AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
>

Critique de Pois0n


Pois0n
  08 février 2021
Vous connaissez l'effet du soufflé qui retombe ? Non ? Eh bien, c'est exactement celui que vient de me faire « Les nuits d'Antigua ».

Pourtant, au début, tout ne va pas si mal : le livre ne trahit pas trop son âge (il est sorti en 1982 outre-Atlantique, deux ans plus tard ici), malgré sa réputation de coureur de jupons, Ash donne vraiment l'impression d'être un type charmant, pas forceur, qui fait même la cuisine (!!!)... et le discours sur l'asexualité présumée de Christie, avec son acceptation sans réserves par Ash, sonne presque trop beau pour être vrai. Surtout pour l'époque. Devinez quoi : quand ça semble trop beau, c'est qu'il y a anguille sous roche...

Mais pourtant, sur le coup, on ne se méfie pas, puisque jusque-là, le livre s'est avéré plutôt bon : mis à part de grosses longueurs dans son second quart, où Christie et le petit John n'ont pas grand-chose à faire de leurs journées, la jeune femme et Ash font connaissance tout en découvrant le cadre enchanteur de l'île. L'aspect « vacances » est bien présent, et même si une grosse partie de l'histoire se passe en Décembre, impossible de la considérer comme une romance de Noël : c'est à peine si la fête est mentionnée, on s'offre des cadeaux et zou ! Bon, il faut dire que sous les tropiques, l'ambiance n'y est pas, et puis, la priorité des personnages est d'avant tout d'offrir une vie stable à John. Car si Ash dragouille sa tante à la moindre occasion, le petit garçon fait tout de même partie prenante de l'histoire... même si l'on ignore une information aussi basique que son âge !

Bref, pendant les deux premiers tiers de l'histoire, mis à part les longueurs précitées et un couac de traduction assez honteux, même pour l'époque (« pineapple » traduit par « pomme de pin » au lieu d'« ananas »), qui a délecté Twitter l'espace d'une journée, on se laisse agréablement porter à Antigua aux côtés de Christie... et puis soudain paf, douche froide.

Autant prévenir : hormis la toute dernière, absolument chaque scène de sexe est un viol conjugal. Aucun doute n'est laissé là-dessus, Christie exprime clairement son refus et se débat. Qu'elle ressente du plaisir physique ne change rien au problème. Alors certes, les scènes en question sont bien moins détaillées que de nos jours... encore heureux, ai-je envie de dire !
A ce sujet, notons que dans sa VO, le bouquin est « célèbre » pour être le premier publié par l'éditeur à avoir mentionné du sexe oral... un passage qui, bien qu'effectivement teasé de façon subtile à un moment donné via une histoire de cocktail, a mystérieusement disparu au cours de la traduction. Ceci dit, vu le contexte, on ne va pas s'en plaindre !

Bref, le charmant Ash se transforme tout à coup en agresseur, Christie ne sait plus quoi penser et la lecture devient très, très, très malaisante. Et ce n'est pas le dénouement, basé sur une fausse couche traitée de façon très, trop légère, qui viendra sauver les meubles, au contraire. En même temps, vu les quantités d'alcool bues par les personnages, y compris par Christie et après avoir appris sa grossesse... Sans oublier qu'il n'y a que trois types de femmes dans ce livre : les respectables, les vieilles bienveillantes... et celles aux moeurs plus libres, systématiquement présentées ici comme des prédatrices sans morale.

Ce sont toutes ces petites choses qui, mises bout à bout, achèvent de ternir une lecture qui démarrait pourtant bien. Mais ce que l'on en retient, ce ne sont pas les cocotiers, les buissons parfumés, le sable chaud et les flots bleus, mais bien la décharge nauséabonde qui se trouve derrière...
Commenter  J’apprécie          20



Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Ont apprécié cette critique (2)voir plus