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Critique de MassLunar


MassLunar
  10 novembre 2021
Curieux titre que cette Baleine blanche des mers mortes paru chez Drakoo, le nouveau label de bd de genre dirigé par Mr Arleston. C'est un mélange de voyage post-apo et de ballade poétique, un mélange de survie et de fantastique. le monde n'est plus, la Terre a vu ses océans et ses mers se dessécher et s'évaporer à cause des raisons qui nous sont bien connues.

Pour autant, l'océan ressurgit par moments par vagues, vagues fantomatiques telles des résurgences d'un passé bleu marine qui ne noie pas mais aspire les âmes des êtres humains encore en vie. Des fantômes de requins, de baleine, de dauphins, de méduses ressurgissent par moments dans un élan de beauté et de dangerosité.

La beauté est là en tout cas dans ce one-shot porté par le dessin aqueux et aérien d'Olivier Boiscommun, un dessin et une couleur tout en éléments dans lequel le bleu de l'océan vient carrément engloutir la planche. Mention spéciale en passant à la première de couverture qui happe sans difficulté l'oeil du lecteur. C'est nimbé de mystères, c'est une couverture qui correspond bien au ton fantomatique de cette bd.

A l'intérieur, le style d'Olivier Boiscommun n'est pas en reste bien évidemment. Olivier Boiscommun évite les lieux communs ( ah ah...) de l'ambiance post-apocalyptique façon Mad Max en privilégiant les qualités oniriques et engagées du scénario d'Aurélie Wellenstein. Les couleurs, le dessin à l'aquarelle sont de véritables pièces maîtresses dans ce one-shot de toute beauté qui nous fait facilement le cadre post-apocalyptique pour mieux se focaliser vers un genre davantage fantastique qui véhicule aussi bien la rêverie que l'engagement.

Des planches entières, que ce soit en première plan ou en fond de pages, baignent dans le fantastique, baignent dans cet océan fantôme et on ne peut que se noyer dans le dessin de Boiscommun. C'est immersif, c'est une ballade somptueuse qui n'éclipse pas l'engagement du propos suivant : les océans sont morts des erreurs de l'humanité. Ce qui donne lieu à des passages plus réalistes, des flash-backs sur un groupe de pécheurs qui emprisonnent des dauphins dans leur filets, la pollution, le réchauffement climatique... le fantastique repose ici sur des bases solides et c'est, bien évidemment, dû au scénario de la romancière Aurélie Wellenstein dont La baleine Blanche des mers mortes est un complément à son roman Mers Mortes paru en 2019.

Nous rejoignons ici le credo du label Drakoo qui vise à faire travailler ensemble des romanciers plutôt novices dans le scénario de bande dessiné avec des dessinateurs confirmés. C'est ainsi le cas des Artilleuses dont l'intrigue est directement ancré dans le Paris des Merveilles de Pierre Pevel ou du titre La Pierre du chaos scénarisé par un prolifique romancier de l'imaginaire Gabriel Katz.

La plupart des scénaristes de Drakoo sont donc avant tout des romanciers. C'est le cas pour ce nouveau titre écrit par la romancière fantasy / jeunesse Aurélie Welllenstein qui signe ici son premier scénario de bd , un scénario qui introduit bien son univers mais qui n'en demeure pas moins trop adapté, charcuté et au final frustrant.

Je partage l'avis de Damss, c'est un titre beaucoup trop court qui a à peine le temps d'exposer son univers. Certes, cela permet de donner du mystère à cet album, de lui donner un bon style emprunt de poésie et de fantastique mais force est de reconnaître que l'intrigue parait bien faible au final. Pour autant, le scénario est bien structuré mais, d'une certaine, la bd est prisonnière de son statut de spin-off qui donne une sensation d'incomplet à l'intrigue. C'est court et, à peine avons-nous le temps de se familiariser avec cet univers écologique, fantastique et post-apo, que la bd s'achève dans un final un peu abrupte. Certains personnages sont carrément survolés comme la danseuse au milieu des méduses dont on questionne le rôle finalement...

De ce fait, malgré la qualité du dessin, La Baleine Blanche des mers mortes est le fruit d'un scénario prisonnier de l'univers d'un roman que tout le monde n'a pas lu. D'une certaine manière, c'est regrettable que certaines créations de Drakoo ne soient pas plus enclines à la création originale plutôt que de vouloir créer des prolongements d'univers romanesques déjà bien établies, des prolongements parfois imparfaits et brouillons comme ce titre dont la grâce et le mystère ne rendront pas l'intrigue mémorable.

Prisonnière de son statut de scénario/ préquel au roman d'Aurélie Wellenstein, cette baleine blanche nage dans des eaux bien trop tranquilles pour nous laisser un souvenir frappant. Malgré tout, il serait dommage de passer à côté du charme ambiant de ce one-shot qui concilie univers post-apo et fantastique fantomatique grâce à la patte lumineuse du dessinateur d'Olivier Boiscommun.
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