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ISBN : 2749150884
Éditeur : Le Cherche midi (06/10/2016)

Note moyenne : 4.53/5 (sur 19 notes)
Résumé :
1999. Le gouvernement jordanien accorde l’amnistie à un groupe de prisonniers politiques. Parmi eux, se trouve Abu Musab al-Zarqaoui, un des maîtres à penser du terrorisme islamiste. En 2003, l’invasion de l’Irak par les États-Unis va lui donner l’occasion de mettre sur pied le vaste mouvement qu’il a conçu. D’abord connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak, celui-ci devient l’État islamique ou Daesh et continue de croître après la disparition d’al-Zarqaoui en 2006.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  18 mars 2017
'Sous le drapeau noir' est terrifiant, et passionnant, et terrifiant, et passionnant, et ainsi de suite. Couronnée par le Prix Pulitzer en 2016, cette grande enquête retrace la naissance et la montée en puissance de Daesh.
Elle alterne les portraits des terroristes, les témoignages de ceux qui les ont combattus, les explications du contexte géopolitique en Irak, en Jordanie ou en Syrie, les biographies des intégristes ou des dirigeants de la région. Elle nous montre à quel point nous en savons peu, et à quel point la situation est complexe.
Ainsi des atermoiements de l'administration Bush qui ont laissé la place à l'organisation terroriste de se développer. Ainsi des erreurs des services secrets jordaniens qui ont laissé sortir de leurs geôles puis du pays des hommes radicalisés et prêts à tout. Ainsi des querelles de clochers (si j'osais, je dirais plutôt de minarets extrémistes) entre al Qaïda et Daesh sur les moyens d'action ou la doctrine.
Dommage que je ne puisse pas tout retenir et tout approfondir, tant ce livre est riche et intéressant. Cela dit, comme il est en outre très bien écrit et fluide comme un bon roman, je l'ai repris du début à peine l'avais-je fini... et je le conseille à tous ceux qui veulent comprendre ce qui se passe dans ce coin du monde ou dans la tête des terroristes.
Challenge Multi-Défis 18/52
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Srafina
  16 octobre 2016
Pour la masse critique de septembre, je me suis vue retenue pour lire « Sous le drapeau noir » de Jobby Warrick, reporter du Washington Post, âgé de 56 ans, spécialiste du Moyen-Orient, et des questions de sécurité nationale.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Cherche midi, de m'avoir permis de découvrir cette enquête journalistique aussi impressionnante. C'est une mine d'informations. On est tous bien sûr plus ou moins au courant des événements de ces dernières années sur l'ascension de Al-Quaïda en Irak puis de l'évolution vers Daesh.
Ce livre qui vient d'obtenir le prix Pulitzer en 2016 nous plonge dans les méandres de l'esprit de Abu Musab al-Zarqawi, sur son parcours du début en tant que petit délinquant vers le sommet de Al-Quaïda en Irak. En 2003, l'invasion de l'Irak par les États-Unis va lui donner l'occasion de lancer son mouvement, d'abord connu sous le nom d'Al- Qaïda en Irak. Il devient ensuite l'État Islamique (ou Daesh) et continue de croître après la disparition d'Al-Zarqawi en 2006.
Le livre s'articule en trois parties :
- L'ascension de Al-Zarquawi, Jordanien d'origine, il se forge une réputation d'homme violent mais très charismatique qui sait manipuler et amener à lui des hommes en recherche de figures fortes à suivre. On le voit tout d'abord émerger de l'anonymat en devenant le bras droit de Abou Mohammed Al-Maqdisi (imam radical) dont il s'écartera pour évoluer lui-même vers ses propres stratégies d'attentats de plus en plus violente.
« En 1993,Abou Moussad Al-Zarqaoui, et plusieurs centaines d'autres vétérans jordaniens étaient donc de retour dans un pays qu'ils reconnurent à peine. En séjournant quatre ans en Afghanistan pendant qu'Amman et les autres grandes villes de Jordanie s'étaient développées et modernisées, Zarqaoui et ses camarades avaient remonté le temps. Dans pratiquement tous les domaines, le pays contrôlé par les talibans était en retard de plusieurs siècles sur le reste du monde.
L'auteur nous décrit les personnages intervenants autour ou contre Al-Zarquaoui : Officiels de la CIA, figures religieuses et politiques, terroristes, il nous fait entrer dans l'esprit de chacun de ses protagonistes : leurs parcours, leurs missions, leurs caractères, leurs sentiments et pensées sont évoqués comme dans un roman, avec beaucoup de fluidité et suite surtout aux interview qu'il a pu menées.
- Ensuite, vient la période d'invasion et de désorganisation de l'Irak et donc de l'émergence du groupe Al-Quaïda en Irak dirigé par Al-Zarqawi. L'auteur nous montre comment par de multiples coïncidences, mauvaises appréciations et décisions, les occidentaux ont pu déclencher un terreau propice à l'évolution rapide de ce nouveau groupe.
« C'est dans cet Irak en pleine réorganisation que Al-Zarqaoui allait trouver à la fois une liberté de manoeuvre et des alliés puissants aussi désireux que capable de soutenir sa cause. Des capitaines et des sergents qui avaient autrefois servis Saddam Hussein s'engageaient à présent dans l'armée du Jordanien, certains accédant à des postes de commandement »
- La troisième partie traite de la naissance et du développement de l'état islamique lors de la crise syrienne sous l'impulsion d'Abou Omar al-Baghdadi qui regroupe différentes factions djihadistes, ainsi que des combattants musulmans venus du monde entier.
« Si les États-Unis n'avait pas envahi l'Irak, le boucher en chef de l'État islamique aurait probablement mené une simple vie de professeur d'université. Jusqu'en 2003, le cours de son existence semblait le destiner à une carrière tranquille consacrer à enseigner la jurisprudence islamique à des étudiants de 20 ans et non à leur scotcher des bombes sur le ventre »
En plus de nous décrire avec minutie tous les intervenants de son livre, Joby Warrick a une belle plume, on pourrait lire ce livre comme une fiction, malheureusement ce n'est pas le cas, et je dois dire que par moment j'avais le coeur au bord des lèvres. Tant de fanatisme, de déterminisme dans l'embrigadement de recrues en kamikazes, de manipulations des uns et des autres. Toutes ces vies sacrifiées aussi bien occidentales que musulmanes au nom d'un idéal datant de plusieurs siècles, a de quoi faire frémir....
A travers ces écrits on voit vraiment l'évolution de plus de dix ans de déstabilisation d'un territoire en un vaste champ de bataille ou rien n'est vraiment établi.
Très bon reportage que je conseille à ceux qui veulent en savoir un peu plus que ce que nous en racontent les médias.
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Horizon_du_plomb
  24 octobre 2017
«  Zarqaoui a dévié du scénario, a-t-elle estimé plus tard. Même Al-Qaïda essayait de respecter certains principes, en s'en remettant à ses théologiens pour interpréter la charia. Zarqaoui, lui, interprète la loi comme il l'entend. Il invente ses propres règles, comme dans une secte, a-t-elle expliqué. Il est en train de devenir une méga-église.  »
« Plus inquiétant, un flot de jeunes musulmans venus du monde entier commençait à franchir la frontière turco-syrienne pour rejoindre le terrain des combats, rappelant la grande migration des combattants volontaires en Afghanistan et en Irak des décennies précédentes. Pour stimuler leur détermination, les dirigeants d'Al-Nosra avaient créé des comptes Twitter et Facebook où l'on trouvait tout ce qu'il fallait, des discours théologiques incitatifs jusqu'aux conseils pratiques : quels vêtements porter, quelles affaires emporter avec soi. (…)  D'Europe de l'Ouest affluèrent des centaines puis des milliers de jeunes hommes, la plupart musulmans, tous munis de passeports qui leur permettaient de circuler librement à travers l'Union européenne et en Amérique du Nord. »
Le bouquin synthétique sur la seconde génération d'Al Qaïda qui a donné lieu à l'EI par un journaliste qui a gagné deux Pulitzer dont l'un pour ce livre.
Quand j'ai lu ce livre, je me suis rendu compte que c'était un peu l'histoire d'un homme, Zarqaoui, et son ascension. C'est un point de vue qui fait fil conducteur (et que l'auteur va reprendre avec Baghdadi après la mort de Zarqaoui ) mais qui est critiquable quand on parle d'une telle organisation protéiforme, d'un tel fanatisme idéologique. Que l'on ne s'y trompe pas cependant, l'auteur prend aussi le temps de synthétiser des problématiques historiques liées avec brio (par ex l'histoire de la péninsule arabe et en particulier de la Jordanie), les analyses sont aussi présentes, on reconnait les déficiences d'un système politique mondial qui n'a jamais été pour la prévention mais la réaction. Il y a parfois des boucles temporelles et effets de flashback un peu disloqués mais tout se met en place à la lecture. L'auteur va souvent chercher dans l'Histoire ce qui caractérise le fondamentalisme islamiste et c'est intéressant car cela sort du cadre déterminé par le chemin vers l'EI. On trouve aussi de l'humour dans ces pages.
On a parlé des extrémistes comme des enfants de la guerre d'Afghanistan, une guerre face à un empire déchu dans un coin obscur de la planète mais il faut se souvenir qu'une principale cause idéologique (outre les liens trop forts entre l'Arabie saoudite et les américains) a toujours été et est la problématique palestinienne (et pas juste en Israël mais aussi en Syrie, au Liban, en Jordanie). Donc indirectement, on voit les conséquences néfastes de certains choix des services secrets israéliens, jordaniens ou américains.
« De violents affrontements eurent lieu dans la ville à majorité palestinienne de Zarqa, où l'homme qui allait bientôt se faire connaître sous le nom d'Abou Moussab Al-Zarqaoui était alors un petit garçon de 4 ans. »
« Mais les Jordaniens le connaissaient depuis l'époque où il n'était qu'Ahmed, la petite frappe qui avait laissé tomber l'école et était réputé pour aimer l'alcool et la bagarre. Ils l'avaient vu partir en Afghanistan à la fin des années 1980 pour faire la guerre aux communistes puis en revenir, devenu un religieux fanatique endurci au combat. Après s'être essayé une première fois au terrorisme, il avait disparu dans l'une des plus sinistres prisons de Jordanie. À sa sortie, le religieux fanatique endurci au combat s'était doublé d'un redoutable meneur d'hommes. »
Après sa libération de prison et son retour en Afghanistan, Zarqaoui va avoir la main pour mettre en place son propre camp et former une aile d'Al Qaïda en Jordanie pour atteindre Israël. Le tournant majeur sera son installation en Irak suite aux bombardements américains en Afghanistan. Quelque part, il va être l'homme de la providence souvent sous-estimé et sans jamais être trop proche du pouvoir que pour qu'il soit rattrapé sauf quand il sera trop tard.
« Trois événements avaient contribué à remodeler la personnalité relativement brusque de Zarqaoui : la guerre, la prison et le fait de commander son propre camp d'entraînement en Afghanistan. Il se considérait désormais comme un véritable chef mais aussi comme un homme ayant un destin à accomplir.  »
Ce livre, c'est aussi l'histoire des migrations d'un conflit avec le jeu des zones d'influence. Cet aspect est bien illustré avec le renversement de la politique des services secrets jordaniens et la prise du « douanier » de Zarqaoui ou l'incursion des djihadistes de l'état islamiste de l'Irak en Syrie pour finir par la perspective de ces jeunes djihadistes de retour en occident.
On va découvrir différents protagonistes dont l'auteur va nous ébaucher la vie, le profil; des gens qui ont existé et existent encore pour la plupart comme Nada Bakos analyste de la CIA dont la traque a donné lieu au film Manhunt (bien plus vrai qu'un Zero Dark Thirty qui parle d'Alfreda Frances Bikowsky) et cette année à sa biographie (The Targeter: My Life in the CIA, on the Hunt for the Godfather of ISIS).
On se dit aussi que le futur du profiler (cibleur) ou de l'analyste de la CIA réside sans doute dans le deep learning, big data et l'accroissement des flux de données traitées en temps réel (que l'on songe aux vidéos surveillance, drones ou satellites).
«  Elle me rappelle ces gens qui comptent les cartes à Las Vegas, a expliqué ce haut responsable de la CIA maintenant à la retraite. Elle saisit toutes les permutations qui naissent de chaque nouvelle donne. C'est quelque chose qui ne s'apprend pas.  »
On peut parler de mauvaise intégration, de voyous voire psychopathes à la base, de traumatisés/conditionnés par la guerre (Palestine, Afghanistan, Irak, …) ou autre mais quand on parle d'extrémisme, il ne faut jamais oublier la dynamique sociale de groupe basé sur des valeurs communes qui donnent sens à des vies humaines. La meilleure façon de contrer l'intégrisme est sans doute de créer du lien, du lien modéré, du lien autre basé sur des prémices que ces jeunes portent en eux et qui peuvent cristalliser. On peut se demander si par leur haine de la modernité, ces hommes ne s'apprécient pas non plus et s'il ne faudrait pas leur réapprendre à s'aimer simplement dans leur imperfection (quelque part, ils sont toujours à la recherche de ce monde idéal perdu ou à faire advenir).
Après la mort de Zarqaoui, on suit avec effarement la lente descente aux enfers d'un mouvement de libertés et de progrès (le printemps arabe en Syrie) à cause d'un manque de réforme politique intérieure, de l'exacerbation de divisions religieuses (et de l'opportunisme stratégique des restants de l'Etat islamiste irakien) et d'une division de la communauté internationale. Partout, on constate aussi que trop souvent les extrémistes ont joué sur le clivage sunnite/chiite.
J'avoue que ce qui m'a fait le plus peur, ce n'est pas la violence, les erreurs commises ou les schémas historiques qui se répètent mais bien ces obscurs mécènes dont on ne parle jamais, qu'on entraperçoit mais qui dans leurs villas et hautes tours financent et arment la haine (et ce malgré les tentatives des services secrets pour cerner les flux financiers du terrorisme ou les pressions récentes sur le Qatar et le Koweit).
« Cette nouvelle équipe pense à long terme, expliqua Flynn. Pour eux, il s'agit d'une grande aventure générationnelle.  »
Quand les corps ne sont plus des barrières, seules les idéologies restent. L'Histoire prouve qu'aucune dictature ne s'est maintenue, l'Homme aspire à la paix et la liberté. Arrêtons d'infantiliser les musulmans ou de les juger, tendons leur la main pour les aider simplement s'ils le réclament, faisons en sorte qu'une démocratie réellement représentative et assurant les libertés soit notre étendard.
En conclusion, malgré une certaine focalisation sur Zarqaoui (puis sur Baghadi), ce livre qui se lit comme un roman est juste une référence indispensable pour cerner la problématique du terrorisme islamiste moderne.
«  La radicalisation de nombre de ceux qui ont créé Al-Qaïda puis l'EI s'est opérée dans les prisons arabes, a expliqué Khouri. L'oeuvre combinée des avions de chasse américains et des prisons arabes a constitué le pivot fondamental autour duquel ont pu éclore Al-Qaïda et l'EI.  »
«  Pour chaque personne, il existe une clé qui vous permettra de pénétrer à l'intérieur – il faut simplement la trouver », disait-il souvent. Mais faire craquer un islamiste nécessitait presque toujours une deuxième clé : savoir pénétrer une doctrine religieuse conçue pour tenir les non-initiés à l'écart.  »
« Quelques mois plus tard, plus de 200 savants islamiques – qui représentaient plus de 50 pays, de l'Arabie saoudite à l'Égypte en passant par l'Iran et le Liban – se réunirent dans la capitale jordanienne pour rédiger une déclaration plus complète exprimant le même rejet absolu de toute violence d'inspiration religieuse. Au cours de l'année qui suivit, ce furent au total 500 exégètes et 7 assemblées internationales islamiques qui approuvèrent officiellement ce qui allait porter le nom de « Message d'Amman ».
« Il n'est ni possible ni permis de déclarer apostat un groupe de musulmans – quel qu'il soit – qui croit en Dieu », disait la déclaration. »
«  La capacité de certains extrémistes à influer sur les perceptions en ayant recours à des actes de barbarie impose aux modérés de toutes les religions le devoir de s'exprimer, a écrit le roi. Si la majorité reste silencieuse, ce sont les extrémistes qui domineront le débat. »
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MonsieurLoup
  11 octobre 2016
Saut dans l'inconnu et totale immersion dans une enquête journalistique aussi complète que documentée, avec Sous le drapeau noir de Joby Warrick.
Saut dans l'inconnu car, plutôt habitué aux fictions, c'était je crois bien la première fois que je m'attaquais à une véritable enquête d'investigation journalistique en format papier. le thème, lui, semble malheureusement beaucoup plus familier : Daesh, son origine et son ascension. Mais "semble" seulement, car en lisant ce livre, on se rend vite compte d'à quel point nous sommes peu ou mal informés sur ce sujet.
Zarqaoui, fondateur de L'EI, est le fil rouge de cette enquête, de ses débuts dans les prisons jordaniennes à son ascension comme figure principale du terrorisme islamiste, en passant par la séparation idéologique et les désaccords avec Al-Quaïda et d'autres terroristes ou intégristes. Même avec ses successeurs, parfois encore plus terribles que lui, le spectre de Zarqaoui flotte non loin.
« Comment un être humain doté d'un coeur peut-il faire une chose pareille ? » se demandera l'un des intervenants face à une scène de massacre en début de livre. Cette question, on se la reposera à de (trop) nombreuses reprises au cours de la lecture.
L'enquête se concentre surtout sur la Jordanie, l'Irak et la Syrie : la carte en début de livre sera utile pour cette région géographique et géopolitique où il se passe tellement de choses décisives et d'importances et dont pourtant on est assez peu habitué ; cette investigation de longue haleine nous fait vivre de l'intérieur les événements, avec un point de vue presque nouveau et inédit, tant nous sommes peu au courant de certains éléments pourtant clés ou des efforts des services secrets jordaniens.
Certains réaliseront peut-être alors que, malgré ce que certains politiciens scandent, les premières et bien trop nombreuses victimes de l'EI sont les habitants des régions contrôlées par ou frontalières à ce soi-disant état, puis victimes des conflits qui embrasent la Syrie et les régions alentours et directement liés aux activités terroristes évoquées plus tôt, créant ainsi des millions de réfugiés fuyant de manière bien compréhensible leurs pays.
L'enquête montre aussi magistralement que les terroristes tordent l'islam jusqu'à le dénaturer complètement, pour servir de pseudo justification à des desseins abjectes et des actes d'une cruauté sans nom, qui n'a alors plus rien à voir avec la religion dont ils se réclament et que de très nombreux imams du monde entier n'ont pas hésité à dénoncer. Il est également très intéressant et inattendu de voir le schisme irréparable créé entre l'EI et Al-Quaïda et d'en connaître les raisons.
Le contrepoint des USA et de leur politique, aussi bien intérieure qu'étrangère, est également traité sans concession aucune, nous permettant de comprendre que les bourdes successives des gouvernements américains ont grandement permis une telle ascension et ampleur à ce mouvement terroriste.
Le livre aborde principalement la naissance et l'ascension de Daesh, de 1999 à 2014, mais n'évoque que rapidement 2015 et pas du tout 2016. Les lecteurs espérant le traitement des tragiques événements récents en France ou aux USA ne trouveront pas leur compte, même s'ils comprendront comment on en est arrivé là, ce qui a toute son importance.
Le livre se lit presque d'une traite tant on est fasciné, effrayé, scandalisé, en colère ou ému par les événements. Loin d'être froid et une simple succession de faits, le style sait se faire fluide, immersif, on a l'impression de revivre réellement les événements.
On repose parfois le livre pour souffler, les larmes aux yeux soit à cause de l'horreur déployé, soit à cause de ces élans d'humanité qui redonnent foi en l'être humain, quel que soit son origine, son sexe ou sa religion.
Un livre à mettre entre les mains de ceux qui veulent mieux comprendre ce qu'est l'État Islamique, de ceux qui s'intéressent à ce qui se passe dans un Moyen Orient pas si loin de chez nous et qui n'a que quelques secondes d'alloués dans nos journaux télévisés. Mais aussi, et peut-être surtout, à ceux qui mettent sans la moindre réflexion ni empathie les musulmans et terroristes dans un seul et même panier...
À mettre à peu près dans toutes les mains, en fait.
Cette enquête s'avère au final digne des plus grands et meilleurs documentaires ou autres enquêtes journalistiques de qualité.
Élu meilleurs livre de l'année par le New York Times et le Washington Post, également Pulitzer 2016, on se dit en refermant ce livre que prix et éloges sont amplement mérités.
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murielB34
  26 octobre 2016
Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi de m'avoir offert l'opportunité de découvrir cet essai.
En 440 pages Joby Warrick nous propose une plongée dans l'histoire très récente d'une partie du Moyen Orient, qui a vu la naissance et la montée en puissance d'un mouvement islamiste ultra radical autoproclamé Etat. Sur 25 années environ, il nous dresse le portrait des leaders de ce mouvement, et de ceux qui ont voulu le combattre sur le terrain.
Il nous explique que c'est la conjonction de l'opportunisme de certains, du manque de vision à long terme d'autres, de l'impuissance de quelques uns à se faire entendre , et de l'incompétence de pas mal d'intervenants, qui a mené à la situation que nous connaissons depuis quelques années en Irak et en Syrie. L'administration Bush, notamment, est pointée du doigt, pour sa morgue, son autoritarisme, son arrogance, et une méconnaissance totale du fonctionnement de ces pays.
Cet essai particulièrement bien documenté nous présente quelques uns des principaux protagonistes : al Zarkaoui, un petit délinquant Jordanien à moitié illettré devenu le dirigeant ultra violent d'al Quaida en Irak ; al Baghdadi , son successeur, un Irakien dévot et tout aussi violent ; le roi Abdallah de Jordanie, qui tente de préserver son pays de l'embrasement ; des militaires et diplomates américains, compétents et connaisseurs de la région, qui essaient de se faire entendre auprès de leur gouvernements, en vain le plus souvent. Il ébauche aussi le portrait d'un Bachar el Hassad, prêt à tout pour conserver le pouvoir en Syrie.
Surtout, en nous traçant de façon particulièrement détaillée certains parcours, Joby Warrick nous laisse à penser que finalement tout ceci est avant tout dû à une chose, et une seule : une inculture crasse (pour ne pas dire totale). Inculture qui pousse le clan Bush à croire (ou faire semblant de croire ?) qu'on peut exporter et imposer en quelques semaines les mode de pensée, d'interactions sociales et d'organisations familiales et sociétales de l'Occident à des pays qui fonctionnent encore beaucoup en modes tribaux. Inculture de ces « paumés » déséquilibrés (qu'ils soient Irakiens, Syriens, Jordaniens, ou Européens !), qui voient dans leur vision totalement dévoyée de la religion musulmane au choix un moyen facile de justifier leurs déviances, d'expliquer et d'excuser leur folie, et pour les moins atteints (quoique !) de disposer d'une sorte de refuge répondant à un besoin d'appartenance à un groupe. le choc de ces 2 incultures a généré une réaction en chaine et crée un monstre : DAESH.
Particulièrement riche et détaillé, ce livre est nécessaire pour comprendre l'actualité, et devrait être lu par tous ceux qui veulent vraiment comprendre. Je lui trouve toutefois 2 défauts : il est très (trop) « américano centré » (ne faisant quasiment jamais référence aux nations européennes ni à la Turquie) et il manque peut-être d'un peu plus de recul historique pour mieux appréhender le sujet dans sa globalité.
Je vous le recommande donc chaudement, mais vous suggère de lire aussi « le piège DAESH » de Pierre Jean Luizard, autre essai sur le sujet et qui le présente avec une vraie vision historique (sur une centaine d'année)

Lien : http://desmotssurunepage.ekl..
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critiques presse (1)
LeJournaldeQuebec   09 janvier 2017
Joby Warrick s’est interrogé sur les objectifs de Daesh, sur les responsabilités des États occidentaux et fait un portrait saisissant de cette organisation.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   22 janvier 2017
Les premiers califes, tenus pour les successeurs du prophète Mahomet, régnèrent depuis Damas et Bagdad. Ils furent ensuite supplantés par les Turcs ottomans, qui agrandirent l’empire islamique et créèrent un califat dirigé par de puissants sultans installés à Istanbul. Les conquérants turcs accordèrent une autonomie limitée à La Mecque, permettant aux Hachémites de conserver le contrôle des sites de la ville sainte conformément à une tradition qui remontait au Xe siècle. Puis, au début du XXe, vint un Hachémite dont l’ambition et l’audace allaient changer le destin de la famille et redessiner les frontières du Moyen-Orient.
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rkhettaouirkhettaoui   22 janvier 2017
Hors des services de renseignement, rares étaient ceux qui avaient entendu parler de Zarqaoui lorsque, en 2003, Washington l’avait transformé en superstar du terrorisme en proclamant au monde entier que ce Jordanien inconnu était le maillon entre la dictature irakienne et ceux qui étaient derrière les attentats du 11 septembre 2001. Proclamation erronée, mais quand, quelques semaines plus tard, les troupes américaines avaient envahi l’Irak, le terroriste nouvellement célèbre et bien financé y avait gagné un champ de bataille, une cause et, très vite, des disciples par milliers.
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rkhettaouirkhettaoui   22 janvier 2017
L’homme à la cicatrice n’avait toujours pas prononcé un mot. Il porta sur le médecin son regard reptilien, le regard d’un homme qui, même dans la plus dure des prisons jordaniennes, exerçait un contrôle absolu.
Sabha se sentait mal à l’aise, comme en proie à une terreur remontant du plus profond des fondations de la vieille forteresse. « Quel genre d’homme est capable de commander avec son seul regard ? » se demanda-t-il.
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rkhettaouirkhettaoui   22 janvier 2017
Malgré toute leur technologie, les Américains n’étaient que des parvenus arrogants, à peine capables d’apprécier les richesses culturelles d’une terre qui avait engendré l’écriture, les mathématiques, l’astronomie et le droit. L’Irak n’était pas simplement le résultat de quelques lignes tracées sur une carte coloniale, dont la valeur ne tenait qu’au pétrole enfoui sous son sable. C’était un pays de tribus dont la lignée remontait aux fondements mêmes de la civilisation.
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SebastienCreoSebastienCreo   21 janvier 2018
Il fut un temps où, à Amman, tout le monde connaissait son histoire: comment cette Irakienne de 35 ans, célibataire avait accepté d'épouser un inconnu afin de commettre un attentat-suicide en tant que mari et femme; comment elle avait paniqué et s'était enfuie; comment elle avait erré un taxi dans la banlieue nord de la capitale, totalement perdue, demandant son chemin aux passants, ses vêtements et ses chaussures constellés de sang.
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Videos de Joby Warrick (2) Voir plusAjouter une vidéo
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Joby Warrick on Black Flags: The Rise of ISIS at 2015 Miami Book Fair
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