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ISBN : 2714454135
Éditeur : Belfond (07/02/2019)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 247 notes)
Résumé :
Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines.
Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a to... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (107) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  03 août 2019
Deux enfants Jojo (13 ans) et Kayla (Michaëla ) (3 ans) sont élevés par leurs grands-parents maternels, noirs, dans une petite ville du Mississipi. Leur mère Léonie n'est auprès d'eux que de façon intermittente. Elle est souvent maladroite et même brutale avec ses enfants. Ce n'est pas qu'elle ne les aime pas, mais elle n'y arrive pas. Elle tente d'oublier dans la cocaïne et la méthamphétamine la mort de son jeune frère Given, assassiné, et l'absence de son compagnon Michael, emprisonné au pénitencier d'État de Parchman dont les parents sont blancs, et dont le père surtout, rejette : "La négresse qui a fait des enfants à son fils".
Apprenant que Michael va être libéré, Léonie décide de partir en voiture le chercher avec ses enfants et son amie Misty, sa pourvoyeuse de crack, et pour cela traverser le Mississipi, un voyage de tous les dangers.
Jesmyn Ward, première femme deux fois lauréate du National Book Award livre ici un ro-man très fort sur la folie raciste des hommes, la violence et la misère mais aussi sur l'amour d'un grand frère pour sa petite soeur et sur l'amour de grands-parents pour leurs petits-enfants.
Le frère mort, Given, et un autre personnage, Richie, fantômes du passé vont interagir avec le présent et permettre ainsi à l'auteure et ce, de façon très originale, de nous faire vivre au coeur de la dureté d'une vie de noir pauvre et de nous confronter à la ségrégation.
Pour tisser l'intrigue du Chant des revenants, Jesmyn Ward fait intervenir trois voix qui se succèdent : Jojo, Léonie et plus tard dans le roman, Richie.
La force de ce livre, à mon avis, tient au grand antagonisme qu'il y a, entre d'un côté, l'âpreté de cette vie où le drame et l'horreur sont toujours présents et l'immense douceur de Jojo et de son grand-père. Impossible pour moi, de ne pas être perturbée en présence d'une telle violence et cruauté et en même temps réconfortée au vu de cette tendresse poignante.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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mcd30
  20 février 2019
Tout d'abord je tiens à remercier Babelio et les éditions Belfond pour cette masse critique privilégiée qui m'a permis de découvrir un grand auteur et un livre magnifique.Dès que j'ai vu cette couverture rouge avec un corbeau et ce titre : le chant des revenants, toute la symbolique m'a attirée. de plus le sud des Etats-Unis m'a toujours intéressée même si son histoire est tout sauf glorieuse.
C'est tout à la fois un livre coup de poing et un énorme coup de coeur, un livre qui dérange et qui révolte. Il y a les grands-parents qui ont perdu un fils dans "un accident de chasse", Leonie qui vit avec Mickaël un blanc et ses deux enfants : Jojo et Kayla. Vient ensuite Richie, une âme errante. A travers le récit de Jojo, Leona et Richie nous reconstituons des pans d'histoire d'une famille pauvre du Sud des Etats-Unis avec des thèmes universels : l'absence du père, la défaillance de la mère, l'amour fraternel, le racisme, les croyances et l'univers carcéral.
Un livre qui n'apporte pas de jugement, juste une histoire comme beaucoup d'autres très bouleversante et qui donne à réfléchir. On se rend compte que la guerre de Sécession, Martin Luther king et l'élection de Barrack Obama n'ont rien changé ou très peu dans ces états. C'est Richie qui résume le mieux cette situation quand il dit page 167 : C'est pareil qu'un serpent qui mue. Les écailles changent et l'extérieur est différent, mais à l'intérieur c'est toujours la même chose.
C'est un livre qui donne un éclairage intéressant sur ce mélange de croyances africaines et chrétiennes, cette vision de la vie après la mort.
Je pense que Jesmyn Ward est appelée à devenir un très grand auteur car c'est un grand conteur qui a su m'emporter dans cette histoire et je dois dire que le temps de cette lecture mon coeur a battu au rythme du Chant des revenants et de ces personnages.Un roman sombre, poignant et intense à lire absolument.
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Afleurdelivres
  10 juin 2019
🎼Sing, Unburied, Sing🎼 (National Book Award).
Incantations magiques et expiatoires dans la communauté noire sud-américaine.
Roman choral et polyphonique, il ne m'a pas semblé lire mais bien entendre. Oui, c'est un livre qu'on écoute. Ému.
D'abord la voix de Jojo, treize ans, qui a le don de voir les morts, responsabilisé très jeune, devenu repère parental pour sa soeur, Kayla, agrippée en permanence à lui. Ils se portent un amour inconditionnel souffrant silencieusement de la distance de leur mère et de l'absence de leur père Michael, incarcéré.
Heureusement ils nouent une relation de tendresse infinie avec leurs grands-parents maternels noirs, susbstituts parentaux et affectifs qui les arriment à la vie face à des géniteurs irresponsables « victimes de l'araignée, inconscients de la toile » .
Puis vient la voix de Léonie la mère alternante, addict à la drogue dure qui erre hors-réalité, hantée par son frère Given, mort trop jeune. Pas Given, son fantôme, est présent à chaque défonce « dans la lumière de lait » planté en face d'elle, témoin de sa déchéance.
Enfin la voix de Richie, flottant entre deux mondes, que son grand-père a connu très jeune alors qu'ils étaient emprisonnés.
Michael est enfin libéré de prison. Leonie décide de partir le chercher et embarque ses enfants avec elle dans un road trip ponctué de bad trip et de mauvaises rencontres.
Dans ce monde sans filtre les attaques ne sont pas souterraines mais frontales et d'une violence à en cracher ses viscères.
On navigue entre ombre et lumière dans l'humidité du bayou poisseux, poreux et secret à l'atmosphère fantomatique.
L' écriture est brutale, poétique et lyrique à la fois.
Le véritable atout de ce roman c'est sa force. Les mots par moment sont des coups, l' impact est puissant jusqu'à une scène quasi apocalyptique entre monde tangible et forces obscures avec prières et rites de délivrance.
En filigrane bien sûr on ressent le poids de la ségrégation raciale et de l'esclavagisme comme une fatale malédiction.
Un voyage chaotique aux confins des âmes, entre apparitions et mémoire.
Mais que cherchent les revenants? comment se dégager du monde spectral ?
Puissant et envoûtant.
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palamede
  11 avril 2019
Au fin fond du sud délabré, deux enfants métis qui savent intuitivement que leur salut ne peut venir que d'eux, « comme des plantes qui suivent le soleil dans le ciel » se donnent mutuellement de la lumière.
Scandée plus que racontée, une histoire vieille comme le monde où les blancs rejettent les noirs, fussent-ils leurs petits-enfants métis. Une histoire d’amour et de haine, de revenants qui hantent les vivants comme si leurs mauvaises morts étaient ineffaçables.
Pas facile d'entrer dans ce livre, parce qu'il est lent, parce qu'on a une impression de déjà lu, pourtant au fil des pages c'est une histoire puissante et envoûtante que l'on découvre. On s'attache aux personnages. Aux enfants courageux de parents à la dérive, à leurs grands-parents noirs qui tentent de les protéger et de leur montrer le chemin.
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marina53
  20 juin 2019
Jojo, à 13 ans, est un enfant qui a grandi trop vite. Délaissé par une mère, immature et parfois brutale, qui préfère se shooter que s'occuper de ses deux enfants, et par un père en prison au pénitencier de Parchman depuis 3 ans, rejeté par ses grands-parents blancs, il est heureusement élevé par ses grands-parents noirs. Papy attentif et bienveillant et Mamy, malheureusement atteinte d'un cancer. Lui-même s'occupe de sa petite soeur, Kayla, à qui il voue un amour considérable. Papy ne manque pas de lui apprendre les choses de la vie, l'initie à l'histoire de la communauté noire encore victime de ségrégation dans ce Sud profond. Il lui raconte aussi son passé, lorsque lui-même était emprisonné à Parchman, là où il a rencontré un certain Richie...
Ce roman polyphonique se révèle tout aussi hypnotique qu'envoûtant. Trois voix, trois personnages se succèdent pour tisser une intrigue intense et poignante : Jojo, Leonie et Richie, cette âme errante que seul le petit garçon peut voir. À la fois empli d'amour, de désespoir mais aussi de lumière, le chant des revenants aborde avec finesse divers thèmes tels que la transmission, l'éducation, la parentalité, les conditions de vie des Noirs, le racisme, les conditions d'emprisonnement dans les prisons, le pardon, la mort... Jesmyn Ward dépeint, avec une certaine mélancolie, des personnages (fussent-ils vivants ou morts) désemparés, cabossés, ou profonds. La relation de Jojo avec River, son grand-père, figure paternelle de substitution, est d'une incroyable richesse et douceur. Un chant, à la fois poétique, sensible et tragique, s'élevant dans l'au-delà, et porté par une écriture lyrique et puissante.
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critiques presse (7)
Lexpress   26 juin 2019
Un récit aussi puissant que déchirant autour d'une famille noire du Mississippi rongée par la drogue et la hantise de la prison.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeDevoir   28 mai 2019
Jesmyn Ward présente ici une histoire puissante et incarnée.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Actualitte   27 février 2019
Le chant des revenants raconte l’histoire d’une famille, hantée par deux fantômes, partie dans un voyage, un road trip qui n’a rien de ceux de la Beat generation. On traverse un passé écrasant [...] Ambitieux, incontestablement, le récit de cette famille nous frappe depuis son Mississippi lointain.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique   22 février 2019
Sur fond de violence mais aussi d’espoir, Jesmyn Ward entrelace les voix des vivants et des morts pour mieux porter le passé comme le présent.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   21 février 2019
On ne les contredira pas. Le Chant des revenants confirme une romancière très douée pour rendre compte de la réalité historique et sociale de son pays, peindre les sentiments et les drames les plus intimes tout en y insufflant la force et l'universalité des grands récits fondateurs.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde   14 février 2019
Dans son nouveau roman, l’écrivaine convie Faulkner, Billie Holiday et Sophocle pour traverser le Mississippi – et un siècle de vies afro-américaines hantées par la peur et l’espoir.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs   13 février 2019
Si la construction du livre obéit à un schéma classique (les différents protagonistes prennent tour à tour la parole), sa puissance tellurique fait en revanche de ce roman à la beauté âpre, lyrique et suave, un objet unique en son genre.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   20 juin 2019
Grandir à la campagne, ça m'a appris des trucs. Ça m'a appris que, après le premier gros afflux de la vie, le temps grignote tout : il rouille les machines, vieillit les animaux qui pèlent et se déplument, flétrit les plantes. Je le remarque chez Papa à peu près une fois par an, il est de plus en plus maigre avec l'âge, ses tendons ressortent, chaque année plus durs et plus rigides. Ses pommettes indiennes, sévères. Mais depuis que Maman est malade, j'ai appris que la souffrance aussi est capable de faire ça. Elle peut dévorer une personne jusqu'à n'en laisser que les os, la peau et une fine pellicule de sang.
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nadiouchkanadiouchka   19 février 2019
Les fantômes bronchent, mais ils ne partent pas. (…) Alors Kayla se met à chanter, une ritournelle de mots dépareillés, à moitié mangés, à laquelle je ne comprends rien. C’est une mélodie, sourde mais pourtant aussi sonore que l’oscillation et le bruissement des arbres, qui interrompt leur chuchotement et en même temps s’y entortille. Les fantômes ouvrent la bouche plus grand, leurs visages se chiffonnent, ils pleureraient s’ils le pouvaient. Kayla chante plus fort. (…) Kayla chante et la foule de fantômes se penche vers elle en hochant la tête. Ils sourient et ça ressemble à du soulagement, à du souvenir, ou à de la sérénité.
P.268
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CancieCancie   03 août 2019
Quand j'avais treize ans, je savais beaucoup plus de trucs que lui. Je savais que les fers peuvent s'incruster dans la peau. Je savais que le cuir peut trancher dans la chair comme dans du beurre. Je savais que la faim peut faire mal, peut creuser le corps aussi facilement qu'une courge, et que voir ma famille mourir de faim creusait une autre partie de moi. Faisait rebondir mon cœur désespérément dans ma poitrine.
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michelekastnermichelekastner   10 juin 2019
Une fois, ma grand-mère m'a raconté l'histoire de son arrière-grand-mère. Elle venait de l'autre côté de l'océan, son arrière-grand-mère, et elle avait été kidnappée et vendue. Et elle avait raconté à ma grand-mère que, dans son village, on mangeait de la peur. Elle disait que la peur, ça changeait la nourriture en sable dans la bouche. Elle disait que tout le monde savait pour la marche forcée jusqu'à la côte, qu'il y avait des rumeurs sur les bateaux et sur les hommes et les femmes qu'on entassait dedans. Certains avaient entendu que c'était encore pire pour ceux qui quittaient le port et qui coulaient au loin. Parce qu'on aurait cru ça quand le bateau franchissait l'horizon : on aurait cru qu'il quittait le port et puis qu'il coulait, petit à petit, dans la mer. Sa grand-mère, elle disait qu'ils ne sortaient jamais la nuit, et même la journée ils restaient dans l'ombre de leur maison. Mais ils sont quand même venus la chercher. Ils l'ont kidnappée chez elle en pleine journée. Ils l'ont amenée ici, et elle a appris que les bateaux ne coulaient pas dans une eau peuplée de fantômes blancs. Elle s'est aperçue qu'il se passait des choses pas bien sur ce bateau, depuis le départ jusqu'à l'arrivée. Que sa peau durcissait autour des chaînes. Que sa bouche prenait la forme de la muselière. Qu'on la transformait en animal sous la lumière et la chaleur du ciel, le même ciel que celui qui était au-dessus de sa famille, quelque part très loin, dans un autre monde.
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marina53marina53   20 juin 2019
Parce que je voulais sa bouche sur moi, parce que dès l'instant où je l'ai vu traverser la pelouse pour me rejoindre dans l'ombre du panneau de l'école, il m'a vue. Il a su voir au-delà de ma peau café sans lait, de mes yeux noirs, de mes lèvres prunes, et il m'a vue moi. Il a vu que j'étais une blessure ambulante, et il est venu me panser.
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