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EAN : 9791041414734
240 pages
Points (08/03/2024)
3.85/5   17 notes
Résumé :
L'historienne Annette Wieviorka, spécialiste émérite de la Shoah, est, en 1970, une jeune militante maoïste.

Dans l'enthousiasme de Mai 1968 et de la Révolution culturelle, les intellectuels français sont pris de passion pour la Chine communiste (dont Philippe Sollers, Julia Kristeva ou Roland Barthes, qui en rapportent des écrits fortement empreints d'idéologie). Avec son mari et son petit garçon, Annette Wieviorka s'installe pour deux ans à Canton ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Nous connaissons Annette Wieviorka pour ses travaux sur la Shoah sans parfois connaître la femme qui se dissimule derrière l'historienne. L'Écureuil de Chine, publié en 1979, abordait déjà ses années chinoises, mais désavouant ce livre qu'elle juge lucide tout en étant exhibitionniste – je ne l'ai pas lu – elle revient ici sur son expérience chinoise, avec un avant et un après : tout d'abord l'engagement à l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCml) cristallisé par Mai 1968 (elle a 20 ans), ensuite le militantisme aux Amitiés franco-chinoises, organisation chapeautée par le Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF).
Le chemin de Wieviorka mène d'une illusion, défendue envers et contre tout, à une renaissance, au prix d'une dépression et d'un suicide raté.
Tant qu'il s'agit de vivre le maoïsme dans la mouvance de l'extrême-gauche des années 68 et « de faire connaître au peuple de France les réalisations de la Chine « rouge », tout va bien, puis vient le moment de l'installation en Chine, avec époux et enfant, en 1974. Elle enseigne deux ans le français à l'Institut d'enseignement supérieur de Canton et fait partie des rares étrangers séjournant en Chine.
Dans l'enthousiasme face à l'émergence d'un monde nouveau se glissent peu à peu les doutes, réprimés par la chape idéologique environnante et l'autocensure. Quand le malaise se fait trop grand, Wieviorka redouble de démonstrations de fidélité au régime : vacances harassantes passées à visiter les réalisations de la société socialiste, participation aux travaux de terrassement dans l'agriculture ou travail à l'usine. Les rares Occidentaux de son entourage font assaut d'allégeance avec l'encadrement communiste et se jalousent devant les maigres manifestations de considération qui leur sont accordées. Quant aux Chinois, ils se tiennent à distance, renforçant le sentiment d'isolement et d'incompréhension.
J'ai dévoré ce livre, emportée par la sidération. J'ai eu l'impression de voir un noeud coulant se resserrer jour après jour sur le cou d'une jeune femme ne voulant pas trahir un engagement embrassé dans l'effervescence révolutionnaire des années soixante-huitardes. Aveuglement, oui. Tout en vouant un amour sincère à la Chine pauvre et rurale qu'elle a connue. Pas de reniement, mais un bilan sans appel sur sept années d'endoctrinement : « J'ai compris que ma trahison résidait dans cette volonté de s'enraciner au pays de la terre, de se fondre au pays de la multitude, là où le mot « Juif » même est inconnu. »
Je ne rentrerai pas dans la polémique de ce qui était connu ou su, à l'époque, du goulag chinois et des horreurs de la Révolution culturelle : Simon Leys avait publié en 1971 Les Habits neufs du président Mao, Ombres chinoises en 1974 et Images brisées en 1976. Comme le dit Wieviorka, « On se méfie d'eux (les sinologues), car ils sont porteurs d'une tare redoutable : ils savent généralement de quoi ils parlent, et la connaissance est ce qu'il y a de plus dangereux. »
« Ce récit au pays de ma mémoire est aussi une réflexion sur le devenir de la Chine aujourd'hui » annonce l'historienne. Je dois avouer que je ne l'ai pas vue, si ce n'est un constat sur la mise au pas de Hong Kong et le triste sort fait aux Ouïgours.
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Un livre remarquable d'un sincérité et d'une vérité troublantes. L'autrice est l'une des grandes historiennes de noter époque et elle est l'une des plus grandes spécialistes de la mémoire de la Shoah en France. Mais elle a eu un parcours totalement atypique que l'on découvre notamment grâce à ce livre qui nous conduit à la jeunesse d'Annette Wieviorka, tout d'abord dans un groupuscule maoïste, puis en Chine durant une paire d'années. Elle y découvre l'envers de son rêve et cela a constitué un sérieux antidote pour elle par la suite dans son travail sur la Shoah et les horreurs d'un autre régime totalitaire.
le livre, c'est à noter, est particulièrement bien écrit. On est à mi-chemin du livre d'histoire et d'un récit littéraire. Les portraits sont particulièrement réussis.
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La Chine, comme l'URSS en son temps, a exercé une fascination qu'on peut aujourd'hui avoir du mal à saisir. Une fois que le temps a passé, quand les cours d'histoire enseignent aux jeunes générations les purges, le goulag, la Grande famine, les méthodes de rééducation ou les séances d'autocritique et surtout les millions de victimes, il est bien difficile de comprendre comment de tels régimes purent être érigés en modèles. Aussi des récits tels que ceux publiés très récemment par Patrick Rotman, l'excellent Ivo & Jorge, ou ce témoignage de l'historienne Annette Wieviorka apportent de ce point de vue un éclairage extrêmement précieux.

Annette Wierviorka, qui est aujourd'hui directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la Shoah, avait environ 25 ans lorsqu'elle s'envola avec mari et enfant pour la Chine où ils passèrent deux ans, de 1974 à 1976. Elle relate les conditions dans lesquelles ils furent accueillis, comment ils vécurent - à la chinoise, mais selon tout de même des aménagements spécifiques et souvent appréciables ! -, son expérience de professeure de français, sa frustration d'être considérée toujours comme une étrangère et les relations qu'elle entretenait avec ses étudiants d'une part et avec les autres expatriés venus comme elle participer à ce gigantesque laboratoire de l'Homme nouveau. Elle évoque des souvenirs extrêmement précis, rendant son texte vivant et très accessible. Ce faisant, elle partage à la fois les attentes qu'elle avait alors, ses espoirs, son amour pour un peuple et un pays qu'elle apprenait à connaître, loin des discours idéologiques dont elle avait été nourrie.

Peu à peu, l'écart se creuse entre les dogmes et ce qu'elle découvre de la réalité du pays. En déroulant le fil des souvenirs qu'elle a longtemps préféré tenir à distance, elle exprime ce qu'elle n'avait alors pas pu reconnaître et révèle un processus de dessillement qui fut cause par la suite d'un épisode de dépression.

En lisant l'ouvrage de Patrick Rotman, on saisit parfaitement comment l'histoire de l'Europe de la première moitié du XXe siècle et la Seconde Guerre mondiale ont pu constituer le terreau d'une véritable ferveur pour le régime soviétique. En lisant celui d'Annette Wievorka, on comprend que les ressorts de l'engouement pour le régime chinois étaient d'une autre nature, plus intellectuelle, reposant exclusivement sur des postures idéologiques - auxquelles une minorité ne renonça d'ailleurs jamais. La recherche d'un monde plus juste est sans aucun doute le dénominateur commun de ces deux formes d'aveuglement qui déboucha d'un côté comme de l'autre sur un sentiment de culpabilité, une forme de désespoir pour les uns et un âpre cynisme pour d'autres…

Ces deux livres sortis quasiment en même temps, bien qu'ils soient extrêmement différents l'un de l'autre, me semblent constituer un excellent diptyque pour comprendre notre histoire récente : des lectures à recommander sans modération !
Lien : https://delphine-olympe.blog..
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Mes années chinoises: un parcours autobiographique passionnant où se lisent les années 1970-1980 et leurs difficultés. Années de l'après mai 68, - fin des utopies d'un socialisme à la française -, et qui accouchent violemment d''un monde placé sous le signe de la croissance économique et des 30 glorieuses.
Reste alors pour les jeunes étudiants à se raccrocher à ces modèles politiques qui semblent continuer cette longue quête historique de justice sociale; le modèle chinois en est l'incarnation pour certains, bien loin des contradictions vécues en France.
Soutenir la révolution chinoise, c'est donc un peu se fondre dans ce pays inconnu, et s'oublier dans un destin quasi-historique. sauf que la vie ne marche pas comme ça et qu'Annette W. découvre à la fois les contradictions inhérentes au modèle totalitaire chinois et ses propres faiblesses.
Ce livre, c'est pour moi la peinture impressionnante d'une Chine qu'elle a beaucoup aimée ; - et l'exposé douloureux de ces années de découverte d'elle-même- et de son histoire.
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L'intérêt d'un tel récit est très limité. En effet à l'époque où l'auteur a séjourné en Chine, il était interdit aux étrangers d'avoir tout contact amical avec des locaux. Seuls les relations (limitées) de travail étaient autorisées. Il en est tout autrement du récit intitulé "Mémoires chinoises" de Jean Tuan chez C.L.C. Editions. L'auteur, de père chinois, a séjourné dès 1967 en Chine. Ses origines lui ont permis d'approcher au plus près les gens et d'échanger avec eux en toute liberté. Ses différents séjours jusqu'au début du XXIème siècle, lui ont permis de se "frotter" aux réalités chinoises et de rapporter un témoignage unique. Une version revue et augmentée sortira ce printemps sous le titre "Un siècle chinois". Gageons qu'elle sera encore plus intéressante que la première.
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critiques presse (4)
LePoint
06 avril 2021
Dans un récit autobiographique, l’historienne revient sur la passion que lui a inspirée la Chine dans les années 1970. L’occasion d’un examen de conscience.
Lire la critique sur le site : LePoint
SudOuestPresse
18 mars 2021
L’historienne revient sur ses années maoïstes, ses séjours en Chine dans les années 1970, et les raisons de son aveuglement sur la réalité du totalitarisme chinois.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
LeMonde
15 mars 2021
Dans un retour critique sur son passé maoïste, l’historienne, spécialiste de la Shoah et de la Résistance, fait le récit d’un séjour en Chine au milieu des années 1970, entre aveuglement et désillusion.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LesInrocks
09 mars 2021
Une mise en lumière des vices de l’aveuglement idéologique, toujours d’actualité.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
C'est par l'écriture, en produisant un nouveau récit de mes années chinoises qui fait retour sur le premier, l'intègre, le dépasse, que je pourrai peut-être raccorder, au-delà du temps disparu, la jeune femme que j'étais à celle qui entre désormais dans la dernière ligne de sa vie. Qu'est-ce que la vérité d'une vie ? Est-elle à ce point erratique qu'on ne reconnaisse plus celle qu'on a été ? Comment reconstruire l'unité d'un moi au-delà de tant de ruptures, de bifurcations, sinon par le récit ? Il n'y aurait d'identité que narrative.
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[…] la vie quotidienne, quand elle n’est pas assurée, quand on a juste de quoi se nourrir, quand on s’entasse à quatre dans dix mètres carrés, engloutit une part substantielle de l’énergie et des aspirations, et que là où règne la nécessité, il manque déjà la liberté.
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Et le papier journal qui tenait lieu de papier hygiénique, avec la crainte que, par mégarde, il y eût une photo de Mao servant à un usage peu glorieux, ce qui attirerait immanquablement les pires ennuis.
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Il faut tout à la fois ressaisir l’air du temps et le mettre à distance. C’est ce que m’a appris mon métier d’historienne, surtout ma réflexion sur la figure du témoin.
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Vidéo de Annette Wieviorka
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+ Lire la suite
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