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Julie Sibony (Traducteur)
EAN : 9782266332378
552 pages
Pocket (04/05/2023)
4.47/5   621 notes
Résumé :
« Depuis quand tu veux être comme les autres ? Tu es une hors-la-loi. ​»

Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis. Face à un monde d’adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin. Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (159) Voir plus Ajouter une critique
4,47

sur 621 notes
Enorme coup de coeur pour ce roman sombre et déchirant qui chevauche brillamment une multitude de genres, passant du thriller à suspense au roman initiatique, du mélo à la Dickens au western à la True Grit avec une maitrise époustouflante.

Duchess Day Radley est une de ses anti-héroïnes inoubliables, de la trempe d'une Turtle ( My absolute darling, Gabriel Tallent ), d'une Betty ( de Tiffany McDaniel ), d'une Frankie Adams ( de Carson McCullers ) ou encore de Mattie Ross ( True grit de Charles Fortis ). Une de celles qui vous marquent d'une empreinte indélébile.

13 ans et autoproclamée « hors-la-loi ». Gardienne féroce entièrement dévouée à son petit frère Robin. Endurcie prématurément, forcée d'endossée le rôle de mère pour compenser les défaillances de sa mère, Star, beauté condamnée à la dérive entre toxicomanie et dépression. Toutes les décisions qu'elle prend, mêmes les plus terribles, n'est prise que pour protéger sa famille. En fait, son histoire a commencé avant sa naissance, lorsque sa mère avait 15 ans et que son petit ami, Vince King, a tué sa petite soeur Sissy. Star ne s'en est jamais remise. Trente après le drame, Vince King est libéré de prison et retourne dans sa petite ville natale californienne. Son retour enclenche une série d'événements qui mettent en péril la vie de Star et de ses enfants.

Si le mystère d'un meurtre structure le roman, son coeur est la tragédie familiale vécue par Duchess. Chris Whitaker élabore une intrigue captivante où les crimes du présent répondent à des secrets enfouis depuis longtemps que l'auteur révèle petit à petit. Il multiplie les personnages secondaires, tous magnifiques ( tout particulièrement le shérif Walk fidèle ami d'enfance de Star et Vincent King ; la vieille sage Dolly et le jeune Thomas Noble dans le décor du Montana ) afin d'additionner les points de vue. Chacun donne sa version d'un même fait, chacun a une pièce du puzzle qui permet de comprendre l'ampleur de toute l'histoire. L'engrenage dans lequel se retrouve prise Duchess se ramifie, se complexifie avec un sens assuré de la narration. Jusqu'à une révélation finale, dévastatrice, qui provoque une montée de palpitant, de larmes, et hante longtemps le lecteur.

Ce final est d'autant plus intense que dans ce drame faulknérien, Chris Whitaker parvient à décrire la violence sans se goberger dans le sordide qui aurait pu surgir de maintes situations. Chez beaucoup d'auteurs, cela aurait donner un trop plein de mélo. Lui préfère suggérer par petites touches, tissant dans la tragédie antique une ambiguité morale oscillant dans mille teintes de gris d'où émerge un flouté culpabilité / innocence très puissant.

Et pourtant, dans toute cette noirceur qui semble inexorable, dans ce parcours accablant jonché de morts injustes, Chris Whitaker laisse percer lumière, vie et rédemption tout en évitant un happy end sirupeux, juste terriblement humain et poignant. Ce roman va m'habiter longtemps, je le referme bouleversée.
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Un très beau livre indéniablement. Un roman noir initiatique d'où la lumière, singulière, jaillit de sa sombre héroïne, écorchée vive, la bien nommée Duchess Day Radley, 13 ans, une « hors-la-loi » comme elle aime le souligner, Stetson en cuir sur la tête. Comme je n'ai jamais pu oublier Betty dans le roman éponyme de Tiffany McDaniel ou encore Turtle dans My absolute Darling de Gabriel Tallent, Duchess restera en moi à jamais, vibrante et sauvage. Duchess m'a illuminée par sa noirceur même.

Le roman ne tire pas sa singularité du scénario qui est de facture très classique, un polar aux ingrédients habituels et aux ressorts bien amenés, bien gérés, et dont il ne faut surtout rien dévoiler ici. Je n'ai pas été surprise par la façon dont se déroule l'histoire et ce n'est pas l'intrigue en elle-même qui a fait que j'ai dévoré ce livre en deux jours. Non, le génie et le charme irrésistible du récit proviennent de cette façon qu'a Chris Whitaker de camper ses personnages et de les rendre incroyablement attachants. Il provient aussi de l'atmosphère du livre mêlant nombreuses descriptions d'une Amérique sauvage d'une beauté à couper le souffle, des immensités de teintes naturelles, eau et terre (notamment le Wyoming, sublime) parsemées de villes de taille moyenne où tout le monde se connait et dans lesquelles certains voisins s'impliquent dans de malsaines milices de surveillance, villes de banlieue encerclées de zones commerciales sans âme. Nous sommes dans l'Amérique profonde. La beauté des paysages parfois nous choque tant les drames que vivent les personnages dans le livre sont glauques. Cela crée un ensemble particulier, comme si les drames humains, aussi noirs soient-ils, étaient d'insignifiantes choses au regard de la nature, immuable.

« Alors, quand tu me montres tout ça, toute cette beauté, toutes ces choses que tu vois et que tu penses que je vois aussi…Sache que ce n'est rien à côté de ce que j'ai vu avant. Ce violet, dit-elle en agitant la main vers le buisson de myrtilles. Il me fait penser aux hématomes qu'elle avait sur les côtes. le bleu de l'eau, ce sont ses yeux, assez translucides pour comprendre qu'il n'y a plus d'âme derrière. Tu respires cet air et tu le trouves frais, mais je ne peux même pas prendre une seule inspiration sans ressentir un coup, poursuivit-elle en se frappant la poitrine ».

Nous sommes plus précisément, au début du livre, à Cape Haven, petite bourgade californienne où s'est joué un drame il y a trente ans. Une petite fille de 4 ans, Sissy Radley, y fut renversée et tuée par un chauffart, Vincent King, quinze au moment des faits, qui se trouvait être le meilleur ami de l'actuel policier en charge de la ville, le gentil et débonnaire Walk. le livre démarre au moment où Vincent sort de prison ayant purgé sa peine et revient à Cape Haven. Ce drame a eu des conséquences sur toute la famille Radley, provoquant le suicide de la mère, l'isolement du père et la vie dissolue de la grande soeur, Star, l'ancienne petite copine de Vincent, qui enchaine désormais boulots plus ou moins avouables et amants de pacotille, et qui s'occupe comme elle peut, c'est-à-dire mal vu les circonstances, de ses deux enfants : Duchess, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, et le petit Robin. C'est Duchess qui joue le rôle de mère auprès de Robin et dès le départ le duo nous happe tant les liens entre les deux enfants sont forts, Duchess le défendant, le protégeant corps et âme, telle une lionne. Elle a autant de patience, de pédagogie, d'attentions, de douceur, de grâce avec son frère, qu'elle peut déployer une colère, une haine, une vulgarité, une impulsivité vis-à-vis de la société…Oui elle peut vriller et péter les plombs, elle a de la ressource Duchess, disant tout haut ce qu'elle pense tout bas, passant à l'acte parfois sans réfléchir, pour intimider et se donner de la force tant ils sont tous deux objets de moqueries et de commérages. Même si l'ennemi est un baraqué au visage glacial de tueur en série, Duchess il ne faut pas l'embêter, sa vengeance peut être terrible quel que soit l'adversaire. Une rebelle. Un petit bout de femme qui n'a presque pas eu d'enfance et qui étonne tant sa maturité côtoie des réactions enfantines. Une rebelle têtue qui pourrait énerver, qui se révèle être finalement terriblement attachante.

« Certains matins, elle surprenait le vieil homme qui regardait Robin en train de manger, ou bien avec ses poules, ou à grimper sur la herse, et il avait dans les yeux une expression moitié amour, moitié regret. Ces fois-là, elle devait lutter pour le détester, une lutte qu'elle remportait facilement dans les premiers temps, mais qui lui demandait de plus en plus d'efforts à présent ».

Aucun intérêt d'expliquer ici comment va se passer le retour de Vincent, vous imaginez bien qu'il ne va pas se passer comme l'aurait souhaité Walk. Ce dernier aurait tant aimé que tout soit comme avant, lorsqu'ils avaient quinze ans, ne voulant pas voir en son ami l'homme qu'il est mais seulement le garçon qu'il était. le malheur va de nouveau s'abattre sur Cape Haven, Vincent étant le cancer des Radley.
Attachons nous plutôt aux personnages et à la façon qu'emploie Chris Whitaker car sur ce point, indéniablement, l'auteur est très fort, voire prometteur. Il arrive pour certains personnages, plus secondaires, à nous les présenter en quelques coups de pinceaux, que ce soit le voisin fan de musculation, de voiture et de métal (voir ma citation le concernant), ou encore le voisin boucher de métier, Milton, gros, à l'odeur métallique de sang, comme incrustée en lui, dont les poils épais des avant-bras sont souvent envahis de petits morceaux de graisse ou de petits restes de viande…Ce sont de vraies caricatures qui font sourire ou donnent la nausée, et qui entourent les personnages principaux qui, eux, sont analysés au scalpel avec subtilité. C'est vrai pour Duchess, mais c'est vrai aussi pour Robin, pour leur touchant grand-père Hal (je ne cessais de voir Clint Eastwood dès qu'il apparaissait dans le roman), pour Walk, terriblement attachant, pour l'avocate Martha. Pour le jeune noir Thomas Noble amoureux fou de Duchess. Pour la vieille Dolly qui peut faire sourire par son look excentrique (cheveux roses et mini-jupe, enchainant cigarettes sur cigarettes) alors qu'elle est une belle personne au lourd passé. Et pour Vincent, le coupable, qui nous donne du fil à retordre. Tous, à différents moments, m'ont provoqué des serrements de coeur. Quelques débordements aussi, je dois avouer. Des larmes aux yeux. Des moments suspendus, le regard dans le vide.

Soulignons enfin une écriture sans surenchère, sincère avec quelques trouvailles que j'ai adorées (« Une vieille dame vint à leur rencontre, tout sourire, peau flasque et taches brunes, à croire que la terre réclamait sa chair mais que son cerveau refusait obstinément de céder ».) et, pour terminer, la magnifique couverture que souvent je regardais longuement en refermant le livre, comme pour mieux digérer le flux de pages que je venais de lire, mi-hébétée, mi-admirative. Un oeil, des lèvres, derrière un feuillage, le regard de Duchess, son murmure. Duchess à laquelle je ne cesse de penser depuis que j'ai fini ma lecture.

Au final, je ne suis pas prête d'oublier ce livre. le scénario comporte, il est vrai, quelques petites incohérences qui ne m'ont pas tant gênée, l'intrigue ne me semble pas novatrice, certes, mais l'originalité du livre se place ailleurs, dans l'atmosphère sombre où les lumières viennent des âmes qui y tourbillonnent et des paysages apaisants, refuges protecteurs. le fait de mettre au centre du livre un duo d'enfants, un frère et une soeur sur lesquels les malheurs ne cessent de s'enchaîner, peut paraitre recette facile pour toucher le lecteur. Ce n'est pas faux. Malgré tout, la recette marche magnifiquement. Chris Whithaker réussit à crever votre âme pour laisser fuser les étoiles à l'intérieur.

« Elle vit l'interminable ciel carbone commencer à se fissurer et la pluie diminuer, le bleu gagner peu à peu du terrain et le soleil bénir le sol pour la première fois en un mois »

Un immense merci à Babelio et aux belles éditions Sonatine pour l'envoie de ce livre en Masse critique privilégiée.


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Vous avez aimé Turtle, la jeune adolescente de quatorze ans élevée dans une vieille bicoque insalubre par son père rustre et incestueux dans « My absolute darling » de Gabriel Tallent, ou Betty, la petite guerrière indienne qui grandit au coeur d'une fratrie de huit enfants dans une maison en ruine dans « Betty » de Tiffany McDaniel, voire la petite Kya qui vit seule avec son père alcoolique dans une cabane enfouie dans les marais de la Caroline du Nord dans « Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens ? Alors vous allez adorer Duchess, la jeune hors-la-loi de Chris Whitaker !

Duchess est une jeune adolescente de treize ans qui n'est pas née sous une bonne étoile. Une écorchée vive, fille d'un père inconnu et d'une mère légèrement toxicomane et fortement alcoolique, obligée de mettre son enfance dans le placard afin de s'occuper de son petit frère de cinq ans. Mal nourrie, mal habillée et mal élevée, Duchess Day Radley s'est forgée une carapace solide au fil des ans, s'autoproclamant même « hors-la-loi » afin d'officialiser sa rébellion. Lorsque l'homme responsable du malheur de sa mère sort de prison après trente années de réclusion, elle n'est pas la seule à craindre que de nouveaux malheurs vont venir perturber le quotidien déjà pas très folichon de la petite ville côtière de Cape Haven.

Chris Whitaker livre tout d'abord un roman initiatique profondément noir aux allures de polar, qui lève progressivement le voile sur les nombreux secrets et les nombreux drames qui ont frappé la petite communauté de Cape Haven en général et la famille de la pauvre Duchess en particulier. Outre cette enquête policière qui tient en haleine jusqu'à ce final surprenant, l'auteur livre surtout une galerie de personnages hauts en couleur auxquels il est quasi impossible de ne pas s'attacher. de Thomas Noble, le jeune noir à la main atrophiée à l'excentrique Dolly, en passant par l'assistante sociale Shelly, Chris Whitaker a l'art de croquer ses personnages avec grand brio. Mais le personnage que personne ne pourra oublier en refermant ce roman est bien évidemment la lumineuse Duchess, dont la répartie fait constamment mouche au fil des pages et qui développe des liens émouvants avec de nombreux protagonistes, notamment avec son irrésistible grand-père. Oui, cette jeune hors-la-loi frappe souvent très fort et ne manquera pas de vous faire chavirer le coeur !

Un immense coup de coeur !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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A treize ans, sans père et démunie face à la dérive d'une mère défaillante, Duchess Bradley a depuis longtemps appris à ne compter que sur elle-même, remplissant du mieux qu'elle peut le rôle qu'aucun adulte n'exerce pour elle et son petit frère de cinq ans. Mais voilà qu'après trois décennies d'emprisonnement, Vincent King, l'homme responsable du malheur de sa mère, resurgit, en même temps que les fantômes d'un passé traumatisant, dans leur petite ville de Floride. Les évènements ne tardent pas à dépasser l'adolescente, aussi vaillante et déterminée soit-elle à protéger les siens…


Comment se construire quand on grandit en plein naufrage, et que les êtres meurtris qui vous entourent, ombres paumées ou fauves enragés, ne font que paver l'abîme prêt à vous engloutir du même coup ? Duchess entretient sa rébellion typiquement adolescente en s'inventant la dureté d'une hors-la-loi, inspirée d'un irréductible aïeul de l'époque du Far West. Et c'est du haut de ce confondant bout de fille, encore plein de fragilité et d'innocence, mais masquées par une fougue et une impertinence dictées par un courage et une détermination capables d'en remontrer à bien des adultes, que l'on se lance à corps et coeurs perdus dans un apprentissage accéléré aux allures de toboggan pour l'enfer.


Car la tragédie a la dent dure, et les incidences de ce passé destructeur que l'on va peu à peu découvrir, avec leur lot de culpabilités et de souffrances, de désespoir et de violence, n'ont pas fini de prendre des proportions insoupçonnées, semant la mort et les épreuves autour de Duchess et du petit frère qu'il lui est de plus en plus difficile de protéger. Dans une noirceur systémique entretenue par les malchances et les accidents, mais aussi par l'arrogance et les préjugés, par les contraintes financières et par une machine judiciaire peu regardante pour peu qu'on lui désigne un coupable idéal, les enfants rencontrent une série de personnages secondaires d'une touchante humanité, sans doute d'autant plus patients et compréhensifs que la vie les a eux-même malmenés : l'inspecteur Walk, l'ami fidèle tourmenté, de plus en plus fragilisé par la maladie de Parkinson ; la vieille et secourable Dolly, en train de perdre son mari malade ; le grand-père Hal et le garçon Thomas Noble à la main estropiée, tous deux capables de percer à jour la carapace d'agressivité de Duchess ; Shelly, l'assistante sociale dont l'avalanche de cas désespérés n'a jamais entamé l'engagement. Et l'on découvrira même que les plus méchants n'avaient au fond que les motivations dictées par le malheur.


Dans ce drame développé par petites touches, sans pathos ni complaisance, mais surtout loin de tout manichéisme tant culpabilité et innocence s'y entremêlent inextricablement, alors que la glissade vers une catastrophe finale semble de plus en plus inéluctable, jamais la lumière ne disparaît tout à fait, centrée sur cet extraordinaire personnage d'adolescente crevant littéralement les pages, plus discrètement réfléchie par l'humanité des autres caractères du récit. A l'image de l'ambivalence générale des protagonistes, somme toute plus ou moins tirés vers le bien ou vers le mal par les circonstances de la vie, l'histoire s'achève en demi-teinte, sans happy end doucereux, mais la porte entrouverte sur un possible espoir. Alors, le temps d'un livre, l'on a envie d'y croire, même si la réalité, dans ce genre de situations, doit sans doute s'avérer souvent réellement inextricable.

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À Cape Haven, l'inspecteur Dubois n'avait pas eu besoin de distribuer son portrait, tout le monde ou presque savait qui était Sissy Radley. Tout le monde ou presque s'était mis à sa recherche. C'est Walk qui découvrira le premier sa petite chaussure... le coupable : Vincent King, le meilleur ami de l'adolescent, qui, au volant de sa voiture, a percuté l'enfant âgée de 7 ans...

Trente ans plus tard, Walk est devenu le shérif de Cape Haven, une petite ville où seules quelques querelles de voisinage ou conduites en état d'ébriété occupent ses journées. Depuis toutes ces années, il n'a de cesse de veiller sur Star, la soeur aînée de Sissy, dont la mort aura entraîné le suicide de sa mère et le renoncement de son père. Quant à Star, elle n'aura connu qu'une vie dissolue, faite de petites boulots, de relations instables et d'efforts, souvent vains, pour élever ses deux enfants seule, Duchess et Robin. La sortie de prison de Vincent King, qui ravit Walk, va bouleverser la petite ville côtière de Cape Haven...


Pas de père, une mère désoeuvrée, Duchess, du haut de ses 13 ans, n'a d'autre choix, pour faire face aux tristes aléas de la vie, que de se battre. Pour elle mais surtout pour son petit frère, Robin, 5 ans, qu'elle protège et couve. Elle est une hors-la-loi, comme elle aime à le répéter. Duchess, une héroïne que l'on aime dès les premières pages, de par sa générosité, son empathie et sa volonté farouche. Si elle n'a jamais connu sa tante, Sissy, sa mort résonne encore trente ans plus tard, scellant à jamais la vie dissolue de sa propre mère, Star. Aujourd'hui bouleversée par la sortie de prison de Vincent King. Ce n'est qu'au fil des pages que l'on comprend, petit à petit, les liens qui unissent Star et Vincent, mais aussi Walk, le shérif. Ce n'en est que plus bouleversant. Car si Duchess connaît des drames, les personnages, magnifiquement dépeints et étayés, qui l'entourent semblent englués, eux aussi, dans leur propre histoire. Que ce soit Walk, le fidèle et dévoué ami ; Vincent, énigmatique et empreint de remord ; Star, l'écorchée vive ; Martha, qui a fui Cape Haven ; la vieille Dolly ou encore Thomas Noble, l'intrépide. Toute une galerie que l'on affectionne particulièrement. Jalonné de drames et de tragédies, ce roman, bien que noir, laisse percevoir de magnifiques lueurs de bonté, d'amour, de dévouement, de force, de générosité et de profonde humanité. Des plages de Californie aux paysages grandioses du Montana, Chris Whitaker, de par sa plume riche et sensible, nous plonge dans un roman poignant, déchirant et mémorable... de ceux qui vous transpercent et vous emportent une fois la dernière page tournée...
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critiques presse (2)
LePoint
22 juillet 2022
Un faux roman noir américain – l'auteur est britannique – et une trajectoire bouleversante, celle de Duchess, adolescente lâchée dans un ciel sans bonne étoile.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeJournaldeQuebec
27 juin 2022
Un roman d’apprentissage particulièrement noir qui nous fait voyager de la Californie au Montana.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (90) Voir plus Ajouter une citation
Le voisin coupa son tuyau et s'approcha du bord de son jardin, avec une légère claudication qu'il s'efforçait péniblement de corriger. Brandon Rock. Baraqué, bronzé. Piercing dans une oreille, brushing à la Travolta, peignoir en soie. Parfois, il faisait de la muscu dans son garage, porte grande ouverte, les enceintes crachant du métal à plein tube.
"Encore ta mère ? Faudrait que quelqu'un appelle les services sociaux".
Une voix comme s'il s'était cassé le nez sans jamais le réparer. Il avait une haltère dans une main qu'il soulevait de temps en temps. Le bras droit nettement plus épais que le gauche.
Duchess se tourna vers lui.
La brise souffla. Son peignoir s'écarta.
Elle fronça le nez.
"Exhibitionnisme devant des enfants. Je devrais appeler les flics".
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Vous voyez quelque chose, vous levez la main.
Un mégot de cigarette, une canette de soda, peu importe.
Vous voyez quelque chose, vous levez la main.
Mais vous n'y touchez pas.
Juste, vous levez la main.
Les habitants se tenaient prêts, les pieds dans le gué. Une ligne en mouvement, vingt pas entre chaque, une centaine d'yeux rivés au sol, mais quand même, ils faisaient bloc, la chorégraphie des damnés.
(incipit)
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« Je suis la hors-la-loi Duchess Day Radley, et toi, tu es le lâche, Nate Dorman.
– T’es barge. »
Elle s’approcha d’un pas et le regarda déglutir.
« Encore un mot sur ma famille et je te coupe la tête, connard. »
Il essaya de rire mais n’y parvint pas vraiment. Il y avait des rumeurs sur elle ; malgré son joli minois et sa frêle carrure, elle pouvait vriller, péter les plombs au point que même les copains de Nate n’interviendraient pas pour le défendre.
Elle le bouscula pour passer et l’entendit lâcher un profond soupir alors qu’elle s’éloignait vers l’entrée du collège, les yeux brûlants d’une nouvelle nuit de tourmente.
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Une vieille dame vint à leur rencontre, tout sourire, peau flasque et taches brunes, à croire que la terre réclamait sa chair mais que son cerveau refusait obstinément de céder.
« Bonjour Agnès, lança Hal. Je te présente Duchess et Robin. »
Agnès tendit une main squelettique. Robin la serra avec la plus grande prudence, comme s'il avait peur qu'elle se détache et qu’il lui incombe ensuite de réparer les dégâts.
« Dis donc, en voilà une jolie robe, commenta Agnès.
-Ce vieux chiffon ? Je la trouvais un peu courte mais Hal m'a dit que ça plairait beaucoup au pasteur. »
Agnès conserva son sourire bien que la perplexité lui disputât âprement la place. (p.171)
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« Il y a un bébé qui vient de naître un peu plus loin, dit Walk, changeant de sujet.
_ Comment ils l'ont appelé ?
_ Je ne sais pas.
_ Cinquante dollars que c'est pas Duchess. »
Il rit sans bruit.
« L'exotisme par la rareté. Tu sais que tu devais t'appeler Emily ?
_ À cause d'un poème d’Emily Dickinson. « L’espoir porte un costume de plumes, se perche dans l'âme et inlassablement chante un air sans paroles ; mais c'est dans la tempête que son chant est le plus doux. » (p.21)
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Vidéo de Chris Whitaker
"C'est une étrange hors-la-loi que vous vous apprêtez à croiser... Duchess, 13 ans, de la débrouillardise, de la force et quelle impertinence (!) au coeur de ce merveilleux roman noir, coup de coeur partagé à La Griffe Noire ! Jamais vous n'aurez eu l'occasion de rencontrer un personnage comme celui-là... Duchess est de ces personnages dont la présence lumineuse et l'énergie désespérée donnent au récit la force des grands romans qui vous marquent à jamais." - Gérard Collard
- Duchess, de Chris Whitaker chez Pocket. Traduit par Julie Sibony. À retrouver sur la librairie en ligne de la Griffe Noire : https://lagriffenoire.com/duchess-1.html
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Belles lectures !
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