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Jean-Gérard Chauffeteau (Traducteur)Gilbert Vivier (Traducteur)
EAN : 9782859406608
480 pages
Phébus (26/05/2000)
3.7/5   47 notes
Résumé :
Autant en emporte le vent n'aura cessé de faire de l'ombre à L'Esclave libre de R. Penn Warren (1905-1989) - longtemps considéré pourtant comme le grand rival de Faulkner. Une ombre que l'on est en droit de trouver injuste (au lecteur de comparer)... Le romancier évoque avec grandeur - et cruauté - les fastes trompeurs du vieux Sud à la veille de la guerre de Sécession... et ne fait de cadeau à personne. Raoul Walsh tirera du livre un de ses plus grands films (avec ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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La tranche abimée, il a bien vécu. Au point d'ailleurs que j'ai presque hésité à le prendre. Mais la tendresse particulière que j'éprouve pour la collection « libretto » des éditions Phébus et le fait qu'il s'offre ainsi à moi, petit trésor parmi d'autres ouvrages plus communs dans une boîte à livres, ont eu raison de mes préventions.
L'Esclave libre est paru pour la première fois aux Etats Unis en 1955, soit cinq ans après Autant en emporte le vent. La quatrième de couverture indique que ces circonstances lui auront fait de l'ombre et que Robert Penn Warren a longtemps été considéré comme le principal rival de Faulkner (Doriane, descends de cette armoire, lâche ce couteau et respire ! tu vas voir, ça va aller). Avec ces éléments en tête, je m'attendais à de la crinoline, du bal et des larmes. A un traitement… sévère de la narration peut-être aussi.
La prose de Warren est tout à fait classique, c'est en tout cas ce qu'il m'en a semblé à lire la traduction de J.G. Chauffeteau et G. Vivier, et de froufrous il est très peu question malgré le fait que le personnage principal du roman soit une femme.
Dans les années 1860, Amantha Starr, originaire du Kentucky, suit sa scolarité dans une austère pension qui prône l'abolition de l'esclavage au nom de principes religieux. Elle se vautre dans des exercices de mortification, songe à son âme et au torturé et immaculé Seth qui l'honore de son attention. Orpheline de mère depuis son plus jeune âge, Amantha a toujours vécu entourée de l'affection distraite de son père et des nègres familiers qui habitent avec elle la riche plantation paternelle.
Quand son père meurt, ruiné, dans les bras de sa maitresse, la jeune fille va découvrir que sa mère était une esclave et qu'à ce titre, elle ne peut prétendre à aucun héritage pas plus qu'à aucune liberté. Commence alors pour elle une vie à la merci des hommes qui l'achèteront pour user d'elle à leur convenance.
Durant la première moitié du roman, j'ai été un peu déçue du traitement que recevait cette histoire si rocambolesque. Puisque le filigrane d'Autant en emporte le vent s'imposait, où étaient donc les regards embrasés, les frissons et les soupirs ? A la première personne, avec le recul de quelques années, le récit est conduit par une Amantha presque désincarnée, subissant les aléas de l'existence sans que le lecteur accède pleinement aux émotions que cela suscite en elle. C'est parce que, ainsi qu'elle le dit sans cesse, elle ne sait qui elle est, elle ne sait ce qui gouverne ses impulsions, pas plus qu'elle ne comprend la raison de ce qui lui arrive. Ainsi dès l'incipit : « Oh, qui suis-je ? … Tel a été le cri de mon coeur pendant si longtemps ! Il y avait des fois où je me répétais mon nom – je m'appelle Amantha Starr – inlassablement, essayant par là, en quelque sorte, de me donner une existence réelle. Mais alors mon nom lui-même se dissolvait dans l'air, dans l'immensité de l'univers. »
Le roman déploie ensuite la folle et parfois macabre farandole des événements qui entraineront la « pauvre Manty » d'une existence innocente et comblée aux bras d'un riche et vieil armateur sudiste puis vers les ravages de la guerre de Sécession, les affres d'une identité sans cesse chahutée par ceux qui la trouvent trop blanche pour être nègre, trop désirable pour être honnête, trop noire pour être fiable. Elle se mariera, elle trahira, elle connaitra richesses et déchéances.
Dans le chaos des événements incessants, des batailles et des prises de guerre, difficile de comprendre les enjeux des uns et des autres. A fortiori quand, comme moi, on n'a qu'une connaissance très lacunaire de cette période. le roman a été intitulé en anglais Band of angels et ce titre dépeint avec suffisamment d'ironie distancée tout ce que contient le livre de faux-semblants et de postures. Bien mieux que le fade L'esclave libre qui a le défaut supplémentaire de mettre le seul accent sur Amantha.
Le roman fait la part belle aux enjeux de la guerre de Sécession. Les confédérés (sudistes) qui se battent pour garder leurs privilèges esclavagistes contre les unionistes fervents défenseurs… fervents défenseurs… c'est là que ça coince… D'un idéal abolitionniste ? D'un libéralisme à tout crin que le paternalisme des sudistes empêche ? D'une réelle conception égalitaire des hommes quelle que soit leur couleur de peau ? Cette proposition n'est jamais pleinement assumée par aucun des personnages. Pas plus que le parti confédéré ne s'incarne dans une unanime défense du bon vieux uncle Ben's. C'est toujours beaucoup plus torturé que cela, soit que les personnages les meilleurs puisent leurs motivations dans un sombre passé, soit que leurs élans cachent d'orgueilleuses et vénales motivations, soit enfin que le fondement même de leur abnégation ne soit encore qu'un orgueil démesuré. Au même titre que tous les autres personnages, les nègres, soi-disant enjeux de cette guerre, sont en proie aux mêmes circonvolutions, aux mêmes marchés de dupes : personne n'échappe à cette confrontation à l'Histoire en train de se faire.
Encore une fois, le traitement qui est fait de cette histoire n'est ni celui de la bluette sentimentale ni celui de l'introspection. Encore moins celui d'une revendication identitaire. Au fil des pages, Amantha Starr est le siège de désirs et de discours portés sur elle. Elle est elle-même saisie d'impulsions, se voit proférer des propos qu'elle ne savait même pas pouvoir abriter. Et ainsi se déroule le fil de son existence presque malgré elle tandis qu'elle attend que l'Histoire lui révèle le sens de sa vie.
Je tourne depuis quelques années autour des questions du féminisme, de l'intersectionnalité, de l'assignation et, - sans qu'il soit jamais possible de le définir en parfaite opposition avec ces derniers termes - de l'universalisme. de manière aussi caricaturale que fausse, certains pourraient croire que tout texte antérieur à cette lecture du réel selon ce prisme serait bon à oublier. Que seul notre temps est à même de proposer un propos pertinent sur ces questions qu'il a coeur de problématiser. Ce qui m'a fasciné dans L'Esclave noire, c'est justement cette distance temporelle. Ce que nous propose Warren en 1955, c'est le portrait de personnages qui cherchent toute leur existence durant ce que les autres font d'eux. En tant que Noirs, même si cela ne se voit pas, en tant que Blanc sauveurs et puritains, en tant qu'homme, en tant que femme. Et la conclusion de cette quête, que je ne révèlerai pas pour ne pas en gâcher la découverte, est d'une admirable portée, en remonte sobrement à bien de nos discours contemporains.
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Amantha Starr, dite Manty, apprend à la mort de son père que, malgré sa peau blanche, elle a du sang noir dans les veines et que sa mère n'était autre qu'une des esclaves de la plantation de son père.
Vendue à un propriétaire terrien puis affranchie, témoin des heures sombres de la guerre de Sécession, Manty, déchirée entre deux mondes, le monde blanc de son enfance et le monde noir auquel elle appartient, passera son existence à essayer de trouver cette liberté à laquelle chacun de nous aspire.

Très beau roman sur l'esclavage et la Guerre de Sécession, analyse subtile de l'Amérique à la fin d'une époque, celle des planteurs du Sud, ce récit est également une réflexion sur la liberté, l'espérance et sur la difficulté pour chacun de nous d'y accéder.
Un texte riche et dense, très imagé, qui allie avec brio les sentiments romanesques, la brutalité du réel, le tourbillon de l'histoire, les intérêts et les idéaux politiques.
Souvent comparé à Faulkner, Pen Warren (1905-1989), universitaire et romancier, fut deux fois prix Pulitzer et reste malheureusement peu connu en France.

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Magnifique roman abordant la question de l'esclavage dans les plantations et la guerre de Sécession à travers le regard et la vie d'Amantha Starr, fille de planteur et...d'esclave. A la mort de son père, sa vie bascule : elle quitte le confort et les certitudes de petite fille riche et libre pour une vie de soumission. Elle va subir les évènements historiques, observatrice des luttes pour un idéal et de ses dérives. Elle-même est tourmentée par son refus d'avoir du sang noir au point de haïr ce Père qui l'a trahie. Elle veut être libre, avoir sa part de bonheur : mais sa liberté ne passe t-elle pas d'abord par l'acceptation de ses origines et le pardon ? Les personnages de Robert Penn Warren sont amers, pleins de désillusion et c'est peut-être pour ca qu'ils sont si réels.
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"L'Esclave libre" de Robert Penn Warren, n'est pas, je vous rassure un énième roman érotique ou prétendu tel...

Non, l'érotisme y est aussi présent que la compassion humaine dans une Marine....
Inexistante...

Non, "L'Esclave libre" est un très beau livre. Romantique certes...
Il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec le fameux "Autant en emporte le vent", mais il est en bien des points différents....

A la mort de son vieux père, la vie de la petite et jolie Amantha Starr, ravissante poupée à la peau si joliment hâlée, va basculer dans l'autre monde que celui dans lequel elle a grandi....

Elle va apprendre que la couleur de sa peau n'est pas étrangère à ce changement de situation...
Délit de sale gueule ?....

Nous sommes dans le Sud opulent de la grande époque avant la Guerre de Sécession...

Amantha Starr est vendue comme une bête, comme les autres dont la couleur est un peu plus foncée qu'elle, mais qu'importe vu que son sang est "pollué par du sang noir".... Une seule goutte de sang noir qui coule dans vos veines suffit pour vous rendre impur et pour vous basculer en enfer....

Amantha Starr, telle une Scarlett refusera le sort que la vie lui réserve, et se battra pour construire son rêve...

La liberté, elle la trouvera mais sera, malgré tout , à jamais que "L'Esclave libre".....

Robert Penn Warren nous livre une chronique sublime de ce Sud, qui nous, Européens, nous émerveille, mais avons-nous conscience de la souffrance endurée ?
Mais Robert Penn Warren, avec une grande humanité, nous montre à quel point le combat quotidien est difficile lorsque nous sommes "différents" des autres... la lutte pour vivre de façon décente et libre dans un monde où tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits...

Et les femmes ?

Illusions ?
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Amantha Starr (surnommée Manty) n'a pas de souvenirs de sa maman, disparue quand elle était toute petite. Elle coule des jours heureux dans le Kentucky, auprès de son père Aaron Pendleton Starr qui l'adule, et de Tante Sukie qui la tient éloignée des cancaneries des esclaves de la plantation. Jusqu'à ce que son père l'envoie en pension afin de parfaire son éducation. Jusqu'à ce qu'elle apprenne la mort brutale de ce dernier et du même coup son état d'esclave. Aaron Pendleton Starr avait interdit à quiconque de lui révéler le secret de sa naissance …
Vendue et humiliée, Amantha Starr sera acheté et protégée par un homme bon : Hamish Bond, qui lui offrira une nouvelle vie de liberté “officieuse”, qu'ils partageront notamment avec Michèle, une belle esclave et le fidèle Rau-Ru.
La guerre de Sécession surviendra alors, avec toutes ses atrocités. Et un grand questionnement sur la nature humaine …
Ce beau roman de Robert Penn Warren est un plaisir de lecture incontestable et malheureusement trop méconnu. Néanmoins - et quoi que puissent en dire les critiques littéraires - je n'ai aucune hésitation sur un point : il n'a pas réussi à détrôner (du moins en ce qui me concerne …) “Autant en emporte le vent”, le chef d'oeuvre inégalable de Margaret Mitchell !
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Je ne sais si le mérite, l'agrément, les exploits, la vertu, la beauté ont un rapport quelconque avec l'amour. L'objet de notre amour peut nous charmer par tant de différentes, de paradoxales qualité, par sa force ou par sa faiblesse, par sa beauté ou sa laideur, par sa gaieté ou sa tristesse, par sa gentillesse ou son agressivité, par sa bonté ou sa méchanceté, par ce besoin qu'il a de nous ou par son impétueuse indépendance... Et puis, lorsque nous nous interrogeons pour savoir de quelles sources secrètes, en nous-même a jailli cet amour, voilà que notre pauvre cerveau s'étourdit en conjectures, et que nous nous demandons ce que tout cela signifie, ce que tout cela vaut... Est-ce le besoin de compagnie qui nous pousse à aller vers quelqu'un et à souhaiter combler son propre besoin, ou est-ce, au contraire, notre force ? Si nous possédions cette force, de quel côté inclinerait-elle notre cœur ? Donnons-nous de l'amour pour en recevoir et, dans l'extase de la caresse, nous livrons-nous à des calculs que nous ne nous avouons pas, à ces calculs secrets que pratique l'usurier aux lèvres serrées ? Ne suscitons-nous la passion, avec arrogance, que pour nous définir nous-même ? Est-ce simplement que nous avons besoin d'une main, de n'importe quelle main, d'un objet humain à étreindre dans le noir, sur la couverture, quand la peur est tapie derrière toutes choses ? Souhaitons-nous le bonheur, ou est-ce la souffrance (la souffrance, signe de notre réalité) que nous désirons du fond de notre cœur ?
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Ils invoquaient mille raisons, mais toujours, derrière toutes ces raisons il y en avait une, une seule : pendant longtemps on leur avait interdit d'apprendre. Cependant cette raison-là ne se trouvait-elle pas derrière celle que me donna un jeune garçon : "Faut que j'apprenne, dit-il, faut que j'apprenne pour savoir comment ça se fait qu'il y a de la rosée dans l'herbe aux premiers cris des grenouilles."
Et j'essayai de me rappeler tout ce qu'ils m'avaient dit quand se produisirent les événements ultérieurs. Quand ils parcoururent le pays, ces noirs, en chantant, ivres de joie. "Non non, jamais plus travailler", en volant, en mendiant, en attendant qu'on les nourrît, dépourvus de toute envie d'apprendre. Quand les troupes fédérées du Connecticut dépouillèrent les noirs de leurs uniformes dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Quand, à Sheep Island, une canonnière fédérale, la Canonnière Jakson, tira droit sur les troupes noires qu'elle avait été envoyée soutenir.
Quand les nègres cherchèrent à s'emparer du pays, de ce pays qui leur appartenait. Quand les troupes fédérées - dans lesquelles il y avait parfois des noirs - parcoururent la région pour traquer les nègres, pour les enrôler, et que les nègres allèrent se terrer dans les bois, dans les marais et qu'on les fusilla comme des bêtes quand on leur mettait la main dessus. Quand ils rompirent leurs contrats de travail et que les récoltes pourrirent sur pied. Quand les nouveaux maîtres des terres confisquées, des hommes venus pour faire fortune, chassèrent les vieux, les enfants, les malades pour ne pas avoir à les nourrir. Quand arrivèrent les aventuriers qui vendirent aux nègres des bâtons rouges, blancs ou bleus, pour qu'ils marquassent ainsi les champs qu'ils revendiquaient. Quand, finalement, des cavaliers ratissèrent la contrée, la nuit, sous des cagoules blanches.
J'essayai de me le rappeler, car ce que m'avait dit le garçon dépassait la honte et, les événements de cette époque étaient comme une promesse de bonheur.
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Les gens fredonnaient Le Drapeau Bleu et ils allaient en prison. Ils portaient les couleurs confédérées et ils allaient en prison. Ou ils se racontaient en chuchotant les victoires confédérées et ils allaient en prison. Et les troupes bleues défilaient en formation, au pas cadencé, les baïonnettes étincelantes au soleil. Ou elles flânaient devant les troquets, imprégnées de whisky à la strychnine ou de simple rhum. Des nègres en fuite - de la contrebande de guerre, ainsi que l'avait dit Butler quand il était en Virginie - franchissaient les lignes en masse et pénétraient dans la ville, en une sorte de quête tâtonnante. Ils cherchaient quoi ? Personne ne le leur avait dit. Et Butler finit par ordonner aux soldats de ne plus les laisser passer, il en renvoya même quelques uns à leurs maîtres sudistes. Mais les nègres ne cessèrent d'arriver, telle marée. Accroupis dans la boue ou dans la poussière des ruelles, affamés, ils tendaient la main et attendaient.
Pendant ce temps, - aidé par son frère venu, ainsi qu'on le disait, pour "faire des affaires" - Butler s'enrichissait. Il accordait des licences aux établissements de jeu, aux débits de boissons, il achetait à vil prix au représentant du gouvernement central, qui dépendait de lui, le coton confisqué, il l'expédiait dans le Nord et le revendait à des prix prohibitifs, il prélevait sa dîme sur les dettes recouvrées par les débiteurs nordistes, il passait en sous-main des fournitures à l'ennemi.
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Avant ce moment, qui donc avais-je été, moi, Amantha Starr ? J'avais été définie par le monde qui m'entourait - par les grands arbres et l'âtre rougeoyant de Starrwood, par les classes nues et les cantiques d'Oberlin, par les visages amicaux et pleins de sollicitude qui s'étaient penchés sur moi. Les visages de tante Sukie, de Shaddy, de Miss Idell, de Mrs Turpin, de mon père, de Seth Parton. Et maintenant qu'ils étaient loin, fondus dans le désert de l'absence, je n'étais plus rien.
Car en moi-même, par moi-même (du moins était-ce ce qu'il me semblait), je n'avais rien été. Je n'avais rien été que leur création continuelle. Et en conséquence, bien que je me rappelle beaucoup des choses qui se rattachent à cette première période de ma vie, je ne peux savoir qui j'étais.
Ou alors, peut-être n'arrivons-nous jamais à en savoir plus ? Oh, ne sommes-nous donc rien de plus que les événements qui forment notre propre histoire ? Des perles enfilées côte à côte sur un fil ou des petits noeuds de crainte, d'espérance, d'amour, de terreur, de désir, de désespoir, de besoins, de calculs, de sang et de rêve ? Non, je m'exprime mal. Dans cette comparaison, qu'est le fil sinon le moi, ce dont il est justement si difficile de connaître l'existence ?
Et me reviennent en tête ces paroles d'un de mes professeurs d'Oberlin : "Si ce philosophe a réellement démontré que nous ne possédons uniquement qu'un flot de sensations et de souvenirs, alors, qu'est-ce qu'un homme ?... Mais nous devons faire remarquer à ce philosophe que les sensations et les souvenirs supposent l'existence d'une âme." Ces paroles, je les avais consignées dans mon cahier.
Alors, c'était cette âme, semblait-il, qui avait été tuée au bord de la tombe, par la trahison qu'avait commise mon père à mon égard.
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Comparée à cette jungle, celle qu'on avait traversée pour aller de la Côté à Agbomé n'était qu'un jardin de vieille fille rempli de verveine. Des arbres hauts de cinquante mètres, des lianes grosses comme votre corps. On n'a jamais vu de tels agrès. Au sol, des fourmis comme des chiens d'appartement, des fourmilières de deux mètres de haut et partout une odeur de latrines. Le jour ne pénètre jamais là-dedans. Des chauves-souris sont accrochées aux sycomores, si rapprochées qu'on n'aperçoit même plus la blancheur du bois. Des papillons rouges, noir et or, de la taille d'une assiette à soupe, sortent de l'ombre en flottant doucement. Si doucement qu'on dirait qu'ils dorment, étendus sur l'ombre. Et ils sont si gros que lorsqu'ils battent des ailes on les entend grincer comme des palans.
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