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Critique de colimasson


colimasson
  10 avril 2016
Mais pourquoi rangent-ils ce bouquin, à la bibliothèque, dans la catégorie réservée aux éducateurs spécialisés d'enfants ? Un professionnel du gosse, s'il ne sait pas qu'il ne doit pas lui niquer son doudou à l'enfant, il aura beau lire toute la collection du petit Donald, il ne sera jamais bon à rien. Ça ne va pas lui servir à grand-chose de concret de savoir ce qu'est un objet transitionnel, à l'éducateur. Ça ne sert à personne, en fait, sinon à celui qui aura envie de changer sa grille de lecture des événements anodins. Tout ça parce que Donald avait envie d'infliger une nouvelle blessure narcissique à l'humanité, une de plus depuis les plus connus d'entre les contempteurs de la fierté humaine : Galilée, Darwin et Freud -mais il y en eut d'autres bien sûr, les blessures se succèdent depuis des millénaires et on essaie de les oublier tant bien que mal.


Donald, lui, il dit que les plus grandes créations de l'art, de la religion, de la philosophie et tutti quanti ressortent de l'aire intermédiaire dans laquelle s'agitent les objets transitionnels. C'est-à-dire, rien de concret dans tout ça les mecs, même si vous essayez de nous faire croire que vos créations sont plus vives et carnées que la réalité, non, ça résulte seulement des petits compromis que vous vous arrangez dans le dos du vrai pour supporter vos angoisses de séparation et d'unité. Mais c'est déjà pas mal, ce n'est pas à la portée de n'importe qui.


Alors, l'objet transitionnel, parlons-en. Quand il naît, le gosse, il ne se distingue pas de la mère. Maman = moi, moi = maman. Au début, ça marche, parce que la mère subit la « maladie naturelle » de la maternité. Donc, elle ne vit plus que son gosse, lorsque tout se passe bien (ce qui est, en fait, plutôt rare, non ?). Ensuite, la mère devient suffisamment bonne, c'est-à-dire qu'elle commence à se dire que c'est pas si mal que ça le monde finalement, que le gosse, on va le laisser se démerder un peu tout seul. Et progressivement, le bébé se voit confronté à des séparations, des trucs qui le rendent fou de flippette, et c'est là qu'apparaît l'objet transitionnel qui permet de faire le lien entre moi et le reste du monde, qui atténue les angoisses quand l'objet réel visé n'est pas là, occupé à batifoler dans les pâquerettes pendant que bébé flippe sa race. Dans l'aire intermédiaire, le bébé développe son imagination, fantasme un peu la piquenaude, développe son intellect, ça permet de faire un bon petit humain bien préparé pour délirer plus tard.


De l'inadaptation de ce phénomène en découlent plein de malformations mentales amusantes. Par exemple, la plus répandue d'entre toutes c'est lorsque l'objet transitionnel comme moyen se transforme en objet transitionnel comme fin. C'est-à-dire que, mettons que maman me manque, ou n'importe quoi d'autre qui m'a satisfaite à un moment donné : je me mets à illusionner comme une tarée, ma créativité s'épuise à engendrer des jeux, des histoires, la bombe atomique et « Guerre et paix », si bien que j'en oublie l'objet d'origine. Et lorsque maman revient je me dirais : « oh bordel ! c'est pas du tout comme je l'avais imaginé ! ça se passe jamais comme prévu, ô monde cruel ! », c'est-à-dire que mon aire intermédiaire m'aura fourni des satisfactions bien supérieures à celles que peut me fournir la réalité. Qu'est-ce qu'on fait alors dans ce cas ? Ben rien, on peut bien vivre dans son aire intermédiaire après tout, regardez Van Gogh, Antonin Artaud, Gérard de Nerval, hein, ils ont tous bien fini pas vrai ?


Bravo Donald pour ce concept prometteur et stimulant, digne d'un bon taré mental comme je les aime.
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