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EAN : 9781030407977
96 pages
Éditeur : Allia (04/01/2018)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 27 notes)
Résumé :
« L’essai sur La personne et le sacré, qu’a écrit Simone Weil à Londres dans la dernière année de sa vie, ne cesse de nous interpeller pour au moins deux raisons. La première est la critique sans réserve du concept de personne, qui, à plus d’un demi-siècle de distance, n’a rien perdu de son actualité. La seconde – sans doute tout aussi actuelle – est la recherche acharnée et passionnée d’un principe qui se place au-delà des institutions, du droit et des libertés dém... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
PatrickCasimir
  07 août 2018
La personne et le sacré
Simone Weil se désole de l'inexactitude, de la confusion du vocabulaire et de leur effet néfaste sur la pensée. Qu'est-ce qu'une personne ? Rien de sacré en tout cas à ses yeux. En revanche l'être tout entier l'est. Elle éprouve un dédain évident pour toute définition d'une morale publique à partir d'un concept aussi indéfinissable que celui de personne, en raison, sans doute des ambiguïtés qui pèsent sur ses origines et sa signification.
En revanche, tout être humain dès l'enfance, s'attend à ce qu'on lui fasse du bien et non du mal. C'est ce bien qui est source du sacré, c'est ce bien qui est sacré.
Elle élabore ainsi une critique radicale de la notion de personne et du droit par la même occasion ; droit hérité de Rome qui ne nous aurait pas fait là, le meilleur des legs et ce, d'autant plus que Rome (qu'elle n'aime décidément pas) niait l'être. Elle considère, sans doute avec raison, que l'empereur ne régnait que sur des esclaves.
Il n'empêche que l'histoire juridique moderne a opéré une symbiose entre droit et personne. Cependant, pour S W, le droit n'est que source de revendication, de guerre, chaque sujet de droit n'ayant de cesse de poser face à l'autre une volonté égoïste de protection de ses prérogatives juridiques. La notion d'obligation envers l'autre, renverserait la perspective (Réf. L'enracinement.)
C'est donc tout naturellement qu'elle en appelle à une morale publique, à une action publique qui, par la recherche du bien pur, de la justice, de la compassion, de la vérité, de la beauté et elle ajoute, enfin, après des pages de circonlocutions, par l'amour, peuvent répondre au besoin du peuple et en particulier des pauvres, des malheureux, qui seraient capables, dès lors, d'accepter, de transcender leur souffrance.
Mais l'amour, qu'est-ce que c'est ? Un don du ciel, un don de Dieu, une grâce divine que le Christ est venu nous révéler et nous offrir. On voit bien que S W se situe sur un plan supraterrestre absolument étranger à la vie ordinaire des individus et des sociétés. Et pourtant, elle demeure persuadée que ses idées peuvent parfaitement trouver à s'appliquer ici-bas.
Elle me fait penser au Christ, qu'elle invoque régulièrement, et dont le discours décalé, restait étranger aux attentes plus prosaïques du peuple juif. N'étant pas sur le même plan, l'un étant spirituel, l'autre plus terre à terre, si je puis dire, l'incompréhension était inévitable.
Qui pouvait entendre à l'époque le discours de Simone Weil sur l'amour ? Qui peut, encore aujourd'hui, comprendre une pensée aussi exigeante sur le rôle de la beauté, de la vérité, du bien dans la satisfaction des besoins du peuple ? Cette pensée constitue, à l'évidence, une utopie, envisageable peut-être dans les relations privées, mais non dans l'organisation sociale et institutionnelle d'une démocratie.
A mon sens, elle fait partie de ce petit groupe de gens, (y compris « l'idiot du village » ayant pu accéder à la vérité), dont elle parle, et qui sont passés de l'autre côté du mur, qui ont atteint la « Cité céleste ». Mais dans la cité terrestre démocratique, les droits de la personne humaine, les droits de l'homme ont triomphé depuis longtemps.
N'importe quel citoyen attend que l'Etat lui accorde des droits, une protection, mais non son amour, ni sa compassion, encore moins une éducation tournée vers le bien pur, ou vers l'amour.
Ce dernier concept n'appartient pas à la sphère publique, ni à celle de l'éducation républicaine et laïque. Quant à la vérité, depuis que l'on a proclamé haut et fort qu'elle est relative, chacun prétend à la sienne propre…
Pat


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Acerola13
  25 février 2021
Un court essai où Simone Weil s'attaque aux notions de personne et de droit, d'origine romaine, en leur préférant la justice grecque, l'amour, ou la charité.
Oscillant entre notions philosophiques et convictions personnelles, l'auteur marque sa préférence au génie plutôt qu'au talent, tente de décortiquer le mal et son châtiment qui devrait uniquement "éveiller chez les criminels le désir du bien pur par la douleur", et se perd finalement du côté de la beauté et de la vérité.
Certains paragraphes sont très beaux, l'ensemble un peu déroutant : si démonstration imparable il y avait dans La personne et le sacré, je ne l'ai pas comprise, et en garde surtout le souvenir d'un discours confus où tout se mélange sans que l'on ne comprenne vraiment où veut en venir l'auteur. Dommage...
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Lavieestunlongfleuvetranquille
  25 janvier 2018
Difficile de ne pas subir le choc Simone WEIL.
Tout, absolument tout en elle est absolu. Tout exprime la même détermination, la même absence de compromis et, si j'ose dire, la même pureté.
Chez elle, là ou il y a une grave erreur de vocabulaire, il est difficile qu'il n'y ait pas une grave erreur de pensée. D'ou, en quelque sorte, cette quasi obsession de la perfection dans les mots exprimés.
"La personne et le sacré" est un condensé de méditation philosophique sur les notions de droit, de démocratie, de justice, de vérité, de mal et de beauté. Elle fonde le sacré, dans un être humain, sur ce qui est impersonnel.
Même si j'adore cette magnifique philosophe, notamment pour la rigueur de ses propos, je ne peux m'empêcher de penser à son histoire personnelle et l'impact sur son cheminement de pensée.
Très rapidement mal à l'aise avec elle-même, tant physiquement qu'intellectuellement, elle cheminera dans l'enfer de l'anorexie jusqu'à la mort. Un contexte social et international tumultueux l'aidera à orienter sa vision du monde, au travers de Dieu et aujourd'hui encore, et certainement plus que jamais, ses réflexions sont reçues avec rudesse.
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JulienDjeuks
  07 juin 2020
Simone Weil veut montrer que la défense des droits de l'homme, l'homme en tant que personne ayant des droits, est certes important, mais que c'est une erreur de penser que ces droits sont sacrés, que la personne humaine est sacrée, au-dessus de tout. Ce qui est sacré, ayant bien plus de valeur, transcende l'individu, c'est justement ce qui le dépasse, qui transcende l'individu, qui n'est pas propre à sa personne, ce qui est au contraire impersonnel : l'humanité, la justice, la liberté…
Ce qui veut dire qu'éveiller les gens au respect de ces grandes valeurs aura beaucoup plus d'effet, de bonnes répercussions sur la société, que de les appeler à respecter les droits de chacun.
Ce petit essai, écrit l'année de sa mort, parmi les Écrits de Londres, peut tout d'abord être aisément rapproché de l'Homme révolté, d'Albert Camus, publié en 51, huit ans plus tard, dans lequel il pose que la révolte de l'esclave intervient au moment où l'homme est prêt à sacrifier sa vie, sa personne, pour défendre ce qu'il estime le dépasser, ce qui fait l'humain, sa dignité. Ainsi, l'esclave peut accepter de voir ses droits bafoués, mais pas l'essence de ce qui fait de lui un être humain. Mais la pensée de Simone Weil prend une autre direction. Là où Camus interroge les limites de la révolte, Simone Weil cherche à définir cette essence de l'humain, ce sacré, tout en l'insérant dans les conflits sociaux, la vie quotidienne, la défense des faibles… Elle compare les effets de la défense des droits de la personne et ceux de la défense de valeurs. Les grandes valeurs ont une valeur d'autorité qui l'emportent largement. Ces valeurs essentielles peuvent être vues comme valeurs humanistes ou comme vertus chrétiennes. Car c'est bien ce qui transcende l'être humain, l'amène à dépasser son état d'individu animal, qui intéresse Simone Weil.
On voit dans les luttes récentes contre le racisme (mais également contre les politiques des grandes entreprises), que l'existence d'un droit ne suffit pas à en garantir le respect au sein d'une société. C'est bien la défense de valeurs supérieures qui amène à faire émerger aux yeux de toute une société, l'ampleur et la légitimité d'un problème. La lutte pour la sauvegarde de l'environnement constate depuis des années l'échec de ses combats ponctuels, se heurtant à la plus grande machine qu'est l'économie. L'écologie gagne du terrain depuis qu'elle porte des valeurs universelles de respect de la nature, respect de la vie animale, pour lesquelles des individus sont prêts au sacrifice, à l'image de Greta Thunberg.
Lien : https://leluronum.art.blog/2..
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oiseaulire
  31 juillet 2020
Magnifique méditation.
Eclairante.
Indispensable.
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critiques presse (1)
LaCroix   16 février 2018
Dans « La Personne et le sacré », la philosophe élabore une vision exigeante du politique. Loin des tentatives de récupérations actuelles.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
Acerola13Acerola13   25 février 2021
Comme la notion de droit est étrangère à l'esprit grec, elle est étrangère aussi à l'inspiration chrétienne, là où elle est pure, non mélangée d'héritage romain, ou hébraïque, ou aristotélicien. On n'imagine pas saint François d'Assise parlant de droit.
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Acerola13Acerola13   25 février 2021
De plus, le plus grand danger n'est pas la tendance du collectif à comprimer la personne, mais la tendance de la personne se précipiter, à se noyer dans le collectif. Ou peut-être le premier danger n'est-il que l'aspect apparent et trompeur du second.
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Acerola13Acerola13   25 février 2021
Prendre pour règle de la morale publique une notion impossible à définir et à conce voir, c'est donner passage à toute espèce de tyrannie.
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enkidu_enkidu_   03 février 2018
Un idiot de village, au sens littéral du mot, qui aime réellement la vérité, quand même il n'émettrait jamais que des balbutiements, est par la pensée infiniment supérieur à Aristote. Il est infiniment plus proche de Platon qu'Aristote ne l'a jamais été. Il a du génie, au lieu qu'à Aristote le mot de talent convient seul. Si une fée venait lui proposer de changer son sort contre une destinée analogue à celle d'Aristote, la sagesse pour lui serait de refuser sans hésitation. Mais il n'en sait rien. Personne ne le lui dit. Tout le monde lui dit le contraire. Il faut le lui dire. Il faut encourager les idiots, les gens sans talent, les gens de talent médiocre ou a peine mieux que moyen, qui ont du génie. Il n'y a pas à craindre de les rendre orgueilleux. L'amour de la vérité est toujours accompagné d'humilité. Le génie réel n'est pas autre chose que la vertu surnaturelle d'humilité dans le domaine de la pensée.

Au lieu d'encourager la floraison des talents, comme on se le proposait en 1789, il faut chérir et réchauffer avec un tendre respect la croissance du génie ; car seuls les héros réellement purs, les saints et les génies peuvent être un secours pour les malheureux. (pp. 46-47)
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enkidu_enkidu_   03 février 2018
La beauté est le mystère suprême d'ici-bas. C'est un éclat qui sollicite l'attention, mais ne lui fournit aucun mobile pour durer. La beauté promet toujours et ne donne jamais rien ; elle suscite une faim, mais il n'y a pas en elle de nourriture pour la partie de l'âme qui essaie ici-bas de se rassasier ; elle n'a de nourriture que pour la partie de l'âme qui regarde. Elle suscite le désir, et elle fait sentir clairement qu'il n'y a en elle rien à désirer, car on tient avant tout à ce que rien d'elle ne change. Si on ne cherche pas d'expédients pour sortir du tourment délicieux qu'elle inflige, le désir peu à peu se transforme en amour, et il se forme un germe de la faculté d'attention gratuite et pure.

Autant le malheur est hideux, autant l'expression vraie du malheur est souverainement belle. On peut donner comme exemples, même dans les siècles récents, Phèdre, l'École des Femmes, Lear, les poèmes de Villon, mais bien plus encore les tragédies d'Eschyle et Sophocle ; et bien plus encore l'Iliade, le Livre de Job, certains poèmes populaires ; et bien plus encore les récits de la Passion dans les Évangiles. L'éclat de la beauté est répandu sur le malheur par la lumière de l'esprit de justice et d'amour, qui seul permet a une pensée humaine de regarder et de reproduire le malheur tel qu'il est.

Toutes les fois aussi qu'un fragment de vérité inexprimable passe dans des mots qui, sans pouvoir contenir la vérité qui les a inspirés, ont avec elle une correspondance si parfaite par leur arrangement qu'ils fournissent un support à tout esprit désireux de la retrouver, toutes les fois qu'il en est ainsi, un éclat de beauté est répandu sur les mots.

Tout ce qui procède de l'amour pur est illuminé par l'éclat de la beauté. (pp. 57-59)
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