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Critique de maevedefrance


maevedefrance
  16 juillet 2019
Traduit par Jessica Shapiro

Je poursuivis mon aventure littéraire dans le Grand Ouest ! Cette fois, je vous emmène aux Etats-Unis, entre le Kansas et le Colorado pour un fabuleux voyage à la chasse aux bisons, grâce à Butcher's Crossing, un roman écrit en 1960 par John Williams dont je découvre la plume. Eh oui, encore une découverte ! L'auteur est originaire du Texas (né en 1912 et mort en 1994). Il n'a écrit que deux autres romans : Augustus (1972, couronné par le National Book Award et Stoner en 1965). On l'a ensuite longtemps oublié, jusqu'à ce que la New York Review of Books se souvienne de lui dans les années 2000. Cependant, il n'a été traduit en français qu'en 2016 aux éditions Piranha.

Dans les années 1870, Will Andrews renonce à ses études pour tenter l'aventure du Grand Ouest sauvage. Il atterrit à Butcher's Crossing (la bien-nommée), une bourgade du Kansas, où il rencontre Miller, un type qui dit savoir où se trouve le plus gros troupeau de bisons, l'un des derniers. L'occasion de faire fortune en revendant les peaux. Ce troupeau mythique se trouveraient dans un coin inexploré du Colorado, difficile d'accès autant que ces bisons. Miller cherche des hommes pour venir avec lui. Il lui faut entre autres, un écorcheur. Andrews se laisse convaincre, non par l'appât du gain par appétit d'aventure. Schneider sera l'écorcheur. Charley Hodge se joint au groupe. Un chariot tiré par des boeufs. Les quatre hommes s'en vont tracer la route, jusqu'à ce lieu quasi-mystique pour y chasser le dernier des troupeaux quasi-mystique lui aussi !

Si vous aimez les romans d'aventures et les sensations fortes, vous allez vous régaler. John Williams ne vous épargnera pas : comme ce troupeau d'hommes vous creverez de chaud puis de froid. Vous allez vous gourez de route en suivant de mauvaises pistes. Vous en aurez ras le bol. Puis vous reprendrez espoir. Et enfin, dans une vallée du Colorado, vous serez comme des gamins devant ce mythique troupeau de bisons. Vous vous direz que Miller ne s'est pas fichu de votre poire : ce troupeau existe bel et bien. Vous allez partir pendant un an.

Et vous reviendrez à Butcher's Crossing. A la fin, vous saurez dépecez un bison de la tête jusqu'aux sabots. Vous saurez que dans le bison, tout est bon, comme dans le cochon !

"Il choisit un long couteau incurvé et l'empoigna fermement. de la main gauche, il repoussa le lourd collier de fourrure ; de la droite, il pratiqua une petite incision puis fit courir son couteau d'un geste vif de la gorge au bas du ventre. La peau s'ouvrit proprement, avec un léger bruit de tissu déchiré. A l'aide d'un plus gros couteau, il découpa le sac qui contenait les testicules, tranchant les ligaments qui les retenaient ainsi que le pénis flasque. Il sépara les bourses, de la traille de petites pommes, des autres composants du sac, et les jeta de côté. Puis il fendit les derniers centimètres jusqu'à l'anus."

Il y a vraiment des scènes pleine de bidoche dans ce roman. Ames sensibles s'abstenir, mais en même temps ce serait dommage car cette histoire ne se résume pas à une boucherie. Non, pas du tout. Certaines scènes de chasse sont décrites avec précision : c'est plein de sang et de boyaux pendant un certain temps. C'est un peu crade mais ça ne dure pas. Juste au milieu du roman. Juste une touche pour vous faire sentir la douleur infligée aux bestioles. Comme Andrews, vous aurez un peu envie de vomir "à la vue du sang caillé" et à la "puanteur des carcasses faisandées", à la "piste du carnage".

Je vous le dis aussi : l'histoire ne finit pas bien. On a comme l'impression que John Williams prend la défense de ces derniers troupeaux de bisons en infligeant à Miller, le meneur, une sanction inattendue et complètement dingue. Oui, parce qu'il y a de la folie dans ce roman : celle des hommes. Il y a une touche d'ironie. de stupidité du sort.

Les personnages sont hauts en couleur, jurent comme des charretiers. Miller n'est pas du tout quelqu'un de sympathique. Et comme ce livre est aussi un roman d'apprentissage, Will Andrews en tirera une leçon de vie.

C'est aussi un formidable moment Nature Writing : on s'en prend plein les mirettes, quand la nature en fait voir des vertes et des pas mûres à tous ces hommes qui se croient plus forts qu'elle.

Très distrayant, une écriture qui dégaine, c'est une belle découverte et une ode à la nature sauvage du Grand Ouest. A découvrir, car ça fait aussi voyager !

Cela m'a donné envie de découvrir un autre défenseur des bisons : Dan O'Brien, que j'avais d'ailleurs écouté au Festival America en 2016.
Lien : https://milleetunelecturesde..
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