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ISBN : 235178149X
Éditeur : Gallmeister (02/03/2017)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Aux confins de l’Amérique, au milieu du XIXe siècle, dans cette région troublée par d’incessants heurts entre Mexicains et Américains, un chariot poursuit sa route. Aux rênes, Pigsmeat et Tom, deux amis de longue date, se pardonnent l’un à l’autre les massacres auxquels ils ont pris part et tentent d’oublier leur sinistre réputation. Ils escortent Flora, avec sa beauté prodigieuse et son regard fier que n’ont pas réussi à briser des années d’esclavage. Tous trois on... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
cardabelle
  31 mars 2017
Lance Weller, deux livres, deux chocs !
En le terminant, j'en reste presque aussi éprouvée qu'après Wilderness : on sait l'homme capable du pire mais, dans des décors grandioses ,au coeur d'une nature sublime ,l'horreur atteint des sommets de perversité ,un paroxisme souvent insoutenable .
Certes, c'est une fiction. Pourtant, cette fresque sociale du XIXème siècle devient un document historique par la recherche biographique et politique fouillée et précise :des scènes du quotidien avec toujours en toile de fond les prémices de la guerre de sécession.

le roman met en scène deux héros qui, en élargissant leur horizon vont permettre au lecteur de visiter le wild, là où se croisent des pionniers,des fuyards, des paysans, des hors-la-loi, des vagabonds.
Et, bien sûr, ces rencontres vont permettre de mettre en exergue tous les maux et tous les vices inhérents à cette faune bien souvent déshumanisée par la souffrance, la violence du quotidien habitée par un instinct de survie incroyable.
C'est la loi du plus fort, l'appât du gain, la recherche de l'eldorado ,le royaume de la violence et du pillage.
le meurtre est banalisé, quotidien , évident !
Viol, esclavagisme, maltraitance du plus faible ...rien ne manque !
Une peinture du far-west hyperréaliste ! L'aura du cow-boy en prend un coup ! Repoussant, crasseux, violent ,mauvais le héros ! (d'ailleurs, il ne s'appelle jamais Clint ! )
Mais, ce tableau de misère sociale, de désespoir ,de solitude noyé d'alcool et de folie met en évidence les difficultés de la colonisation et si l'auteur met au premier plan les assassinats des hommes, indiens et autres, en toile de fond , de temps à autres ,on a des bruits de la guerre, au loin comme un rappel de l'avancée inéluctable de la civilisation de l'homme blanc , celle qui va violer et détruire la nature originelle laissée intacte par les indiens depuis des milliers d'années.
Tout au long de la lecture, je me suis vraiment crue devant un film de Tarantino . Alors, scénarisé ? oui.
Mais avec talent, ça passe bien.
J'ai apprécié la très belle construction littéraire que j'ai comparé à une oeuvre musicale : des notes légères, sensibles poétiques pour les touches de nature-writing ,des descriptions ardues ,fortes pour les bruits de guerre (quelque chose de Wagnérien ...) des notes de douceur, de tendresse et d'amour...
Mais, j'ai surtout dans la tête un hurlement apocalyptique , le son de la barbarie extrême , vraiment extrême , l'horreur vraiment scénarisée avec force détails. Insupportable par moment .
Sinon, l'usage de flashbacks est plutôt réussi ,il donne du rythme au récit.
Et, dans ce monde de brutes, les deux héros ne sont bien sûr pas dénués de courage, de vertus et s'ils ont la gâchette facile, leur grand coeur en fait des justiciers de bonne compagnie pour le lecteur.
Alors, encore un succès et peut-on déjà dire qu'on a lu le dernier "Weller" ?
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monromannoir
  20 juin 2017
Chester Himes obtint une certaine notoriété avec la rencontre de Marcel Duhamel, fondateur de la Série Noire tout comme James Ellroy qui entretient, aujourd'hui encore, une relation privilégiée avec François Guérif, créateur des éditions Rivages. Des auteurs qui rencontrent davantage de succès à l'étranger que dans leur pays d'origine comme c'est le cas pour Lance Weller qui nous avait ébloui avec un premier roman exceptionnel intitulé Wilderness (Gallmeister 2014) où il évoquait une des batailles méconnues de la guerre de Sécession. En faisant l'acquisition du manuscrit de son second roman, Les Marches de l'Amérique, et en le traduisant directement en français alors qu'il n'est pas encore sorti aux USA, Olivier Gallmeister prend le pari de mettre en avant un auteur qui figurera, à n'en pas douter, parmi les grands nom de la littérature nord-américaine.
Au delà de la Frontière, il y a ces vastes étendues sans nom où les convois s'aventurent en quête de nouvelles terres. Sur ces territoires que les mexicains et américains se disputent on peut croiser quelques chariots qui paraissent égarés. En y regardant de plus près on peut reconnaître Tom Hawkins et Pigsmeat Spence deux amis d'enfance qui traînent derrière eux une terrifiante réputation d'hommes coriaces. Mais point d'errance ou de coups foireux pour ces deux gaillards qui ont désormais un but. Ils escortent la belle Flora, une jeune esclave mulâtre qui s'est affranchie et qui tient à retrouver son maître à qui elle doit présenter son fils. Ce dernier se tient dans le chariot, coincé dans un cercueil sans couvercle, rempli de sel pour conserver le corps. Dans un monde violent en plein devenir, ces trois cabossés de la vie poursuivent leur chemin en trimballant leur sinistre cargaison.
Une fois encore, Lance Weller s'empare d'un pan de l'histoire de son pays pour démystifier cette conquête de l'Ouest avec une puissance destructrice en ramenant le contexte historique à hauteur d'homme. Les Marches de l'Amérique aborde la colonisation de ces terres sans nom que se disputent les milices et armées de deux pays en plein développement tandis que colons et autres aventuriers errent dans ce no man's land en quête de quelques fortunes plus qu'aléatoires. En toile de fond on distingue toute la barbarie de cette conquête avec des milices cruelles qui traquent les indiens pour les massacrer afin de percevoir une solde qui se calcule au nombre de scalps récoltés. On y perçoit la misère d'une vie précaire, incertaine qui bascule soudainement dans une violence exacerbée par la peur et le doute. On y croise quelques personnages historiques comme le sinistre James Kirker, mercenaire, traqueur d'indiens et grand chasseur de scalps qui décima avec sa milice des populations entières de villages mexicains. Dans les méandres de ce contexte chaotique, où la cruauté et la sauvagerie semblent presque quotidiennes, le lecteur est rapidement subjugué par ce texte qui conjugue forces et émotions en nous distillant une fresque épique à couper le souffle.
Mais au-delà de la férocité d'une époque cruelle, Lance Weller lance quelques bouées d'humanité que l'on décèle notamment au travers du parcours de Tom Hawkins, de Pigsmeat Spence et de la jeune Flora dont les destinées vont se percuter à Independance, une ville-champignon de toile et de bois qui se dessine dans la boue. En quête d'une vie pleine de sens, les trois compères s'accrochent les uns aux autres pour surmonter les stigmates d'un passé bien trop lourd à porter tout seul. La rédemption, la quiétude et autres objectifs parfois insensés vont porter cette femme et ces deux hommes d'un bout à l'autre d'un pays étrange où les frontières se font et se défont au gré de victoires et de défaites d'une guerre qui les indiffèrent complètement mais qui va pourtant les rattraper.
Du sang, de la boue et un peu de poussière après la bataille, au terme d'un roman aussi intense que flamboyant, Les Marches de l'Amérique laissera le lecteur en bord de piste tout pantelant tout en confirmant l'immense talent d'un auteur qui subjugue. Car l'air de rien, Lance Weller est un écrivain d'une rare puissance qui nous envoûte sans ménagement.
Lance Weller : Les Marches de l'Amérique (American Marchlands). Editions Gallmeister 2017. Traduit de l'anglais (USA) par François Happe.
A lire en écoutant : Undiscovered First de Feist. Album : Metals. Cherrytree Records 2011.
Lien : http://monromannoiretbienser..
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Corboland78
  20 mars 2017
Lance Weller, né en 1965 dans l'Etat de Washington, est l'auteur de plusieurs nouvelles qui lui ont valu diverses récompenses littéraires. Après un excellent premier roman, Wilderness, publié en 2012, son second opus, Les Marches de l'Amérique vient tout juste de paraître.
Le précédent roman de l'écrivain se déroulait durant la Guerre de Sécession, celui-ci s'achève à cette époque. Pigsmeat et Tom se sont connus enfants, bien des années plus tard leurs routes se croisent à nouveau et force leur est de constater qu'ils n'ont pas eu la vie facile, épaves ambulantes aux mains tachées du sang d'hommes qu'ils ont tués, au grand désespoir de Pigsmeat conscient d'avoir « à passer le reste de ma pauvre existence à errer en compagnie de Tom. de celle qui a fait de moi un homme sans but dans la vie et qui n'est d'aucune utilité à personne. » Tom devenu un tueur et à la personnalité étrange, porte aussi le poids du parricide. Tous deux vont se lancer dans un ultime défi, aider Flora à se venger : esclave métisse prostituée par son maître, elle veut rapatrier au Mexique le corps du fils de son tyran, conservé dans un cercueil rempli de sel.
La période couverte par l'intrigue s'étend de 1815 à 1864, nous y croiserons des Indiens hostiles et des Noirs esclaves, des personnages fictifs évidemment mais bien réels aussi comme James Kirker ou Friedrich Wislizenus, il sera question du conflit entre Mexique et Texas et plus largement de la naissance des Etats-Unis, avec comme un léger écho avec la situation actuelle entre ces deux pays. Roman relativement dense donc, servant de décors au destin des trois personnages principaux que nous suivons, séparément puis lors de leur parcours commun, sans que la trame narrative s'attache à la chronologie des évènements.
L'écriture est très belle, emprunte de lyrisme parfois. Mais on retiendra particulièrement l'accumulation de scènes très cinématographiques, grandioses car dramatiques et d'images saisissantes de dureté. D'un point de vue technique, on notera que l'écrivain s'interdit tout suspense, n'hésitant pas au contraire, à plusieurs reprises, à annoncer au lecteur ce qui va se passer dans le futur lointain ; j'ai d'abord pensé que cela nuisait au potentiel émotionnel du roman mais en fait ça le renforce, le lecteur sait comment tout cela va finir et du coup, les actes des personnages n'en prennent que plus de poids.
Si vous avez lu le précédent roman de Lance Weller, vous retrouverez ici des traits communs : le chien, la Guerre de Sécession, des scènes très fortes, un récit non linéaire et un voyage ultime. Une nouvelle fois, Weller nous offre un très bon roman. Un livre sur le sens à donner à la vie, ou comme le prophétise Tom, « Je crois que les choses vont commencer à mal tourner avant qu'on ait fait la moitié du chemin. – C'est ce que tu penses vraiment ? lui demanda Flora. (…) Alors, pourquoi essayer ? demanda-t-elle. »
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Jazzynewyork
  25 juillet 2017

" - Quand tu as derrière toi autant d'années que moi j'en ai, tu te mets à penser à tous les pas que tu as fait pour arriver là où tu te trouves, et tu te mets à penser à tous les pas qui te restent à faire. Et tu t'aperçois que le premier nombre ne cesse d'augmenter tandis que le second ne cesse de diminuer. Il s'amenuise. Tu te dis que si tu veux retourner dans un endroit que tu as bien aimé à une certaine époque, eh bien, tu ferais peut-être mieux de te mettre en route avant de tomber à court de pas. C'est comme ça qu'ils pensent, les vieux, et c'est pour ça que je me retrouve ici, dans ce désert. "

Alors Il est temps de se mettre en route pour cette longue marche de l'Amérique en compagnie de Tom, Pigsmeat et Flora.
À leur toute première rencontre, Tom avait 8 ans et Pigsmeat 10 ans, mais ce ne fût pas ce jour-là qu'ils devinrent inséparables. Chacun fera un bout de route seul avant.
" - Écoute. Tu n'en es qu'au début de ton voyage. Et de l'autre côté de cette rivière, il y a des choses à voir que tu ne trouveras nulle part ailleurs que là où elles sont. Des paysages et des ciels si beaux que tu en auras des douleurs dans les dents. Mais tu rencontreras le mal aussi. le mal en abondance. Alors Il va falloir que tu sois équipé. "
Tom quitta la maison familiale au alentour de ses 16 ans, chargé de haine contre ce père qui ne fit que le maltraiter, laissant sa mère seule...

" Il avait en lui quelque-chose de rentré, inaccessible et douloureux - ses poings palpitaient au bout de ses poignets et sa mâchoire s'agitait comme s'il refermait en lui une sorte de violence, dont il ne savait que faire."
Une violence qui ne le quittera plus, qui enlèvera des vies, mais en sauvera aussi pendant sa longue marche..

Flora, une jeune mulâtre, esclave d'un homme riche, subira son sort enfermée pendant plusieurs années. Son maître fera d'elle une esclave sexuelle. Jusqu'au jour où elle croisera la route de Tom et Pigsmeat, nos deux compères enfin réunis et finira par se joindre à eux.
"Comme il a été dit, Tom et Pigsmeat avaient connu ensemble des années de difficultés et de misère. Ils avaient essayé le banditisme, mais ni l'un ni l'autre n'avait le coeur assez dur pour se comporter de manière aussi vile et, poussés par leur mauvaise conscience ils avaient rendu ou donné tout ce qu'ils avaient gagné. "

Sur un chariot, ils poursuivent ensemble leur route. Tom Et Pigsmeat escortent Flora qui a décidé de ramener à son ancien maître, le corps de son fils unique. Ils avancent jour après jour au milieu de la violence dans un monde en pleine construction.
" - Si ce n'est pas les États-Unis, c'est quoi ? demanda Flora ...
...
- Rien. C'est nulle part, je crois bien...
Tom prit alors la parole et leur dit que ce n'était encore rien d'autre que des marches frontières, rien d'autre qu'un territoire sauvage situé entre deux pays, où les hommes pouvaient aller mais où la loi ne les suivait pas. Il leur dit que c'était par le fer, le feu et le sang, qu'on ferait de ce pays autre chose que des marches sauvages,mais qu'on pouvait compter sur les hommes pour cela , parce que c'était ce qu'il faisait toujours : partout où ils allaient, les hommes apportaient avec eux le fer, le feu et le sang."
L'Amérique est en marche...
Lance Weller à travers une écriture lyrique nous brosse un portrait de la naissance de l'Amérique parsemé de combats violents pour s'approprier les territoires des indiens. Une fresque monumentale sur le destin de ces hommes et de ces femmes qui pas après pas construire l'Amérique au milieu de la barbarie.
Une lecture délicieuse autant que douloureuse. Un Grand roman chargé d'Histoire, de blessures enfouies et de souvenirs aussi tristes soient-ils.
Un Grand auteur, une Plume sublime, L Histoire peinte avec des mots.


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encoredunoir
  06 mars 2017
Paru en France en 2013, Wilderness, premier roman de Lance Weller est l'un des plus beaux livres publiés par les éditions Gallmeister jusqu'à présent. C'est dire si le deuxième roman de l'auteur était attendu.
Lance Weller remonte un peu le temps. Après la Guerre civile et ses suites dans Wilderness, il évoque dans Les Marches de l'Amérique la première moitié du XIXè siècle, une nation qui est en train de se construire dans le sang et où le vieux mythe de la Frontière prend un sacré coup. Il n'est d'ailleurs question que de frontières ici, ou de barrières. La frontière que l'on conquiert – ces Marches du titre, marchlands en anglais, c'est-à-dire ces zones périphériques disputées –, la barrière raciale telle que l'éprouve Flora que la présence de sang noir dans ses veines a condamné à l'esclavage, la frontière entre civilisation et sauvagerie, celle bien entendu, entre le bien et le mal et enfin entre illusion et réalité telle que les éprouvent Pigsmeat et Tom.
Ce sont ces hommes et cette femme qui apparaissent d'abord à un groupe de pionniers. Assis sur le banc de leur chariot, séparés par un pied d'éléphant porte-parapluies, tirant un cercueil dans lequel repose un cadavre conservé dans le sel, on s'aperçoit bien vite que la réputation de tueurs de Tom Hawkins et Pigsmeat Spencer les a précédés. Et Lance Weller, dès lors, retourne en arrière pour nous conter les vies exceptionnelles de ses trois personnages.
Le récit ample, mouvant, échappant au lecteur le temps de rejoindre un autre des héros ou l'enfonçant dans une réalité si sordide qu'on peine à croire qu'elle existe, possède le souffle des grandes épopées tout en se plaçant à hauteur d'homme. On y croise des femmes exploitées, des enfants violentés, des comancheros au bout du rouleau, des indiens acculés, des chiens galeux et des petits tyrans. Quelques moments d'une rare beauté et des histoires d'amours brisées, nécessairement, ce qui n'empêche pas qu'elles soient belles elles aussi, viennent éclairer ce récit sauvage dans le fond et étonnamment posé dans la forme pour mieux faire ressortir ces moments où la violence ou les sentiments se déchaînent.
C'est le tourbillon d'un pays en train de poser ses fondations dans le sang et la violence sur un frontière qui semble vouloir lui échapper :
« -Monsieur, est-ce que vous pouvez nous dire, c'est le Texas ou le Mexique, ici ?
-Qui peut le dire, ces jours-ci ? répliqua le vieil homme. L'un ou l'autre, je suppose. (Il sourit.) À moins que ce ne soit ni l'un ni l'autre. »
C'est aussi, certainement, le récit édifiant de l'humanité en général :
« -La guerre va là où vont les hommes, dit-il. Et les hommes vont partout. »
Et c'est en tout cas, une fois encore, un roman profondément beau, dans son fatalisme teinté malgré tout d'une once d'espoir comme dans sa violence.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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critiques presse (2)
LeFigaro   09 juin 2017
Lance Weller décrit l'errance de deux hommes aux confins des États-Unis, au XIXe siècle. Un chef-d'œuvre.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeJournalDuDimanche   28 février 2017
Le roman que Trump devrait lire.
Lire la critique sur le site : LeJournalDuDimanche
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
cardabellecardabelle   25 mars 2017
Tu les avais vu venir à des kilomètres de distance.
Le ciel brûlant que l'après-midi avait blanchi semblait aspirer la chaleur de la terre pour la rejeter sous forme d'un voile liquide entre eux et votre petite caravane de trois chariots.

La promesse du Territoire de l'Oregon paraissait encore si lointaine derrière le ciel atroce de ce soir-là.

Ils s'approchaient en chatoyant;
ils s'amalgamaient,
puis éclataient avant de fusionner à nouveau comme du mercure,
comme s'ils n'étaient qu'une seule entité,
ne devant plus jamais se séparer.

Au début, tu n'aurais pas pu dire si c'était vraiment des êtres humains.
Tu n'aurais pas pu dire ce qu'ils étaient.
Tu te souviens que ton père avait demandé qu'on lui apporte son fusil...
+ Lire la suite
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cardabellecardabelle   28 mars 2017
...Flora pouvait voir directement à travers les arbres dépouillés par l'hiver et au-delà du terrain glacé jusqu'à la rivière.
Un pli sombre dans la terre où l'eau coulait si bruyamment dans tout ce silence neigeux.
Elle bouillonnait et jacassait sur son parcours, déplaçant les pierres de son lit, émettant des bruits creux qui constituaient tout autant un langage que les gémissements des arbres.
La terre et l'eau qui glissait dessus semblaient murmurer ensemble comme elle imaginait que devraient le faire des amants.
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Charybde2Charybde2   23 mars 2017
Son père s’attaquait aux travaux des champs comme s’il savait ce qu’il faisait, comme s’il avait payé quelque chose à quelqu’un à un moment donné et qu’il voulait maintenant récolter sous forme de rage la valeur de son argent. Il restait attaché à la charrue jusqu’au repas de midi et tout le long des après-midis froids, maudissant le cheval, maudissant le sol et maudissant le temps. Il essayait de ne pas lever les yeux de la terre pâle et pierreuse retournée par le soc pour ne pas voir le bois qui poussait le long de l’autre extrémité du champ. Il ignorait pourquoi on l’appelait le Bois de la Haine, mais le bosquet entourait la mare putride et il aurait fallu le défricher presque jusqu’à la route pour rentabiliser la terre, et c’était une tâche trop importante pour un homme seul, quelle que fût la rage qu’il y mettait. John Hawkins avait peu d’échanges avec ses voisins et parfois, il restait là, à contempler le bosquet sombre, attendant avec impatience le jour où Tom serait assez grand pour l’aider. Mais en cette année froide et maigre, il savait parfaitement qu’il ne tirerait aucun profit de son labeur, alors, avançant péniblement dans les sillons derrière son cheval, depuis le lever d’un soleil pâle et frais jusqu’à la tombée d’une ombre encore plus froide, jour après jour, il essayait de voir au-delà de cette année-là, au-delà de ce champ, pour imaginer un avenir plus prometteur et, comme il ne pouvait même pas entrevoir ne fût-ce que la lueur d’une telle espérance, il gardait simplement la tête basse et observait le sol pauvre se briser en vagues sous la lame de la charrue.
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Charybde2Charybde2   23 mars 2017
Tu te souviens d’eux inquiets en permanence. Ils avaient peur de se perdre, puis ils avaient peur de se retrouver ailleurs que là où ils voulaient aller. Ils avaient peur du pays devant eux – l’immense horizon rouge sang vers lequel ne s’étendait rien d’autre que de l’herbe et un ciel si bleu qu’il leur faisait mal – mais ils avaient plus peur encore du pays derrière eux. Alors, ils continuaient à marcher, et toi, qui étais si jeune, tu marchais avec eux.
Tu te souviens encore de ce ciel implacable. Parfois morcelé par des nuages et parfois non. Tu te souviens de ce vaste désert d’herbe qui n’était même plus l’Amérique, mais quelque autre pays, tu te souviens que le vent était sans saveur, et tu ne te souviens pas de grand-chose d’autre. Des étoiles la nuit, peut-être.
De cet endroit. De sa solitude sèche, stridente, peuplée de quelques compagnons de voyage, blottis les uns contre les autres dans cette obscurité écrasante autour de feux tremblotants qu’ils allumaient sur des tas de bouses racornies. Le vent déchiquetait les feux de camp et les bruits de battements qu’il provoquait donnaient l’impression que si elles avaient eu des ailes, les flammes elles-mêmes se seraient envolées dans cette obscurité. Qui pouvait recéler n’importe quoi. Parfois, les hommes sortaient des instruments de mesure et grimpaient sur les chariots eux-mêmes pour viser l’horizon et les endroits morts entre les étoiles, puis ils effectuaient leurs réglages et prenaient des notes avec leurs grosses mains rugueuses faites pour des tâches plus rudes et des outils plus grossiers, et dans lesquelles les crayons paraissaient tellement gauches. Tu te souviens de ton père avec sa boussole solaire collée à l’œil, si bien que lorsque tu levais le regard vers lui, les deux extrémités se dressaient de chaque côté de sa tête comme des cornes, le transformant en diable. Et de M. Brown avec son sextant, lui-même silhouette sombre se découpant sur l’insondable voûte étoilée, tel un marin d’autrefois sur une mer houleuse de vin doré. Jour après jour après jour. Sans amarres, à la dérive. Tu te souviens comme ils s’inquiétaient et se tourmentaient, comme ils transpiraient et se démenaient. Et les jours sans fin s’enchaînaient dans un grincement ininterrompu. Personne ne disait que vous étiez perdus. Non, personne ne disait cela.
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Blandine54Blandine54   07 avril 2017
Elle s'interrogea sur la précision du vocabulaire qu'il utilisait pour la décrire, sur la finesse de ce scalpel et sa froideur, et elle se dit qu'elle avait été disséquée par le langage toute sa vie. La grammaire de ceux qui l'avait estimée et vendue, de ceux qui l'achetaient, ne fût-ce que pour un moment, était le langage de la race et du sang, du mélange et de l'enchaînement, un langage qui l'avait déchirée, fibre après fibre, tout au long de sa vie, avec des mots - exacts ou non - tels que mulâtre et métisse, quarteronne et octavonne. Comme si tous ces gens, sans exception, éprouvaient le besoin de la relier à ses racines et la fixer dans un endroit précis de leur taxinomie et ainsi s'expliquer sa présence dans leur monde.
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Vidéo de Lance Weller
Interview de Lance Weller sur son roman Wilderness. En anglais.
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