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Erika Abrams (Traducteur)
ISBN : 2264041072
Éditeur : 10-18 (20/01/2005)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 319 notes)
Résumé :
1862. Lant Street, Londres. Le rendez-vous des voleurs et des receleurs. Sue Trinder, orpheline, est confiée dès le berceau aux bons soins d'une trafiquante de nourrissons. À la veille de ses dix-huit ans, un élégant, surnommé Gentleman, lui propose d'escroquer une héritière, Maud Lilly. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d'un genre tout particulier. Sue, en entrant au service de la riche je... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (72) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  03 novembre 2017
Du bout des doigts nous entraîne dans l'Angleterre de 1862, époque victorienne chère à mon coeur de lectrice. Deux voix s'alterneront.
Le récit commence avec Susan Trinders dans le milieu interlope des voleurs et receleurs du Londres populaire. Sarah Waters dépeint avec art le Borough, avec ses pickpockets et ses us et coutumes bien ancrés. On s'y croirait d'autant plus que son texte s'émaille d'argot du milieu. A noter que pour rendre au mieux ce champ lexical, la traductrice s'est basée sur les termes argotiques des Mystères de Paris d'Eugène Sue et des Mémoires de Vidocq. J'ai donc découvert avec plaisir des mots comme grinchir pour voler et fourline pour voleur qui fait les poches. Fourline qui correspond d'ailleurs au titre original Fingersmith.
Il y a du Dickens dans cette partie car l'antre de Mr Ibbs n'est pas sans rappeler celui de Façon d'Oliver Twist, avec le démarquage des mouchoirs volés.
Susan est emportée par un dénommé Richard Rivers alias Gentleman vers un vieux manoir du Buckinghamshire pour un plan visant à mettre la main sur la fortune d'une jeune héritière naïve et esseulée, vivant quasiment en recluse chez son oncle bibliophile. L'affaire semble simple et assurera à Susan une partie du magot. Il lui suffit pour cela d'entrer comme femme de chambre au service de ladite Maud Lilly et d'encourager l'inclination d'icelle pour Gentleman en vue d'un enlèvement et d'un mariage.
La seconde voix est donc celle de Maud dont on découvre en même temps la très surprenante histoire en dépit de ses dix-sept petits printemps. Je n'en dis pas plus car ce serait gâcher la primeur de la découverte à tout futur lecteur.
Cette deuxième voix parle évidemment comme une jeune fille bien née et éduquée. Point d'argot du Borough ici. En revanche, on s'enrichit des termes propres à la bibliophilie du vieux Monsieur Lilly qui initie sa nièce à son art en vue d'en faire sa secrétaire.
Susan, Maud, à chacune sa spécialité...
En dépit de quelques petites longueurs occasionnelles, du bout des doigts confirme le talent de conteuse de Sarah Waters. Sa prose est un régal pour les yeux et ses reconstitutions du XIXème siècle nous y projettent de plein pied. On sent derrière la fluidité du récit une somme de recherches pour peaufiner son cadre contextuel. Perfectionnisme que j'avais déjà ressenti dans Caresser le velours avec les milieux du music-hall et du travestissement.
Ici les descriptions d'un asile pour femmes aliénées (ou dont la famille cherche à se débarrasser pour x raisons, comme dans L'étrange disparition d'Esme Lennox de Maggie O'Farrell) offrent une vision kafkaienne des aliénistes et de leurs méthodes thérapeutiques.
La quatrième de couverture présente Sarah Waters comme la digne héritière de Dickens et de Sapho. Il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation même si ses propres qualités l'amènent à ne pas se figer dans un carcan désigné. Il me reste encore plusieurs ouvrages de sa main qui m'envoient leur chant des sirènes. A vous revoir sous peu, Madame Waters.
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fabienne2909
  13 juin 2015
Trois ans après « Affinités », j'ai retrouvé avec délice Sarah Waters avec « du bout des doigts » (ce n'est pas l'intervalle des publications, mais celle de mes deux lectures !). Je crois bien pouvoir affirmer, même si cela est basé sur seulement deux romans, que tous les ouvrages de cet auteur pourraient s'appeler « Jeux de dupes »… Tout n'étant à chaque fois qu'apparences, personnages se déguisant, pour mener à bien leurs manigances ou parfois sans malice, sous de fausses identités.
Tel est l'enjeu principal de ce « du bout des doigts » : Sue Trinder est une jeune orpheline de 17 ans, vivant dans le Londres du XIXe siècle, parmi une tribu de voleurs entretenue par celle qui fut sa nourrice mais qu'elle considère plutôt comme une mère. D'ailleurs, celle-ci l'a choyée et tenue éloignée des rapines et mauvais coups de ses camarades durant toute sa vie. Jusqu'au jour où l'un des voleurs, que tous surnomment « Gentleman » en raison de ses origines aisées, vient embaucher Sue pour l'assister dans une arnaque : celui-ci souhaite en effet enlever une jeune héritière, Maud Lilly, vivant recluse chez son oncle, et qui ne pourra toucher cet héritage qu'en se mariant. le but de Gentleman est donc de l'épouser, de toucher l'argent, puis d'envoyer la jeune oie dans un hôpital psychiatrique pour se débarrasser d'elle. La mission de Sue est de l'assister en devenant la camériste de Maud Lilly, de la convaincre de l'amour de Gentleman et de la persuader que la fuite est la seule solution.
Mission simple en apparence, n'est-ce pas ? Sauf que bien sûr, tout ne va pas se passer comme prévu, les deux jeunes femmes commençant à nourrir quelques sentiment l'une pour l'autre, ce qui va contrarier leurs projets. « Leurs projets », car Maud Lilly n'est peut-être pas la jeune ignorante que l'on imagine au départ… Qui joue alors sur des faux semblants, une partition qui n'est pas la sienne ? Ou plus clairement : qui arnaque qui au final ?
Sarah Waters livre une nouvelle fois avec « du bout des doigts » un roman parfaitement écrit, de facture classique, aux accents « dickensiens », qui ressemble à s'y méprendre aux romans victoriens qu'il imite (encore un faux semblant !), mais qui s'en démarque au final par une certaine dose de modernité : l'histoire est toujours contée par des femmes fortes, qui souhaitent accéder à une liberté que leur sexe ne leur permet pas toujours à l'époque dans laquelle elles vivent, et qui assument leurs désirs (notamment homosexuels).
J'ai particulièrement apprécié ici que les deux faces d'une même arnaque soient vues en alternance à travers les yeux de Sue Trinder puis de Maud Lilly, ce qui apporte une richesse psychologique indéniable, et pas mal de piquant car les narratrices ne savent pas tout de chaque situation, et de chaque personne. le lecteur les accompagne donc dans leurs cheminements, leurs aventures, pour se rendre compte qu'il a bien été berné lui aussi. Seul petit bémol, un petit essoufflement en milieu de roman, et un dénouement un peu faiblard (voire mièvre), bien que Sarah Waters ait eu la sagesse de ne pas verser dans le happy end complet.
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Torellion
  13 octobre 2016
Du bout des doigts m'a été offert par un ami, dont les goûts littéraires sont sûres. Un peu sur la réserve face à ce quatrième de couverture, je me lançais tout de même dans la lecture du roman de Sarah Waters.
Sue Trinder, habitante du quartier de Boroughs à Londres en 1862, est une jeune orpheline élevée au sein d'une famille de voleurs et d'escrocs. Préservée par sa vieille mère d 'adoption, elle désire lui montrer toute sa reconnaissance. le jour où Gentleman, escroc patenté, débarque dans ce petit monde avec une arnaque d'envergure contre une jeune fille de bonne famille, Sue n'hésite qu'un instant et se lance dans une aventure qui bouleversera son existence...
Roman victorien par excellence, ce livre est une sorte de roman policier historique. L'intrigue labyrinthique est menée d'une main de maître. La toile de fond, la bibliophilie érotique, n'est qu'un rajout de perversité au sein de cet univers glauque et interlope. le champ des misères humaines est infini, et rien ne nous sera épargné.
L'alternance des points de vue enrichit l'intrigue et l"ironie des situations n'en est que plus mordantes. Les personnages sont riches psychologiquement et attachants.
Sarah Waters, à la manière d'un Wilkie Collins, suggère plus qu'elle ne décrit et c'est tant mieux.
Complot, trahisons en cascade, enlèvements, amour mais aussi témoignage d'une époque où les femmes étaient réduites à quelques catégories superficielles (hystériques, filles de mauvaises vies ou objet de décoration), le roman de Sarah Waters est tout cela et bien plus encore.
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Luniver
  19 juillet 2013
Sue, orpheline, a été élevée par des receleurs de Londres : carrefour principal où se croisent tous les petits malfrats du coin, ils élèvent aussi des enfants abandonnés qu'ils vendent un peu plus tard aux couples stériles ou à d'autres maisons pour qui des jeunes filles sans attache représentent une bonne aubaine. Mais Sue atteint tranquillement ses dix-sept sans que jamais ses parents adoptifs ne manifestent l'intention de se débarrasser d'elle.
L'occasion pour elle de se lancer dans le monde du crime survient enfin : Gentleman, escroc élégant, a repéré une riche héritière perdue dans un petit village de campagne, qui touchera l'héritage une fois mariée. le plan est simple : Sue sera engagée comme dame de compagnie près de la jeune fille, aidera Gentleman à séduire la donzelle, jusqu'à l'emmener en douce à l'église pour la marier et la dépuceler, puis mettre le tuteur devant le fait accompli. le plan se déroule sans accroc, même si Sue commence petit à petit à éprouver quelques sentiments pour la petite oie blanche qu'il lui faut plumer.
Et puis tout bascule : au lieu de faire partie d'une simple intrigue, Sue se retrouve au bout milieu d'un nid de vipère, où les machinations les plus cruelles surviennent de toute part, chacun étant le dupe d'un autre.
Waters a un réel talent pour nous plonger dans l'atmosphère de l'Angleterre victorienne. Je l'avais découverte avec Caresser le velours, j'ai retrouvé le même plaisir à la lecture de ce roman. Les coups de théâtre sont nombreux et sont rudes pour les protagonistes. Une auteure à découvrir sans hésiter, si ce n'est pas encore fait.
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NCJ
  04 avril 2015
Une atmosphère délicieusement machiavélique et sombre, passionnante et oppressante sur fond d'érotisme au féminin…
Les profils des deux jeunes femmes, principales protagonistes de cette histoire sont dépeints avec une incroyable précision. Une précision que l'on retrouve également dans les divers environnements dans lesquels escrocs et victimes évoluent. C'est bluffant !
Un large passage m'a permis de faire l'analogie avec le livre de Maggie O'Farrel - "L'étrange disparition d'Esme Lennox" concernant cette époque où les femmes devenues "encombrantes" pouvaient être facilement enfermées dans des asiles d'aliénés et laissées aux bons soins de médecins apprentis sorciers.
Ce roman envoûtant évoque surtout une relation particulière entre Sue et Maud qui oscille entre la méfiance, la perfidie, l'amitié, l'amour et la volupté... Je vous conseille cette lecture pour son originalité, sa sensibilité et son intrigue surprenante.
CHALLENGE ABC 2014-2015
Lien : http://uneautrelecture.blogs..
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Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
JoohJooh   20 septembre 2015
-Un livre ne dure-t-il pas tout autant ?
-Autant que durent les mots, oui. Mais il y a dans une photographie quelque chose qui dépasse les mots, qui dépasse même les bouches qui les prononcent. Une photographie mettra le feu aux sens d'un Anglais, d'un Français, d'un Hottentot. Elle nous survivra à tous pour allumer le même feu chez nos petits-fils. Elle est un objet transcendant à l'histoire.
-Un objet englué dans l'histoire ! proteste mon oncle. Perverti par l'histoire qui l'offusque comme un écran de fumée ! Cela se voit à la façon dont une mule épouse le pied, à la coupe d'une robe, au style d'une coiffure. Donnez des photographies à votre petit-fils: il y verra une curiosité pittoresque. Votre moustache cirée le fera rire ! Mais les mots, Hawtrey, les mots - hein ? Ils nous séduisent dans le noir, et l'esprit de chacun les revêt de chair et d'habits à sa guise.
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JoohJooh   17 septembre 2015
En général, le murmure ne sied guère à l'organe masculin - la voix de la plupart des hommes se fausse, détonne, résiste mal à l'envie de sonner plus fort - la sienne cependant sait se mettre une sourdine, jouer des mots couverts, tout en conservant sa limpidité, telle une note de musique.
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JoohJooh   19 septembre 2015
S'il y a bien une chose dont l'artiste doit se garder scrupuleusement dans son travail, c'est l'hésitation. L'hésitation mène tout droit à la faiblesse, et la faiblesse a fait échouer de plus grands desseins que les nôtres.
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JoohJooh   21 septembre 2015
"Qu'est-ce que c'est ? qu'elle demande. - C'est votre bébé, ma jolie, que j'y dis. - Mon bébé ? Et mon bébé est-il garçon ou fille . - C'est une fille", que je réponds. À ce mot-là, elle hurle à pleins poumons: "Alors, Dieu lui soit en aide ! Le monde est cruel pour les filles. Elle aurait mieux fait de mourir, et moi avec !"
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JoohJooh   18 septembre 2015
-Après tout, mon opinion n'a rien de choquant. Cela concerne votre... votre sexe et les arts. À mon avis, Mademoiselle Lilly, il y a quelque chose qui manque à votre sexe.
-Quoi donc, Monsieur Rivers ?
[...]
-La liberté dont dispose le mien.
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Videos de Sarah Waters (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sarah Waters
Bande annonce (VO) du film The little stranger (2018), adaptation du roman de Sarah Waters
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