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ISBN : 2204046450
Éditeur : Le Cerf (21/04/1993)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
« Adventure of Ideas », qui date de 1933, annonce néanmoins déjà notre époque : c’est certainement l’ouvrage de Whitehead qui montre le mieux comment la philosophie des sciences de « Science and the Modern World » et la métaphysique de « Process and Reality » s’articulent à une vision profonde de notre société et de notre histoire. Certes, l’ouvrage majeur de Whitehead reste « Process and Reality », publié quatre and auparavant. Mais cet ouvrage difficile ne permett... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Chri
  15 mai 2018
Dans un livre récent (2017) Isabelle Stengers introduit Alfred North Whitehead (1861-1947) comme un philosophe radicalement atypique. Pourtant, ce qui saute aux yeux à la lecture de "Aventure d'idées" (1933) de Whitehead, ce sont les affinités très fortes avec la philosophie de Henri Bergson, bien que celui-ci ne soit jamais cité. Ce courant de pensée qui ne dit pas son nom, manifeste une inquiétude qui est également celle de notre monde contemporain. C'est d'ailleurs l'intérêt de ce livre autant que le chemin spirituel singulier de Whitehead.
Il est bien difficile d'appeler un monde civilisé, un monde qui nous laisse en mémoire la dernière guerre mondiale ou la menace de la suivante, mais la préoccupation de Whitehead est d'abord l'échec du christianisme, et plus particulièrement l'échec de la Réforme protestante. On retrouve ici une préoccupation commune avec le philosophe américain William James, leur maître mot étant le pluralisme au sein de l'église, ou plus généralement le pragmatisme. Whitehead plaide pour une re-formation de la théologie systématique avec notamment cette proposition vivifiante, de remplacer l'apocalyptique apocalypse du divin St Jean, dernier livre du nouveau testament, par le « récit d'imagination que donne Thucydide du discours de Périclès aux athéniens ». (petit coup d'oeil sur Wikipedia : une réflexion sur les causes, apparentes et profondes, de la guerre.)
Le courant de pensée qui traverse ce livre est donc pragmatique et religieux. Il est question de résoudre l'ambivalence de la morale en redynamisant la religion par une mystique, élan vital ou aventure d'idées. L'enjeu étant évidemment la paix. Les accents très conservateurs de Whitehead sont assumés et aussitôt tempérés, mais la question est : s'agit-il alors de consensus mou (anesthésie) ou de realpolitik ?
En 1931, l'acte de paix Gandhi-Irwin est un espoir pour la paix. Mais dans l'Aventure des idées, Whitehead n'hésite pas à placer le conservateur Lord Irwin, le vice-roi des indes qui avait auparavant emprisonné Gandhi, sur le même plan que Gandhi lui-même !
La 1ère partie du livre, dite sociologique, sont des fragments d'histoire depuis l'antiquité, émaillés d'un finalisme chrétien entêtant qui doit voir « s'épanouir les activités mentales supérieures et les sentiments raffinés ». Mais c'est en réalité le platonisme du christianisme qui intéresse Whitehead. « le pouvoir du christianisme tient dans sa révélation, dans les actes, de ce que Platon devina dans sa théorie ». Il explique plus loin que les références historiques ont été choisies et groupées dans le but «d'illustrer l'action stimulante qu'exercèrent les spécialisations de ces sept notions générales (devinées par Platon) parmi les peuples de l'Europe occidentale, et qui les conduisit vers leur civilisation ….: les Idées, les Éléments physiques, la Psyché, l'Eros, l'Harmonie, les Relations Mathématiques, le Réceptacle ».
Ce livre est une apologie totale de Platon : ce dernier aurait deviné, le premier, que « l'élément divin dans le monde doit être conçu comme agent de persuasion, et non de coercition. », alors même que ses Lois ont pu justifier directement les persécutions d'athées. (comme le note l'auteur).
Comme illustration de rapports persuasifs, donc opposés à la force, Whitehead choisi le monde des affaires. Un optimisme très anglo-saxon de Locke à Russell, apparemment myope à la violence symbolique qui s'opère dans ces rapports. Mais Whitehead devine une autre perspective, car « personne ne soutient plus que, sans autre direction, la seule concurrence individualiste puisse, d'elle-même et grâce à une capacité de redressement automatique, créer une société satisfaisante ».
Dans la 2ième partie, cosmologique, l'auteur traite de l'influence, sur la culture européenne, des idées scientifiques, et des différentes conceptions du monde. C'est aussi dans cette partie qu'il développe ses convictions théologiques. Mais il ne faut pas compter sur lui pour blâmer l'Etat du Tennessee interdisant l'enseignement de la théorie de l'évolution dans les écoles publiques. Il consent pourtant à considérer indifféremment l'homme ou l'animal, son âme, « l'art particulier des animaux conscients », ses sociétés où on trouve à la base, les émotions de la bienveillance et de la fraternité. On peut même se demander si l'animal n'a pas éternellement ce zest de jeunesse recherché par Whitehead. Mais finalement, comme pour Bergson, l'homme doit se sortir du buisson des espèces, dans sa quête de « l'intuition qui permettrait d'échapper au vaste naufrage d'une race d'êtres, sensibles aux valeurs qui dépassent celles de la pure jouissance animale.»
En revanche en tant que mathématicien, il est en principe mieux armé que Bergson pour tenter des prolongements métaphysiques de la théorie de la relativité de l'espace-temps. La théorie antérieure de Newton sur la gravitation a été engendrée par « la conception la plus naïve du monde de la pensée du XVII siècle ».
D'ailleurs, « si la psychologie du comportement mental ne continuait de garder des traces provenant de la notion de commandement divin, aujourd'hui encore le progrès de la science cesserait par manque d'espoir.»
Whitehead rappelle ainsi la nécessité de poursuivre la spéculation quand la civilisation se contente de l'érudition. Et de fait, il se lance en déclarant que l'espace-temps de la physique mathématique moderne, est presque exactement le Réceptacle de Platon, « mère nourricière de tout devenir », concept « obscur et difficile », « communauté du monde dont l'essence est le procès (processus) avec maintien de la connexité ».
La 3ième partie philosophique, résume sa théorie du procès (processus) à la base fondée sur l'expérience commune demi-consciente de la demi-seconde du passé immédiat. Cette expérience avait déjà été explorée par Bergson dans « les données immédiates de la conscience » et « Matière et Mémoire ». Là encore, Whitehead, co-auteur avec Russell de Principia Mathematica, est très armé pour concevoir une nouvelle métaphysique de toutes pièces, avec son propre arsenal de concepts. Mais comme Platon, il ne cherche pas absolument à boucler un système, mais juste à laisser place à « la spéculation vagabonde et l'observation directe ». Cette partie est donc naturellement presque impossible à suivre jusqu'au bout.
Cet effort spéculatif ou la recherche d'un autre langage, est en soi libérateur.
La 4ième et dernière partie, sur la civilisation, est en quelque sorte la dernière phase d'un procès ou processus, mais macroscopique cette fois : histoire/présent/futur ou anticipation vers « l'harmonie des harmonies » ou la paix sur terre.
Whitehead va au bout de cette espèce de mystique qui se veut malgré tout rationnelle. « La philosophie est mystique, car la mystique est intuition directe dans des profondeurs encore non-dites ».
Au fond, que se passerait-il si au lieu de se donner la finalité de l'harmonie, l'effort philosophique ou juste le fait d'être sur le qui-vive parvenait aussi sûrement à se libérer de l'inquiétude ?
Je crois qu'on verrait sans doute Dieu comme un simple intermédiaire dans le discours. Des philosophes comme Whitehead étaient peut-être déjà obscurément sur ce chemin. D'ailleurs l'une des traductrices, A. Parmentier, s'est aussitôt éloignée de la pensée de ce dernier, visiblement gênée (à lire ses commentaires) de ne pas trouver suffisamment d'incantation au nom de Dieu (Elle bifurqua vers le mouvement fondamentaliste de la fraternité Saint-Pie X…).
Whitehead prévient : « La volonté délibérée de paix passe facilement à son substitut bâtard, l'anesthésie. ». On devrait aussi dire que l'intuition ne provient pas de quelque incantation dans la finalité de l'harmonie.
Alors que reste-t-il pratiquement ?... à part paraphraser Platon : « Une société démocratique ne pourra réussir que si l'éducation générale transmet une perspective philosophique ».
Il reste visiblement à trouver la nouvelle « direction » (devinée par Whitehead) pour sortir du dogmatisme ultra-libéral.
D'autre part, pour les athées menacés par TOUTES LES RELIGIONS organisées, je plaide pour que le pragmatisme religieux respecte le pluralisme de l'athéisme.
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