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Critique de Bruno_Cm


Bruno_Cm
  01 juillet 2018
Première chose : ce livre a été écrit il y a une bonne cinquantaine d'année, et ça se voit. Malgré sa vieillesse, ce bébé n'est pas si moche et détraqué, il contient pas mal de choses d'intérêt, en tout cas, vaut mieux le considérer en tenant compte de son contexte et en étant indulgent face à certaines idées qui pourraient paraître totalement archaïques.


Livre construit comme une addition de causeries et de conférences autour des thèmes du bébé, son évolution saine, les rapports essentiels avec sa mère, la place du père (faut quand même lui en donner une à celui-là...), l'éventuelle fratrie, les institutions palliatives (sacrée évolution dans celles-ci des années après)...


* Winnicott prend beaucoup de précautions oratoires pour ne pas donner l'impression qu'il y a les sachants et les femmes qui doivent tout apprendre. Elles savent, mais devraient plus savoir qu'elles savent.


« Mais à qui est destinée cette causerie ? Les mères n'ont pas de difficultés à percevoir la personne dans leur bébé, dès le commencement. Il y a cependant des gens qui vous diront que jusqu'à six mois les bébés ne sont que des corps et des réflexes. Ne vous laissez pas égarer par les personnes qui parlent ainsi, voulez-vous ? »

« Même les mères doivent apprendre par l'expérience comment être maternelles et je pense que c'est beaucoup mieux si elles voient les choses ainsi. L'expérience les fait mûrir. Si elles voient les choses par l'autre bout et pensent qu'elles doivent travailler dur dans des livres pour savoir comment être une mère parfaite dès e début, elles seront sur le mauvais chemin. A long terme, ce dont nous avons besoin, c'est de mères, et de pères, qui ont découvert comment croire en eux-mêmes. Ces mères et leur mari fondent les meilleurs foyers dans lesquels les bébés puissent grandir et se développer. »



« La difficulté, en préparant une série de causeries et de livres sur la puériculure, est de savoir comment éviter de perturber ce qui vient tout naturellement aux mères, tout en les informant exactement des découvertes utiles de la science. »

« L'ennui vient de ce que la mère a une certaine tendance à s'effrayer de sa grande responsabilité et qu'elle a facilement recours aux livres, aux indications et aux règles.? Les vrais soins d'un bébé ne peuvent provenir que du coeur. Peut-être devrais-je dire que la tête ne peut pas les donner seule, ne peut les donner que si les sentiments sont libres. »

* Inquiétant quand même ce poids que Winnicott fait porter à la femme, quelle pression ! Il semble ne pas trop s'en rendre compte. Autre époque.

Exemple de vieillerie patriarcale qu'on trouve assez nombreuses dans ce livre :

« Parler des femmes qui ne désirent pas être des maîtresses de maison me semble absurde car, nulle part ailleurs que dans son foyer, une femme n'a autant d'autorité. C'est seulement chez elle qu'elle est libre, si elle en a le courage, de s'épanouir, de découvrir toute sa personnalité. L'important, lorsqu'elle se marie, c'est qu'elle puisse vraiment disposer d'un appartement ou d'une maison afin d'être capable d'évoluer sans heurter ses proches et sans froisser sa mère. »



Pour Winnicott, la place et le rôle du père, est la limite à mettre entre mère et enfant, mais surtout à supporter, aider, soutenir la mère, surtout dans les premiers temps après la naissance d'un enfant, car c'est elle qui est majeure. Lui doit favoriser le contexte de celle-ci. Pas grand chose de plus... Peu de chose...

* Comprendre l'enfant, chaque enfant comme un plus, une nouveauté qui bouleverse et unique :

« Ce qui compte, c'est que chaque nouvel enfant qui entre dans votre maison apporte avec lui sa propre vision du monde et un besoin de contrôler son petit morceau du monde. C'est pourquoi chaque enfant constitue une menace contre le cadre que vous avez créé, l'ordre des choses que vous avez soigneusement construit et que vous maintenez avec soin. Et, sachant à quel point vous attachez de la valeur à votre propre façon de faire j'en suis désolé pour vous. »



* Bien sûr, Winnicott est connu pour l'importance donnée au jeu dans le développement de l'enfant, dans son rapport, son lien entre l'imaginaire, le réel... et ce livre-ci n'y échappe pas :

« Au lieu de continuer à expliquer pourquoi la vie est normalement difficile, je terminerai par un conseil amical. Vous pouvez miser sur l'aptitude au jeu de l'enfant. Si un enfant joue, peu importe la présence d'un symptôme ou deux ; si un enfant est capable de tirer du plaisir du jeu, seul ou avec d'autres enfants, il n'y a au fond rien de grave »

* Une question : Un bébé est-il un fardeau ? le choix de faire un ou plusieurs enfants...

« Pardonnez-moi d'appeler un enfant un fardeau. Les enfants sont un fardeau et s'ils procurent de la joie, c'est parce qu'ils sont désirés et que deux personnes ont décidé de porter ce fardeau. En fait, elles se sont mises d'accord de ne pas parler de fardeau, mais de bébé. »



En fin d'ouvrage, Winnicott redit toute l'importance que les mères ont pour l'humanité, chacun, chaque être humain doit tout ou presque à une mère, à une femme... Il reformule l'importance qu'il donne au « naturel » dans les relations essentiellement les relations mère-bébé, qu'il ne faut pas nécessairement que les jeunes mères lisent, apprennent, scientifisent leur savoir naturel au risque de le corrompre (si j'ose dire)... Hélas, 50 ans plus tard, on peut penser que la foison des bouquins pseudopsychologiques, pseudoéducatifs a fait son oeuvre, et que quasi aucune femme n'oserait plus se passer d'ouvrir l'un ou l'autre de ses livres, ne croyant plus trop au « naturel » de cette relation...

Bref, j'ai assez bien apprécié ce livre car j'aime bien quand un auteur s'adresse à son lecteur-ses lectrices de façon directe, humble et en grande bienveillance. Il donne envie de lire les pages qui suivent. Pas si mal dans un ouvrage « scientifique ». Bien que cette bienveillance ait pris un ton paternaliste et patriarcal qu'il serait vraiment difficile d'imaginer qu'un éditeur édite encore un tel livre s'il était écrit par un de nos contemporains. Parce que beaucoup de choses ont changé depuis. Beaucoup de choses, des bonnes et des moins bonnes ou plutôt de nouvelles réflexions.

Donc, intérêt plus historique : le sens de l'évolution des idées et des pratiques.





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