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ISBN : 2864329883
Éditeur : Verdier (23/08/2018)

Note moyenne : 3.27/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu’ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs.
Car ce monde en lambeaux, il s’agit malgré tout de l’habiter, de s’y vêtir et d’y trouver des raisons d’espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  21 août 2018
Dans un au-delà de la catastrophe, futur proche et indistinct où l'humanité est quasiment retombée à l'état animal, sans que l'on ne sache ni comment ni pourquoi, un petit groupe d'hommes nés après « l'événement » – Marthe, Josh, Hardy, les petits, le narrateur et les autres – arpentent les rues d'un Paris dévasté, veillent toute la nuit pour échapper aux menaces, patrouillent pour trouver de la nourriture, restes de ce texte humains ou aliments non encore irradiés, et tentent ardemment et désespérément de s'aimer et de se reproduire.
« 1. Nous arpentons le boulevard SainGerm et inspectons les restes des combats de nuit. Nous regardons devant nous, nous agenouillons, Josh dit : y a que des macchabées par ici, Hardy, que de la chair carbonisée. Il prend ma main et nous nous en allons, empruntant les petites rues et le funicul nous menant en droite ligne chez nous. »
Antoine Wauters publie ce court texte impressionnant de souffle en cette fin d'été aux éditions Verdier (à paraître le 23 août, ainsi qu'un superbe roman « Pense aux pierres sous tes pas » dont nous parlerons prochainement ici) dont la noirceur du propos et la beauté de la prose résonnent sourdement avec la poésie insensée de résistance à l'agonie de Lutz Bassmann, mêlant la sauvagerie d'une société détruite à la sensualité d'un narrateur écrivain qui collecte les phrases des membres de son groupe et compose des chants avec les lambeaux de la mémoire et les fragments du chaos.
"Quel jour on est ? dit Mad comme chaque matin. Nous la regardons, effondrés. Pauvre Mad, dit Josh. Pauvres de nous. Depuis combien de temps ne compte-t-on plus les jours ? Depuis combien de temps le monde nous a-t-il été repris ?"
Tandis que les lettres désignant les lieux, les objets, les enseignes peu à peu tombent et s'effacent, en dépit du désespoir et d'une histoire incendiée, le narrateur, comme l'enfant de « Nos Mères », utilise les mots et le rythme de la poésie pour contrer l'oubli, pour transmettre les traces et les mots du monde tel qu'il fut. Parmi les ruines indéchiffrables du vieux Macdo ou de la Biblioth Natniale et les traces d'une culture anéantie, quelques miettes ont été racontées et transmises par le « Vioque », aujourd'hui décédé, comme cet air de John Howlidays dont ils ont fait leur hymne de vie ; les scènes de meurtre, de sexe chaotique, d'amour et de cannibalisme, l'effroi et les effets comiques s'entremêlent, dans les strophes de ce texte d'une beauté hallucinée.
Avec ce qui reste du langage dans une nature dévastée et une société détruite, le narrateur tente de donner une forme à leur vie car dire c'est résister et peut-être même davantage : aimer voire reconstruire.
"Nous avions tout, dit Azzuto. Nous avions trop. Aussi était-il juste de et bon de tout perdre, puis de tout recommencer. Nous étions gros, enchaîne Patrap. Beaucoup trop gros. Obèses. Pourris gâtés. A présent, nous devons tout reprendre à zéro, tout recréer : la vie, l'espoir, et la joie tout au fond de nous.
Vivre comme nous, dit-il encore, c'est marcher au milieu de rues recrues de chiendent, de chardons, de broussailles. C'est sourire sans comprendre pourquoi. C'est beaucoup pleurer."
Avec un art du montage qui caractérisait déjà «Césarine de nuit», Antoine Wauters forge un texte d'une beauté intense teinté de cruauté et d'humour, où l'écrivain narrateur voit ses souffrances s'atténuer dans la joie du langage, avec l'espoir, même ténu, que la poésie panse la perte des temps passés, la cruauté du présent et l'ombre pesant sur tout futur.
"Il n'y a plus que des chardons bleus. Que des blattes et des genévriers. Des alignements de roche et ce vent ronge-pierre soufflant d'est en ouest. Regarde, Marthe. Il n'y a plus que des lieux sans garance, sans lin, sans lièvres. Et la faim, toujours elle, dans le fond des yeux."
À la frontière des genres poétique et science-fictif, jouant de ce motif classique de l'effondrement de l'humanité et du langage, « Moi, Marthe et les autres » transforme en un texte de 192 strophes les errances d'après l'apocalypse en un chant poétique qui semble plonger ses racines dans les origines de l'écriture.
Retrouvez cette note de lecture et beaucoup d'autres sur le blog Charybde 27 ici :
https://charybde2.wordpress.com/2018/08/17/note-de-lecture-moi-marthe-et-les-autres-antoine-wauters/
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Pirouette0001
  01 novembre 2018
Deuxième livre lu de cet auteur.
Paris, la France, ont été ravagés par on ne sait quel événement. Ce qui est sûr c'est que tout est calciné, tout manque, et il faut survivre dans un monde où la mémoire de ce qui s'est passé, la mémoire d'un avant, sauf des lambeaux, font défaut, de même que les repères moraux que l'on attache à l'idée d'humanité.
C'est dur, très dur. Mais bien écrit et suffisamment court pour être lu en un souffle, en pure apnée.
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Axelinou
  17 novembre 2018
Une fable post-apocalyptique fort noire mais très très bien écrite.
Il ne reste plus grand-chose de Paris, seulement des bandes de jeunes. Tout le monde focalise son énergie sur la survie, c'est-à-dire se défendre de l'autre, se cacher, chercher éternellement à manger, se chauffer, aimer, copuler, se souvenir de ce qui est encore possible de se souvenir, rester en bande.
Une fable parce que c'est un futur possible, parce que la communauté prime sur l'individu.
Une fable écrite en 192 paragraphes numérotés, qui permettent d'aligner les réflexions, les sentences, ou les morceaux d'histoire, sans devoir relier les paragraphes entre eux.
Une fable fort noire car, in fine, c'est la mort qui gagne et parce que pour survivre, il faut se déshumaniser.
Je ne regrette pas mon choix à la Bibliothèque.
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nathavh
  22 août 2018
C'est un tout petit roman de 80 pages mais qu'il est dense et riche en réflexions sur notre société.
Je retrouve avec plaisir l'écriture d'Antoine Wauters, faut-il le repréciser lauréat du Prix Première en 2014 avec "Nos mères".
Un roman, une dystopie même qui nous emmène dans un Paris dévasté - par quoi ? - on l'ignore, au lecteur de faire son choix : catastrophe nucléaire, guerre, cataclysme climatique?. La ville est méconnaissable, la nature l'a envahie par endroits, tout n'est que violence et hostile dans un monde en lambeaux.
Hardy, Marthe, Josh, Begraaf et les autres essaient de survivre. Ce groupe erre dans la ville, se cachant dans "La Grotte" en chantant les chansons du Vioque, un certain Johny Holiways. ☺
Un peu d'humour qui est bienvenu dans ce court roman chargé de noirceur et de violence.
C'est dur, réaliste à la fois, cela nous parle de l'évolution de notre société, de sa dérive, nous pose un tas de questions sur nos responsabilités face à cette planète, notre société de consommation, sa violence, nos croyances, notre culture.
Le livre se décompose en 192 paragraphes numérotés, une configuration étrange qui me semble-t-il m'a permis une respiration, un temps de réflexion.
Les protagonistes sont constamment tiraillés entre espoir et désespoir, tristesse et joie, faut-il tout abandonner ou au contraire ne rien lâcher ?
J'ai beaucoup aimé retrouver cette écriture épurée dont chaque mot est choisi, lourd de sens poussant à la réflexion.
Quel est le sens de notre existence ? notre raison de vivre ? de continuer ? le tout ponctué d'humour car "il suffira d'une étincelle ..; ☺ pour poursuivre les combats, pour continuer d'y croire et .."d'allumer le feu". ☺
L'espoir au-delà de la mort, l'envie de se reproduire, de s'oublier, de donner la vie. L'oubli de ce que l'on n'a pas connu qui pousse à inventer pour continuer.
Un tout petit livre, très riche, très dur qui secoue, lucide sur ce qui pourrait attendre notre société.
Mon plaisir de lecture : 9.5/10

Lien : https://nathavh49.blogspot.c..
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AlineMarieP
  13 septembre 2018
Notre monde n'est plus, dans un Paris désintégré, devenu île, Hardy et les autres errent, survivent, essayent de se souvenir...
Pour l'un de ces deux romans de la rentrée littéraire, Antoine Wauters s'essaye à la dystopie... avec classe et brio! La plume poétique et rude de l'auteur liégeois ne faillit jamais et ne cède pas à la facilité. Devant nous, les ruines, les corps ne cherchant qu'à ressentir, la mémoire qui s'efface, les nouveaux jours qui naissent... Bien sûr, l'on frissonne devant ce scénario catastrophe qui pourrait devenir notre quotidien alors on s'interroge mais surtout l'espoir nait d'un monde meilleur!
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Pirouette0001Pirouette0001   01 novembre 2018
Parfois, j'ai l'impression que quelqu'un me suit, qui va me poignarder dans le dos. Mais personne ne me suit. Que mes mauvaises pensées. Ma culpabilité. Ma conscience de l'échec.
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AxelinouAxelinou   17 novembre 2018
J’ai envie de longues siestes avec Marthe, me dis-je, de choses très simples, puis je fixe la lune en me demandant ce que je fous sur terre. Je m’allume une clope et me dis que j’ai surtout besoin d’être seul, ces derniers temps. Seul avec moi. Seul et c’est tout. C’est un fait. Tu as surtout besoin d’être seul, Hardy.
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nathavhnathavh   22 août 2018
Nous avions tout, dit Azzuto. Nous avions trop. Aussi était-il juste et bon de tout perdre, puis de tout recommencer. Nous étions gros, enchaîne Patrap. Beaucoup trop gros. Obèses. Pourris gâtés. A présent, nous devons tout reprendre à zéro, tout recréer : la vie, l'espoir, et la joie tout au fond de nous.
Commenter  J’apprécie          10
nathavhnathavh   22 août 2018
Nous ne sommes plus ni riches ni pauvres, dit Begraaf. La richesse et la pauvreté, c'était avant, quand il y avait encore des choses à se partager. A présent que tout est vide, nous ne sommes plus que vivants, absolument vivants, désespérément "homme". Et il sourit, comme seuls sourient les gens qui ont beaucoup perdu.
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nathavhnathavh   22 août 2018
Je me demande si la guerre est ce qui nous a menés ici. Si les animaux sont partis pour la fuir. S'ils ont tous été tués ? Je crois que la sagesse, parfois est de se dire vaincu, et de rendre les armes. Dans ce sens, l'homme est la bête la moins futée, mais la plus fascinante.
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Videos de Antoine Wauters (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Wauters
Le vendredi 16 novembre 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) avait la joie d'accueillir Antoine Wauters à l'occasion de la publication de ses deux derniers textes en date aux éditions Verdier, "Pense aux pierres sous tes pas" et "Moi, Marthe et les autres".
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