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Critique de Lavieestunlongfleuvetranquille


Lavieestunlongfleuvetranquille
  25 février 2014
« Je n'ai que mépris pour le mortel qui se réchauffe avec des espérances creuses » SOPHOCLE

Simone WEIL avait compris qu'il fallait douter pour comprendre. N'est-ce pas la base de la philosophie ? Sa rencontre avec Léon TROTSKI en décembre 1933 fut l'occasion d'un échange passionné entre les deux idéalistes.
Ce magnifique ouvrage, dans sa conception que souligne notamment un travail soigné dans le choix de la couleur des caractères, mais également – et surtout ! – par son contenu est articulé en cinq chapitres/notes reprenant les questions que Simone WEIL se pose sur les effets de la montée du national socialisme en Allemagne et les conséquences de la Révolution d'Octobre en Russie, quinze années plus tard.
Elle s'interroge sur l'efficacité du socialisme, mais demeure sans concession devant la montée – inéluctable à cause de la passivité du communisme – du mouvement fasciste.
« Devant cette situation tragique, ceux qui ont coutume de parler au nom des ouvriers allemands ferment les yeux ».
La bureaucratie reste par dessus-tout la source d'une impasse, par sa permanence, son irresponsabilité, son origine et sa puissance. C'est assurément un nouveau système d'oppression.
« Trotski persiste à dire qu'il s'agit d'une dictature du prolétariat, d'un Etat ouvrier bien qu'à déformation bureaucratique, et que, concernant la nécessité, pour un tel régime, de s'étendre ou de périr, Lénine et lui ne se sont trompés que sur les délais ».
Sur les imperfections du stalinisme, elle reste philosophe.
« Descartes disait qu'une horloge détraquée n'est pas une exception aux lois de l'horloge mais un mécanisme différent obéissant à ses lois propres ; de même il faut considérer le régime stalinien, non comme un Etat ouvrier détraqué, mais comme un mécanisme social différent ».
Mais demeure sans concession sur l'altération de l'individualisme du travailleur qui doit impérativement conserver son pouvoir de compréhension global.
« N'oublions pas que nous voulons faire de l'individu et non de la collectivité la suprême valeur. Nous voulons faire des hommes complets en supprimant cette spécialisation qui nous mutile tous. Nous voulons donner au travail manuel la dignité à laquelle il a droit, en donnant à l'ouvrier la pleine intelligence de la technique au lieu d'un simple dressage ».
Pour réussir ce combat du socialisme, il faut réaliser l'union du travail manuel et du travail intellectuel. C'est exactement ce quelle fera en quittant son poste d'enseignant pour intégrer une usine par la suite.
Ce combat sera difficile, pense t'elle, car « si nous devons périr, faisons en sorte que ne nous ne périssions pas sans avoir existé. Les forces redoutables que nous avons à combattre s'apprêtent à nous écraser ; mais il est un domaine ou elles sont impuissantes, elles ne peuvent nous empêcher de travailler à concevoir clairement l'objet de nos efforts ».
Le dernier chapitre est pour moi une véritable perle. « L'examen critique des idées de révolution et de progrès » résume à lui seul l'esprit de cet ouvrage passionnant. Je vous laisse le découvrir au travers de ce passage éloquent…
« Si on prenait un à un tous ceux à qui il est arrivé de prononcer avec espoir le mot de révolution, si on cherchait les mobiles réels qui ont orienté chacun d'eux dans ce sens, les changements précis, d'ordre général ou personnel, auxquels il aspire réellement, on verrait quelle extraordinaire diversité d'idées et de sentiments peuvent recouvrir un même mot ».
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