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Julie Sibony (Traducteur)
EAN : 9782355848315
528 pages
Sonatine (05/05/2022)
4.62/5   38 notes
Résumé :
« Depuis quand tu veux être comme les autres ? Tu es une hors-la-loi. ​»

Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis. Face à un monde d’adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin. Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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HordeduContrevent
  14 mai 2022
Un très beau livre indéniablement. Un roman noir initiatique d'où la lumière, singulière, jaillit de sa sombre héroïne, écorchée vive, la bien nommée Duchess Day Radley, 13 ans, une « hors-la-loi » comme elle aime le souligner, Stetson en cuir sur la tête. Comme je n'ai jamais pu oublier Betty dans le roman éponyme de Tiffany McDaniel ou encore Turtle dans My absolute Darling de Gabriel Tallent, Duchess restera en moi à jamais, vibrante et sauvage. Duchess m'a illuminée par sa noirceur même.
Le roman ne tire pas sa singularité du scénario qui est de facture très classique, un polar aux ingrédients habituels et aux ressorts bien amenés, bien gérés, et dont il ne faut surtout rien dévoiler ici. Je n'ai pas été surprise par la façon dont se déroule l'histoire et ce n'est pas l'intrigue en elle-même qui a fait que j'ai dévoré ce livre en deux jours. Non, le génie et le charme irrésistible du récit proviennent de cette façon qu'a Chris Whitaker de camper ses personnages et de les rendre incroyablement attachants. Il provient aussi de l'atmosphère du livre mêlant nombreuses descriptions d'une Amérique sauvage d'une beauté à couper le souffle, des immensités de teintes naturelles, eau et terre (notamment le Wyoming, sublime) parsemées de villes de taille moyenne où tout le monde se connait et dans lesquelles certains voisins s'impliquent dans de malsaines milices de surveillance, villes de banlieue encerclées de zones commerciales sans âme. Nous sommes dans l'Amérique profonde. La beauté des paysages parfois nous choque tant les drames que vivent les personnages dans le livre sont glauques. Cela crée un ensemble particulier, comme si les drames humains, aussi noirs soient-ils, étaient d'insignifiantes choses au regard de la nature, immuable.
« Alors, quand tu me montres tout ça, toute cette beauté, toutes ces choses que tu vois et que tu penses que je vois aussi…Sache que ce n'est rien à côté de ce que j'ai vu avant. Ce violet, dit-elle en agitant la main vers le buisson de myrtilles. Il me fait penser aux hématomes qu'elle avait sur les côtes. le bleu de l'eau, ce sont ses yeux, assez translucides pour comprendre qu'il n'y a plus d'âme derrière. Tu respires cet air et tu le trouves frais, mais je ne peux même pas prendre une seule inspiration sans ressentir un coup, poursuivit-elle en se frappant la poitrine ».
Nous sommes plus précisément, au début du livre, à Cape Haven, petite bourgade californienne où s'est joué un drame il y a trente ans. Une petite fille de 4 ans, Sissy Radley, y fut renversée et tuée par un chauffart, Vincent King, quinze au moment des faits, qui se trouvait être le meilleur ami de l'actuel policier en charge de la ville, le gentil et débonnaire Walk. le livre démarre au moment où Vincent sort de prison ayant purgé sa peine et revient à Cape Haven. Ce drame a eu des conséquences sur toute la famille Radley, provoquant le suicide de la mère, l'isolement du père et la vie dissolue de la grande soeur, Star, l'ancienne petite copine de Vincent, qui enchaine désormais boulots plus ou moins avouables et amants de pacotille, et qui s'occupe comme elle peut, c'est-à-dire mal vu les circonstances, de ses deux enfants : Duchess, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, et le petit Robin. C'est Duchess qui joue le rôle de mère auprès de Robin et dès le départ le duo nous happe tant les liens entre les deux enfants sont forts, Duchess le défendant, le protégeant corps et âme, telle une lionne. Elle a autant de patience, de pédagogie, d'attentions, de douceur, de grâce avec son frère, qu'elle peut déployer une colère, une haine, une vulgarité, une impulsivité vis-à-vis de la société…Oui elle peut vriller et péter les plombs, elle a de la ressource Duchess, disant tout haut ce qu'elle pense tout bas, passant à l'acte parfois sans réfléchir, pour intimider et se donner de la force tant ils sont tous deux objets de moqueries et de commérages. Même si l'ennemi est un baraqué au visage glacial de tueur en série, Duchess il ne faut pas l'embêter, sa vengeance peut être terrible quel que soit l'adversaire. Une rebelle. Un petit bout de femme qui n'a presque pas eu d'enfance et qui étonne tant sa maturité côtoie des réactions enfantines. Une rebelle têtue qui pourrait énerver, qui se révèle être finalement terriblement attachante.
« Certains matins, elle surprenait le vieil homme qui regardait Robin en train de manger, ou bien avec ses poules, ou à grimper sur la herse, et il avait dans les yeux une expression moitié amour, moitié regret. Ces fois-là, elle devait lutter pour le détester, une lutte qu'elle remportait facilement dans les premiers temps, mais qui lui demandait de plus en plus d'efforts à présent ».
Aucun intérêt d'expliquer ici comment va se passer le retour de Vincent, vous imaginez bien qu'il ne va pas se passer comme l'aurait souhaité Walk. Ce dernier aurait tant aimé que tout soit comme avant, lorsqu'ils avaient quinze ans, ne voulant pas voir en son ami l'homme qu'il est mais seulement le garçon qu'il était. le malheur va de nouveau s'abattre sur Cape Haven, Vincent étant le cancer des Radley.
Attachons nous plutôt aux personnages et à la façon qu'emploie Chris Whitaker car sur ce point, indéniablement, l'auteur est très fort, voire prometteur. Il arrive pour certains personnages, plus secondaires, à nous les présenter en quelques coups de pinceaux, que ce soit le voisin fan de musculation, de voiture et de métal (voir ma citation le concernant), ou encore le voisin boucher de métier, Milton, gros, à l'odeur métallique de sang, comme incrustée en lui, dont les poils épais des avant-bras sont souvent envahis de petits morceaux de graisse ou de petits restes de viande…Ce sont de vraies caricatures qui font sourire ou donnent la nausée, et qui entourent les personnages principaux qui, eux, sont analysés au scalpel avec subtilité. C'est vrai pour Duchess, mais c'est vrai aussi pour Robin, pour leur touchant grand-père Hal (je ne cessais de voir Clint Eastwood dès qu'il apparaissait dans le roman), pour Walk, terriblement attachant, pour l'avocate Martha. Pour le jeune noir Thomas Noble amoureux fou de Duchess. Pour la vieille Dolly qui peut faire sourire par son look excentrique (cheveux roses et mini-jupe, enchainant cigarettes sur cigarettes) alors qu'elle est une belle personne au lourd passé. Et pour Vincent, le coupable, qui nous donne du fil à retordre. Tous, à différents moments, m'ont provoqué des serrements de coeur. Quelques débordements aussi, je dois avouer. Des larmes aux yeux. Des moments suspendus, le regard dans le vide.
Soulignons enfin une écriture sans surenchère, sincère avec quelques trouvailles que j'ai adorées (« Une vieille dame vint à leur rencontre, tout sourire, peau flasque et taches brunes, à croire que la terre réclamait sa chair mais que son cerveau refusait obstinément de céder ».) et, pour terminer, la magnifique couverture que souvent je regardais longuement en refermant le livre, comme pour mieux digérer le flux de pages que je venais de lire, mi-hébétée, mi-admirative. Un oeil, des lèvres, derrière un feuillage, le regard de Duchess, son murmure. Duchess à laquelle je ne cesse de penser depuis que j'ai fini ma lecture.
Au final, je ne suis pas prête d'oublier ce livre. le scénario comporte, il est vrai, quelques petites incohérences qui ne m'ont pas tant gênée, l'intrigue ne me semble pas novatrice, certes, mais l'originalité du livre se place ailleurs, dans l'atmosphère sombre où les lumières viennent des âmes qui y tourbillonnent et des paysages apaisants, refuges protecteurs. le fait de mettre au centre du livre un duo d'enfants, un frère et une soeur sur lesquels les malheurs ne cessent de s'enchaîner, peut paraitre recette facile pour toucher le lecteur. Ce n'est pas faux. Malgré tout, la recette marche magnifiquement. Chris Whithaker réussit à crever votre âme pour laisser fuser les étoiles à l'intérieur.
« Elle vit l'interminable ciel carbone commencer à se fissurer et la pluie diminuer, le bleu gagner peu à peu du terrain et le soleil bénir le sol pour la première fois en un mois »
Un immense merci à Babelio et aux belles éditions Sonatine pour l'envoie de ce livre en Masse critique privilégiée.

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SamDLit
  15 mai 2022
Nous sommes tous des hors-la-loi, enfin parfois (*)
“L'espoir porte un costume de plumes, se perche dans l'âme et inlassablement chante un air sans paroles ; mais c'est dans la tempête que son chant est le plus doux.” - Emily Dickinson -
C'est ce que porte fièrement ce roman, l'espoir
Nous sommes tous des hors-la-loi. Nous aimerions tous (encore) y croire
Revenir au temps de nos 15 ans, au temps de ces serments que nous (nous) faisions
et éviter de devenir de ces adultes blasés, blessés par les épreuves de la vie, passant parfois à côté des autres sans les voir ou leur tendre la main
La lecture de Duchess fait du bien comme un pansement sur un coeur un peu gros
Une lumière dans le noir qui nous redonnerait foi dans le genre humain
C'est peut-être ça la loi des hors-la-loi, ce lien indéfectible, absolu, que quoiqu'il arrive --- et qui ressemble à s'y méprendre à de l'amour
Voilà, selon moi, la grande force de ce roman 'We begin at the end ' qui a déjà reçu (vo) plusieurs prix de littérature policière et sera probablement porté à l'écran par Disney. Une intrigue qui pourrait paraître classique et qui est très bien ficelée. Une dualité de temps clairement dessinée dès le prologue (1975 - 2005) sans les éternels flash-backs qui parfois sont lassants. Une dualité de lieux: Californie, Montana. Une dualité de saisons: Eté, Hiver. Une dualité de périodes de vie: Enfance / Adulte. Une dualité de sentiments: Amour / Haine
Une dualité reflétée jusqu'à sa superbe couverture française: Noir & Blanc
De vastes et superbes horizons où tout semble possible
L'absence de nuances parfois et quelques incohérences (réactions /langage de Duchess et de Robin) m'ont fait passer du 5, à chaud, au 4 étoiles.
C'est grave shérif ?
Il y a plus grave dans la vie, je crois
Et j'ai refermé le livre en caressant la couverture et en lui disant merci pour cette bulle de bonheur qu'il m'a apportée le temps de sa lecture.
Tout comme je tire mon chapeau, un Stetson bien sûr, aux éditions Sonatine et à Babelio pour avoir visé aussi bien le coeur de la cible de cette masse critique privilégiée
L'histoire est assez simple: un homme revient trente ans plus tard dans sa ville natale à Cap Haven, celle dont il a ruiné la vie tranquille et paisible en se rendant coupable à 15 ans d'un homicide par imprudence sur Sissy, toute petite fille, à la chaussure maculée par le sang.
Il ne s'en est jamais remis, la famille de sa victime, ses amis de l'époque, les habitants non plus.
Depuis, la ville, les gens ont vieilli, changé, un peu, beaucoup, à la folie ?
Un nouveau crime est commis. C'est Star, la soeur aînée de Sissy, devenue mère de Robin et Duchess qui cette fois-ci en est victime. Alors, malédiction, crime crapuleux, vengeance, jalousie ?
Point de vue que je pose délibérément adulte sur un roman où l'héroïne est une ado de 13 ans, Duchess, en manque de repères, d'amour, de fiabilité et qui s'est jurée de se venger de tout ce qui lui a manqué en protégeant le seul trésor qu'elle ait jamais eu, son petit frère, Robin
Colère et rebelle des pieds à la tête Duchess, amour aussi, bien enfoui sous son Stetson. Elle va rencontrer sur son chemin de vengeance de nombreux adultes qui lui tendront la main, des familiers, des inconnus: Walk, Hal, Dolly, Shelly, Malcolm, Busy et Hank,...
D'autres seront toujours là en arrière plan: Star, Vincent, Martha, Darke
La plupart bienveillants malgré leurs propres blessures et elles sont profondes.
Certains absolument infects: Milton, Brandon, la famille d'accueil
Ici, je tire mon chapeau, un Stetson, à nouveau, à tous les adultes du roman et à l'auteur qui a su les rendre attachants en laissant transparaître sous leur carapace d'adulte, les enfants/ados qu'ils avaient été ainsi qu'à la traductrice qui a réussi à maintenir le cap.
Bonne pioche ce roman : amour, amitié, loyauté, fidélité, adolescence, enfance, culpabilité, regrets, rédemption, justice, paysages, opulence, misère, appâts du gain, immobilier, écologie, défense des droits de la femme, foyers de l'enfance, familles d'accueil, nostalgie, alcool, drogue, maltraitance, adoption, maladie, les mentalités de 'province', etc.
Des hors-la-loi de ce calibre, on en redemande
Pour les amateurs de Stephen King, il y a comme un petit air de famille
Pour les membres Netgalley, Duchess y est proposé
Quand c'est bon, on partage le butin, comme Robin des bois
" La vie a beaucoup plus d'imagination que nous "
- François Truffaut, les 400 coups -
à l'image du marque-page qui m'a accompagnée durant cette lecture

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alexb27
  10 mai 2022
UNE PÉPITE, de celle qui vous laisse exsangue et totalement ébahie.
Duchess Day Radley est la digne héritière des inoubliables Betty et Turtle de My absolute darling.
13 ans et hors-la-loi, maman pour Robin son petit frère de 6 ans, Duchess est une adolescente blessée, pleine de colère et de passion, terriblement attachante, délaissée par une mère défaillante, mais accompagnée au quotidien par les conseils avisés de Walk, ami de la famille et policier bienveillant. En manque d'argent et de repères, la vie n'est pas facile pour la fratrie mais frère et soeur peuvent toujours compter l'un sur l'autre. Quand le passé frappe à leur porte sous les traits de Vincent King, ils n'ont pas d'autre choix que de le laisse entrer , aux risques de voir leur avenir bouleversé…
J'ai adoré ce roman noir, portrait d'une Amérique en mal d'espoir, reflet d'un déterminisme social sanglant, récit initiatique magnifique, surprenant thriller psychologique. C'est un roman incroyable, passionnant, écrit remarquablement, aux personnages fouillés et cabossés.
Une vraie tragédie grecque. J'ai d'ailleurs fini le livre en apnée
Lisez-le !
Et que dire de cette couverture 😍
Une merveille ! (Comme le roman…)
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Andromeda06
  02 mai 2022
À la fois roman noir, thriller psychologique, polar et récit initiatique, "Duchess" de Chris Whitaker est un roman stupéfiant et hors du commun. La couverture, pour commencer, est superbe. Et quant au contenu, ... pfiou je ne trouve pas mes mots tellement j'ai adoré.
Commençons par les personnages. On découvre l'histoire en suivant principalement deux protagonistes :
1) Duchess Day Radley, ado de 13 ans, emplie de haine, le regard plein de défi. Elle ne pleure pas, jamais, elle refoule ses larmes. Parce que c'est une hors-la-loi, et que les hors-la-loi sont des durs à cuire. Elle rend coup pour coup. Tu fais trois têtes de plus qu'elle, t'es trois fois plus barraqué et tu lui cherches des noises ? C'est à tes risques et périls mon gars, car d'une manière ou d'une autre, tu t'en mordras les doigts...
2) Walk, seul inspecteur de Cape Haven, ami d'enfance de Star et de Vincent. Il se lève tous les matins la tremblotte aux mains. Il n'a jamais mené d'enquête réelle en presque 30 ans de carrière, sa principale occupation étant de régler les querelles de voisinnage. Il aspire à une vie tranquille, et n'aime pas du tout le changement.
Et puis, il y a un petit ami violent, un ex qui vient de sortir de prison, des voisins querelleurs, une avocate qui a tiré un trait sur le passé, un grand-père absent, etc. Tous les personnages sont subtilement bien travaillés, intéressants, intrigants, charismatiques, complexes. Duchess est un personnage haut en couleur, terrible, implacable, rebelle mais ultra attachante.
Tous sont mêlés, de près ou de loin, au drame qui vient de se produire. Un meurtre a été commis, le passé refait surface alors que le coupable semble tout désigné. S'en suit une enquête en-dehors des sentiers battus pendant que Duchess fera tout pour protéger son petit frère.
C'est dans un style tout tranquille, l'air de rien, que l'auteur développe les caractéristiques de son histoire, à savoir ses protagonistes, son contexte, son ambiance ; ambiance par ailleurs qui paraît toute douce au premier abord mais qu'on perçoit de plus en plus oppressante au fil de la lecture. Chris Whitaker nous emmène d'abord en Californie, puis dans le Montana, en passant par l'Oregon et le Wyoming, et nous mène en fait par le bout du nez sans qu'on s'en rende compte. le mystère plane du début à la fin. On sent bien qu'il y a un truc pas net depuis le début, sur lequel on n'arrive pas à mettre la main. Et quand les révélations finales voient le jour, c'est estomaqué que l'on est.
"Duchess", si je ne me trompe pas, est le premier livre de Chris Whitaker publié en France. Je découvre donc sa plume avec ce roman, très agréable, limpide, avenante, perspicace, d'un rythme plutôt calme en apparence mais qui se révèle de plus en plus hardi.
Je me suis énormément attachée à Duchess, de plus en plus touchante au fil de l'histoire. Walk est également un personnage qui ne laisse pas indifférent. le suspense est remarquablement bien entretenu et l'intrigue bien menée. J'ai accroché dès les premières pages et ai été tenue en haleine du début à la fin. Les vérités du dénouement sont détonnantes. Et j'ai trouvé la toute fin très émouvante (je n'ai pas versé ma petite larme mais il s'en est fallu de peu !).
Une superbe pépite, à la fois sombre et éclatante.
Lu dans le cadre de la masse critique privilégiée, je remercie grandement Babelio et les éditions Sonatine pour ce merveilleux moment de lecture.
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gruz
  09 mai 2022
Il y a ces moments très rares, précieux, où vous savez que vous n'avez pas tenu qu'un livre entre vos mains. Mais un coeur et des âmes qui pulsent. Avec votre palpitant qui littéralement explose.
Duchess en fait partie.
Une petite poignée de livres m'a fait un tel effet ces dernières années, à ranger auprès d'un Betty de Tiffany McDaniel par exemple, même s'ils sont différents.
L'écrivain a forgé l'alliage idéal, avec une atmosphère dense, des personnages très marqués mais crédibles, une écriture qui éclaire une foultitude d'émotions, sans surenchère. Et une vraie, puissante histoire.
Un récit qui va prendre le temps de s'installer durant 520 pages. Pour donner tout son sens chapitre après chapitre, il va se révéler d'une incroyable profondeur et fort de sacrés coups de tonnerre. Pour un final à la hauteur.
Chris Whitaker est anglais. Qui raconte les États-Unis. On pense immédiatement à R.J. Ellory, et, de page en page, il s'avère que cette filiation fait sens. Non pas qu'il copie l'un des grands maîtres du roman noir, mais ils ont une sensibilité commune. Et certains de ses personnages ne dépareraient pas dans une oeuvre d'Ellory. Croyez-moi, c'est l'un des plus beaux compliments que je puisse faire.
L'excellent éditeur Sonatine a fait le choix de mettre en avant le personnage de Duchess en l'utilisant comme titre du livre. Ça a une certaine logique, même si elle est loin d'être la seule à marquer les esprits. L'édition originale s'intitulait We begin at the end, on commence à la fin, titre plus mystérieux.
Duchess n'est pas un prénom facile à porter sur de frêles épaules d'adolescente. Encore moins qu'on vit dans la misère à treize ans. Une pauvreté sociale mais également émotionnelle, sans père et avec une mère incapable de s'occuper de ses gamins, livrés à eux-mêmes.
Cette soeur et son jeune frère de cinq ans forment l'un des duos les plus mémorables de ces dernières années.
Duchess n'est pas seulement la grande soeur de Robin. Elle fait aussi office de mère de substitution et le surprotège. Mais une jeune adolescente n'est pas armée pour faire face au monde des adultes et tenir un rôle qui ne devrait pas être le sien.
Du coup, elle se construit à la hache, et développe un caractère trempé qui exacerbe ses pulsions adolescentes. Duchess est du genre sauvage, insolente, irrévérencieuse même, excessive. Rebelle sans aucun doute.
L'amour absolu qu'elle porte à son frère va donner naissance à des passages d'une beauté absolue tout comme à des scènes totalement déchirantes.
Cette étonnante anti-héroïne est un personnage rare, bouleversant au possible. Mais elle n'est pas la seule, certains adultes qui vont croiser son chemin sont d'une profondeur exceptionnelle, tout en nuances de gris, parfois insaisissables mais au final inoubliables.
Si je devais trouver un petit bémol, ce serait certaines réparties du petit frère de cinq ans qui semblent parfois un peu trop poussées pour son jeune âge. Mais ça relève presque de l'anecdote tant le reste touche au sublime.
L'intrigue va prendre de plus en plus de consistance, tout en mettant toujours en avant ces remarquables personnages. Une vraie enquête se met en place, même si on est bien dans le genre du roman noir.
Tout tient par la grâce d'une écriture parfaite, lumineuse et sombre à la fois, toujours au service de l'histoire et de ses protagonistes. Qui illustre formidablement leurs combats de tous les jours, les ténèbres qui les happent, les moments douloureux qui s'enchaînent. Avec cette énergie du désespoir qui pousse à se battre malgré tout.
Cette histoire est émouvante au possible, déchirante, tellement belle dans sa noirceur. C'est si rare de lire (vivre) des émotions aussi superbement exprimées, qui vous transportent autant qu'elles vous blessent. A en verser quelques, larmes, j'en suis la preuve.
Duchess est une merveille de roman noir. Comment lire un autre roman après celui-là ? Chris Whitaker se révèle comme un écrivain au talent fou, toujours au plus près des émotions. Avec ce roman, il entre dans la cour des grands.
Lien : https://gruznamur.com/2022/0..
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Little_strangerLittle_stranger   19 mai 2022
Elle choisissait avec soin les souvenirs de sa mère, cherchant uniquement les diamants dans une montagne de charbon.
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SamDLitSamDLit   15 mai 2022
Regarde-nous. Tu sais, parfois, je m’y crois encore.
– Où ça ?
– À quinze ans.
– On vieillit, pourtant. »
Elle souffla un rond de fumée parfait.
« Pas moi, ---. Toi, tu vieillis, moi, je commence à peine. »

Il éclata de rire, puis elle aussi.
Et soudain c’étaient eux, ---, projetés trente ans en arrière jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux gamins en train de rigoler de tout et de rien.
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HordeduContreventHordeduContrevent   13 mai 2022
Le voisin coupa son tuyau et s'approcha du bord de son jardin, avec une légère claudication qu'il s'efforçait péniblement de corriger. Brandon Rock. Baraqué, bronzé. Piercing dans une oreille, brushing à la Travolta, peignoir en soie. Parfois, il faisait de la muscu dans son garage, porte grande ouverte, les enceintes crachant du métal à plein tube.
"Encore ta mère ? Faudrait que quelqu'un appelle les services sociaux".
Une voix comme s'il s'était cassé le nez sans jamais le réparer. Il avait une haltère dans une main qu'il soulevait de temps en temps. Le bras droit nettement plus épais que le gauche.
Duchess se tourna vers lui.
La brise souffla. Son peignoir s'écarta.
Elle fronça le nez.
"Exhibitionnisme devant des enfants. Je devrais appeler les flics".
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HordeduContreventHordeduContrevent   14 mai 2022
Une vieille dame vint à leur rencontre, tout sourire, peau flasque et taches brunes, à croire que la terre réclamait sa chair mais que son cerveau refusait obstinément de céder.
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cathfdcathfd   14 mai 2022
Elle ouvrit la bouche et chanta.[...]
Les murmures se turent, les hommes autour du billard interrompirent leur partie pour s'approcher de cette jeune fille qui fendait le ciel en deux, l'âme à nu, calcinée, le musicien a côté d'elle si subjugué qu'il arrivait à peine à suivre avec sa guitare.
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Videos de Chris Whitaker (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Chris Whitaker
Mysterious Galaxy Virtual Event: Author Chris Whitaker in conversation with John Hart
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