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EAN : 9782264071743
336 pages
Éditeur : 10-18 (01/03/2018)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 174 notes)
Résumé :
Dans les années 1870, persuadé que seule la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort de Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage. Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve l’un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado. Will accepte de participer à... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  04 juillet 2020
Ce roman paru en 1960 se lit comme un anti western tellement John Williams a épuré les codes de ce genre. Il y a bien des hommes rugueux, des prostituées perdues dans un saloon miteux, du whisky bu sec, le cadre somptueux du Colorado ... mais c'est à peu près tout. Les Amérindiens, figures incontournables des westerns, sont ainsi évacués en une phrase.
Surtout, sans aucune bande-son hollywoodienne, l'intrigue en elle-même est resserrée sur une ligne très intimiste, quasi introspective, centrée sur un personnage principal en quête de sens à donner à sa vie. le jeune Will Andrews a fui Harvard et ses promesses d'une vie confortable, littéralement aimanté par l'Ouest sauvage. Il tente alors la grande aventure en partant dans une chasse aux bisons annoncée comme phénoménale avec trois hommes qui ont l'expérience de ces expéditions.
Et là encore, l'auteur propose une torsion de l'attendu, cette fois, du genre roman initiatique. Bien sûr, Andrews va devoir affronter une Nature déchaînée, la faim, la soif à rendre fou, le blizzard à la Jeremiah Johnson. Mais avant tout, ce sont ses fantasmes de régénération loin du monde qu'ils voient exploser à la confrontation de la réalité. C'est face à lui-même qu'il va se mesurer pour savoir ce qu'il a dans les tripes, dans le coeur et dans la tête pour se construire en tant qu'homme, sans dérobade possible.
« Il comprit qu'il n'avait pas fui parce qu'il était écoeuré par le sang, la puanteur et les entrailles visqueuses. Il comprit que ce qui l'avait rendu malade, c'était le choc de voir le bison, si fier et noble quelques moments auparavant, désormais nu et impuissant morceau de viande inerte qui se balançait, grotesque et moqueur, devant ses yeux, dépouillés de son identité, ou plutôt de l'identité qu'Andrews lui avait prêtée. Cette identité avait été tuée ; et Andrews avait senti dans ce meurtre la destruction de quelque chose en lui, auquel il ne parvenait pas à faire face. Voilà pourquoi il s'était détourné.
Encore une fois, dans l'obscurité, sa main se faufila hors des couvertures pour tâter son visage, étudiant le renflement froid et rêche du front, suivant le nez, effleurant les lèvres gercées frottant la barbe épaisse à la recherche de ses traits.
Lorsque le sommeil l'envahit, sa main reposait encore sur son visage. »
Butcher's crossing est un roman empli de scepticisme, profondément mélancolique et désenchanté. Pas un hasard si John Williams choisit de situer son roman dans les années 1870, un point de bascule pour l'Ouest, les gigantesques hardes de bisons ont déjà été décimées par exemple. Dans cet Ouest en pleine mutation, ce n'est pas le pouvoir rédempteur de la Nature virginale qui est mis en avant, c'est la Nature en tant qu'expérience transcendante qui va bouleverser Will , mais pas comme il le pensait.
Un western révisionniste au souffle intemporel et à la beauté singulière. La fin est très puissante tout étant une large part de projection et d'imaginaire au lecteur.
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Crossroads
  19 octobre 2016
Moi, des bisons, j'en connais qu'un.
Mais en des temps reculés, ils se comptaient, paraît-il, sur les doigts d'une famille polygame de mille-pattes, c'est dire le nombre de bestiaux au mètre carré, loi Carrez pour les puristes.
An de grâce les seventies de 1800.
Le jeune Will végète dans une vie de petit bourgeois qui lui pèse.
Seul remède à ses yeux, ne plus faire qu'un avec mère nature.
C'est avec son p'tit baluchon qu'il débarque donc à Butcher's Crossing, troisième corne d'auroch à droite, in the Kansas, pour tenter l'aventure de sa vie.
Se trouver un sens en oblitérant l'unique et l'interdit.
Le temps de se faire deux-trois connaissances de comptoir et le voilà à l'origine de la plus grande chasse de bisons jamais promise.
Une expédition épique, sous les ordres aguerris de Miller le chasseur qui voit en ce pubère mécène l'opportunité de toucher du flingue son rêve, décimer du bison jusqu'à l'overdose.
Pffffuiiiiiitttttt.
Ouais, je me rends bien compte que pour retranscrire le souffle épique d'un tel roman, je touche pas vraiment ma bille mais diantre, quelle aventure !
Butcher's Crossing est un western crépusculaire retraçant parfaitement la fin d'une époque.
Initiatique et sauvage, il vous confronte à la dure réalité des hommes de l'Ouest, grands pourfendeurs de Buffalo devant l'éternel.
La faim, le froid, les confins de la folie ne sont jamais très éloignés de ces bipèdes obstinés et coriaces, ultimes représentants d'une espèce en voie d'extinction.
Recette d'une chasse mémorable pour quatre personnes :
- Quatre personnes.
- Un troupal, heu, troupeau innombrable.
- Un fait de jeu inopportun qui viendra méchamment perturber nos protagonistes. Pas de raison qu'il n'y ait que les bisons qui en chient des ronds de chapeau.
- Un temps pourri que même Catherine Laborde elle a jamais vu ça en douze décennies de présentatrice météo.
Vous mixez le tout en vous laissant porter par la plume aussi précise qu'évocatrice d'un John Williams maîtrisant parfaitement son sujet.
Il serait étonnant que le plaisir de lecture ne soit pas au rendez-vous pour peu que vous soyez amateur d'aventure avec un H majuscule.
Puissamment addictif !
Merci à Babelio et aux éditions Piranha pour cette morsure salutaire.
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le_Bison
  25 mars 2020
Un nuage de poussière, les portes battantes d'un saloon, un homme seul au comptoir, une bière un bourbon, l'évocation d'un majestueux troupeau de bisons quelque part dans l'ouest sauvage... le tout dans les trente premières pages. Il y a même une putain qui regarde mon regard vide, au fond de la salle. C'est dire que je suis d'entrée plongé dans mon élément, la grande littérature de la conquête de l'ouest, parmi les trappeurs de castors, les chasseurs de bisons et les ivrognes qui ont perdu leur fortune autour de quelques bouteilles de whisky frelaté.
A Butcher's Crossing, patelin du Kansas couvert de poussière et de désespoir, je ne suis que de passage pour croiser la route d'un de ces vieux loups solitaires qui se souvient d'un troupeau de bisons de plusieurs milliers de têtes aperçu il y a une dizaine d'années. A quatre, quelques chevaux et deux boeufs pour tirer le chariot chargé de haricots secs, de poudre à fusils et de tonneaux remplis de whisky, ils partent au-delà des collines, au delà des rivières et des montagnes, vers les terres inconnues et les profondeurs de l'Ouest, un endroit encore à l'état sauvage, terre vierge des hommes, terre du bison solitaire. Ils affronteront la chaleur, la sécheresse, l'épuisement, puis le froid et la solitude de ces contrées hostiles. Ils ne se nourriront que de haricots blancs, de café bouilli et de quelques tasses de whisky. Ils tueront un bison, puis deux, puis cent, puis mille, puis plus encore, plus qu'il n'en faut, des peaux qui s'entassent, des kilos de chair qui pourrissent, quelques charognards qui rodent, la fin triste du bison.
La grande aventure, into the wild, l'ouest sauvage comme quand gamin, j'en rêvais déjà. Maintenant, des soleils se sont élevés, des lunes se sont enfuies, des saisons ont tourné les pages, ma jeunesse a trépassé. Devenu aussi vieux qu'un bison mort, j'en rêve encore du grand ouest, des santiags et d'un whisky poussiéreux qui râpe la gorge autant qu'une barbe de trois jours qui se frottent entre les cuisses d'une putain pétillante. C'est une grande expédition dont on ne ressort pas si indemne que ça (encore moins si on est un bison), bravant le froid, le sang et la chair en putréfaction.
Merci encore pour cette littérature de bisons morts. le massacre de bisons a encore de beaux jours dans la littérature américaine et d'un vieux bison aimant la littérature américaine.
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nadiouchka
  17 avril 2019
Vous voulez voir des bisons ? Eh bien, en passant par « Butcher's Crossing » de John Williams, c'est par centaines, par milliers que vous en verrez. Mais n'oublions pas que la traduction française de « butcher » est « boucher » Et là…. !
J'ai pu avoir cet ouvrage en poche et la photo de couverture, avec ce bison solitaire qui m'observait, m'a vraiment attirée. Je ne vais pas dire qu'il me « faisait de l'oeil », tout de même pas, mais il avait l'air d'attendre que je m'approche de lui, ce que j'ai fait tranquillement.
Si c'est le premier roman de John Williams, il a frappé fort avec du lourd. D'après Wikipédia (je n'aime pas trop le consulter mais ici j'espérais quelque chose d'intéressant sur ces grosses bêtes). Résultat : il existe deux espèces vivantes : le bison d'Europe et le bison d'Amérique du Nord. Cela m'a suffi.
Dans ce roman, c'est du véritable nature writing, de l'aventure, des paysages magnifiques, de la chasse jusqu'à n'en plus vouloir.
On suit le jeune William Andrews (Will), dans les années 1870, qui a décidé de quitter Harvard et de partir à l'aventure dans l'Ouest sauvage de l'Amérique, dans le Kansas, et le récit commence ainsi : « La diligence entre Ellsworth et Butcher's Crossing était une calèche adaptée au transport de passagers et de menu fret. (…) Butcher's Crossing, droit devant. » (p.11)
Il tente d'obtenir des contacts pour s'intégrer mais tout ce qu'on lui propose c'est un job de bureau tandis que lui répond : « Je suis venu voir du pays. Je veux en découvrir le plus possible. C'est important pour moi. » (p.29) « Il aspirait à retrouver la source et l'essence même du monde, un monde qui par peur semblait se détourner de sa source alors même que l'herbe de la prairie autour de lui plongeait ses racines fibreuses dans l'humidité sombre et riche, dans la nature sauvage, se régénérant ainsi année après année. » (p.28)
Il finit par tomber sur Miller (un chasseur expérimenté) qui lui propose, moyennant finances (of course), de monter une expédition à laquelle participeront aussi Charley Hodge (qui fera surtout la cuisine car il est handicapé) et Fred Schneider (un écorcheur averti). Miller s'entête à retourner dans un lieu plutôt méconnu où normalement des bisons pullulent. Malgré de nombreux déboires mais grâce à leur entêtement, ils vont affronter une nature d'abord agréable puis hostile.
Pour Will, cette vie est une grande nouveauté et il arrive à s'y faire tant bien que mal. Mais chemin faisant, ils ont beau aller de l'avant, de bisons, point. Malgré tout Miller s'acharne : avant (mais il y a combien d'années ?) il y avait de nombreux bisons, alors il faut les retrouver. Un point c'est tout !
« Au sixième jour de leur voyage, ils arrivèrent au bout de la piste de Smoky Hill. » (p.114) « La piste et la rivière tournent là, indiqua celui-ci. Elles se suivent jusqu'en Arkansas. On peut rester sur la piste pour être sûrs d'avoir suffisamment d'eau, mais on perdrait près d'une semaine de retard. » (p.115)
Victoire, enfin les voilà ces fameux bisons et « l'abattage » commence. Je ne trouve pas d'autre mot. C'est une vraie tuerie et les carabines chauffent. On entasse les peaux en énormes tas – on les protège car les jours et les mois passent. Mais tant qu'il y aura des bisons, Miller restera et peu importent les conditions de vie.
C'est d'ailleurs une question de survie avec pour toile de fond l'herbe verte des grandes plaines. Mais c'est aussi la transformation de Will qui, d'un mythe et demandeur d'aventure, se heurte de plein fouet à la réalité si cruelle. C'est un apprentissage à la dure et Dieu sait qu'il a mal partout…
Je dois dire aussi que c'est carrément du western tandis que la ruée vers l'Ouest a pris du plomb dans l'aile.
Les hommes vont donc se retrouver coupés du monde mais sans Miller, ils ne pourraient pas s'en sortir. Quant à Will, il garde confiance, il apprend tout doucement mais sûrement après quelques mésaventures.
John Williams a raconté cet appel à Dame Nature avec une écriture implacable. Il s'en tient aux émotions de Will et il ne faut pas oublier que la Nature est imprévisible (elle a ses caprices). Dans ce rythme de changement de saisons – de nombreux événements – on partage le quotidien de ces hommes, leurs doutes, leurs espoirs – on a faim et froid avec eux.
En lisant ce récit sauvage et passionnant, j'ai eu l'impression de voir défiler des scènes de western – d'entendre les coups de fusils – de voir ces bisons qui ne savent plus quoi faire quand ils perdent leur chef – de suivre le nouveau qui se détache du troupeau.
A présent, raconter comment se déroulent le dénouement et tout ce que j'ai tu volontairement, ce n'est pas possible. Par contre je peux vous révéler que c'est un suspense garanti jusqu'à la fin car, de retour à Butcher's Crossing, d'autres surprises attendent ces aventuriers qui sont devenus crasseux durant tous ces mois où ils n'ont guère pu se laver convenablement, puant le sang séché du bison, écoeurés d'en avoir fait leur principale nourriture…
On reste fasciné devant toutes les descriptions mais il ne faut pas oublier, non plus, que s'il reste si peu de bisons à présent, c'est bien la faute de l'Homme.
Alors, entre histoire magnifique et réflexions sur ce sujet, on garde tout de même la beauté du livre pour lequel Bret Easton Ellis a écrit : « … un lyrisme superbe et tout en retenue. La prose simple et élégante de Williams est enfin reconnue à sa juste valeur. »Et je rajoute que l'on se prend une grande claque durant la lecture : du nature writing certes, mais pas que… To be continued..
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lafilledepassage
  11 août 2019
Butcher's crossing, c'est littéralement le carrefour du boucher. Et en termes de boucherie, les amateurs d'hémoglobine seront gâtés. Âmes sensibles et amis des animaux, s'abstenir …
Butcher's crossing, c'est dans cette bourgade de l'Ouest américain qu'échouera le jeune Will, tout juste débarqué de Harvard. Butcher's crossing, ce sont quelques maisons le long d'une piste de sable et de poussière, avec un saloon, un hôtel et bien sûr un bordel où les chercheurs d'or et les chasseurs de bisons dépensent leur salaire.
Le jeune Will, gavé des écrits du poète transcendantaliste R.W. Emerson, gonflé à bloc de rousseauisme, empêtré encore dans l'innocence de l'enfance, et pétri aussi de puritanisme (on est aux Etats-Unis quand même), veut vivre en symbiose avec la nature inviolée, trouver sa véritable nature profonde (ça sonne presque comme une promesse New Age avant l'heure, le roman datant de 1960), et rencontrer le monde sauvage. Il va être servi, le gamin.
Bon c'est très bien écrit. Tout est fluide, calculé au millimètre près, sans accrocs, et on est très vite emporté par l'histoire et les personnages. Une mention spéciale pour ce Miller, une espèce de fou sanguinaire, obsédé par la chasse, exterminateur hors pair, qui s'enfermera au fil des pages de plus en plus dans son silence et dans sa folie.
Au fil du roman, les motivations de Will deviendront de plus en plus obscures, comme dénaturées par l'épreuve de la vie, par l'expérience partagée avec les aventuriers du Far West.
Le roman se termine par un triste constat: «Il ne savait pas où il allait ; sa destination lui viendrait à l'esprit plus tard dans la journée. Dans son dos, il sentit le soleil se lever lentement et l'air devenir palpable. ». Frustrant, cynique mais … cruellement universel. Et nous, où allons-nous ?
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Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   19 février 2020
A l’automne soixante-trois, je posais des pièges à Castor dans le Colorado. Charley avait perdu sa main l’année d’avant, il était à Denver à ce moment-là, pas avec moi. Les castors avaient pas encore fait leur fourrure, alors j’ai laissé mes pièges près du torrent où je m’étais installé et j’ai emmené ma mule dans les montagnes ; j’espérais attraper quelques ours. On m’avait dit que leur peau était bonne cette année-là. J’ai dû passer près de trois jours à arpenter le flanc de la montagne sans en voir un seul. Le quatrième jour, j’essayais de grimper plus haut et plus au nord quand je suis arrivé à un endroit où la montagne était coupée net par une gorge. J’ai pensé qu’il y avait peut-être un cours d’eau où les animaux allaient boire, alors je suis descendu. Ça m’a pris une bonne partie de la journée. Au fond, y avait pas de cours d’eau mais une bande de terre nue de trois ou quatre mètres de large, plate et dure comme de la pierre ; on aurait dit une route qui traversait la montagne. Dès que j’ai vu ça, j’ai su ce que c’était, mais je pouvais pas en croire mes yeux. Les bisons… Ils avaient piétiné la terre pendant des années avec leurs allées et venues. J’ai passé le reste de la journée à suivre la piste, et un peu avant la tombée de la nuit, j’ai débouché sur une vallée au fond plat comme un lac. Elle passait entre les montagnes, à perte de vue. Et elle était couverte de bisons, en petits troupeaux. De la fourrure d’automne, plus épaisse et de meilleure qualité que celle d’hiver chez les animaux qui broutent dans les plaines. De là où je me tenais, j’ai estimé qu’il y avait trois à quatre mille têtes ; sans compter ceux qui étaient cachés par les montagnes.
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le_Bisonle_Bison   22 février 2020
Andrews regarda la bête à terre avec des sentiments mitigés. Allongée là, inerte, elle n'avait plus la dignité sauvage ni la puissance qu'il lui avait attribuées seulement quelques minutes auparavant. Malgré l'énorme masse sombre du corps, elle lui paraissait plus petite. La tête noire hirsute penchait un peu d'un côté, maintenue en place par une corne qui reposait contre une aspérité du sol. La pointe de l'autre corne s'était brisée. Les yeux entrouverts brillaient encore au soleil, regardant droit devant eux avec douceur. Les sabots, étonnamment petits, presque délicats, étaient fendus comme ceux d'un veau. Les chevilles minces semblaient incapables de soutenir le poids d'un tel animal. Des cicatrices zébraient son flanc bombé ; certaines étaient si anciennes que la fourrure les avait presque entièrement recouvertes ; d'autres, plus récentes, luisaient, plates et bleu foncé sur la peau. Une goutte de sang pendait d'un naseau, s'épaississant au soleil avant de tomber dans l'herbe.
" Il aurait pas fait long feu de toute façon, dit Miller en crachant par terre. Encore un an et il se serait affaibli, ensuite les loups l'auraient attrapé. Les bisons meurent jamais de vieillesse. Soit c'est l'homme qui les tue, soit c'est le loup qui s'en charge."
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le_Bisonle_Bison   13 mars 2020
La réalité du voyage résidait dans les détails de routine : les nuits passées dehors, le réveil au petit matin, la café noir bu dans des tasses brûlantes en fer-blanc, les couchages chargés sur des chevaux de plus en plus fatigués, le mouvement monotone et abrutissant au cœur de la prairie immuable, l’eau donnée aux chevaux et aux bœufs à midi, les biscuits durs et les fruits secs, la reprise du voyage, l’installation à tâtons du campement dans le noir, les quantités de haricots fades et de lard englouties voracement devant le feu vacillant, le café une fois de plus, et la nuit. Ceci devint un rituel qui donnait néanmoins à sa vie sa seule structure. Il avait l’impression d’avancer laborieusement, centimètre par centimètre, au cœur de l’immensité de la prairie, sans avancer dans le temps. Le temps semblait se mouvoir avec lui, nuage invisible cramponné à chacun de ses pas.
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le_Bisonle_Bison   16 février 2020
" Est-ce qu'elle... travaille ici ? "
Miller le regarde sans ciller.
" Francine ? Francine est une putain. Il y en a neuf ou dix en ville. Six qui travaillent ici, et quelques Indiennes qui s'occupent des abris près de la rivière.
- Une fille de mauvaise vie, dit Charley Hoge, qui tremblait toujours. Une pécheresse." Il ne souriait pas.
" Charley est un cul béni, dit Miller. La Bible, il connait bien.
- Une... une putain, répéta Andrews, avalant sa salive. Pourtant, on ne dirait pas une...
- Tu viens d'où déjà ? demanda Miller avec un léger rictus.
- De Boston. Dans le Massachusetts.
- Ils ont pas de putains à Boston dans le Massachusetts ?
- Je suppose que si, répondit Andrexs, rougissant. Oui, je suppose.
- Ils ont des putains, à Boston, poursuivit Miller. Mais une putain à Boston et une putain à Butcher's Crossing, c'est deux choses différentes.
- Je vois, dit Andrews.
- Ça m'étonnerait. Mais tu finiras par comprendre. A Butcher's Crossing, les putains font partie intégrante de l'économie. Un homme a besoin de dépenser son fric pour autre chose que la bouffe et la boisson, et puis il lui faut une raison pour revenir en ville après avoir battu la campagne. A Butcher's Crossing, une fille peut bien faire la fine bouche, n'empêche qu'elle se fera toujours un bon paquet de blé. Ça la rend presque respectable. Certaines finissent même par se marier. Paraît qu'elles font de bonnes épouses, pour ceux que ça intéresse."
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le_Bisonle_Bison   25 février 2020
Juste avant de s'endormir, il établit un lien ténu entre sa fuite devant Francine à Butcher's Crossing et sa fuite devant le bison éviscéré, cet après-midi dans les Rocheuses du Colorado. Il comprit qu'il n'avait pas fui parce qu'il était écœuré par le sang, la puanteur et les entrailles visqueuses. Il comprit que ce qui l'avait rendu malade, c'était le choc de voir le bison, si fier et si noble quelques moments auparavant, désormais nu et impuissant, morceau de viande inerte qui se balançait, grotesque et moqueur, devant ses yeux, dépouillé de son identité, ou plutôt de l’identité qu'Andrews lui avait prêtée. Cette identité avait été tuée ; et Andrews avait senti dans ce meurtre la destruction de quelque chose en lui, auquel il ne parvenait pas à faire face.
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Laurent Martinet s'est donné une minute pour vous convaincre de lire le classique de John Williams, Stoner, traduit par Anna Gavalda.
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