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Jean-Gabriel Guidau (Traducteur)
ISBN : 2070319210
Éditeur : Gallimard (16/03/2006)

Note moyenne : 4.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Léonard Maurizius, homme de lettres élégant et frivole, est accusé d'avoir assassiné son épouse. Au terme d'un procès tumultueux, le meurtrier présumé est condamné à la prison à vie par le procureur Andergast. Il croupit en prison depuis plus de dix-huit ans lorsque Etzel Andergast, enfant unique du redoutable procureur, féru de justice et d'absolu, et convaincu de l'innocence de Maurizius, demande à son père de reprendre le dossier " Maurizius ". Face à son refus, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
steka
  16 avril 2015
On ne peut limiter cet ouvrage à l'étude d'une injustice particulière : c'est bien l'ensemble de l'institution juridique qui est ici dénoncée dans sa parfaite inadéquation aux réalités humaines.
Institution qui, dès que l'on envisage sérieusement sa mise en oeuvre, se révèle être essentiellement, à travers ceux qui en sont l'instrument, une machine à broyer aveugle et inefficace, propagatrice à tous ses niveaux d'une injustice palpable, aux effets sociaux désastreux.
C'est à travers l'étude approfondie de ses quatre personnages principaux et de leurs motivations, que Jakob Wasserman en fait la démonstration ; les péripéties de « l'affaire », qui nous seront progressivement révélées, restant finalement à coté, presque subsidiaires.
Ce n'est donc pas là que réside le mystère mais bien plus dans l'extraordinaire tendance des êtres humains à s'illusionner ; comme s'il s'agissait de l'essentiel de ce qui à la fois les différencie et les réunit.
«Une fiction avec laquelle on a résolu de vivre est un tyran qui se refuse à voir et entendre.»
Ainsi, de cette pertinente remarque du baron Wolf d'Andergast, qui rebondit constamment dans le cours du récit ; lui-même semblant incapable de comprendre à quel point elle le concerne directement, lui qui symbolise justement toute la puissance aveugle d' «une institution qui ne possédait plus qu'un simulacre d'existence; sortie des pandectes poussiéreux, elle survivait seulement en effet dans la tête de quelques hommes qui ont tiré de formules artificielles les concepts avec lesquels ils ont contracté une symbiose de fantômes.»
Mais face à l'aveuglement du juge répond, en miroir, le monde fictif de l'accusé Léonard Maurizius, bien trop indifférent au monde réel et engoncé en son univers pseudo-romantique pour être capable du moindre discernement sur les motivations de ceux qui l'entourent.
Autre personnage clé, Grégoire Waremme, piégé dans le reniement de sa propre identité et réduit à gâcher son talent et son intelligence dans des agissements de «deus machina» de pacotille, tirant sa triste gloire de son pouvoir de manipulation sur les autres.
Mais il y a aussi, fort heureusement, la frêle mais volontaire silhouette du jeune Etzel d'Andergast qui illumine le récit de sa droiture et de son intelligence sensible sans jamais s'illusionner sur lui-même : «On n'a pas l'âme assez simple, se dit-il gravement; il faudrait qu'elle le fût davantage; on ressemble à un crayon trop finement taillé dont la pointe se casse dès qu'on se met à écrire.»
On regrettera par contre que les intéressants portraits de femmes, portants sur des caractères très différenciés, aient juste été entamés et nous laissent donc quelque peu sur notre faim.
On ne pourra oublier de replacer tout cela dans le contexte historique de cette fin des années 20 en Allemagne : cet ouvrage figurera en effet sur les listes de livres que les nazis désignèrent comme étant à bruler en priorité, cinq années après sa parution en 1928.
Il n'était alors déjà plus question de traiter des problèmes humains.
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lolo71
  18 août 2010
Etzel Andergast a seize ans. Il n'a pas vu depuis dix ans sa mère, chassée de la maison pour adultère. Son père, procureur, est un homme froid, austère, qui ne montre pas d'affection à son fils. Convaincu du caractère sacré de la loi et de l'ordre, il applique à l'éducation de son fils les mêmes principes rigoureux qu'au rendu de la justice. Dix-huit ans auparavant, il a fait condamner à la prison à vie un jeune homme, Léonard Maurizius, pour le meurtre de sa femme dont il s'est toujours dit innocent. le père de Maurizius demande au procureur une révision du procès, ce que ce dernier a toujours refusé. Etzel trouve là une occasion de se confronter à son père, pour satisfaire son sens aigu de la justice, et pour d'autres motifs plus obscurs. Il quitte la maison paternelle pour chercher la vérité. Cette rébellion ouverte d'Etzel ébranle l'édifice moral de son père et l'amène à reconsidérer l' « affaire Maurizius ».
Léonard était un jeune professeur brillant et promis à un bel avenir. Après avoir couru d'aventure en aventure, il se marie avec une femme d'une quarantaine d'années, Elli, qui doit lui apporter la stabilité. Mais surgit dans la vie du couple Anna Jahn, la jeune soeur d'Elli, femme envoûtante et froide, belle et distante. D'abord réservés voire hostiles, les rapports entre Anna et son beau-frère se nouent peu à peu en attirance, puis en amour, au désespoir d'Elli. Un soir d'octobre 1908, Elli est abattue devant Léonard d'une balle dans son jardin, alors qu'Anna est dans la maison. Sur les lieux se trouve un autre personnage, Grégoire Waremme, intellectuel dilettante, charismatique et mondain influent, introduit dans la vie des Maurizius par Anna avec laquelle il entretient une relation ambiguë. La culpabilité de Léonard a été formellement établie lors du procès, malgré zones d'ombre et incohérences.
La vérité éclatera à la fin du roman, à la manière d'un polar classique. Mais ce qui capte l'attention du lecteur, c'est la psychologie des deux “enquêteurs” (Etzel et le procureur) et la révélation progressive des relations entre les quatre acteurs du drame au coeur du livre. Waremme, apparemment le moins concerné, semble tirer les ficelles. C'est cet homme, qui détient la clé du mystère, que part retrouver Etzel. Les confrontations homériques, faites de séduction équivoque et d'hostilité latente, entre un Etzel faussement ingénu et un Waremme diabolique comme sur le point de le “dévorer” à chaque instant, sont l'un des moments forts du livre.
Les entrevues entre le procureur Andergast et Léonard Maurizius, dans sa cellule, en sont un autre. Andergast, tenaillé par le doute pour la première fois de sa carrière, n'en sortira pas indemne. le témoignage de Léonard révèle sa part de responsabilité dans le drame. La multiplication des points de vue (Léonard, son père, Waremme) sur l'affaire relativise la notion même de culpabilité. Ce qui amène aux questions soulevées par le livre : dans une vie en société, ne sommes-nous pas tous coupables ? un être humain a-t-il le droit d'en juger un autre ? qu'est-ce que la justice, est-elle possible, peut-on espérer l'atteindre jamais ? Ce roman intense et passionnant n'apporte pas de réponse. Même si l'action se situe dans le contexte particulier de l'Allemagne après la Grande Guerre, peu avant l'émergence du nazisme, ces questions n'en sont pas moins toujours d'actualité. Et sans doute à jamais.
« L'affaire Maurizius » est le premier volet d'une trilogie qui comprend également « Etzel Andergast » et « Joseph Kerkhoven ».

Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
stekasteka   29 mars 2015
Il réfléchit, son cerveau est une fournaise qui élabore des images, bien qu'il exige de lui de ne produire que des pensées logiques. Mais il ne réussit pas toujours à contraindre sa machine à penser à la seule besogne pour laquelle elle est faite.
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stekasteka   13 avril 2015
Son interlocuteur défendait une institution qui ne possédait plus qu'un simulacre d'existence; sortie des pandectes poussiéreux, elle survivait seulement en effet dans la tête de quelques hommes qui ont tiré de formules artificielles les concepts avec lesquels ils ont contracté une symbiose de fantômes.
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stekasteka   16 avril 2015
Bonté divine ! Mais elle est bête, tout simplement bête, d'une bêtise insondable ! Sa beauté, son âme (ou ce qu'on prenait pour son âme), sa grâce, son charme, ce mystérieux démonisme, ce naturel passionné, cette propension à la souffrance, tout n'était qu'une légère couche de vernis que les années ont fait tomber, mettant à nu le fond primitif aride; la nature a dévoilé sa propre imposture; pas de cœur, nulle compréhension du destin, aucun rayon d'en haut, rien que trompe-l’œil, duperie ...
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stekasteka   15 avril 2015
On n'a pas l'âme assez simple, se dit-il gravement; il faudrait qu'elle le fût davantage; on ressemble à un crayon trop finement taillé dont la pointe se casse dès qu'on se met à écrire.
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stekasteka   13 avril 2015
Une fiction avec laquelle on a résolu de vivre est un tyran qui se refuse à voir et entendre.
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Florence Aubenas présente le roman "L'affaire Maurizius"
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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