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EAN : 9782253116929
416 pages
Le Livre de Poche (25/05/2011)
4.37/5   92 notes
Résumé :
Maggie Black est écrivain. Elle vient d'hériter d'une maison en plein désert, dans les montagnes de l'Arizona. Son propriétaire, un célèbre poète avec qui Maggie correspondait, est mort dans d'étranges circonstances. La jeune femme s'installe bientôt dans la maison, mais la vie semble différente : les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds... La magie des collines est puissante, et Maggie pourrait bien y perdre la raison -- ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
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C'est Acr0 Livrement qui m'a parlé de ce livre il y a quelques mois de cela, juste après ma lecture de Faërie de Raymond E. Feist. Selon elle, L'Epouse de bois avait tout pour me séduire. J'ai toute confiance en Acr0 et je me fie très souvent à ses impressions. Et de toute façon, quand j'ai vu la couverture et le sujet, recommandations ou non des copines, je n'avais plus qu'une idée en tête : l'acheter et le lire ! Une réédition chez le Livre de Poche existe mais je voulais absolument l'avoir dans sa première traduction française chez Les Moutons électriques (collection de la Bibliothèque Voltaïque) parce que l'objet-livre est magnifique.

Finalement, et à mon plus grand regret, ce n'est pas un coup de coeur (j'en ai très - trop - rarement, de toute façon) mais j'ai beaucoup apprécié ce livre à l'atmosphère chargée en magie primitive. Une belle découverte et un très bel achat que je ne regrette absolument pas !

L'Epouse de bois n'est pas un roman à l'action haletante ni même avec un fil conducteur bien marqué (si ce n'est trouver une explication à la mort étrange de Davis Cooper). Il s'agit plutôt d'une plongée surprenante dans l'atmosphère particulière des montagnes et du désert de l'Arizona. Point de prophétie, de malédiction ou de combat contre le Mal ici, non, juste la rencontre avec une forme de magie primitive, une magie naturelle ancrée dans le quotidien de ces paysages sauvages.

Le lecteur effectue ce voyage en compagnie de Maggie Black, l'héroïne qui, après une vie turbulente à Los Angeles, quitte tout pour s'installer dans le chalet de Davis Cooper, vieux poète anglais lui ayant légué la plupart de ses biens (dont la maison). Fascinée par l'écrivain et par sa mort surprenante (noyé dans un cours d'eau asséché), Maggie veut lui rendre un dernier hommage en écrivant sa biographie et se plonge donc dans le passé du vieil homme. Elle-même poète et journaliste, elle semble pourtant avoir perdu le feu sacré au fil des années ; la quarantaine est là, c'est le moment des remises en question. La vie dans les montagnes va lui ouvrir les yeux sur beaucoup de choses : sorte de voyage initiatique chamanique... danse autour du feu, calumet de la paix et plume dans les cheveux en moins... quoique !

J'ai été surprise en jetant un oeil aux chroniques déjà publiées, de découvrir qu'une lectrice (je ne sais plus laquelle) avait été très déçue par sa lecture car s'attendait à un livre jeunesse au vu de l'illustration de couverture. Je suis surprise parce que pour moi, ce magnifique tableau signé Brian Froud, n'a absolument rien d'enfantin, bien au contraire ! J'y perçois beaucoup d'ambiguité (cette créature féminine est-elle "bonne" ou "mauvaise" ?) et une certaine sensualité. Et le texte qui se cache derrière est clairement destiné aux adultes. Pas qu'il y ait une quelconque difficulté de compréhension mais plutôt à cause des thèmes abordés et de la façon dont ils le sont. L'héroïne a la quarantaine, elle est bien loin des préoccupations adolescentes, et c'est tant mieux !

C'est donc un rythme assez long et contemplatif qui prévaut ici. Les éléments surnaturels s'intègrent petit à petit et naturellement à l'intrigue. le lecteur s'habitue à croiser des animaux qui n'en sont pas vraiment et, comme l'héroïne, adopte petit à petit les croyances et certitudes des lieux. Entre folklore celtique et mythologie amérindienne, il n'y a qu'un pas !

Les créatures sont intimement liées à la terre qu'elles foulent et à l'air qu'elles respirent. Changeurs ou animaux-totems de la culture amérindienne et principe du "un prêté pour un rendu" très présent dans le folklore anglais (les humains passent des marchés avec les faes mais attention, comme celles-ci ne font pas la différence entre le Bien et le Mal, c'est souvent risqué !) se mêlent à merveille ici, offrant une ambiance très particulière. Chaque pierre, chaque feuille, chaque cactus, chaque animal des montagnes possèdent une essence propre et les personnages ont plusieurs visages (pour la plupart insoupçonnés !)... bref, l'atmosphère crépite de puissance magique et envoûte aussi bien Maggie Black que le lecteur.

Outre cette magie primitive très palpable, j'ai également apprécié la grande place accordée à l'Art dans ce roman. L'Ensorceleuse de Elizabeth Hand lie très intimement la Faërie à la peinture préraphaélite ; ici, les personnages évoluent dans un cercle d'artistes divers, du poète au peintre (en passant par le sculpteur et le musicien). J'aime énormément l'idée qu'un fil très solide et très intense existe entre Magie et Art ; et là, on est en plein dedans !

Le tableau de Brian Froud (l'illustration de couverture) sert d'ailleurs de bases à cette histoire. Terri Windling s'en est inspiré pour l'écriture de son roman et l'insère d'ailleurs dans son texte puisque les personnages ont l'occasion de côtoyer le travail de l'illustrateur, notamment ce tableau, alors baptisé L'Epouse de bois.

L'auteure dissémine également quelques extraits de poèmes, certains de Pablo Neruda, d'autres d'une certaine Anna Naverra (défunte compagne de Davis Cooper). Ne cherchez pas, cette dernière est le fruit de l'imagination de Terri Windling mais réalité et fiction se marient si bien qu'on ne sait plus où se situe la barrière... les coyotes qui hurlent à la lune dans l'Arizona sont-ils ce qu'ils semblent être ? L'ambiguité est peut-être vraiment présente dans les montagnes près de Tucson ? En tout cas, je me plais à le croire.

Terri Windling est un nom trop peu connu en France. Editrice et anthologiste de renom, l'américaine n'a que peu écrit et a été encore moins traduite dans notre pays, snif ! J'espère que cette erreur sera vite réparée dans les années à venir car c'est définitivement une spécialiste à suivre. Je possède Blanche Neige, rouge sang, anthologie qu'elle a dirigée en compagnie d'Ellen Datlow, que j'avais beaucoup aimé lors de ma découverte il y a de cela plusieurs années et qu'il faut absolument que je relise (pour vous en parler !).

Quelques coquilles se sont glissées dans la traduction de Stéphan Lambadaris, traduction que j'ai parfois trouvée un peu maladroite (j'ai plusieurs fois relevé des répétitions) ; malgré tout, il se dégage quelque chose de fort de la plume de Terri Windling : beaucoup d'images percutantes et comme un brin de magie, un peu comme si l'auteure avait glissé un peu de sa forte aura dans son texte. J'ai bien envie de rapprocher l'américaine de Loreena McKennitt qui, dans un autre registre (la musique en l'occurrence), fait passer comme un puissant courant magique. de toute façon, je pense qu'elles sont un peu faes toutes les deux.

Pas un coup de coeur mais un univers marquant, un thème que je veux plus que tout continuer à explorer et une auteure/éditrice/artiste qu'il me tarde de retrouver grâce à une autre de ses oeuvres !


Lien : http://bazardelalitterature...
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Folklore celtique et mythes amérindiens avec l'Epouse de Bois, premier roman de Terri Windling.

Un joli conte qui côtoie le chant de la flûte navajo et des chamans et où le coyote affronte le cerf blanc, autant de symboles propres à des mythes éloignés qui se rejoignent dans ce récit fantastique.

Maggie Black est écrivain. A la mort de son ami David Cooper, avec lequel elle entretenait ne correspondance régulière, elle découvre que de dernier lui a légué sa propriété au coeur du désert de l'Arizona. Dès son installation dans les lieux, elle fait face à d'étranges phénomènes tout droit sortis des contes de fées.

Cette lecture a été un énorme coup de coeur. J'ai particulièrement aimé le style de l'auteure qui alterne entre le lyrisme de la correspondance et le rythme de l'action.

Terri Windling livre également une belle réflexion sur le processus de création artistique, que ce soit dans le domaine des lettres ou celui de l'art pictural.

J'ai découvert pas mal de créateurs grâce à ce texte et redécouvert d'autres, comme l'excellent Brian Froud qui illustre superbement la couverture.

Je recommande cette lecture à tous les amoureux des arts et des mythes.

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Il y a des histoires dont on sait, dès les premières lignes, que c'est pour nous. L'épouse de bois est de ceux-là. Je ne savais pas du tout où j'allais en ouvrant ce livre, dont j'ai trouvé la référence cet été dans une liste de romans de fantastique féérique. Mais quelle bonne surprise ! Un enchantement perpétuel, sans fausse note. Qui dit roman extraordinaire, dit format de chronique inhabituel, car je n'ai absolument rien de négatif à dire dessus !

Pourquoi ce roman est-il extraordinaire ? Tout d'abord, pour son écriture. Une vraie merveilleuse ! de la poésie mise en prose. D'ailleurs, l'autrice est aussi poète, et on le ressent dans sa plume. Les références au 6° art sont nombreuses. La langue, légère, concise, coupée au cordeau, est parfaite. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman d'imaginaire aussi bien écrit. Et franchement, ça fait du bien. La forme, quoi qu'on en dise, ça compte !

Ensuite, ce roman est extraordinaire pour son traitement de la féérie, à la fois novateur (faire vivre les fées dans le désert de l'Arizona, il fallait y penser !) et authentique. Ici, l'autre monde n'est pas un simple décor sorti de nulle part pour raconter une énième histoire de fantasy hors-sol. On sent la connaissance profonde de l'autrice pour le folklore et la mythologie, dont elle comprend la puissance symbolique, qu'elle manie à la perfection et replace dans leur universalité. Sans cesse changeants, insaisissables, ces êtres « entre nous et les anges » (p. 168) prennent tour à tour le masque des esprits amérindiens ou le visage des fées irlandaises. Ils s'incarnent dans un cerf blanc dont les pas font naître des turquoises, un coyote borgne, un cactus qui danse la nuit sous la lune. Font parler les pierres et apparaître les rivières. Leur ancrage dans la réalité ne leur confère que plus de force. Personnellement, c'est dans ce contexte-là que je préfère voir traité le surnaturel, car, coupé du réel, il perd de sa force, de son sens et de sa puissance évocatrice.

Le surnaturel n'est pas le seul thème du livre. L'autrice s'en sert pour nous parler du processus créatif, et du regard particulier qu'ont les artistes sur le monde. Elle nous fait réfléchir à ce que leurs créations apportent au réel. Tous les personnages (à une terrible exception près) sont des artistes : musiciens, peintres, poètes, relieurs... ou des passeurs : chamane, protecteurs et soigneurs des animaux du désert (qui sont de véritables personnages). En nous immergeant dans cette étrange communauté du Ranch Red Spring Canyon, Terri Windling nous plonge dans le quotidien d'artistes, de personnes atypiques qui vivent en marge, dans un monde qu'ils se sont choisis, et qu'ils ont magnifié. Un monde merveilleux, mais également dangereux, dans lequel on peut se perdre pour ne jamais en revenir, comme le couple tragique Anna et Cooper,« L'art, c'est la seule chose qui m'importe » (p. 153), dit l'héroïne venue chercher son inspiration dans cet endroit du monde si particulier. Les « terres de la poésie » de Cooper, ce poète avec qui elle correspondait, qui sont plus une idée qu'une entité géographique : « c'était un endroit dans sa tête, un mélange d'Angleterre, de France, de Mexique et d'Arizona. Tout cela faisait partie de lui, et faisait partie de ses poèmes. Je ne pense pas qu'il les ait jamais séparés. » (p. 112)

Le roman est émaillé de fragments de poèmes, de descriptions de tableaux, de références musicales, littéraires, plastiques... le lecteur est plongé dans un maelstrom de références, dont certaines sont inventées. Cette richesse m'a rappelé M. Norrell et M. Strange de Susanna Clarke, avec cet univers imaginaire — si bien mêlé au folklore qu'on ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l'est pas — qui sort littéralement des pages. J'en ai noirci, des petits papiers, dans l'idée de retrouver toutes les oeuvres citées par Terri Windling ! Car L'épouse de bois a été conçue, à l'image de la poésie de Cooper dans le roman, comme un dialogue avec les peintures d'un artiste proche de l'auteur, Brian Froud, dont le tableau éponyme illustre la couverture. Et tous les sens sont convoqués dans l'écriture sensorielle de l'autrice : la vue, avec ces images si fortes, l'ouïe, avec la sonorité de la poésie et la musique citée, mais aussi l'odorat, avec le parfum de la sauge et le toucher (la pierre, le sable, les épines des cactus...) Plus qu'un projet littéraire, il s'agit d'un projet artistique global !

Cette description de toute une contre-culture américaine des années 90 que nous donne Terri Windling (mise en abime avec les cercles artistiques d'après-guerre à Paris, New-York et Mexico) s'accompagne d'une critique acerbe et sans concession des contingences et mesquineries qui, en l'accablant, ramènent à terre les artistes. Critiques misogynes, éditeurs snobs et bornés, artistes à succès centrés sur eux-mêmes...

L'intrigue, enfin, est aussi belle et passionnante que son emballage. On est happé par ce mystère et la vie de ces gens dès les premières pages. La magie opère et on ne peut plus lâcher le roman. Je l'ai fini en deux jours. Je ne pouvais plus le lâcher, et l'immersion était telle que j'y pensais même lorsque je ne le lisais pas ! Un roman-monde, une ambiance... c'est pour trouver ça que je lis.

Bonus : il y a une romance dans ce livre, et elle fait du bien. Elle est adulte, saine, droite dans ses bottes (comme la plupart des protagonistes de ce roman) et fait rêver. C'est un sans-faute !

Bilan

Une histoire passionnante, un rythme à la fois haletant et contemplatif, une plume magnifique, des personnages émouvants, beaux et authentiques... le bouquin que j'aurais aimé écrire, et que j'aime encore plus découvrir !

Ça ressemble à :

- Quelques nouvelles du tome 1 de Sacra de Léa Silhol (« À travers la fumée », notamment), pour la description tendre et belle d'un micro-monde artistique qui se partagent des secrets d'initiés et réfléchissent à la création ;

- Sous le Lierre de l'autrice précitée, pour la réflexion sur les espaces magiques à préserver ;

- Faërie, de Raymond Feist, pour le côté « enquête » et mystère féérique.

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Dans ce livre tout est magique. L'ambiance qui l'habite, les descriptions du désert et de la nature pure et farouche, les personnages qui sont tous artistes, artisans, créateurs ou guérisseurs et les mystères qui enveloppent toute l'intrigue, bien sûr. Il y a de la magie de fées et de la magie humaine.On comprend petit à petit, que c'est la même chose, que tout est lié et que c'est beau.

Il y a aussi une sorte de magie qui se crée entre le livre et le lecteur, qui finit par mêler ce dernier à l'histoire.

Souvenez-vous de ce que j'avais écrit ici : la couverture d'un livre n'est pas une publicité, elle fait partie du livre, elle est le premier pas dans l'univers de l'auteur. Pour L'Épouse de bois c'est tout à fait le cas. L'image de couverture est une illustration de Brian Froud, cité à plusieurs reprises dans l'histoire et dont l'oeuvre y est décrite et exposée. Et le titre du roman est celui d'un des recueils de poèmes dont on fait continuellement référence tout au long du récit. Une harmonie complète se dégage de ce livre : on mélange la fiction et notre réalité de lecteur, le réel et le surréel, les esprits et les humains. Tout est lié et tout est beau.

Cette lecture m'a rappelé le film Princesse Monoke de Miyazaki à bien des moments. On y retrouve la nature et la magie si évidemment indissociables et ce message de préservation ; cette intimation à écouter, à voir au delà des choses, à faire corps avec elles nous les urbains, les être civilisés qui avons perdus nos racines.

Et parfois j'ai pensé à Morwenna, qui aussi voit des fées et vit avec cette magie naturelle, aussi réelle que tout le reste.

Pourtant L'Épouse de bois garde son identité propre. Maggie est un personnage fort, qu'on suit avec plaisir et les gens qu'elle rencontre en Arizona sont fascinants, vrais. L'intrigue nous attrape facilement, les mystères se multiplient, s'intensifient et la complexité de l'univers qui s'étoffe de page en page nous envoûte.

C'est Margaud Liseuse qui m'avait donné envie de lire ce livre. Je n'en avais jamais entendu parlé avant et il ne semble pas faire beaucoup de bruit sur la blogosphère (ou alors je suis passée à côté du buzz) mais je vous le conseille vivement si vous aimez être dépaysés et ensorcelés.

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Seconde lecture de cette oeuvre, et mon amour fou et émerveillé pour elle se confirme.

Je ne sais pas trop par où commencer.

J'ai aimé l'Art, présent tout au long du récit. On ne pense pas forcément trouver des réflexions sur la pratique artistique, picturale ou littéraire, dans une oeuvre qui se déroule en plein désert. Apologie de l'Art, manifeste pour l'Art. Dans toutes ses formes, ses inspirations, le statut des artistes, la page blanche, l'incapacité de dire, d'écrire, de représenter.

J'ai aimé aussi les lieux. le désert aride, sec, synonyme de mort, de rien. Ici, c'est plein de vie. Coloré, hanté, retentissant d'échos, de parfums, de sons, de bruits. Peuplé de créatures magiques, de mythes, de folklores, de croyances.

Et puis les personnages, singuliers, hauts en couleurs, avec leur personnalité, leur histoire, leurs faiblesses, leurs casseroles.

Enfin, l'écriture, qui alterne passages narratifs, passages épistolaires. C'est gentiment contemplatif pendant les 4/5èmes du récit, puis la chute est vertigineuse ensuite.

J'ai aimé me perdre dans les interprétations, les sens, de cette oeuvre. J'ai l'impression que je pourrais relire x fois et trouver x éclairages, x possibilités de sens, x chemins. C'est aussi un peu magique, ça, non ?

En revanche, j'ai repéré, avec cette seconde lecture, des coquilles dans le texte, et des maladresses de traduction, parfois il y a des trucs un peu bizarres. C'est dommage, un texte comme cela n'aurait pas seulement nécessité un beau package, il aurait mérité une traduction parfaite.


Lien : https://zoeprendlaplume.fr/t..
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critiques presse (1)
Elbakin.net
09 mars 2015
Atypique par son scénario, lent mais enchanteur, qui, loin de nous plonger dans une enquête riche en rebondissements, nous immerge progressivement dans un environnement fantasmatique à la suite d’une héroïne attachante.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation

Le ciel était devenu d'un bleu profond, traversé de bandes d'orange, de rouge, de rose. Le désert baignait dans le scintillement du soir. Tous les cactus, tous les arbres vivants étaient bien distincts les uns des autres. La beauté du désert l'arrêta net sur le sentier. Il y avait quelque chose de différent. Un changement s'était produit depuis qu'elle s'était réveillée ce matin-là. Ses yeux semblaient maintenant s'ajuster aux couleurs les plus subtiles de la palette du Sonora. Le désert n'était plus un vide et une absence d'eau, hormis la végétation vert sombre du nord, mais une abondance de ciel, d'argent, de sauge, de sépia, d'indigo, de lumière dorée, si pure, si claire que Maggie voulait tout prendre dans ses mains jointes et s'en abreuver.

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Rentrer, pour Tat, ça voulait dire rentrer à Londres, tandis que pour Nigel, ça voulait dire rentrer à Los Angeles. Aucun des deux n'arrivait à concevoir qu'on puisse vouloir vivre ailleurs. Pour Maggie, l'idée même d'un chez-soi était dure à définir. "Tu as vraiment les pieds qui te démangent", lui disait toujours son grand-père. Elle avait vécu dans une demi-douzaine de pays, en entraînant dans son sillage amis, amants et possessions. Chez elle, c'étaient tous ces lieux à la fois, ou aucun. Elle ne savait pas trop ce que "chez elle" signifiait.

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Elle était assise dans la pénombre du bois de mesquites, accroupie parmi les racines des arbres, ses longues et sensibles oreilles de lièvre remuant au moment où le vent changea de direction. La voix du vent était un bruissement de feuilles. Elle lui parlait dans une langue qu'elle avait connue autrefois, mais qu'elle avait oubliée. Elle n'avait pas de nom. Elle n'en avait pas encore mérité. Peut-être que si, mais cela aussi, elle l'avait oublié. Elle n'était pas vieille selon les critères de son espèce, et pourtant, vieille, elle l'était, vieille comme les collines de granite, vieille comme le temps qui partait en spirale comme les tatouages sur la peau d'un change-forme. Elle porta à la bouche une pâle main humaine, la lécha, et s'en servit pour se laver le visage, en lissant sa douce fourrure grise. Elle savait qu'elle devait rester assise dans cet endroit et patienter ; ce qu'elle ne savait pas, c'était ce qu'elle devait attendre. Peu lui importait. Le jour se réchauffait. Elle avait le coeur léger, le ventre plein. Elle s'étira sur le dos et roula dans les feuilles, très contente d'elle-même. Quand les coyotes hurlèrent, elle les ignora. C'était une autre proie qu'ils chassaient à présent - les coyotes, et la Meute du Sombre Chasseur. Elle se demandait lesquels l'atteindraient en premier. Était-ce si important ? Elle avait le vague souvenir que oui, mais elle avait oublié pourquoi, et dans quelle mesure elle était impliquée.

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Elle se leva, fit un brin de toilette, enfila une robe de chambre et se rendit sans bruit dans la cuisine. Elle ne traînassait jamais au lit ; elle se sentait flouée si elle dormait trop et qu’elle ratait le lever du soleil. Elle chérissait la lumière tout argentée du matin, le calme, les rituels : l’eau dans la bouilloire, le café moulu, amer, une tasse chaude entre ses mains froides, l’odeur d’un jour aux multiples possibilités se répandant autour d’elle.

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Assises sur la rive de Redwater Creek, leurs orteils blancs trempaient dans l'eau. Un randonneur qui passait pas là ne les remarqua même pas. Elles avaient les bras blancs comme un sycomore du désert, les cheveux vert argenté comme ses feuilles. Le randonneur avait regardé dans leur direction, mais tout ce qu'il avait vu, c'étaient deux jeunes arbrisseaux enracinés sur la rive. En dessous, l'eau commençait à bouillonner, des flammes léchaient la surface de la rivière. Elles sortirent leurs pieds en riant.

"Tu ne nous fais pas peur", lança l'aînée. Puis elle replongèrent leurs pieds et les flammes autour d'elles s'éteignirent.

Un visage de femme était à peine visible sous la surface de l'eau. Des yeux noirs lançaient un regard froid. Puis les yeux se refermèrent, l'eau s'éclaircit. Seul restait le fond sablonneux de Redwater Creek et les mains et les pieds blancs des deux jeunes femmes. Chacune avait un motif à spirale dessiné autour de l'os de la cheville gauche. L'aînée se leva puis aida sa jeune sœur à se lever. En quittant la rivière, elles changèrent. Leurs cheveux vert argenté virèrent à l'or puis au brun, la peau de leurs bras blancs fonça sous le baiser du soleil, du sang rouge coulait sous leur peau. L'une portait une robe blanche ; celle de l'autre était rouge. Puis elle changea d'avis et porta un jean. Elles traversèrent la route et suivirent le chemin qui les menait dans le cours d'eau à sec. La plus jeune claudiquait.

Enfin les lumières s'allumèrent dans la vieille maison des Foxxe. Les sœurs de Johnny Foxxe étaient rentrées.

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