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EAN : 9791041412921
384 pages
Points (15/09/2023)
3.9/5   34 notes
Résumé :
A la suite du décès d'une tante sans descendance, Annette Wieviorka réfléchit aux traces laissées par tous les êtres disparus qui constituent sa famille, une famille juive malmenée par l'Histoire. Il y a le côté Wieviorka et le côté Perelman. Wolf, l'intellectuel yiddish précaire, et Chaskiel, le tailleur taiseux. L'un écrit, l'autre coud. Ils sont arrivés à Paris au début des années 1920, en provenance de Pologne.Leurs femmes, Hawa et Guitele, assument la vie matér... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Un tombeau est le monument funéraire qui rend hommage aux morts. Des morts, il en est beaucoup question dans cet ouvrage historique où Annette Wievorka présente différents membres de sa famille. Elle leur offre un tombeau de papier, car ils n'ont pas de sépulture, ce sont des morts sans corps et sans trace, disparus dans les fours crématoires des chambres à gaz du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.
Le tombeau est aussi un genre littéraire et poétique, un texte qui rend hommage, célèbre la mémoire, d'une personne décédée. Il est toujours important de faire oeuvre de mémoire, devoir de mémoire même, à propos des victimes de la Shoah. Et Annette Wievorka s'appuie sur une véritable méthode historique scientifique, interrogeant des sources – rapports administratifs, déclarations de naturalisation ou retrait de la nationalité, chiffres d'affaires d'entreprises… Elle recueille aussi des témoignages, ceux de ses proches survivants.
Le tombeau est aussi le sien propre, qu'elle prépare, avec un ton parfois crépusculaire lorsque perce le « Je » de la Narratrice qui évoque le contexte dans lequel elle écrit. Annette Wievorka commence son livre pendant le premier confinement de mars 2020, dans un Paris silencieux et déserté, et le termine alors que la guerre touche à nouveau l'Europe, l'Ukraine dont sont originaires plusieurs de ses ancêtres. Elle le dit, elle est plutôt âgée, et elle considère ce livre comme son dernier, son testament historique donc, puisqu'il conclut son travail de recherches mené depuis longtemps, au croisement des thématiques qui l'ont tant intéressée : la Shoah, la France de Vichy, les droits des femmes et les avortements clandestins, l'identité...
Cette oeuvre historique de grande érudition – il n'y a pas de grande partie contexte, le lecteur est présupposé avoir des connaissances sur la Seconde Guerre Mondiale, les totalitarismes et l'antisémitisme, est aussi une oeuvre littéraire. le texte est ainsi une galerie de portraits. Un portrait de Paris d'abord, mais le Paris particulier, celui des des immigrés juifs d'Europe de l'Est qui reconstituent une partie du « yiddishland » au coeur du Marais, avec ses appartements insalubres, ses petits restaurants, ses artisans du cuir ou du textile comme le grand-père maternel de l'autrice, ainsi que ses poètes, musiciens, intellectuels, de langue yiddish, comme son autre grand-père, formidable conteur. Oui, ce sont aussi des portraits d'hommes et de femmes admirables tous de courage, de solidarité, de débrouille aussi. Ces deux grands-pères, et les grands-mères, font tenir leur famille par leur amour.
Le contexte est certes difficile - surtout après avoir lu en quelques semaines Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon et Les Exportés de Sonia Devillers qui évoquent aussi l'antisémitisme et le génocide, mais l'oeuvre procède tout à la fois de la recherche historique, de la mémoire, et de l'émotion familiale personnelle, ce qui en fait l'originalité et la force.
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Cette « autobiographie » d'une famille s'étend sur trois génération : celle des grands-parents de l'auteure, celle de ses parents et très ponctuellement la sienne.Annette Wieviorka mène l'enquête. Ses grands parents paternels et maternels sont tous d'origine juive polonaise. Tous émigrent en France dans les années 20 pour échapper à l'antisémitisme ambiant. Ils s'efforcent tant bien que mal de s'intégrer et de conserver et vivre leur culture ashkénaze fondée sur le yiddish. Tout ceci dans la pauvreté. Quand la guerre survient ils vivront les persécutions et les rafles, devront se réfugier en zone libre, certains seront déportés et ne reviendront pas. Avec la dernière génération, celle de l'auteure, pleinement intégrée, la culture ashkenaze et le yiddish auront quasiment disparu, ne restera qu'un attachement symbolique à la judéité. Elle s'attachera à ne pas oublier et à expliquer le drame de la Shoah.
Il y a dans ce livre une attachante galerie de portraits, un tableau affûté et très documenté de la communauté immigrée ashkénaze confrontée avec courage aux drames de l'Histoire, et qui, au bout du compte et malgré tous les écueils et les trahisons, se trouve aujourd'hui pleinement intégrée dans la nation française.
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C'est un livre témoignage, ou la biographie des deux lignées paternelle et maternelle de l'auteure. L'aboutissement d'une recherche colossale parmi les récits familiaux (quelques photos et documents rescapés), et les informations puisées dans les archives qui l'ont menée un peu partout en France (dont les fonds de Moscou p88), en Europe de l'Est, surtout en Pologne d'où sont originaires ses ancêtres.
Son père : Aby Wieviorka né à Amsterdam en 1921, naturalisé français en 1963 (trotskiste), mort à Paris en 1991. Fils de Wolf Wieviorka (écrivain, journaliste, non communiste, écrit en Yiddish) né à Zyrardow en Pologne en 1896, mort à Auschwitz en 1945 et de Rosa Feldman née à Meozy en Pologne en 1897, morte à Auschwitz en 1943.
Sa mère : Rachel Perelman née à Paris en 1925, de Chaskiel Perelman (tailleur), né en 1890 à Kotsk en Pologne, mort à Paris en 1988 et de Chawa Beckerkuntz, née à Varsovie en 1900, morte à Saint Jean-des-vignes en 1942.
Le contenu est dense et il est parfois difficile de suivre le cheminement de ses personnages dans leurs déplacements depuis le début du XXème siècle, de leur Pologne natale jusqu'à Paris, puis à partir de 1941-1942, sur les routes de France vers la zone libre à Nice, qui fut pour bon nombre d'entre eux la porte d'entrée à Auschwitz, ou la Suisse pour les plus clairvoyants, jeunes et chanceux. Malgré ce foisonnement de détails, l'écriture est agréable, l'historienne se fait « vulgarisatrice ». Il est cependant difficile d'écrire un résumé succinct de son ouvrage, sinon la féliciter pour la qualité de son travail de recherche et de mise en page des informations recueillies. Elle rend un poignant hommage posthume à ses chers disparus et à ceux encore vivants pour leurs participations à différentes actions de résistance et de mémoire du passé.
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Nous devrions toutes et tous lire "Tombeaux" d'Annette Wiovorka. La grande historienne se penche avec humilité et énormément d'affection sur l'histoire de sa famille et dresse un portrait et offre une sépulture (un tombeau, donc) aux membres de sa famille qui ont disparu, assassinés par les nazis à Auschwitz, ou qui sont morts plus tard sans descendance. Et au travers de ce récit passionnant, foisonnant, à l'écriture subtile et naturelle, se déplie l'histoire de tout un peuple dont on perd dramatiquement la trace.
Que "Tombeaux" entre dans les lecture des collèges et lycées aux côtés de Charlotte Delbo, Primo Levi ou Patrick Modiano.
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Historienne mondialement reconnue pour ses travaux sur la Shoah, Annette Wieviorka s'attache pour la première fois à enquêter sur sa famille.
Le décès d'une tante sans descendance est le déclencheur d'une longue et difficile recherche sur les branches familiales paternelles et maternelles. Les intellectuels et les artisans.
Plongée dans les archives publiques ou privées, dans les récits et la mémoire de ses proches, l'historienne travaille avec toute sa rigueur scientifique, teintée pour la première fois d'une émotion toute personnelle, pour redonner vie à celles et ceux que l'histoire a consumé.
Quitter son pays natal, trouver sa place dans un pays inconnu, traverser le chaos politique des années 1930, vivre ou rejeter sa judéité ou encore trouver des solutions dangereuses à des grossesses non voulues. C'est autant de choix et de drames personnels qui rendent compte d'une époque.
Avec talent et distance, mais pas sans émotion, ni humour, l'autrice rend hommage à ses morts. En mettant en lumière ces fantômes oubliés de tous, elle transforme leurs tombeaux en le plus beau des hommages.
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critiques presse (1)
NonFiction
08 novembre 2022
C’est un très beau livre, un livre vrai qui est à la fois un récit autobiographique et le fruit d’un vaste travail de recherches et de la reconstitution de destins engloutis par la Shoah, mené avec une grande maîtrise d’historienne et un vrai talent de conteuse. C’est un livre qu’on lit d’une traite avec une sorte de ferveur
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
J'ai commencé à écrire ce récit, auquel je pensais depuis des dizaines d'années, sous le signe du COVID : confinement, couvre-feu, masques, pass sanitaire. La pandémie m'avait donné un sentiment d'urgence : il fallait le terminer avant de disparaître. Ce serait mon dernier livre. Un écrit-testamentaire. Mes tombeaux et mon tombeau. Je le terminé alors que la guerre fait rage en Ukraine. Elle manque de m'en détourner. Cette guerre au coeur de l'Europe, que la réthorique poutienne - nazis, génocide, pogroms... - ramène autemps de la Seconde Guerre Mondiale, frappe de dérision mon entreprise de redonner vie aux miens et risque de me paralyser. Je lis pendant des heures la presse et regarde la télévision. Sur les cartes, les noms des lieux que j'ai visités par le passé, certains qui évoquent l'histoire de ma famille, comme Kiev (aujourd'hui Kyiv) où se deroulère t les obsèques nationales de mon grand-père Avrom Wievorka, ou Odessa où vécut Roger après sa libération d'Auschwitz.
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Wolf Wieviorka était un conteur, pas un théoricien. Ses conceptions s’incarnent dans de multiples personnages au travers de leurs histoires. Mais il a écrit deux textes parus dans le Parizer Haynt, dont fâcheusement je n’ai pas noté la date, probablement début 1939, et qui exposent de façon limpide sa vision du judaïsme. Elle est d’une grande netteté. « Il s’agit, écrit-il, d’avoir le courage de voir que les Juifs ont signé, avant leur émancipation qu’ils ont obtenue il y a cent trente ans, une traite qu’ils n’auraient pu honorer, quelqu’un fût leur désir. Cette traite, c’était de disparaître en tant que nation. Ainsi, ils se fondraient dans la nation. C’est ce que pensaient les amis des Juifs, tandis que les ennemis clamaient qu’ils ne cesseraient d’être un peuple à part. Nous étions d’accord avec nos amis, et non avec nos ennemis. Mais il s’est avéré que la vérité était du côté de nos ennemis. Les Juifs n’avaient pas l’intention de disparaître en tant que peuple en échange du droit de vivre comme des hommes. » Il faut « avoir le courage de dire que nous ne pouvons être entièrement goys. Et quand le monde reviendra à lui et réintégrera dans la société humaine le peuple juif, il prendra la peine de nous accueillir en son sein comme juif, comme le peuple qui a eu l’audace de mener une existence culturelle propre et indépendante sans avoir de pays à lui. Il comprendra que notre gloire nationale n’est pas d’avoir engendré Spinoza, Karl Marx, Einstein ou Freud mais Mendele, Peretz, Sholem Aleikhem, Shalom Ash, c’est-à-dire ce qui a été créé dans notre isolement national, ce qui nous donne une existence légitime dans le concert des nations. Notre seule volonté d’exister nous donne le droit d’exister ».
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Aby et Méni avaient été baignés dans cette culture qu'ils connaissaient si bien. Elle prit fin avec eux. Dans ma famille, comme dans celle de mes cousins, même si nous étions de toute évidence juifs, rien ne nous fut transmis. Nous n'avons célébré aucune des fêtes juives dont nous ignorions tout. Nous n'avons jamais mis les pieds dans une synagogue, ou exceptionnellement. Nous avons été dotés de prénoms français. Sans que ce fût un projet consciemment exprimé, tout dans notre éducation a contribué à faire de nous de bons Français, bien intégré dans la société.
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Tout l’enseignement était fait pour intégrer les enfants à la France. La phrase de Heine, « tout homme a deux patries, la sienne et la France » était répétée comme un mantra. Les enfants devaient devenir « de bons Français de confession israélite ». Ils chantaient La Marseillaise, le Chant du départ. Il fallait être très patriote.
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Aby envisage-t-il l'émigration des Juifs en Palestine ? Le 2 février 1945, dans son article "La solution sioniste, Palestine ou terre d'adoption", il s'en explique. Ses positions, là encore, sont celles de son père. La Palestine ne pourra jamais contenir tous les Juifs; les arabes ont autant de droits sur cette terre que les Juifs. "Pour nous qui vivons en France, qui avons lutté et combattu dans la Résistance et les maquis, qui sommes attachés à ce pays dans lequel nous avons été élevés, dont nous avons reçu l'enseignement et assimilé la culture, il est intolérable de penser que nous pourrions être considérés comme citoyens d'un autre pays qui nous est totalement étranger." Et d'affirmer que les Juifs doivent avoir les droits des citoyens et bénéficier d'une autonomie culturelle. Il reprend: "Le problème Juif, comme le problème de tous les exploités, ne se résoudra pas par la création d'un état Juif en Palestine." Il sera résolu par le socialisme.
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Vidéo de Annette Wieviorka
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