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ISBN : 207046976X
Éditeur : Gallimard (29/11/2018)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 144 notes)
Résumé :
A la fin du XIXe siècle, le mythe de Salomé suscite chez les artistes une fascination à nulle autre pareille : la princesse de Judée, qui incarne la femme " naturelle, c'est-à-dire abominable " selon le mot de Baudelaire, devient une figure majeure de l'imaginaire décadent, inspirant indifféremment peintres, poètes et romanciers.

De cette danseuse fatale, Wilde donna dans Salomé (1893) l'une des interprétations les plus marquantes de l'histoire de la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Iboo
  30 juin 2017
On peut s'interroger sur les raisons qui ont fait que la mauvaise élève - classée "fumiste patentée" par l'ensemble de ses professeurs - soit devenue une sexagénaire studieuse et avide de savoir. Je crois bien que c'est une question de caractère, de sale caractère : j'étais contrainte, donc je ne le faisais pas. Maintenant que l'on ne me demande plus rien, je me sens libre d'apprendre ce que je veux, quand je le veux. Et ma curiosité est insatiable.
Il n'empêche que la volonté ne suffit pas à une juste appréciation de la dimension de certaines oeuvres. Il est donc essentiel d'avoir conscience de nos lacunes, et de les combler, du moins en partie, avant de se prononcer sur ce que l'on vient de lire.
Vous ne m'en voudrez donc pas si je partage avec vous le fruit de mes recherches. D'autant que rien ne vous oblige à me lire, nous sommes bien d'accord.
Le personnage à m'avoir fortement interpellée par ses déclarations est le prophète Iokanaan. Je le cite :
"N'approchez pas, fille de Sodome, mais couvrez votre visage avec un voile, et mettez des cendres sur votre tête, et allez dans le désert chercher le fils de l'Homme."
"Arrière, fille de Babylone ! C'est par la femme que le mal est entré dans le monde. Ne me parlez pas. Je ne veux pas écouter. Je n'écoute que les paroles du Seigneur."
"Ah ! L'impudique ! La prostituée ! Ah ! La fille de Babylone avec ses yeux d'or et ses paupières dorées ! Voici ce que dit le Seigneur Dieu. Faites venir contre elle une multitude d'hommes. Que le peuple prenne des pierres et la lapide."
Bien que n'étant pas experte sur le sujet, il ne me semblait pas que c'était là le message de Jésus de Nazareth dont Iokanaan se revendique.
Mes recherches m'ont donc révélé que Iokanaan n'est autre que Jean le Baptiste, personnage des religions chrétienne et musulmane connu respectivement sous les noms de saint Jean Baptiste ou saint Jean Prodrome (le « précurseur »). Il fut prédicateur en Judée au temps de Jésus de Nazareth.
L'audience de ce prophète apocalyptique n'a cessé de croître, au point de susciter la réaction d'Hérode Antipas, qui, le voyant rassembler ses partisans, craint qu'il ne suscite une révolution. Flavius Josèphe mentionne l'exécution de Jean Baptiste sur l'ordre d'Antipas, dans le contexte d'un conflit de succession au sujet de la tétrarchie. Dans les évangiles synoptiques, le Baptiste est mis à mort pour avoir critiqué le mariage d'Antipas avec Hérodiade.
La religion mandéenne en fait son prophète principal. Il est considéré par l'islam comme un prophète descendant de Îmran.
Fort de cela, les choses me sont apparues beaucoup plus claires.
Dans son étude, Franck Pierobon avance l'idée que le personnage principal de cette tragédie n'est pas salomé mais Hérode. Et, comme je suis incompétente à développer avec autant de justesse et de précision, je vais me permettre de le citer :
" Il est nécessaire d'explorer les caractéristiques des trois personnages de la pièce : Salomé, Iokanaan et Hérode.
Dans l'imaginaire du XIXe siècle, salomé est tragique au sens où elle s'éloigne de l'humain, elle incarne le désir à l'état pur — le désirable : c'est un corps humain qui se sait désiré et désire l'être. À l'inverse Iokanaan refuse de s'incarner. La pièce joue essentiellement sur cette dichotomie entre Iokanaan, homme juif, voix de Dieu et de la conscience, incarnant la parole, et Salomé, femme hellénistique, incarnée, image du désir, voix de son propre désir. Face à ces deux types, Hérode fait figure de héros car il est humain et souffre, seul, sans Dieu, lié aux autres. Seul personnage dont la parole soit performative car il est roi.
La question de l'incarnation souligne les discordances. Iokanaan ne veut pas s'incarner, Salomé n'est qu'incarnée. Dans le traitement qu'en fait Wilde, l'incarnation réunit la question du corps, de la visibilité, et du regard.
Autre enjeu développé par la pièce, Salomé, fille vierge, beauté qui désire (comme le ferait un homme), veut être reconnue comme femme et comme être singulier, comme individu. Comme l'homosexuel, elle cumule les genres féminin et masculin.
Salomé est à la fois la désirabilité et le désir (actif et passif).
Salomé qui devrait, en tant que femme, en tant qu'incarnation dionysiaque de la beauté, être du côté passif, de ce qui s'offre au regard et au désir, transgresse son état en éprouvant du désir et en décidant selon lui. le regard d'Iokanaan serait une rédemption pour elle mais signifierait l'incarnation pour lui.
Hérode apparaît alors comme le personnage principal : il écoute Iokanaan, regarde Salomé, n'agit pas et cependant les fait tuer. Il détient le pouvoir et l'incarne. À la suite de cette incarnation, il doit survivre à la perte de la voix sainte, et de la beauté divine.
Comme Hérode, Wilde fait face à un paradoxe : l'esthétique catholique l'attire, mais la morale catholique le rejette.
C'est ainsi qu'Oscar Wilde ne peut que se reconnaître mimétiquement dans le Christ et plus exactement dans la figure du réprouvé, honteux et glorieux, bestial et divin, acteur du théâtre mondain et auteur d'une oeuvre qui lui fait miroir, mais il ne peut achever de s'y reconnaître qu'au delà de la mort symbolique, dans sa propre passion, dont son propre procès sera comme le décalque."
Je vous demande humblement pardon d'avoir emprunté le travail d'un autre pour rédiger ce billet mais il faut savoir reconnaître les limites de ses compétences et, n'en ayant aucune en matière de tragédie antique, j'ai préféré m'effacer afin de vous proposer une analyse à la hauteur de l'oeuvre De Wilde.
Voilà, voilà... Je ne sais pas ce que vous en pensez mais si j'avais fait l'effort de rendre un tel devoir alors que j'étais encore écolière, peut-être aurais-je pu envisager la Fac au lieu d'enquiller une brillante carrière de smicarde à 16 ans à peine.
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Musardise
  03 août 2017
Salomé, en voilà une drôle de pièce... Elle se repaît des thématiques symbolistes de l'époque, si bien évoquées par Félicien Rops et Alfred Kubin, entre autres. Et par "entre autres", j'entends évidemment Aubrey Beardsley, qui fut apparenté aux Préraphaélites, à l'Art Nouveau, au symbolisme et à l'Aesthetic Movement (donc, là, j'ai perdu les 3/4 de mon lectorat, au vu de la réaction de mon copain à qui je suis en train de lire la critique à haute voix...) Ayant précisément dégotté une publication de salomé parue chez Ombres et agrémentée des dessins réalisés par Bearsdley pour l'édition anglaise originale (la pièce ayant été écrite en français), j'ai pris, je l'avoue, davantage de plaisir aux illustrations qu'au texte.
Car salomé est tout de même une pièce bizarrement fichue. Un seul acte, une seule scène, un seul décor (Racine en aurait pâli d'envie !) Débutant dans un style très emphatique, avec des répliques répétées à l'envi, - Wilde ayant sans doute essayé d'imiter les maîtres du genre comme Maeterlinck -, la tragédie est d'abord centrée sur le personnage de salomé, au moment où elle voit le prophète Iokanaan pour la première fois et qu'elle se prend d'une passion fatale pour lui. Entrent Hérode et Hérodias et alors, très rapidement, c'est bien Hérode qui devient le personnage central d'une pièce qui mêle soudain et bizarrement humour - à la Wilde - et tragédie. On reverra salomé à la fin, qui, sur une promesse bien malavisée d'Hérode, dansera pour lui (quoique ce passage ne soit pas du tout décrit), et recevra, malgré les protestations et les atermoiements du souverain, la tête de Iokanaan en récompense. Et mourra.
Alors oui, on retrouve en effet ici un thème typique du symbolisme, à savoir la femme fatale. Une femme effrayante (pour les artistes symbolistes, j'entends) à cause de ses appétits sexuels - et ce n'est pas par hasard que Iokanaan passe son temps à clamer qu'Hérodias, la mère de salomé, est une catin. Une femme toute puissante, puisqu'elle aura raison de tous les arguments d'Hérode pour obtenir la tête de Iokanaan, et en même temps vouée à la perdition ; pire, se perdant elle-même. Et, d'un autre côté, salomé n'est qu'une jeune fille pas vraiment innocente, mais encore bien naïve. Consciente de la concupiscence masculine, elle en joue parfois (avec le personnage du jeune Syrien) ou s'en effraie (Hérode la dégoûte), et découvre les émois d'une sexualité qui s'éveille, pour le coup, violemment. C'est là qu'on retrouve l'ambivalence si bien rendue par Kubin, qui représentait aussi bien des femmes sensuelles et terribles que des femmes terrorisées par la sexualité masculine. Et qu'on peut aussi penser à Puberté de Munch...
Mais enfin, cette thématique n'est pas suffisante en elle-même. Certes, Wilde développe un personnage qui n'est guère qu'évoqué dans La Bible, mais enfin, ce n'était pas nouveau en 1891, et il a d'ailleurs largement puisé son inspiration chez Gustave Moreau et d'autres(les représentations de salomé de Moreau ayant par ailleurs donné lieu à un célèbre passage de À rebours, de Huysmans, chef-d'oeuvre du symbolisme littéraire). Certes, Wilde use de jolies métaphores sur la Lune, mais tout cela est un peu lourd et sent l'artifice. Heureusement, les tirades finales de salomé, empreintes d'une poésie plus spontanée, sont réussies. Ce qui n'est pas, à mon avis, le cas de la pièce dans son ensemble, qui vaut plus comme témoignage de la prégnance du symbolisme à la fin du XIXème siècle que pour elle-même. On pourrait aussi ajouter que le théâtre n'est pas forcément le point fort De Wilde, mais, à tout prendre, je préfère L'importance d'être constant ou Un mari idéal à salomé.
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melusine1701
  20 janvier 2012
Salomé, c'est la fille d'Hérodiade, la nouvelle femme d'Hérode, le tétrarque de Galilée. Elle est belle, elle danse bien, elle charme. Dans un puits gardé, elle entends la voix de Iokanaan, emprisonné car il dit des choses bien dérageantes. Certains disent qu'il est le messie. Salomé veut le voir. Et malgré les réticences des soldats, malgré les menaces de Iokanaan lui-même, malgr les horreurs qu'il prophère et dont tout le monde dit qu'elles concernent Hérodiade la mère de Salomé, elle veut le voir, lui parler, l'embrasser. Il se refuse. Arrivent alors Hérode et Hérodiade. Hérode qui dévore des yeux sa belle-fille, ce que ne cesse de lui reprocher sa femme. Il la supplie alors de danser pour lui. A n'importe quel prix.
L'épisode biblique est extrêmement connu. Mais Oscar Wilde a dissimulé l'identité du prophète Saint-Jean Baptiste en lui donnant son nom hébreu. La tradition catholique est donc soigneusement éloignée, et le personnage lui-même apparaît comme presque fou, un peu inquiétant, illuminé, hors du monde. Mais ce qui m'a surtout surprise, c'est le personnage de Salomé, étonnamment travaillé. On connaît la lubricité d'Hérode, on connaît la cruauté d'Hérodiade qui souhaitait la mort du prophète. On suppose même que c'est pour aller dans le sens de sa mère que Salomé va demander sa tête. Là, elle devient manipulatrice. Elle tente de séduire le prophète, de le soumettre par le charme comme par les insultes et c'est parce qu'il lui refuse son baiser qu'elle le condamne. C'est de son propre chef qu'elle décide de demander la tête de Jean-Baptiste, dans une scène implacable où Hérode dépose à plusieurs reprises toutes les richesses du monde aux pieds de Salomé en la suppliant de demander autre chose, à quoi elle répond, laconique et lancinante: "Je veux la tête de Iokanaan". Là où elle pouvait encore n'être que l'objet involontaire de tant de passion, Oscar Wilde en fait une femme fatale et dangereuse de son plein gré.
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Kenehan
  27 juillet 2014
Quand Oscar Wilde décide d'écrire dans la langue de Molière, cela donne "Salomé". Tragédie adaptant le mythe biblique de Salomé, sa brièveté n'en est pas moins l'occasion pour Wilde de créer, le temps d'une nuit, un cocktail de séduction, de sensualité, de sang, de manipulation, de vengeance, de désir...bref une pièce à ne pas louper !
Cette pièce a quelque chose de musicale en elle de par la présence de leitmotive. Ceux-ci résument parfaitement le statut de "femme fatale" que revêt Salomé. Elle en est même la quintessence.
Bien avant d'entrer sur scène, les hommes ne tarissent pas d'éloges sur sa beauté. Si les compliments pleuvent, ils n'en sont pas moins accompagnés d'un premier leitmotiv : "Il ne faut pas la regarder... Il peut arriver un malheur" qui préfigure déjà de la suite et sert d'avertissement.
Puis survient la rencontre entre une Salomé entreprenante et un Iokanaan farouche. Il en découle de nouveaux leitmotive : "Laisse-moi baiser ta bouche" et "Je baiserai ta bouche" qui sont autant de preuves d'un puissant désir, d'une obsession flagrante et d'une menace à peine voilée.
Enfin, Salomé use de ses armes, dont la toute puissance s'incarne en la fameuse "danse des sept voiles", pour obtenir ce qu'elle désir ardemment. Les supplications d'Hérode n'y changeront rien, Salomé est ferme : "Je vous demande la tête d'Iokanaan". D'une requête formalisée et polie, la demande de la princesse se métamorphose graduellement en un ordre implacable et froid :" Donnez-moi la tête d'Iokanaan", "Donne-moi la tête d'Iokanaan".
Que ce soit dans la structure du texte, le vocabulaire, le sens des répliques, les symboles, les actes, tout est agencé pour sublimer cette femme fatale. Un délice littéraire comme sait les composer Oscar Wilde.
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DrunkennessBooks
  16 août 2015
J'ai découvert Oscar Wilde au collège avec le Fantôme de Canterville. Depuis, je n'ai cessé d'aimer cet auteur pour ses oeuvres remarquables dont même les plus courtes marquent longuement l'esprit. salomé est une pièce de théâtre qui se déroule en un seul acte et qui met en scène l'épisode biblique de salomé.
Fille de la reine Hérodias, salomé demande à son beau-père le roi Hérode que lui soit apportée la tête du prophète Iokanaan.
Cette pièce de théâtre qui se veut courte est d'une intensité incroyable. Une fois plongée dedans, impossible d'en sortir jusqu'à l'issue fatale ! Avec salomé, Oscar Wilde nous livre une tragédie biblique violente. Incarnation de la femme fatale, salomé mènera à leur perte tous les hommes qui oseront la côtoyer. Dès le début, le lecteur sait comment l'histoire va se finir. Cela n'empêche pas d'être happé complètement par le récit dont l'intensité va crescendo jusqu'au dénouement final.
salomé est la femme fatale. Tout en elle n'est que passion destructrice. Sensuelle, séductrice mais aussi manipulatrice et avide de sang, salomé est l'incarnation même du péché. Rien ni personne ne pourra l'arrêter. Elle qui ne tolère aucun obstacle à ses désirs ne supportera pas le refus du prophète. En refusant de l'aimer, celui-ci vient de se condamner à mort. Malgré les mises en garde des soldats et de son beau-père, salomé ne souhaite qu'une chose : obtenir la tête d'Iokanaan en punition. Ignorant les mauvais présages qui ne cessent de se manifester, la princesse ne changera point d'avis. Piégeant son beau-père qui lui promet tout ce qu'elle désire à la condition qu'elle exécute la danse des sept voiles pour lui, salomé obtient ainsi la tête de celui qui l'obsède tant... Passionnée, c'est cette même passion pour la violence et le sang qui la mènera à sa perte.
Les personnages sont particulièrement travaillé. Iokanaan est l'un de ceux qui m'a le plus marquée. Si salomé apparaît comme une femme fatale maîtresse de sa vie mais esclave de ses passions, le prophète est quant à lui un homme rongé par la folie. Isolé pendant longtemps du monde en ayant été enfermé, celui-ci voue une haine farouche à la reine Hérodias, connue pour sa cruauté. En refusant les avances de salomé, l'homme se condamne irrémédiablement.
Le couple royal est tout aussi étonnant. Hérode est un roi lubrique qui ne peut s'empêcher de lorgner sur sa propre belle-fille, allant jusqu'à lui promettre la moitié de son royaume ne serait-ce que pour la voir danser un court instant. Hérodias, quant à elle, est particulièrement cruelle et assoiffée de sang et ne désire qu'une seule chose : la mort du prophète. Tous les personnages de cette pièce apparaissent ainsi comme viles et corrompus, esclaves de leurs passions. Aucun d'entre eux n'est attachant pourtant, je n'ai pu, à un moment donné, m'empêcher d'espérer qu'il y ait un espoir de rédemption pour salomé. Pourtant, le lecteur la sait condamnée dès les premières pages...
Oscar Wilde est un génie de la littérature et nous l'a prouvé encore une fois ici avec cette pièce écrite en français à l'origine et qui a fait beaucoup de bruit à l'époque. Il signe avec salomé une pièce d'une grande intensité qui a laissé son empreinte dans l'histoire du théâtre. Un classique incontournable !
Lien : http://drunkennessbooks.blog..
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   06 août 2017
Tu n'as pas voulu de moi, Iokanaan. Tu m'as rejetée. Tu m'as dit des choses infâmes. Tu m'as traitée comme une courtisane, comme une prostituée, moi, Salomé, fille d'Hérodias, princesse de Judée ! Eh bien, Iokanaan, moi je vis encore, mais toi, tu es mort et ta tête m'appartient. Je puis en faire ce que je veux. Je puis la jeter aux chiens et aux oiseaux de l'air. Ce que laisseront les chiens, les oiseaux de l'air le mangeront... Ah ! Iokanaan ! Iokanaan, tu as été le seul homme que j'aie aimé. Tous les autres hommes m'inspirent du dégoût. Mais toi, tu étais beau. Ton corps était une colonne d'ivoire sur un socle d'argent. C'était un jardin plein de colombes et de lys d'argent. C'était une tour d'argent ornée de boucliers d'ivoire. Il n'y avait rien au monde d'aussi blanc que ton corps. Il n'y avait rien au monde d'aussi noir que tes cheveux. Dans le monde tout entier, il n'y avait rien d'aussi rouge que ta bouche. Ta voix était un encensoir qui répandait d'étranges parfums et quand je te regardais, j’entendais une musique étrange ! Ah ! pourquoi ne m'as-tu pas regardée, Iokanaan ?
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Josepha_AnhJosepha_Anh   02 février 2013
Si tu m'avais vue, tu m'aurais aimée. Moi je t'ai vu, Iokanaan, et je t'ai aimé. Je t'aime encore, Iokanaan. Je n'aime que toi... J'ai soif de ta beauté. J'ai faim de ton corps. Et ni le vin ni les fruits ne peuvent apaiser mon désir. Que ferai-je, Iokanaan, maintenant ? Ni les fleuves ni les grandes eaux ne pourraient éteindre ma passion. J'étais une princesse, tu m'as dédaignée. J'étais une vierge, tu m'as déflorée. J'étais chaste, tu as rempli mes veines de feu... Ah ! ah ! pourquoi ne m'as-tu pas regardée, Iokanaan ? Si tu m'avais regardée, tu m'aurais aimée. Je sais bien que tu m'aurais aimée, et le mystère de l'amour est plus grand que le mystère de la mort. Il ne faut regarder que l'amour.
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MusardiseMusardise   04 août 2017
SECOND SOLDAT
Il s'est tué lui-même, Seigneur.
HÉRODE
Pourquoi ? Je l'ai fait capitaine !
SECOND SOLDAT
Nous ne savons pas, Seigneur. Mais il s'est tué lui-même.
HÉRODE
Cela me semble étrange. Je pensais qu'il n'y avait que les philosophes romains qui se tuaient. N'est-ce pas, Tigellin, que les philosophes à Rome se tuent ?
TIGELLIN
Il y en a qui se tuent, Seigneur. Ce sont les Stoïciens. Ce sont des gens très grossiers. Enfin, ce sont des gens très ridicules. Moi, je les trouve très ridicules.
HÉRODE
Moi aussi. C'est ridicule de se tuer.
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MusardiseMusardise   05 août 2017
SALOMÉ
Iokanaan ! Je suis amoureuse de ton corps. Ton corps est blanc comme le lys d'un pré que le faucheur n'a jamais fauché. Ton corps est blanc comme les neiges qui couchent sur les montagnes de Judée et descendent dans les vallées. Les roses du jardin de la reine d'Arabie ne sont pas aussi blanches que ton corps. Ni les roses du jardin de la reine d'Arabie, du jardin parfumé de la Reine d'Arabie, ni les pieds de l'aurore qui trépignent sur les feuilles, ni le sein de le Lune quand elle couche sur le sein de la mer... Il n' y a rien au monde d'aussi blanc que ton corps - Laisse-moi toucher ton corps !
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raynald66raynald66   06 décembre 2013
SALOMÉ (s'agenouillant)
Je veux qu'on m'apporte présentement dans un bassin d'argent...
HÉRODE (riant)
Dans un bassin d'argent ? mais oui, dans un bassin d'argent, certainement. Elle est charmante, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que vous voulez qu'on vous apporte dans un bassin d'argent, ma chère et belle Salomé, vous qui êtes la plus belle de toutes les filles de Judée ? Qu'est-ce que vous voulez qu'on vous apporte dans un bassin d'argent ? Dites-moi. Quoi que cela puisse être on vous le donnera. Mes trésors vous appartiennent. Qu'est-ce que c'est, Salomé.
SALOMÉ (se levant)
La tête d'Iokanaan.
HÉDODIAS.
Ah ! c'est bien dit, ma fille.
HÉRODE.
Non, non.
HÉRODIAS.
C'est bien dit, ma fille.
HÉRODE.
Non, non, Salomé. Vous ne me demandez pas cela. N'écoutez pas votre mère. Elle vous donne toujours de mauvais conseils. Il ne faut pas l'écouter.
SALOMÉ.
Je n'écoute pas ma mère. C'est pour mon propre plaisir que je demande la tête d'Iokanaan dans un bassin d'argent. Vous avez juré, Hérode. N'oubliez pas que vous avez juré.
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