le lyrisme et les longues et belles phrases sont de ce fait peu présents, les images brutes se forment chez le lecteur et prennent la saveur du naturel, une fraîcheur toute juvénile dans les paroles et les gestes des amoureux des deuxième et troisième textes.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   04 août 2018
Les jeunes filles et les jeunes femmes savent toutes également faire ce métier. Leur charge n'est en rien inférieure à celle des hommes, ni leur allure plus lente. Elles sont spécialisées dans le transport des produits frais. Peut-être est-ce que l'on trouve que les denrées imprégnées d'eau conviennent particulièrement au genre féminin ; les hommes en tout cas, n'affichent que mépris à l'idée de porter ce genre de marchandises. Ces "maîtresses femmes" sont grandes et gracieuses ; leurs chevelures noires d'encre, enduites de brillantine, se laissent aisément lisser, ou comme on dit localement, "une mouche s'y posant se tordrait la patte". Elles portent un large chignon derrière la tête, qu'elles entourent d'un ruban rouge qui se remarque de loin. Elles trouvent toujours quelque chose à piquer sur le côté de leur chignon. Pour la fête de la "Pure Lumière", elles y mettent une boule de saule, qu'elles réalisent en mordant le bout de jeunes branches de saule ; elles parviennent ainsi à donner aux feuilles jaune tendre et à l'écorce des branches la forme d'une toute petite boule. Pour la fête du cinq du cinquième mois lunaire, elles fichent dans leurs cheveux une touffe de feuilles d'armoise. A l'époque des fleurs fraîches, elles mettent une fleur de gardénia ou de laurier-rose. Et lorsque ce n'est plus la saison des fleurs, c'est une fleur découpée dans du tissu rouge qu'elles piquent dans leur chignon. Comme elles portent la palanche tout au long de l'année, leurs vêtements s'usent vite aux épaules. Ils sont souvent rapiécés, mais les pièces ne sont pas de la même couleur : ce contraste est devenu, pour ainsi dire, la caractéristique de l'habillement des femmes de Danao. Les paniers de leurs palanches remplis de chataîgnes d'eau violacées, de macles bleu-vert, de racines blanches de lotus, vingt jeunes femmes marchent en se suivant, effleurant le sol de leurs pas comme le vent caresse les saules. Quel spectacle magnifique !
Elles gagnent de l'argent comme les hommes, marchent et s'assoient comme eux. Lorsqu'une bourrasque survient, elles s'assoient, les jambes croisées largement ouvertes. Comme les hommes, elles mettent, pieds nus, des sandales de paille ; seule différence, leurs orteils rouges, passés à la balsamine. Elles ne s'interdisent pas un langage cru : elles parlent de la même façon que les hommes, et se servent des mêmes mots pour injurier les gens. Quand elles chantent des airs de travail, elles n'écartent pas des morceaux comme : "la fille est une valve !".

Extrait de "La chronique de Danao"
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OsmantheOsmanthe   06 août 2018
Par un soir de belle lune, Qiao Yun monte sur un bateau vide au bord du nao pour laver des vêtements - quand on mouille un bateau, on tire les rames sur la berge, et on les met en dépôt chez quelqu’un de connaissance ; en sorte que le bateau est attaché, que personne n’a à s’en occuper et que tout le monde peut y monter. Penchée sur l’eau au bout du bateau, Qiao Yun est en train de laver énergiquement une grosse pièce de linge, quand un jeune écervelé s’approche d’elle à pas de loup et plaque les mains sur sa taille. Elle tombe à l’eau. Elle a beau savoir un peu nager, elle perd vite ses moyens. Depuis quelques jours l’eau est plus abondante et les courants sont impétueux. Elle se débat, appelle au secours ; elle prend la tasse plusieurs fois. Les flots l’emportent ! Il se trouve que Shiyizi est juste en train de faire de la boxe chinoise sur le terre-plein de l’élevage de volailles. Il remarque ce corps emporté par le courant, les cheveux flottant. Il ôte ses chaussures et plonge. Il la ramène à la surface.
Shiyizi fait sortir l’eau du ventre de Qiao Yun, mais celle-ci tarde à reprendre connaissance. Que peut-il faire, sinon la porter dans ses bras, comme un nourrisson, et la ramener chez elle ? Le corps de Qiao Yun ruisselle, il s’abandonne, il est brûlant. Shiyizi sent Qiao Yun le serrer, son étreinte devient de plus en plus forte. Le cœur du garçon bat à tout rompre.
Arrivée chez elle, Qiao Yun s’eveille - elle a, en fait, repris ses esprits bien plus tôt ! Shiyizi la dépose sur le lit. Qiao Yun retire ses vêtements mouillés - le clair de lune éclaire son beau corps de jeune fille. Shiyizi attrape une poignée de plantes pour faire à Qiao Yun une décoction, avec du sucre et du gingembre. Il la lui fait boire, et s’en va.
Qiao Yun va fermer la porte et se recouche. Elle croit voir sa propre silhouette étendue sur le lit. C’est un magnifique clair de lune.
« Quel imbécile ! » se dit Qiao Yun.
Elle soupire.
L’instant d’après, elle sombre dans le sommeil.
Au cours de la même nuit, un autre homme ouvre la porte de chez Qiao Yun.


Extrait de « La chronique de Danao »
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OsmantheOsmanthe   05 août 2018
Jin Yifu a attrapé un grillon vert à la carapace de crabe. La nouvelle s’est aussitôt répandue. Il vient tous les jours des gens avec des pots contenant des grillons pour faire des combats. Aucun n’arrive à tenir tête au grillon vert : le vainqueur est désigné dès le premier assaut. Cet animal vert à carapace dure a une façon bien à lui de lutter. Il ne desserre pas la bouche, et reste là, sans faire ni bruit ni mouvement. Soudain il s’élance, et mord d’un coup le ventre de son adversaire - chaque grillon a, dit-on, sa technique, mais la morsure au ventre constitue la plus terrible des attaques. Toujours en alerte, il se met tout à coup à siffler, ébranlant ses antennes comme le guerrier qui agite ses plumes sur la scène du théâtre. Que faire pour « stimuler » les adversaires défaits et blessés, qui ont bien trop peur pour retourner au combat ?
Certains poussent Jin Yifu à se rendre à Xinghua. Le vent, là-bas, est propice à l’élevage des grillons : tous les ans à l’automne, un grand concours de combats de grillons est organisé. Ces exhortations ont touché Jin Yifu. Wang Shouwu et Tao Huchen ont réuni à son intention une somme d’argent pour couvrir ses frais de voyage et ses paris. Jin Yifu a emporté plusieurs pots de grillons et s’est embarqué sur un bateau.
Le combat de grillons ressemble à la lutte ou à la boxe, en ceci qu’il faut d’abord s’entendre sur le poids des combattants. Les deux adversaires doivent être à peu de chose près de même poids, pour que le combat puisse avoir lieu. Sauf, bien sûr, si le plus léger tient vraiment à se battre : à sa guise !
Au grand étonnement de Jin Yifu, le grillon vert lui a fait gagner quarante kuai, l’équivalent de deux mois de salaire d’un instituteur ! Ravi, Jin Yifu commande des plats au Restaurant du Bonheur et invite Wang Shouwu ainsi que Tao Huchen à venir boire avec lui.
Soit dit en passant, ce grillon qui a livré plus de cent combats est mort le jour du solstice d’hiver. Jin Yifu lui a fait sur mesure un petit cercueil en argent, qu’il est allé mettre en terre à Yincheng.


Extrait de « Les trois amis de l’hiver »
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OsmantheOsmanthe   04 août 2018
Le soir, tous deux contemplent ensemble l'aire de battage, où s'entassent aussi les récoltes de riz provenant des terres louées à l'ermitage. Assis côte à côte sur un rouleau en pierre, ils écoutent le croassement des grenouilles et le chant des "serpents froids" - on pense, dans la région, que les cris des courtilières sont les mêmes que ceux des vers de terre, que l'on nomme ici "serpents froids" ; ils écoutent l'incessante stridulation des cri-cri. Ils suivent les allées et venues des lucioles ; ils observent le passage d'étoiles filantes dans le ciel.
"Oh ! J'ai oublié de faire un noeud à ma ceinture !" dit Petite Yingzi.
Car les gens d'ici croient que lorsqu'une étoile filante passe, pourvu que l'on ait fait un noeud à sa ceinture, le voeu que l'on a formé pourra se réaliser.


Extrait de "Ordination"
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OsmantheOsmanthe   05 août 2018
La récolte des chataîgnes d'eau est l'activité préférée de Petite Yingzi. A la fin de l'automne, les terres sont nues, l'aire de battage est vide, et les feuilles des chataîgnes d'eau se sont fanées. Les fruits se cachent dans des feuilles enroulées comme des poireaux qui crissent au contact de la main, et c'est cela qui amuse Petite Yingzi. Elle marche, pieds nus, dans la boue froide et glissante - les châtaignes d'eau se cachent dans la boue. Ah, une boule dure ! Elle se baisse : c'est une chataîgne d'eau rouge violacé. Elle adore cette activité, qu'elle pratique en entraînant Mingzi avec elle. Elle prend plaisir à poser exprès ses pieds nus sur les pieds de Mingzi. Un panier de châtaignes d'eau au bras, elle s'en retourne, laissant les empreintes de ses pieds sur les molles levées de terre. Devant ces empreintes, Ming Hai se sent bête. Cinq petits orteils, un cou-de-pied égal, un talon fin, une voûte plantaire à laquelle il manque un petit morceau. Ming Hai éprouve un sentiment jusqu'alors inconnu de lui : il sent comme des chatouillements dans son coeur. Ces jolies empreintes troublent le petit moine.


Extrait de "L'ordination"
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