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Feuilles d'herbe tome 1 sur 2

Jacques Darras (Traducteur)
EAN : 9782246404811
246 pages
Grasset (01/06/1989)
4.14/5   325 notes
Résumé :
Walt Whitman, l'homme de l'espace américain, l'homme du surgissement, du déferlement vocal, du souffle porté à sa plus vaste amplitude, cet homme-là se dresse à jamais avec ses cris, ses rages, ses ferveurs. Tant d'énergie brute, tant de puissante naïveté, tant d'intuitions sonores ne cessent d'activer le cœur, d'exalter le corps. C'est la chance d'un bain de houle, avec en plus cette joie singulière, hérétique en poésie, de voguer gaillardement sur de bons sentimen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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Vous connaissez ce poète américain, j'en suis presque sûre. "Le Cercle des poètes disparus", ça vous parle ? Que répétait le professeur Keating ? "Ô Capitaine, mon Capitaine !" Eh bien voilà, nous y sommes ! Il s'agissait d'un poème de Whitman dédié à Abraham Lincoln.

Dans ce recueil, cet écrivain du XIXe siècle va surprendre par les thèmes traités. En effet, là où il était bon de faire dans le romantique, le symbolique, le métaphorique, le spirituel, bref, tout ce qui définissait un poème dans la norme, Whitman va s'attaquer au moins noble, au moins pur : le quotidien, le matériel, la chair... le style est plutôt vindicatif. On sent qu'il veut révolutionner la poésie "pompeuse" pour en faire quelque chose de plus moderne. D'entrée de jeu, le ton est donné dans ce petit texte intitulé "Mon Legs" :


A vous, qui que vous soyez, (en baignant de mon
souffle cette feuille-ci, pour qu'elle lève — en la
pressant un moment de mes mains vivantes ;
— Tenez ! sentez à mes poignets comme bat mon

pouls ! comme le sang de mon coeur se gonfle et
se contracte !) Je vous lègue, en tout et pour tout. Moi-même, avec
promesse de ne vous abandonner jamais,
En foi de quoi je signe mon nom.


Provocateur, il précise dans sa "Chanson de l'Universel" :



Viens, me dit la Muse
Chante-moi un chant qu'aucun poète ne m'a encore chanté,
Chante-moi l'universel.
Au coeur de cette vaste terre
Au fond même des grossièretés et des scories
sûrement enseveli dans son coeur,
germe le grain de la perfection.



J'ai découvert très récemment ce poète et j'avoue que ce côté rebelle m'a plu.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Attention chef d'oeuvre : un prophète nous raconte les États-Unis ! Nous raconte le monde, les humains la guerre, la paix, la démocratie, le progrès et la promesse d'un monde meilleur !

C'est dans une liste de listes infinie que le poète embrasse le monde, les humains, les animaux, les montagnes, les plantes, les paysages, les cours d'eau, les bateaux qui y naviguent, les inventions, les constructions, les grandes réalisations humaines, le génie de l'Amérique, mais aussi le plus petit des efforts, le plus petit geste du plus simple individu, tout ce qui qui contribue dans l'histoire des vieux continents et du nouveau à ce génie naissant et prometteur de progrès, de paix et de félicité.

Prophète sans vraie religion, ou plutôt acheteur de toutes du moment qu'elles participent de l'élan, prophète du réel tangible et sensible, Walt Whitman est intarissable, ne peut s'arrêter de contempler et dire le monde, dire les hommes, dire les femmes, les individus, sa foi en eux… dire encore.

Parce qu'au-delà de la politique ou la science, la poésie est appelée à régner en maître, à dicter au monde sa voie.

Les 700 pages sont donc profondément poétiques par le rythme, le ton prophétique, la déclamation liturgique, la litanie qu'il nous débite sans respirer, l'antienne dont il nous inonde. Poésie non pas faite pour seulement nous émerveiller mais pour nous rallier à sa pensée, à l'énergie de son élan, faire de nous non pas ses suiveurs mais ses partenaires - chaque individu apportant avec lui son individualité indéfectible - dans sa grande vision de "demain l'Amérique".

C'est en effet dans l'anaphore, par l'anaphore, et pour elle, pour prendre le temps dans ces listes sans fins de visiter le monde, s'en emparer, l'extirper à lui-même, l'arracher avec ses yeux, ses dents, l'ingérer comme un affamé de Nature, de paysages, affamé d'Humanité ("J'écris des vers omnivores") afin de nous le raconter, citer, montrer, débiter, de gré ou de force, celui qui nous entoure, le présent, le passé sans oublier de nous dévoiler l'avenir dans cet élan prophétique quasi christique que Walt (Whitman pas Disney) nous partage dans sa poésie.

On parle ici d'énergie, de puissance insufflée de cette immense Nature (oui avec un grand N), de cette histoire des hommes, des femmes, la puissance des démunis, la fragilité des bien-portants. Même la mort, cette inéluctable Mort qu'il écrit avec une majuscule est partie prenante, sinon l'inductrice majeure de cette énergie vitale qu'il célèbre (et cela est très neuf en cette fin du 19e siècle):

"Ô les années les tombes! ô l'air le sol! ô mes morts, leur doux arôme!
Exhale-les, mort pérennement douce, dans les années, les siècles futurs. "

Walt Whitman est un ogre à la vision universelle, cosmique dirais-je s'il n'y avait poète moins dans la lune que lui, lui si attaché à décrire l'Amérique du Nord qui l'entoure, telle que Mr Pablo Neruda a déclamé l'Amérique du Sud dans son Chant Général. Feuille d'herbe : une clameur, un cri, précurseur à Neruda, un chant de 700 pages à la gloire mais aussi à charge des États-Unis (et du Canada, qu'il écrit encore avec un K).

Feuilles d'herbe est un poème monde ou notre Capitaine s'offre corps et âmes, membres et voix, en victime consentante pour nous chanter son éblouissement et sa foi.
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Walt Whitman est sans aucun doute - avec Emily Dickinson - le plus grand des poètes américains du XIXe siècle.
Précurseur des symbolistes français, il est très attaché à se séparer des conventions poétiques européennes pour produire une poésie authentiquement américaine. On trouve dans cette édition française qui s'appuie sur la première édition américaine de 1855, tous les ingrédients que Whitman veut développer à travers son oeuvre : la Nature, les rapports humains, une certaine idée de la transcendance, un universalisme américain.
Les poèmes ont aussi une très forte innovation (rupture des vers, nombreuses images) et une dose d'érotisme assez incroyable pour l'époque.
Un auteur qu'il faut avoir lu au moins une fois !

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Je découvre Walt Whitman, poète américain. En 1855, il écrit et imprime lui-même « Feuilles d'herbe », un recueil de poèmes qui reste inaperçu dans un premier temps puis s'élève au rang d'écrit de grande influence grâce à Malcolm Cawley.
La poésie de Walt Whitman est considérée par sa modernité, sa clarté, son authenticité. Elle sera reconnue sur la même lignée que celle des plus grands tels que Homère ou encore Shakespeare.
L'auteur sait provoquer, emporter, prendre par le bras et transmettre par son écriture réaliste très terre à terre l'expression de bons sentiments.
Sa vision du monde est admirablement optimiste et joyeuse.
Sa poésie est différente de celle de nos auteurs français, elle respire la nature, le naturel, les feuilles d'herbe
Une belle découverte.
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Poussées à l'autre bout de l'Atlantique et à la même florissante époque que « Les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire, ces « Feuilles d'herbe » de Walt Whitman figurent en mon panthéon de la poésie, non seulement américaine mais universelle. Car il y a dans la poésie de ce « solitaire américain poussé comme un gratte-ciel dans un désert inculte de maisons à bas étages », entre Brooklyn et Manhattan, une universalité incarnée par les thèmes qui y sont célébrés, ceux de la nature et de la place que tient l'Homme en son sein nourricier. Admirablement traduite en français et introduite par Jacques Darras, la poésie de Whitman nous invite à une épopée transcendantaliste, dont le courant de pensée vise à encenser la bonté et la beauté inhérentes des humains et de la nature.

La sensualité étonnante de ses vers conduira Walt Whitman jusqu'à un procès pour atteinte aux bonnes moeurs, et son optimisme jubilatoire lui vaudra d'être taxé d'idéalisme naïf. Mais là où « Les Fleurs du Mal » distillent les ténèbres, « Feuilles d'Herbe » fait jaillir la lumière. Whitman n'a pas son pareil lorsqu'il s'agit de célébrer la création, le corps de la femme comme celui de l'homme. Il prend à témoin, se met en scène, interpelle sa propre chair, contemple avec autant d'application les rêveries, les ambitions ou les gaucheries humaines. Il clame l'amour, vante la vie. Avec lui, l'insignifiant devient glorieux, le simple merveilleusement complexe, le vil garni d'espoir. Il parle de la conquête des terres, du labeur des Hommes, de l'esclavage, de cette expectative que l'on place dans sa descendance. Mais il « ne scande pas seulement la joie du Vivre », il « chante aussi la Mort, la joie de la Mort ! La caresse merveilleuse de la Mort, son apaisant engourdissement, sa brève persuasion. (…) A quoi sert désormais mon enveloppe vide sinon à être purifiée pour des tâches futures, à être réemployée dans les usages éternels de la terre. » Un étonnant parallèle avec la création de Baudelaire qui changea la boue en or.
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Citations et extraits (148) Voir plus Ajouter une citation
(à propos des écrivains et poètes des temps passés)

Tous, tous autant qu'ils furent, je les échangerais sans chagrin, ô mer,
Contre une seule de tes vagues ondulantes, consentisses-tu à m'en échanger le secret,
À prêter à mes vers le souffle d'un de tes souffles,
À y attarder ton parfum
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La mort dans le ciel me chuchote

ASSURANCES
Pas besoin d'assurances, je suis un homme préoccupé par son âme;
J'ai certitude que sous les pieds à côté des mains des visages dont j'ai la fréquentation, regardent à la minute même d'autres visages dont je n'ai pas
la familiarité, des visages calmes bien réels,
J'ai certitude que la beauté majestueuse de l'univers est cachée dans le plus infime atome d'univers,
J'ai certitude que je n'ai pas de limites que les univers n'ont pas de limites peine perdue d'essayer de calculer leurs illimites,
J'ai certitude que les orbes le système orbital mènent leurs ébats rapides dans les airs suivant un plan, que j'aurai un jour prochain élection de faire autant qu'eux, davantage qu'eux,
J'ai certitude que les affaires temporaires ont des millions d'années de course continue,
J'ai certitude qu'il y a un dedans aux dedans, un dehors aux dehors, qu'il y a une autre vue à la vue, une autre ouïe à l'ouïe, une autre voix à la voix,
J'ai certitude que les morts passionnément pleurées des jeunes gens ont un sens que les morts des jeunes femmes des tout petits enfants ont une raison
(J'espère que vous ne pensiez pas que la Vie avait son assurance mais que la Mort, dessein final de toute la vie, n'en avait pas !),
J'ai certitude que les naufrages en mer si horribles soient-ils, si proche la disparition d'épouse enfant mari père amant ont leur raison jusqu'au dernier détail,
J'ai certitude que tous les événements capables de se produire n'importe où ont un sens providentiel dans le fond inhérent aux choses,
Je ne crois pas que la Vie ait prévoyance providence pour tous et pour le Temps l'Espace, je crois en revanche que c'est la Mort Céleste qui l'a.
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Sous forme d'essence invisible d'odeur de surface et d'herbe, dans les siècles des siècles,
Sous forme de bouffées d'air soufflant des champs, mes chéris, mes héros immortels me seront rendus,
Exhalés par vous exhalant leur souffle leur haleine, dans les siècles des siècles, sans qu'un seul atome soit perdu,

Ô les années les tombes! ô l'air le sol! ô mes morts, leur doux arôme!
Exhale-les, mort pérennement douce, dans les années, les siècles futurs.
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Puis voici que la Terre me terrorise par son calme sa patience
Tant elle fait naître de choses douces de matières corrompues,
Tant elle tourne innocemment sur son axe immaculé dans le défilé inexorable de ses cadavres infectieux,
Tant elle distille de vents exquis à partir d'infusions de puanteur fétide,
Tant elle renouvelle dans une totale indifférence la somptuaire prodigalité de ses moissons annuelles,
Tant elle offre de matières divines aux humains en échange de tant de déchets qu'elle reçoit d'eux en retour.
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Or, comme j'étais assis dans le jour, regard au loin,
À la tombée d'une lumière de printemps, fermiers vaquant aux tâches printanières qui préparent la moisson,
Rêvant l'esprit vide aux spectacles de ma terre avec ses
lacs et ses forêts,
L'air étant dans une beauté céleste (calmées les tempêtes
et la folie des vents),
La voûte bleue de l'après-midi en marche glissant sur ma
tête, avec tout un concert de voix de femmes et
d'enfants,
Et la mouvante multiplicité des marées, et la trajectoire
des voiliers sous mes yeux,
Et la richesse montante de l'été, et la fièvre active dans
les champs,
Et la multitude des îlots domestiques, chaque maison
ayant quant à elle ses repas, ses routines, ses minuties,
Et l'incroyable pulsion sanguine des rues dans la compression de la cité - tout à coup, voici que,
S'abattant au milieu de tout, recouvrant tout, moi comme
le reste,
Apparut le nuage, la longue traînée sombre,
Je reconnus la mort, son image, la pensée sacrée de la
mort.
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Videos de Walt Whitman (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Walt Whitman
Premier épisode de notre nouveau format vidéo : DANS LES PAGES... de François Busnel !
Partez à la découverte des livres marquants dans sa carrière de journaliste, d'écrivain et de réalisateur. Au programme :
"Betty" de Tiffany McDaniel@EditionsGallmeister "Crossroads" de Jonathan Franzen @editionsdelolivier9469 "Les saisons de la nuit" de Colum McCann @universpoche "Water Music" de T. C. Boyle @editionsphebuslibretto2994 "La chorale des maitres bouchers" de Louise Erdrich @VideoAlbinMichel "Feuilles d'Herbe" de Walt Whitman @lesbelleslettres7227
Réalisation, montage et prise de son : Arthur Scanu Mastering : Antoine Daviaud
Merci @lagrandelibrairieet Ines de la Motte Saint-Pierre !
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