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Critique de Pois0n


Pois0n
  04 février 2021
Après la catastrophe qu'était ma première lecture Harlequin vintage (« L'homme sans merci »), j'avais assez peu d'espoirs concernant « Une colombe en cage », dont le résumé laissait craindre le pire... C'est d'ailleurs pour cette raison que je l'avais placé si haut dans ma PAL, en mode « comme ça, c'est fait ».
Eh bien en fin de compte, on a, déjà à l'époque, un résumé aux fraises.

En effet, pas de syndrome de Stockholm ici, Lise n'est absolument pas prisonnière : ramassée sur le bord de la route par Leandro suite à une panne, il la supplie de l'aider à son tour en feignant de fausses fiançailles, la candidate de ses pensées, aux moeurs assez libres, n'étant pas vraiment au goût de sa Madrecita très conservatrice. En outre, la demoiselle à laquelle celle-ci aimerait bien le voir fiancé en aime également un autre et Leandro n'a pas l'intention de se lancer dans une union sans amour qui n'arrangerait personne et ferait du mal à tout le monde.

Bon, soyons honnêtes, Leandro n'est pas parfait et se met parfois en colère, mais il se révèle infiniment moins toxique qu'une bonne partie des héros des Harlequin Azur d'aujourd'hui et serait même ce que l'on pourrait considérer comme un gentleman. Non, il ne menace pas Lise, ne la force jamais à rien, se montre presque toujours courtois avec elle, n'essaie pas d'abuser de sa faiblesse, tout au plus de la taquiner un peu., tout en se montrant d'une patience infinie avec cette fille qui en retour se plaint, le hait, l'accuse d'être un type horrible alors qu'on ne voit que le contraire... Bref, on aimerait bien comprendre comment fonctionne Lise parce que là, franchement, elle dramatise un max pour trois fois rien et s'effarouche à tout bout de champ pour... absolument zéro raison.

Non seulement Lise a peur de lui sans qu'on ne comprenne pourquoi, mais elle se considère captive alors qu'elle est libre d'aller se balader au village, nager sur la plage, se promener à cheval... sans aucune restriction de mouvement : on est loin de Katy qui, dans ma lecture précédente, se faisait enfermer à clé dès que Julian quittait la pièce ! Elle est également libre de cesser à tout moment de jouer la comédie dans laquelle elle s'est embarquée, bien que les conséquences pourraient potentiellement être fâcheuses pour la grand-mère de Leandro. Raison pour laquelle il lui propose d'ailleurs de rendre les choses bien réelles, tout en lui laissant largement le temps d'y réfléchir, et en s'efforçant de la séduire sans forcer.

Franchement, je dois vous avouer un truc : au bout d'un moment, je n'ai plus eu la patience de Leandro vis-à-vis de cette héroïne puérile et ingrate qui passe son temps à geindre ; une ingénue d'un autre temps dont le comportement est en totale contradiction avec la maturité et l'indépendance qu'elle se vante d'avoir. Et on ne peut même pas le reprocher à l'âge du texte, les aventures de Zéphyrine, parues à la même période, mettant en avant une protagoniste beaucoup moins nunuche !

L'âge du livre, on ne le ressent d'ailleurs pas trop : même les éléments les plus sexistes sont justifiés par le contexte : la Madrecita désapprouve certes ouvertement le port du pantalon pour les femmes... mais en admettant que l'histoire se déroule lors de son année de parution (1973), la très conservatrice espagnole de quatre-vingt ans serait alors née... en 1893 ! A la rigueur, qu'il en soit autrement n'aurait donc pas été crédible...

Ce qu'on ressent en revanche, c'est une certaine tension physique entre Lise et Leandro, surprenante pour l'époque, même si on reste tout de même dans le domaine du très sage, le désir étant exprimé de façon sous-entendue là où aujourd'hui, il le serait en toutes lettres. A ce titre, une mémorable scène avec des danseurs de flamenco retranscrit très bien tout ça.

Car le véritable point fort du livre, c'est son ambiance : ah, ça oui, on est en Espagne ! Violet Winspear a réussi là où nombre de ses successeurices se sont magistralement plantées, en parvenant à broder un décor détaillé très présent dans l'histoire. Qu'il s'agisse des jardins garnis de fleurs parfumées, de la place du village, de la décoration somptueuse des différentes pièces du château, le dépaysement est total et de tous les instants. Et ce, sans négliger le moins du monde l'histoire ni sacrifier son rythme... ni les personnages secondaires ! le tout, en pile 150 pages. Un véritable tour de force quand on sait que l'éditeur impose une limite de mots. On se laisse porter par les bougainvillées, les mosaïques, le clapotis des fontaines, le son des cloches dans le lointain, les dalles de pierre rouge, et même les saveurs du vin.

Au final, « Une colombe en cage » est donc carrément bonne surprise. Tous les ingrédients d'une romance Harlequin « classique » sont là : le faux bad-boy mais vrai chevalier blanc, le décor de rêve, les quiproquos... Dommage que le caractère inconsistant de l'héroïne ternisse sensiblement le tableau...
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