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Jacques Martin (II) (Traducteur)
EAN : 9782702135860
Éditeur : Calmann-Lévy (17/12/2004)
4.2/5   47 notes
Résumé :
4ème de couverture :
« Mais il semblait que, derrière le grand incendie du ciel, il vit quelque chose : il voyait ce qui chaque soir s'était révélé à lui plus nettement Peut-être pouvait-on appeler cela l'éternité de la vie. »

Ce grand ciel embrasé qui sert de toile de fond à Missa sine nomme, c'est l'Allemagne vaincue de 1945, l'Allemagne « année zéro » qui survit dans les décombres.

Dans un château dont il a hérité mais qui e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
nelly76
  26 avril 2017
C'est sur le Larghetto , concerto pour piano n°27 dit "l'ultime " de Mozart, que j'essaie d'écrire ma critique de Missa sine nomine.
Je dis bien, j'essaie car il y aurait tant et tant de phrases à écrire concernant ce sublime roman d ' Ernst Wiechert.

Sur la croupe montagneuse dominant la forêt de Thuringe et le Vogelsberg, il y a une bergerie entre une maigre pinède et un marais:c'est le seul bien qui reste aux trois barons de Liljecrona après le règne du nazisme et de sa défaite par les alliés. Trois frères surnommés le triptyque, tant ils étaient inséparables et indissociables dans leur jeunesse; triptyque aussi lorsqu'ensemble, ils se mettaient au violoncelle et enchantaient le village lors d'un concert, mais c'était avant.Avant la seconde guerre mondiale où là leur monde va exploser.
Aegide et Érasme fuiront la guerre, l'exode leur sera pénible et Érasme à son retour sera "rongé " par ses souvenirs d ' exode. Quant à Amédée, personnage central du roman, dénoncé par son garde forestier "Pro-Hitlerien", il passera par "les portes de l'enfer", interné 4 ans dans un camp de concentration et d'extermination. Et le roman commence par son retour, lui que l'on croyait mort, arrive sous les armoiries en piteux état de son château occupé par les Américains. N'étant plus pour le
moment propriétaire, il se refugie dans leur ancienne bergerie, où là il va retrouver , vivant ses deux frères. Et tout le récit, va nous raconter ce retour progressif à la vie.C'est au travers cette symbolique entre Amédée et le Christ , qu ' Ernst Wiechert va nous entraîner. Toute la lutte du Baron Amédée, aidé par son fidèle serviteur cocher, Christophe, nous sera décrite avec une telle force, un tel lyrisme que j'en ressors , comme à chaque fois, à la lecture d'un roman d ' Ernst Wiechert, sans voix, sans mots , et que je dois laisser retomber la pression avant de pouvoir écrire mon ressenti , si tant est qu'on peut décrire une telle oeuvre!!
Au travers les mots, les pensées du Baron Amédée, nous imageons bien l'Allemagne Nazie, vaincue, d'après guerre. Au début , ses nuits sont peuplées de cauchemars, il se refuse au contact des hommes , se réfugiant dans sa pitié , pitié retournée d'abord sur lui-même ( voir citation:-" M.Le Comte ne doit pas tant penser à lui, dit Jacob en se levant, ni croire qu'il doit porter le poids des morts sur ses épaules, le Dieu de justice est là pour porter le poids des morts et il n'a pas invité M.Le Comte , ni moi à l'aider") avant que d'être dirigée vers les autres pour que les autres sachent où tourner leur regard, quand il fera nuit et que la nuit noire ne les effraie plus, mais au contraire soit source de joie.
Et petit à petit, nous verrons Amédée se régénérer progressivement au contact de la nature, des éléments et des "vérités essentielles" qui lui permettront d'accéder au bonheur, à la sagesse par le pardon et le détachement "avec la grâce efficiente d'un sacrement".
Nous suivrons aussi la "reconstruction "de ses frères, Aegide qui se mariera avec une femme sincère et aimante qui lui donnera un fils.Erasme, lui , aura moins de chance, et devra faire annuler son mariage, car ils découvriront que sa femme n'est pas divorcée, comme elle l'avait dit, et a un passé très trouble.Le pasteur Wittkoop, qui n'a pas de soutane, et qui du matin au soir, fourche à la main
amoncelle de la tourbe pour que les villageois se chauffent l'hiver; sa compagnie sera précieuse et déterminante pour le retour à la vie d ' Amédée, et le "jeune femme "Barbara sera sa plus belle réussite dans sa renaissance.
Un livre d'une beauté et d'une profondeur à "couper le souffle", comme le reste de son oeuvre qui je le déplore encore une fois, est si méconnue et qui demanderait à être beaucoup plus étudiée. A CONSEILLER CHALEUREUSEMENT♡♡♡♡♡.
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GrandGousierGuerin
  10 janvier 2016
Un monde de cruauté, de terreur a disparu laissant dans sa fuite des traces de cendres et de sang. Il faudra du temps pour reconstruire ces villes et ces paysages mais encore plus les coeurs.
Le long du chemin avance un homme habillé de l'ancien uniforme des réprouvés. A sa vue, les passants sont surpris puis saisis d'effroi en reconnaissant cet homme qu'on croyait mort, dont la mort aurait simplifié les choses et dont la survie est perçue comme une accusation de leur lâcheté d'avoir accepté ce que l'homme avait combattu.
Ce chemin le mène devant un portail monumental surmonté d'un blason en partie brisé. Derrière se trouve la demeure de ses ancêtres, de son enfance qui est réquisitionnée pour l'heure. Point de place pour lui ici. Il poursuit donc son chemin en direction des marais, vers la maison du forestier où il retrouve ses deux frères, connus auparavant comme les trois petits barons, inséparables et possédant un talent remarquable en musique qu'ils mettent en pratique dans l'étude de fugues au violoncelle.
A chaque frère revient un mérite, un don qu'il mettra en oeuvre pour sauver leur peuple, leurs gens, leur offrir la rédemption même s'ils doivent pour cela être trahis, battus et laissés pour mort.
Point ne sert de poursuivre le résumé de ce récit car il n'est qu'accessoire à la mise en valeur symbolique de la rédemption où seule la nature reste sans tâche, pure notamment dans l'austérité des marais.
Roman riche en symbole sur la rédemption d'une Allemagne nazie au lendemain de la défaite, c'est un livre à lire, qu'on se doit de proposer aux autres en cadeau ou en lecture commune.
Et je m'interroge à savoir pourquoi ce roman n'a finalement que peu d'écho dans mes amis lecteurs, pourquoi il est si difficile de le trouver en librairie, pourquoi ne fait-il pas partie des indispensables sur le sujet ?
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Faignan
  29 septembre 2020
C'est un ami qui m'a conseillé ce livre. Il me le vendait comme un ouvrage dans la ligne de Borges, quelque chose du réalisme fantastique. C'était pour lui un livre vraiment fascinant, peut-être le meilleur qu'il ait lu. Pourtant, j'ai eu du mal à le lire. Il est resté seul sur ma pal avec sa couleur bleu sombre. Je crois que j'ai attendu deux mois avant de l'ouvrir. Je suis souvent réticent lorsqu'on me survend un truc. Il insistait pour que je le lise et je me suis donc lancé au mois d'aout. J'ai mis plus d'un mois à en venir à bout. C'est presque un record de lenteur pour un bouquin qui n'est pas si gros. Bien entendu, j'ai lu d'autres trucs en même temps. C'était presque une torture de progresser dans cette histoire.
Pourtant, je ne peux pas dire qu'il s'agit d'un mauvais livre. Je crois qu'objectivement c'est même plutôt bon. Je trouve que c'est bien écrit même. J'ai un peu honte de le dire, je ne suis pas entré dans ce bouquin et je n'ai pas du tout aimé cette expérience. Je ne sais pas si c'est fait exprès. Après tout, c'est l'histoire d'un homme (de trois hommes) hors du monde. Il y a peut-être une volonté de l'auteur de tenir les lecteurs hors du récit.
Honnêtement, je ne crois pas que le problème soit là. J'ai eu l'impression de ressentir quelque chose d'artificiel. Je dois dire que j'ai lu, il n'y a pas si longtemps, l'écriture ou la vie de Semprun. Ce texte évoque le retour au monde d'un rescapé des camps de concentration. Lorsque Amédée est arrivé dans ce texte pour évoquer sa non-vie, j'ai senti comme une fausseté, un décalage. J'ai pleinement conscience que l'auteur, lui-même déporté, a sans doute puisé dans son expérience. Je crois que ce décalage est surtout le fruit de la construction stylistique et du déluge des phrases redondantes. J'ai ressenti la même chose avec tout l'aspect de cette mystique rurale, forestière, qui entoure les Liljecrona et leurs gens. Il y a quelque chose du romantisme, un instant j'ai retrouvé des échos de la Mare au Diable qui m'avait enthousiasmée dans la jeunesse. Cette fois, je ne suis pas parvenu à entrer.
Je pourrais peut-être aussi discuter de ces aristocrates qui pleurent un monde perdu. Finalement, c'est un peu ça l'histoire. Ces trois hommes tentent de retrouver la vie qu'ils ont perdue. Ils tentent de reconstruire un monde idéal. Plus attaché à ceux qui n'ont rien, j'ai parfois du mal à m'identifier à ceux qui avaient tout. J'ai aussi du mal avec la figure de Christophe, Dieu sait que j'aime les vieux professeurs de sagesse populaire, mais la servitude de cet homme me fait mal au coeur. La servitude de tous ces gens qui semblent liés aux anciens maitres comme Reinfield à Dracula. Je ne crois pas que le livre soit fondamentalement réactionnaire, j'y vois juste une galerie de personnages qui me dérangent.
Un jour, peut-être, je recommencerai ce livre du début. Il y a de bonnes choses, je peux les voir, mais je ne les atteins pas et je le regrette un peu.
Ça n'était peut-être pas le moment et j'ai sans doute eu tort de me contraindre à arriver au bout.
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Polomarco
  31 décembre 2019
Allemagne, mai 1945.
Un homme marche dans la nuit, seul. Il revient de quatre années passées dans un camp de concentration. Il rejoint le château où il habitait avant la guerre et qui est désormais réquisitionné par les Américains. Dans la dépendance voisine, il retrouve ses deux frères, musiciens comme lui. Maintenant, il va devoir réapprendre à vivre.
Missa sine nomine est ainsi le roman d'une renaissance, à laquelle, comme souvent chez Ernst Wiechert, la nature va apporter une contribution primordiale : le marais, omniprésent, est le décor du roman, où il joue un rôle bienfaisant, voire purificateur. Le retour de ce frère qu'on croyait mort, Amédée von Liljecrona, va d'abord raviver la culpabilité de celui qui a fui pour sauver sa peau, Erasme. Mais Amédée ne lui en tient pas rigueur, tout attaché à reprendre goût à la vie, lentement, en quête de "la patience et la foi des saints". Le rythme du roman est donc lent. Quand on revient des "portes de l'enfer", on a par ailleurs appris une vraie leçon de vie. Beaucoup de phrases ont donc la substance de la sagesse. De belles réflexions sur la vie, la mort, l'amour, la haine, le pardon, le temps, le destin, ou encore la richesse, irriguent cette oeuvre peu commune. Une tonalité religieuse, aussi, contribue à la faire sortir du lot : outre des références bibliques, le personnage de Christophe, le fidèle cocher des trois frères, dont l'étymologie signifie "celui qui porte le Christ".
Ayant beaucoup aimé, du même auteur, Les enfants Jérômine et L'enfant élu, j'ai ouvert ce livre avec un a priori très favorable. Je reste un peu sur ma faim, même s'il comporte de très beaux passages. J'ai notamment eu du mal à comprendre parfois de quel frère il s'agissait. Par ailleurs, la combinaison d'une part de poésie et d'une part de rêve a été pour moi source de confusion, les choses étant souvent suggérées plutôt que clairement exprimées.
Missa sine nomine reste néanmoins une oeuvre majeure d'Ernst Wiechert, qu'il faut avoir lue, pour voir "se révéler non seulement la souffrance, l'horreur et la mort, mais aussi, ce qui comptait davantage, l'homme lui-même" (page 529).
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frandj
  03 février 2018
Ernst Wiechert (1887-1950) a été un écrivain célèbre en son temps. A présent on le lit très rarement, je pense. Pourtant il mérite encore notre estime, non seulement pour ses qualités d'écrivain, mais aussi parce qu'il a été interné à Buchenwald en 1938, en raison de ses convictions antinazies. Ce livre a été publié l'année de sa mort.
Ce long roman met en scène trois frères, Aegide, Erasme et Amédée Liljecrona, des aristocrates qui ont fui leur Prusse natale (conquise par l'Armée Rouge), après la fin de la seconde guerre mondiale. Erasme est officier à la retraite; Aegide gérait le domaine familial; et Amédée, complètement déboussolé, retrouve ses frères à sa sortie d'un camp de concentration. Après ces retrouvailles, qui se situent vers le début de ce livre, il ne se passe pas grand-chose. C'est un roman très lent, tout est retenu, plein de non-dits, dans une ambiance crépusculaire. Il y a beaucoup de descriptions et peu d'action. Les frères Liljecrona se complètent et se comprennent, mais communiquent avec parcimonie. En particulier, après son séjour en enfer, Amédée est un taiseux. Le monde émerge d'une guerre effroyable. Diverses horreurs sont évoquées, sans que l'on soit sûr qu'elles aient été toutes perpétrées par les Nazis. En fait, peu importe qui sont les responsables: c'est le Mal (métaphysique) qui a frappé toute l'humanité, les vainqueurs comme les vaincus. Tout ici est marqué par une morale de la souffrance assumée et de l'esprit de sacrifice. Ce n'est pas vraiment une surprise, car E. Wiechert a conservé jusqu'au bout les valeurs de son éducation chrétienne.
"Missa sine nomine" est un roman à l'ancienne, sombre, lent et dépouillé. Malgré mon préjugé favorable, je dois reconnaître que je me suis parfois ennuyé en lisant ce gros livre.
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   03 mai 2016
Le mince rais de lumière que la lune, sur son déclin, jetait par la petite fenêtre devint plus long et plus pâle. Il parcourut lentement le sol en terre battue puis atteignit le pied de la couche improvisée auprès de l'âtre. Là, il s'évanouit. Les deux frères restèrent les yeux tournés dans cette direction, même lorsqu'il n'y eut plus rien à voir, que la nuit de cette pièce plongée dans les ténèbres. Le silence était aussi grand que devant un mort gisant.
Erasme fut le premier à n'y plus tenir.
-- Tu ne dors pas, frère ? demanda-t-il.
-- Non, répondit Amédée, tout bas.
Leurs deux voix avaient, elles aussi, quelque chose d'irréel, dans l'obscurité de cette pièce, où aucun cœur ne semblait battre. Elles paraissaient sortir des profondeurs de cette terre, qui étalait son silence autour de la maison. C'étaient des voix comme on en entend la nuit, au-dessus des marais, des voix d'enlisés. Le voyageur attardé s'arrête alors pour prêter l'oreille, frissonnant sous la traînée de brouillard qui caresse le front.
p 35 édition Calmann Lévy septembre 1991
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nelly76nelly76   21 avril 2017
Et ce soir même, il avait saisi son archet, il avait joué, alors qu'un an plus tôt, il s' était contenté de refuser d'un geste.Et à présent, il était assis devant sa cheminée, les cheveux de cette fille reposaient sur ses genoux et, quand il les regardait , ses yeux ne les transperçaient plus, comme un simple miroir , ils les pénétraient jusqu'au coeur , et semblaient leur dire: 《 Soyez gais aussi longtemps qu'il nous est encore donné de l'être.》
Ses frères avaient ce qu'ils n'avaient pas encore possédé l'année précédente, un château ou un domaine, et une épouse qui attendait un enfant.Mais lui ne possédait rien de plus que cette chambrette, sous ce toit de roseaux le pain qu'il rompait, l'âtre qui le chauffait.Il possédait moins qu'eux , mais ii, était satisfait.Il voulait rester parmi eux et ne songeait plus à les quitter.Il était leur maître, comme il l'avait toujours été. Si l'un d'entre eux devait tendre la main pour implorer une aide ou un réconfort, c'était vers lui qu'il la tendrait.Il etait unphare dans leur ténèbres.
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nelly76nelly76   19 avril 2017
....
--Je les ai vus, murmura Amédée au bout d'un moment.C'etait une grande détresse que la leur, Jacob.
--Que signifie grand, que signifie petit, Monsieur le Comte? Il ne faut pas s' examiner avec un verre grossissant, Monsieur le Comte, il faut s' examiner avec une lunette comme en ont les soldats, en la tenant à l'envers, de manière à se voir aussi petit que si l'on était là-bas, derrière le marais, et tel que leDieu de justice nous voit, aussi petit que ça, Monsieur le Comte. ...
Et il ramassa par terre un brin d'herbe sèche , l'émietta entre ses ongles, en posa le fragment le plus petit sur sa main et souffla dessus comme sur un grain de poussière.
--Monsieur le Comte ne doit pas tant penser à lui, dit Jacob en se levant.Ni croire qu'il doit porter le poids des morts sur ses épaules; le Dieu de justice est là pour porter le poids des morts, et il n'a pas invité M.le Comte, ni moi, à l'aider.
Il soulève sa calotte et s' incline.
--Monsieur le Comte m'excusera, Dit-il poliment, de lui parler comme à un égal.
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nelly76nelly76   17 avril 2017
Ils avaient choisi choisi un passage très lent et très solennel de Mozart et ce fut pour tous les auditeurs un spectacle inoubliable que celui des trois frères assis sur l'estrade, devant leurs pupitres surmontés de bougies, dont la lumière tombait sur leurs visages minces et graves.Ils n'avaient pas regardé leurs partitions; sans se voir, leurs yeux s' étaient tournés vers un lointain, qui devait être peuplé de visions muettes, celles du destin. Ils avaient une manière à eux de tirer l'archet sur les cordes et de s' offrir mutuellement cette mélodie simple et grave, qui semblait tissée de fils d'or et qui se défaisait pour se renouer de nouveau.Une manière à eux d'écouter leurs instruments, mais sans changer d'attitude, comme pour rendre simplement ce qu'une voix lointaine leur soufflait, de présenter leurs vies parallèles et unies avec autant de naturel que tous les jours ,avec cet air distant, derrière lequel ils se retranchaient toujours du reste du monde.On eût dit qu'il émanait d'eux un charme qui agissait sur toute la salle, sur le coeur le plus banal, le plus vulgaire, car chacun sentait que ce n'était pas seulement la mélodie du grand défunt qui le prenait dans ses lacs, mais la pureté et le naturel de ces jeunes âmes qui le bouleversaient. Leur vie était aussi étrange et singulière que l'avaient été l'existence et la fin de leur père, mais elle était à l'abri de la curiosité et de la raillerie car ils se présentaient comme un triptyque d'église, et la main qui avait peint ces figures ne pouvait être qu'une main pieuse.
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nelly76nelly76   23 avril 2017
...Amédée se leva en souriant et posa des partitions sur le pupitre.
--Cela me ferait plaisir , dit-il , de jouer avec vous 《l'ultime》.
Ses frères le regardèrent , puis ils obéirent. Ils se rappelaient tous deux ce que l'《 ultime》 désignait dans leur langage.Il y avait plus de dix ans qu'ils ne l'avaient joué.
L'《 ultime》 était le larghetto du dernier concerto pour piano écrit par Mozart. Amédée l'avait transposé pour leurs instruments. Ce n'était qu'un moyen de fortune , mais il lui avait semblé que ce qui était immortel restait immortel, même si on ne le jouait que sur une feuille de tilleul.
A ses yeux c'était la suprême réussite d'un homme que le doigt de Dieu avait touché. Ou d'un homme qui essaie de parler tout bas avec son Dieu.Cela ne pouvait s' écrire que lorsqu'on croyait voir pour la dernière fois le soleil couchant, sous les premières ombres des dernières ténèbres, mais il fallait que la rougeur du soir fût plus forte que l'ombre.
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