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Critique de El_Gabier


El_Gabier
  09 janvier 2018
L'être parti, ne demeure plus que le vide. Un parfum vaporeux, une voix qui s'amenuise pour devenir qu'un vague murmure, quelques lambeaux de souvenirs. Des lieux amers, antres de fantômes, devenus musées des pleurs et des douleurs. Laurent n'est plus. Il a confié sa vie à une corde. Pas de lettre d'adieu, pas de message d'explication, juste des questions en suspend. Et Julia. Elle renaissait péniblement à une nouvelle désillusion. Il semblait fort comme le bois qu'il sculptait de ses mains, confiant en leur avenir. Sept mois pour le connaître, deux saisons pour revivre, et au final l'abandon, les interrogations. L'envie de le suivre, de survivre... « Je résistais à l'envie de traverser la rue sans regarder ou de m'étendre sur un rail. J'essayais de taire, dans un bruit blanc, ces deux questions qui m'habitaient. Qu'est-ce que je n'ai pas vu ? Qu'est-ce que j'ai fait ? ». de gueuler, de se battre contre tout, contre les pourquoi qui vous assaillent, contre ses murs vides qui vous crachent son absence, contre ses images qui figent un bonheur indécent aujourd'hui disparu. Contre « cette mort que l'on décide, que l'on choisit et qui laisse derrière nous un immense chaos ». La vie, la mort, une histoire à deux, une fin solitaire. Un seul pour affronter l'abîme, les troubles cyclothymiques. « Je navigue toujours entre le désespoir et l'envie de disparaître, mais il me vient parfois des explosions de rage. Qui me brûlent les joues. Qui me font ravaler une colère doublement muette. Qui me donnent envie de faire voler en éclats, à grands coups de hache, la table de la cuisine. Cette fureur me sauvera ». Se sauver c'est le combat du rescapé, retrouver le flot bouillonnant de la vie. « En arrivant près de la rivière, j'ai vu qu'elle coulait encore, malgré le départ de Laurent. Qu'elle ne s'était pas, comme moi, complètement asséchée ». le suicide, la mort ne sont que des intermèdes douloureux dans l'existence, un long escalator que l'on tenterait de gravir dans le mauvais sens. Une ascension lente et pénible dont l'aboutissement ne serait que plus magnifique. Là où vont les guêpes quand elle meurent relate ce cheminement, la lutte de la narratrice, le combat de Laurent pour survivre le plus longtemps possible. Les détresses que l'on ne peut voir, que l'on ne peut résoudre même en tendant les mains pour les sauver. Il est des fleurs qui renaissent au printemps et d'autres qui s'étiolent et meurent malgré l'affection et les soins qui les entourent. Pascale Wilhelmy met des mots simples sur ces moments difficiles, sur cette oppressante solitude, sur ces adieux interminables et l'angoisse d'une réponse qui ne viendra jamais. « Je lui ai dit : « Joyeux Noël, où que tu sois. » Puis, j'ai refermé le coffre et, avec lui, une année de tristesse, de remords et de questions qui resteraient sans réponse. Qu'est-ce que je n'ai pas vu ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Je ne le saurais jamais. de toute façon, ça ne changerait rien. »
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