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Hubert Prolongeau (Autre)Michel Mohrt (Traducteur)
EAN : 9782840498629
608 pages
Seguier Editions (10/02/2022)
4.05/5   11 notes
Résumé :
Au début du XXe siècle, dans le sud des États-Unis, les petits producteurs de tabac doivent faire face à la domination des grandes compagnies qui les forcent à vendre leurs récoltes à des prix dérisoires. Le jeune avocat Percy Munn assiste, impuissant, à ce combat inégal qui précipite de nombreuses familles dans la misère et attise les flammes de la révolte. Tiraillé entre son attachement viscéral aux lois et sa soif de justice, Munn choisit finalement le camp des C... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  27 février 2022
Il s'agit là du premier roman de Robert Penn Warren (triple Prix Pulitzer ), paru en 1939 aux Etats-Unis puis en France en 1951. Heureuse réédition qui permet de mieux comprendre cet auteur majeur mais finalement à la notoriété assez confidentielle en France. Si le Cavalier de la nuit n'atteint pas encore les sommets de son chef-d'oeuvre Tous les hommes du roi ( quel livre !!!! ), on sent toute la puissance et la maestria de l'écrivain qui résonnent dans des passages éblouissants de beauté formelle et évocatrice.
Robert Penn Warren s'est emparé d'un fait social majeur qui s'est déroulé dans le Kentucky de 1905 à 1908 : la guerre du tabac entre les planteurs sudistes et les gros trusts type American Tobacco Company qui, après entente tarifaire monopolistique, leur achetaient leur production en leur imposant des prix dérisoires, au point que les premiers se sont constituées en association coopérative de résistance. Mais face à la pression économique des « gros », l'association adopte la violence en menant des opérations de guérilla rurale pour punir les producteurs acceptant les conditions des trusts : ravages des récoles, destructions des semis, incendies des séchoirs ou dynamitages des entrepôts. Plusieurs décennies après la guerre de Sécession, l'auteur saisit brillamment l'esprit de revanche des Sudistes, la victoire des Yankees ayant justement permis à leurs grandes entreprises de dicter leurs règles économiques et d'étouffer ainsi la production agricole des Etats du Sud comme le Kentucky.
Paru la même année que Les Raisins de la colère, le Cavalier de la nuit est un roman social, politique, dénonçant les effets du capitalisme. le libre-arbitre est-il encore possible à l'ère du libéralisme économique ? Pouvons-nous bousculer le déterminisme né du choc muet des forces économiques ? Il interroge très puissamment sur le hiatus quasi schizophrénique entre les rêves auréolés d'idéal et la réalité d'une action qui dérape vers la violence. Ou comment l'action dégrade les idéaux. Même avec les intentions initiales les plus pures, les mains sales peuvent se retrouver bien sales lorsque la violence dérape vers la jouissance à détruire, les vengeances déguisées et les règlements de compte sous-jacents. Comme si l'impulsion visant à changer l'ordre des choses, si noble soit-elle, portait en elle le ver corrupteur de sa propre destruction.
Pour incarner cette passionnante réflexion politique sur « la fin et les moyens », Robert Penn Warren choisit un personnage plutôt médiocre, finalement peu attachant, très intéressant pour autant. Percy Munn, avocat et planteur, idéaliste naïf surpris par son intransigeance lorsqu'il se retrouve à la tête d'un bataillon de justicier menant les actions punitives sur les plantations aux propriétaires récalcitrants à sa cause. En fait, tout le roman raconte l'éveil de sa conscience, lui qui au départ se laisse facilement manipuler par des pairs plus assurés comme le sénateur ou le docteur. Son épiphanie donne lieu à une scène superbe au début du roman. Lui, de tempérament plutôt froid et pondéré, peu porté à l'exaltation, se laisse griser par l'ivresse d'un discours qu'il fait en quasi transe, ivre de cet élan collectif qu'il découvre et qui commence à l'habiter.
Et c'est là que le roman prend toute son ampleur introspective et acquiert une dimension toute métaphysique en dévoilant le retentissement existentiel de l'action politique violente sur cet être. On voit son identité se construire au fil de ses péripéties en tant que cavalier de la nuit. C'est dans l'arène de la violence et de la radicalité que son identité se compose dans la complexité, ne laissant que très peu d'issue à Percy lorsque ses désirs se fracassent aux intentions des autres, puis lorsque la cause semble perdue.
Malgré des longueurs, on est là dans un grand roman à l'américain avec une mise en scène épatante qui multiplie les tableaux marquants ( le discours d'ouverture, le serment nocturne, le procès, le grand incendie de l'entrepôt ) en mode cinématographique, le tout porté par une langue dense et lyrique, entre intimisme sensible et mélancolie lucide. Jusqu'à cette dernière phrase absolument sublime :
« Couché sur le sol qui tanguait et se soulevait sous lui comme une longue houle, il entendait, assoupi, les voix qui appelaient, au pied de la colline, comme des voix d'enfants qui jouent dans la nuit. »
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JIEMDE
  16 février 2022
Naissance d'une conscience
Après le fabuleux Tous les homes du roi, inutile de vous dire que je me suis précipité sur le Cavalier de la nuit de Robert Penn Warren, opportunément réédité par Séguier dans une traduction de Michel Mohrt.
À Bardsville dans le Kentucky au début du siècle dernier, la culture du tabac fait vivre la quasi-totalité de la population du comté et les plants de ce petit coin du Deep South alimentent ce qui ressemble déjà à une industrie mondialisée.
Dans ce contexte, le bras de fer sur les prix est grandissant entre acheteurs de plus en plus puissants et petits producteurs isolés. Jusqu'à ce que sous l'influence de décideurs locaux emmenés par le sénateur Tolliver, le capitaine Todd et M. Christian, naisse l'Association des planteurs de tabac pour peser davantage dans les négociations tarifaires.
Jeune avocat trentenaire, Percy Munn les rejoint, flatté par les invitations des dirigeants à devenir l'un des leurs, comme par l'effet de ses premières prises de paroles lors des réunions publiques d'adhérents où ses mots portent et convainquent.
Mais la lutte politique va vite montrer ses limites et ses effets malsains, sous les yeux d'un Munn naïf et novice : postures, pressions, délations, désertions, ambitions… Tout y passe. L'heure est alors au passage à l'action répressive et intimidante envers les fermiers ne jouant pas le jeu collectif, avec la création d'une milice secrète locale, Les cavaliers de la nuit, dont Munn va devenir chef de la bande 17.
Le cavalier de la nuit est un livre à deux facettes. D'une part, l'épopée quasi-cinématographique (on lit ce livre en technicolor !) de cette lutte des planteurs de tabacs pour leurs droits à vivre dignement de leur travail. La première réunion publique des 20 000 fermiers, le dîner chez le sénateur, le procès de Treyvelan ou le grand incendie des entrepôts sont autant de scènes épiques et réussies, aux accents hollywoodiens.
Mais l'essentiel du livre est ailleurs, dans ce personnage de Percy Munn dont la personnalité et la conscience vont s'éveiller au fur et à mesure de son entrée dans la lutte. Une entrée passive et subie au début, devenant de plus en plus active et consolidant une réflexion personnelle jusque-là un peu trop faiblarde.
Cette montée en conscience va révolutionner la vie de Munn, d'abord orgueilleusement flatté de son rôle grandissant, puis interrogatif sur le sens de ses actions, de sa lutte et de sa vie. Une remise en cause parfaitement illustrée dans son rapport avec les femmes : May, la sienne, le quittera, lasse de sa distance grandissante ; les suivantes, Sukie ou Lucille, ne le trouveront pas plus lisible ni plus rassurant.
À la fois porté par ce qui lui arrive et éternellement torturé sur son positionnement et le sens de ses actions, Munn va finir par se perdre : « À quel moment un homme pouvait-il se fier à ses sensations, à ses certitudes ? À quel point fixer le centre immobile et véritable de son être, le foyer de ses devoirs ? ». Avant de se reconstruire.
Alternant dans des chapitres longs les scènes d'action et le cheminement personnel de Munn dans une approche souvent naturaliste et parfois limite contemplative, le cavalier de la nuit est un roman d'autant plus fort et réussi qu'il fut le premier de l'auteur, couronné ensuite de trois Pulitzer. À ne pas manquer donc.
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MadameTapioca
  06 mars 2022
Lire Robert Penn Warren n'est pas de tout repos. Si tu as l'impression que ton cerveau est en friche, donne lui à lire le triple lauréat du prix Pulitzer. Il va devoir réfléchir. Et quand tu arriveras au bout, il te restera le plus dur, essayer d'écrire une bafouille en tentant de rendre compte de l'étendue de ce que tu as eu entre les mains et en acceptant le fait que tu ne pourras forcément pas tout dire.
Ce premier roman de Robert Penn Warren, tout juste réédité, nous embarque au début du XXème dans le Kentucky. Afin de résister aux pratiques monopolistiques des grandes compagnies de tabac qui proposent des prix d'achat ridiculement bas, des producteurs décident de se réunir et appellent à refuser de vendre, à boycotter ces acheteurs qui prennent à la gorge les cultivateurs. de cette coalition va émerger une faction plus militante, plus radicale. Les cavaliers de la nuit vont avoir recours à l'intimidation physique et à l'incendie des récoltes de ceux qui ne veulent pas rejoindre le mouvement. le jeune avocat Percy Munn se retrouve embringué dans cette histoire. Au début un peu contre son gré, flatté d'être désiré, enorgueillit de la place qu'on lui donne au sein de l'organisation, puis petit à petit, galvanisé, il va sombrer dans la violence.
Ces évènements ont réellement eu lieu. On pourrait donc penser que l'on entre dans un roman historique sauf que l'on est chez Robert Penn Warren et l'on se dit que le contexte n'est finalement que prétexte à sonder les conflits intérieurs d'un
Les dilemmes moraux de Percy Munn illustrent des questions plus vastes que l'auteur semble se poser (et nous poser) sur l'Homme, sur l'action et la dynamique politique. Qu'y a-t-il en nous ? de quoi les hommes sont-ils capables ? Savent-ils ce qu'ils font, ce qu'ils veulent ? Comment en tant que particule d'un grand tout, se laissent-on entraîner ? Comment nos idéaux peuvent être corrompus ? Pourquoi accepte ton de perdre son âme par vanité ? La liste des questionnements soulevés par le cheminement introspectif de Percy Mumm est longue, la réflexion est vaste.
Robert Penn Warren plonge son personnage dans le tumulte de l'Histoire et entraine le lecteur dans quelque chose de plus grand, dans une dimension quasi métaphysique.
Traduit par Michel Mohrt
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Bookinette
  03 mars 2022
Je fais partie de ceux qui n'ont pas lu "Tous les hommes du roi" et je remercie le Picabo River Book Club et les Editions Séguier pour la découverte de cet auteur.
Il y a deux axes que j'ai trouvés fort intéressants dans ce roman :
En premier lieu, le fait historique. Kentucky au début du XXe, les petits planteurs de tabac du Sud ont de plus en plus de mal à vivre décemment de leur travail face aux grandes compagnies qui s'entendaient pour racheter leurs productions au prix le plus bas. Pour tenter d'échapper à la faillite et à la misère, une association de défense voit le jour. On assiste à toute sa mise en place, son organisation, les premiers meetings, les tractations, la force de conviction, les trahisons politiques ou autres... et le lent et inexorable cheminement vers une escalade de violence assumée. le roman condamne déjà les effets dévastateurs du capitalisme.
Je ne connaissais pas du tout ce pan d'Histoire américaine et l'auteur nous offre un précieux avant-propos fort instructif à ce sujet.
En second lieu, l'histoire intime de Percy Munn, avocat prometteur, jeune homme policé, un brin naïf et bienpensant. Devant la situation des petits producteurs, il est pris entre ses convictions et son devoir.
Si c'est plutôt en lui forçant la main que son adhésion est gagnée, peu à peu il s'engage dans ce combat en y mettant toutes ses forces. L'auteur nous décrit toutes les étapes de ce cheminement intérieur, depuis l'exaltation d'un premier discours, les effets euphorisants de la foule, le sentiment d'appartenir à un clan, la conviction du bon droit.
Au fil des pages, son caractère se forge, ses opinions se renforcent et pris dans un engrenage, il ira bien plus loin que prévu initialement. Sa vie privée sera profondément chamboulée.
C'est un beau portrait d'un homme face à lui-même avec beaucoup d'introspections.
Une idée populaire de justiciers masqués dévoyés dans un crescendo de violences, un personnage central en constante évolution, une plume très visuelle, des belles descriptions, des moments épiques haletants, mais aussi quelques longueurs où parfois le livre me tombait des mains... il n'en demeure pas moins que ce fut une belle lecture et que je compte bien lire d'autres romans de l'auteur.

Lien : https://chezbookinette.blogs..
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florence0805
  10 mars 2022
Dans le Sud des Etats-Unis, au début du XXème siècle, les plaies laissées par la Guerre de Sécession ne sont pas refermées. le Kentucky vit principalement de la culture du tabac, et les producteurs ont bien du mal à s'en sortir face à la baisse des prix imposée par le Trust des acheteurs. La crise fait renaître les vieux antagonismes Nord/Sud, les puissants du Nord contre les petits planteurs du Sud.
Menés par le Sénateur Tolliver entre autres, les producteurs décident de fonder une coopérative : l'Association des planteurs de tabac. Percy Mumm, jeune avocat, rejoint l'association. Mais très vite, pour intimider et punir les planteurs qui acceptent de vendre aux prix dérisoires imposés par le trust, l'association crée une sorte de milice : les Cavaliers de la nuit. Ces derniers mènent des raids nocturnes (incendies des hangars, destruction des plants, violences physiques). Percy Mumm, nommé à la tête d'un de ces groupes, bascule dans la spirale de la violence…
Le contexte du roman est très intéressant : ancré dans un Sud rendu exsangue et revanchard par la guerre civile, on assiste à la naissance du capitalisme et de l'empire de l'économie du tabac. L'engagement politique est incarné par Percy Mumm, personnage principal du roman. Au début de l'histoire, c'est un jeune homme plutôt passif, qui se laisse porter, pousser par les autres : il semble lui-même surpris par le discours exalté qu'il improvise pour enrôler les planteurs. Même s'il devient un des leaders du mouvement et gagne donc en épaisseur romanesque, Percy reste comme étranger à sa propre vie. Cela se ressent dans ses difficultés à mener une vie de couple. C'est en outre un homme déchiré par ses contradictions, oscillant entre la justice inhérente à son métier d'avocat, et la justice expéditive des justiciers autoproclamés.
Une multitude de personnages gravitent autour de lui, issus de toutes les catégories sociales vivant dans le Kentucky, et font du roman un excellent témoignage sur l'époque.
Décrites également avec beaucoup de précisions, les scènes de réunions ou meetings politiques, les raids de nuit sont très cinématographiques : on a facilement les images dans la tête !
Saluons le travail de Michel Mohrt qui a magnifiquement traduit le lyrisme de l'écriture de Robert Penn Warren, auteur qui a obtenu deux prix Pulitzer pour son oeuvre poétique, en plus de celui qu'il a remporté pour l'excellent Tous les hommes du Roi.
Un grand merci aux éditions Séguier de nous permettre des découvrir le premier roman de ce très grand auteur américain, trop méconnu encore.
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critiques presse (1)
LeFigaro   29 avril 2022
Réédition du premier roman de l’auteur sudiste éclipsé par Faulkner.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
JIEMDEJIEMDE   13 février 2022
Mais en ce moment, la douceur de la nuit et la solitude l’enveloppaient comme un manteau.
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JIEMDEJIEMDE   13 février 2022
Chante où tu perches, voilà ce que je dis. C'est l'homme qui commande. C'est moi qui monte le whisky, ce n'est pas le whisky qui me monte.
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Bande Annonce "Les Fous du Roi" (2006)
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