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EAN : 9791090724389
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture (19/10/2017)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 91 notes)
Résumé :
Prix Pullitzer 1946
Années trente, tandis que dans la chaleur moite du Sud, des ennemis manœuvrent pour prendre sa place, Willie Stark, "L'enfant humilié" devenu gouverneur, se découvre un nouvel adversaire : le vertueux Juge Irwin, le boss charge alors Jack Burden, narrateur cynique en quête de sens, du fardeau de découvrir la vérité, car dans un monde de corruption "il y a toujours quelque chose à déterrer". Mais déjà le temps agit, et le futur met en place... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Archie
  22 octobre 2019
Certains chefs-d'oeuvre sont difficiles d'accès. Ce n'est pas le cas de Tous les hommes du roi, un roman sublime de bout en bout. J'ai été emporté d'emblée. Dès la première page, une route, toute droite, se déroule à l'infini au travers des paysages sauvages et incandescents du Sud des Etats-Unis, et sur cette route, une Cadillac noire fonce à tombeau ouvert. A bord, quelques-uns des personnages hauts en couleur du roman : le Boss, homme-clé autour duquel est bâtie l'intrigue ; Lucy Stark, sa femme ; l'obèse Tiny Duffy, souffre-douleur patenté ; le bègue et malingre Sugar Boy, chauffeur porte-flingue. Et Jack Burden, un fils de famille, journaliste éphémère reconverti dans un job d'homme de confiance. C'est lui le narrateur du roman.
L'action principale se développe à la fin des années trente. Willie Stark, dit le Boss, est un homme politique atypique. Petit agriculteur à la détermination farouche, il se présente aux élections dans l'intention de lutter contre la corruption et le chantage qui gangrènent l'Etat. Révélant un véritable talent de tribun, il est élu Gouverneur. Mais dans l'exercice du pouvoir, il se montre populiste et autoritaire, son cynisme l'amenant finalement à penser que corruption et chantage sont des moyens acceptables pour parvenir aux fins qu'il juge bonnes pour le peuple. Il est convaincu que le bien ne peut naître que du mal.
Jack Burden raconte par le menu l'histoire de Willie Stark qu'il accompagne jusqu'aux circonstances qui mettront fin tragiquement à son parcours. Les missions délicates, parfois indignes, dont il se charge pour le compte du Boss, ainsi que son observation lucide et ironique des personnages du roman, l'amènent à se pencher en même temps sur lui-même et sur sa propre histoire. Apte à juger, mais incapable de se résoudre à intervenir, il observe sans réagir les manipulations et les événements qui conduiront à trois drames tragiques. Il lui faudra du temps pour comprendre qu'il n'appartient qu'à lui de s'assumer et de donner un sens à sa vie.
Impossible de ne pas citer les autres personnages : Adam Stanton, le chirurgien pianiste, idéaliste, intransigeant et incontrôlable ; sa soeur Anne, amour de jeunesse de Jack, qui, comme ce dernier, peine à trouver sa voie ; Sadie Burke, une femme dévouée au Boss, dont l'activisme masque une frustration physique ; le juge Irwin, figure emblématique de la rigueur morale, sauf que… Sans oublier madame Burden mère, une ancienne beauté menant grand train.
La construction du roman est complexe et très finement conçue. Malgré leur diversité, les péripéties, parfois brutales et surprenantes, s'enchaînent presque logiquement tout au long des six cent quarante pages du livre. Comme si, justement, tout était écrit d'avance. L'auteur soulève de profondes réflexions philosophiques sur la fatalité, le secret, la trahison, le péché, la culpabilité. Une culpabilité propre à chacun, mais également collective dans un Sud hanté par ses démons du passé : l'esclavage, le racisme et la guerre perdue contre les Yankees.
La plume de Robert Penn Warren est éblouissante. Les journées brûlantes et les nuits étouffantes de la Louisiane donnent lieu à des images sans cesse renouvelées, toutes d'un lyrisme époustouflant. Dans son rôle de narrateur, Jack Burden use d'un ton décalé et fait mine de prendre à témoin un interlocuteur qu'il tutoie ; on ne sait pas s'il s'adresse au lecteur ou à lui-même, mais l'effet est percutant. Les nombreux personnages, dont les traits de caractère sont ciselés avec une certaine férocité, jouent des scènes captivantes dont les dialogues, alliant burlesque et gravité, sont dignes des meilleures séries noires. La traduction, revue à l'occasion d'une publication en 2017 par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, mérite d'être saluée, car elle transpose à la perfection le langage populaire que l'on imagine dans le Sud profond.
Deux fois porté à l'écran, Tous les hommes du roi a été aussi à plusieurs reprises adapté pour le théâtre. le roman, pour lequel je confirme et j'assume tous les superlatifs de ma chronique, avait valu en 1947 à son auteur, le poète et romancier Robert Penn Warren, le prix Pulitzer de la fiction.

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LiliGalipette
  01 août 2019
Le gouverneur Willie Stark, dit le Boss, n'aime pas que l'on contrecarre ses projets politiques. Quand le très intègre juge Irwin soutient un autre candidat que celui du Boss pour le poste de député, il ne sait pas qu'il court à sa perte. « Il y a toujours quelque chose à déterrer. / Peut-être pas avec le juge. / L'homme est conçu dans le péché et élevé dans la corruption, il ne fait que passer de la puanteur des couches à la pestilence du linceul. Il y a toujours quelque chose. [...] Et débrouille-toi pour que ça pue. » (p. 62) C'est le narrateur, Jack Burden, qui est chargé par le gouverneur de trouver de quoi incriminer le juge. Ce faisant, il se confronte à son propre passé et met en branle une terrible mécanique qui va broyer des innocents et des coupables, sans distinction ni pitié.
Dans ce récit a posteriori, Jack Burden retrace la gloire et la chute du gouverneur Stark, auxquelles se sont accolées les destinées plus ou moins misérables de nombreuses personnes, amies ou ennemies. Entre vieilles amours et rancoeurs nouvelles, la jalousie et l'ambition poussent sur un terreau tristement fertile et férocement cynique. « La loi, c'est une couverture pour une personne dans un lit deux places où sont couchés trois types par une nuit gelée. On aura beau tirer dans tous les sens, y aura jamais assez pour couvrir tout le monde et quelqu'un finira forcément par choper une pneumonie. » (p. 155)
J'ai eu quelques difficultés à vraiment accrocher à cette histoire. Les nombreuses intrigues parallèles, contemporaines ou antérieures au récit principal, m'ont souvent semblé longues et mal rattachées à l'ensemble. J'ai cependant beaucoup apprécié le ton général qui m'a un peu rappelé Hemingway, en meilleur (Non, je n'aime pas vraiment le d'Hemingway). La vision de l'homme portée par ce texte est sombre, mais pas noire, plutôt boueuse, comme si même dans le pire, l'homme n'était jamais que médiocre.
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clefran45
  06 mars 2019
Premier livre de Robert Penn Warren traduit en français, c'est donc une totale découverte pour moi.
États-Unis des années 30, c'est l'histoire de l'ascension au pouvoir d'un homme sorti de l'univers qu'il nomme lui même "les culs terreux". Journaliste, Jack Burden est le narrateur et assistant (bras droit ? Confident? Ami?) de ce Willie Stark qui compte bien prendre sa revanche sur la vie en accédant au pouvoir. Autour de ce personnage haut en couleur, gravitent différents personnages qui lui sont liés d'une façon ou d'une autre.
Dans cet univers se côtoient la corruption, le chantage, les intérêts divers, les envieux, et bien entendu les histoires et parcours personnels qui font que tous ont de multiples raisons d'agir comme ils le font.
Ce livre est passionnant parce qu'il nous emmène dans une autre époque pas si lointaine qui a sans aucun doute bien des points communs avec la nôtre.
La quête de vérité du narrateur, les coulisses du pouvoir, tout ceci est écrit avec un style littéraire foisonnant et poétique, la tension du récit s'étire tout au long des 600 pages et je ne me suis pas ennuyée un seul instant.
Robert Penn Warren est un grand écrivain qui marque son temps, il est à découvrir.
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MadameTapioca
  11 avril 2020
C'est pour des livres comme ça que Babelio devrait créer la 6eme étoile.

Hors de question que je m'essaye à la critique de ce livre. Ce roman est bien trop grand, bien trop monumental pour que j'essaye en quelques mots d'en retranscrire toute la complexité, toute la puissance dramatique et toute la richesse narrative.

Je pourrais vous le présenter comme un roman sur la politique - voire même comme le roman par excellence sur la politique - ou bien comme une saga épique, biblique, humaine. Mais aucun des deux pitchs ne rendrait compte de la force du propos, de la profondeur d'analyse et de l'immense qualité littéraire de ce texte fascinant.

C'est le genre de livre dans lequel on s'enfonce, mais dans lequel on ne se perd jamais. le genre de livre qui t'accompagne longtemps après l'avoir refermé. C'est un roman métaphysique !

Je suis au delà du coup de coeur, je suis terrassée.
On lit quoi après ça ? Tout risque de sembler bien fade, bien insipide.

Traduit par Pierre Singer
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jmb33320
  20 février 2019
Retour à Robert Penn Warren après ma lecture dans le cadre d'un opération Masse Critique, il y près d'un an, de Les Rendez-vous de la clairière, qui m'avait réellement impressionné par son écriture et sa puissance romanesque.
J'ai voulu poursuivre par ce qui reste comme son roman le plus célèbre, paru en 1946 et prix Pulitzer 1947. Les «hommes du roi», dont fait partie le narrateur Jack Burden, sont ceux qui entourent le gouverneur Willie Stark, un politicien du sud profond, aux origines paysannes modestes. Ce Willie est redoutablement doué pour galvaniser les foules, essentiellement des laissés pour compte de l'Amérique des années 1920 et 1930.
Jack Burden est un homme d'âge moyen, issu lui de l'élite, mais qui n'a pas fait le choix de se procurer un métier profitable grâce à ses relations, pourtant nombreuses. Il est journaliste, puis rédacteur et confident de Willie Stark. Il est à la fois fasciné et dégouté par celui qu'il ne nomme pas autrement que « le Boss ». Son passé sera à l'origine de bien des drames, Willie Stark n'hésitant pas à se servir de lui pour faire chanter des personnes hors de sa sphère d'influence.
Il y a à la fois du réalisme dans la description des coulisses du pouvoir et pourtant aussi beaucoup d'interrogations sur ce qui peut être regardé comme bon ou mauvais, des zones grises dans lesquelles un mieux être réel peut être obtenu pour le plus grand nombre grâce à des compromissions et de la corruption.
Ce roman m'a impressionné par sa richesse. Formellement, sans être aussi original que « Les Rendez-vous de la clairière », moins Faulknérien si l'on veut, il a pourtant aussi sa part d'obscurité mais associée à une plus grande lisibilité, qui en fait peut être le roman à privilégier pour découvrir l'écriture de Robert Penn Warren.
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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
ignorethissignignorethissign   09 octobre 2017
La flamme s’était emparée de la plupart des brindilles, elle bondissait, crépitait, crachait de petites étoiles comme des cierges magiques, et la lumière dansait en tons chauds sur la figure inclinée d’Anne, puis sur sa gorge et sa joue, quand, toujours accroupie, elle leva les yeux vers moi tandis que j’approchais – ils scintillaient comme ceux d’un enfant à qui l’on fait une jolie surprise – et se mit soudain à rire, d’un rire profond et vibrant. Le rire des femmes heureuses. Elles ne rient jamais de cette façon pour être polies ou quand on leur raconte une blague. Une femme ne rit comme ça qu’une poignée de fois dans une vie. Elle ne le fait que si quelque chose la touche au plus profond de son être et que la joie jaillit aussi naturellement que l’air qu’on expire, que les premières jonquilles de l’année ou que les ruisseaux des montagnes. Quand une femme rit ainsi, cela te fait toujours quelque chose. Peu importe à quoi ressemble son visage. Tu entends ce rire et tu sens que tu viens de saisir une belle et pure vérité. Et tu ressens ça parce que ce rire est une révélation. Une grande sincérité impersonnelle. C’est comme être aspergé par la rosée d’une fleur issue de la grande tige centrale de l’univers, et le nom ou le statut de la femme n’a foutrement rien à voir là-dedans. C’est pourquoi ce rire ne peut être simulé. Si une femme pouvait apprendre à le feindre, elle ferait ressembler Nell Gwyn et Madame de Pompadour à deux scoutes à lunettes avec chaussures antidérapantes et appareils dentaires. Elle pourrait mener le monde à la baguette. Car, dans le fond, tout ce qu’un homme désire, c’est entendre une femme rire comme ça.
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ignorethissignignorethissign   09 octobre 2017
Il paraît qu’on n’existe réellement que sous le regard des autres. Si les autres n’étaient pas là, toi aussi tu cesserais d’exister puisque tes actions, qui font de toi ce que tu es, n’ont de sens que par rapport aux autres. C’est une pensée très réconfortante quand tu es seul en voiture, la nuit, sous la pluie, car ainsi tu n’es pas toi. N’étant ni toi ni personne, tu peux enfin commencer à te détendre et à goûter un peu de repos. Prendre congé de toi-même. Seul demeure alors, sous ton pied, le ronron du moteur – dont les entrailles d’acier tissent, telle une araignée, la fibre ténue du son, le filament, le fil réticulaire –, ce ronron, lien unique et impalpable entre le toi que tu viens de quitter et celui que tu seras à ton arrivée.
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StephaniePStephanieP   18 janvier 2018
[...]elle leva ses yeux vers moi tandis que j'approchais, et se mit soudain à rire, d'un rire profond et vibrant. Le rire des femmes heureuses. Elle ne rient jamais de cette façon pour être polies ou quand on leur raconte une blague. Une femme ne rit comme ça qu'une poignée de fois dans une vie. Elle ne le fait que si quelque chose la touche au plus profond de son être et que la joie jaillit aussi naturellement que l'air qu'on expire, que les premières jonquilles de l'année ou que les ruisseaux des montagnes. Quand une femme rit ainsi, cela fait toujours quelque chose. Peu importe à quoi ressemble son visage. Tu entends ce rire et tu sens que tu viens de saisir une belle et pure vérité. Et tu ressens ça parce que ce rire est une révélation.
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ignorethissignignorethissign   09 octobre 2017
Ce n’est pas compliqué à comprendre. Quand le fils rentre à la maison, sa famille lui met des fers aux pieds. Le vieux père ou l’épouse, selon les cas, n’a rien à dire au fils. Tout ce qu’il veut, c’est qu’il reste quelques heures assis dans une chaise, puis qu’il aille se coucher sous le même toit. Il ne s’agit pas d’amour. Je ne dis pas que l’amour est absent de tout ceci. Je mets simplement le doigt sur quelque chose qui n’en est pas mais que l’on nomme parfois ainsi. Il se peut que ce soit une chose sans laquelle l’amour n’existerait pas. Mais ce n’en est pas, c’est un truc qu’on a dans le sang. Un genre d’appel du sang qui détermine le sort d’un homme et le distingue de l’animal bienheureux. À ta naissance, tes parents ont perdu une partie d’eux-mêmes – toi – et ils sont prêts à tout pour la récupérer. Ils savent bien qu’ils ne la retrouveront jamais entièrement, mais ils feront leur maximum pour t’en reprendre le plus possible. Et la bonne vieille réunion de famille, avec ses pique-niques à l’ombre des érables, c’est un peu comme plonger dans le bassin des pieuvres d’un aquarium.
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ignorethissignignorethissign   09 octobre 2017
Après avoir essuyé un dur revers ou une crise, une fois le premier choc passé et que tes nerfs arrêtent de hurler et de te tirailler, tu acceptes la nouvelle réalité en ayant l’intuition qu’il n’y a plus de marche arrière possible. Tu t’adaptes, convaincu que ce nouvel équilibre durera toujours. Après la mort du juge Irwin et mon retour en ville, c’était le sentiment que j’avais. Je sentais qu’une histoire s’était terminée, que ce qui avait été amorcé autrefois était aujourd’hui achevé, que le citron avait été pressé jusqu’à la dernière goutte. Mais si on peut être sûr d’une chose, c’est qu’aucune histoire n’est jamais vraiment terminée ; ce que nous prenons pour une ­histoire qui se finit n’est qu’un chapitre d’une histoire qui, elle, ne se terminera pas ; ce n’est pas la fin de la partie, ­seulement une manche. Quand la partie s’arrêtera, ce sera à cause de la nuit. Mais la journée est encore longue.
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Bande Annonce "Les Fous du Roi" (2006)
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