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Critique de nadiouchka


nadiouchka
  17 avril 2019
Vous voulez voir des bisons ? Eh bien, en passant par « Butcher's Crossing » de John Williams, c'est par centaines, par milliers que vous en verrez. Mais n'oublions pas que la traduction française de « butcher » est « boucher » Et là…. !
J'ai pu avoir cet ouvrage en poche et la photo de couverture, avec ce bison solitaire qui m'observait, m'a vraiment attirée. Je ne vais pas dire qu'il me « faisait de l'oeil », tout de même pas, mais il avait l'air d'attendre que je m'approche de lui, ce que j'ai fait tranquillement.

Si c'est le premier roman de John Williams, il a frappé fort avec du lourd. D'après Wikipédia (je n'aime pas trop le consulter mais ici j'espérais quelque chose d'intéressant sur ces grosses bêtes). Résultat : il existe deux espèces vivantes : le bison d'Europe et le bison d'Amérique du Nord. Cela m'a suffi.
Dans ce roman, c'est du véritable nature writing, de l'aventure, des paysages magnifiques, de la chasse jusqu'à n'en plus vouloir.

On suit le jeune William Andrews (Will), dans les années 1870, qui a décidé de quitter Harvard et de partir à l'aventure dans l'Ouest sauvage de l'Amérique, dans le Kansas, et le récit commence ainsi : « La diligence entre Ellsworth et Butcher's Crossing était une calèche adaptée au transport de passagers et de menu fret. (…) Butcher's Crossing, droit devant. » (p.11)

Il tente d'obtenir des contacts pour s'intégrer mais tout ce qu'on lui propose c'est un job de bureau tandis que lui répond : « Je suis venu voir du pays. Je veux en découvrir le plus possible. C'est important pour moi. » (p.29) « Il aspirait à retrouver la source et l'essence même du monde, un monde qui par peur semblait se détourner de sa source alors même que l'herbe de la prairie autour de lui plongeait ses racines fibreuses dans l'humidité sombre et riche, dans la nature sauvage, se régénérant ainsi année après année. » (p.28)

Il finit par tomber sur Miller (un chasseur expérimenté) qui lui propose, moyennant finances (of course), de monter une expédition à laquelle participeront aussi Charley Hodge (qui fera surtout la cuisine car il est handicapé) et Fred Schneider (un écorcheur averti). Miller s'entête à retourner dans un lieu plutôt méconnu où normalement des bisons pullulent. Malgré de nombreux déboires mais grâce à leur entêtement, ils vont affronter une nature d'abord agréable puis hostile.
Pour Will, cette vie est une grande nouveauté et il arrive à s'y faire tant bien que mal. Mais chemin faisant, ils ont beau aller de l'avant, de bisons, point. Malgré tout Miller s'acharne : avant (mais il y a combien d'années ?) il y avait de nombreux bisons, alors il faut les retrouver. Un point c'est tout !
« Au sixième jour de leur voyage, ils arrivèrent au bout de la piste de Smoky Hill. » (p.114) « La piste et la rivière tournent là, indiqua celui-ci. Elles se suivent jusqu'en Arkansas. On peut rester sur la piste pour être sûrs d'avoir suffisamment d'eau, mais on perdrait près d'une semaine de retard. » (p.115)
Victoire, enfin les voilà ces fameux bisons et « l'abattage » commence. Je ne trouve pas d'autre mot. C'est une vraie tuerie et les carabines chauffent. On entasse les peaux en énormes tas – on les protège car les jours et les mois passent. Mais tant qu'il y aura des bisons, Miller restera et peu importent les conditions de vie.
C'est d'ailleurs une question de survie avec pour toile de fond l'herbe verte des grandes plaines. Mais c'est aussi la transformation de Will qui, d'un mythe et demandeur d'aventure, se heurte de plein fouet à la réalité si cruelle. C'est un apprentissage à la dure et Dieu sait qu'il a mal partout…

Je dois dire aussi que c'est carrément du western tandis que la ruée vers l'Ouest a pris du plomb dans l'aile.
Les hommes vont donc se retrouver coupés du monde mais sans Miller, ils ne pourraient pas s'en sortir. Quant à Will, il garde confiance, il apprend tout doucement mais sûrement après quelques mésaventures.

John Williams a raconté cet appel à Dame Nature avec une écriture implacable. Il s'en tient aux émotions de Will et il ne faut pas oublier que la Nature est imprévisible (elle a ses caprices). Dans ce rythme de changement de saisons – de nombreux événements – on partage le quotidien de ces hommes, leurs doutes, leurs espoirs – on a faim et froid avec eux.
En lisant ce récit sauvage et passionnant, j'ai eu l'impression de voir défiler des scènes de western – d'entendre les coups de fusils – de voir ces bisons qui ne savent plus quoi faire quand ils perdent leur chef – de suivre le nouveau qui se détache du troupeau.

A présent, raconter comment se déroulent le dénouement et tout ce que j'ai tu volontairement, ce n'est pas possible. Par contre je peux vous révéler que c'est un suspense garanti jusqu'à la fin car, de retour à Butcher's Crossing, d'autres surprises attendent ces aventuriers qui sont devenus crasseux durant tous ces mois où ils n'ont guère pu se laver convenablement, puant le sang séché du bison, écoeurés d'en avoir fait leur principale nourriture…

On reste fasciné devant toutes les descriptions mais il ne faut pas oublier, non plus, que s'il reste si peu de bisons à présent, c'est bien la faute de l'Homme.
Alors, entre histoire magnifique et réflexions sur ce sujet, on garde tout de même la beauté du livre pour lequel Bret Easton Ellis a écrit : « … un lyrisme superbe et tout en retenue. La prose simple et élégante de Williams est enfin reconnue à sa juste valeur. »Et je rajoute que l'on se prend une grande claque durant la lecture : du nature writing certes, mais pas que… To be continued..
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