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Gilles Gaston Granger (Éditeur scientifique)Bertrand Russell (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070758648
Éditeur : Gallimard (05/01/2001)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 56 notes)
Résumé :
La traduction du Tractatus logico-philosophicus, réputée périlleuse en raison de la difficulté et du laconisme du texte, constitue à elle seule un travail de philosophe.


p>La concision incisive de la langue et l'usage fréquent du symbolisme logique ont pu rebuter des générations d'étudiants habitués à d'autres formes littéraires.

Les non-spécialistes devront sans doute plus encore s'armer de patience.


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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
19 août 2013
« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire »

Donc je me tais. En tout cas, j'aimerais me taire… mais ce ne serait pas assez vendeur et je n'aurais pas le plaisir de pouvoir disserter sur ce Tractatus politico-philosophicus à mon aise. Certainement, Ludwig Wittgenstein ne devait pas être publicitaire, comme il ne devait pas être très causant non plus à table ou en promenade. Car enfin, parler du langage comme on parlerait d'un joint de culasse, ça ne ressemble à rien d'humain, et à cette vision de la communication, nous pourrions opposer celle plus sensible (mais aussi moins théorique et peut-être plus sincère) de Margaret Atwood :

« Nous aurions hoché la tête pour ponctuer les dires les unes des autres, et montrer que oui, nous connaissons bien tout cela. Nous aurions échangé des remèdes, et tenté de nous surpasser mutuellement dans la litanie de nos misères physiques ; doucement, nous nous serions plaintes, à voix basse, sur un ton mineur et mélancolique comme des pigeons sur les rebords des gouttières. […] Comme je méprisais ces conversations. Maintenant je soupire après elles. Au moins, nous parlions. Un échange, du moins. »

Oui mais… ce n'est pas ce à quoi devrait servir le langage selon Ludwig. le langage doit servir à transmettre des informations sur le monde selon des règles logiques qui relèvent de l'axiomatique. La simplicité dans ce domaine devrait être notre unique souci. Mais ce n'est pas le cas et depuis que la communication existe, il semblerait que de sérieux barjos aient essayé de rendre le langage tordu en voulant lui faire dire ce qu'il ne peut pas exprimer. A partir du moment où l'homme a développé un réseau de cellules grises trop dense, les choses se sont détraquées. Les propositions insensées et vides de sens (à ne pas confondre) ont pullulé et peuplent le monde, nourrissant la solitude et l'incompréhension des hommes.

Avant de poursuivre plus loin, rappelons ce commentaire primordial de Wittgenstein sur son Tractatus :

« À côté de choses bonnes et originales, mon livre, le traité log.phil., contient aussi sa part de kitsch »

Ce serait une grave erreur de l'oublier. Malgré son nom pompeux, son style sec et rébarbatif de manuel de logique et son aspect purement théorique, le Tractatus logico-philosophicus est un livre d'une originalité redoutable, qui manie l'humour dans la plus grande discrétion pour un résultat des plus corsés. Mais soyons simples et ne tournons pas autour du pot, poursuivons l'enseignement du Tractatus : ce livre est aussi une vaste entreprise de foutage de gueule. Etudiants sérieux et érudits, vous pourrez certainement trouver entre ses pages une nourriture intellectuelle qui vous confortera l'espace de quelques dizaines de minutes, mais bientôt un doute viendra vous assaillir… rien ne tient la route dans ce traité ! en quelques propositions, tout s'effondre, pour peu que l'on décèle dans le texte sa propre contradiction.

Wittgenstein écrit une critique acerbe de la complexité factice que les hommes confèrent au monde par le biais du langage. Pourtant, il a sans doute atteint l'apogée de cette complexité spéculative en rédigeant son Tractatus logico-philosophicus. Vous avez le temps d'aller vous faire cuire un oeuf jusqu'à ce que vous ayez réussi à déchiffrer cette proposition :

« 6. 241 – C'est ainsi que la preuve de la proposition 2 x 2 = 4 se lit :
(Ωv)n'x = (Ωvxn')x Def.,
Ω2x2'x = (Ω2)2'x = (Ω2)1+1'x = Ω2'Ω2'x = Ω1 + 1'Ω1 + 1'x
= (Ω'Ω)'(Ω'Ω)'x = Ω'Ω'Ω'Ω'x = Ω1 + 1 + 1 + 1'x = Ω4'x. »

En fait, n'essayez même pas, ça ne sert à rien.
Wittgenstein détruit la philosophie en tant que discipline qui ne propose aucune nouvelle proposition mais qui essaie seulement (et souvent vainement) d'éclaircir celles qui existent déjà. La philosophie ne sert à rien et ne produit que du non-sens. Et dans ce domaine, Wittgenstein rafle toutes les médailles. Sa propre philosophie ne vaut pas mieux. Il ne s'en cache pas et n'essaie même pas de se justifier. Au moins son Tractatus semble-t-il sincère et humain. Emil Cioran et son principe de contradiction semblent veiller entre les lignes des propositions de Wittgenstein.

Et que dire de la conclusion de cet ouvrage, qui est une merveille à elle seule ? « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » Fallait-il des pages de propositions pour en arriver là ? Oui, sans doute. Approuvant cette conclusion, allons-nous nous taire pour autant ? Non, certainement pas. Et voici la condition absurde de l'être humain définie en une phrase. C'est cruellement tordant, et c'est écrit dans le langage le plus sévère possible. Wittgenstein est un pince-sans-rire doué, un comédien nihiliste du plus grand talent. Il faut se promener entre ses citations comme entre des prototypes humanoïdes d'une invention nouvelle, un peu dégénérés et pourtant fidèles à leur sujet de représentation. Les propositions sont effectivement d'une beauté kitsch et si on ne peut les apprécier pleinement pour leur valeur logique incomplète, on pourra s'émerveiller de leur pertinence psychologique. On cheminera entre le loufoque hallucinogène (« 2. 0232 – Soit dit en passant : les objets sont incolores »), on retrouvera de l'existentialisme sartrien (« 2. 024 – La substance est ce qui existe indépendamment de ce qui arrive »), un éloge à la relativité (« 6. 43 – […] le monde de l'homme heureux est un autre monde que celui du malheureux »), ou l'espoir que des univers infinis à la Kundera existent malgré tout (« 2. 014 – Les objets contiennent la possibilité de tous les états de choses »).

Le Tractatus logico-philosophicus contient un secret : en donnant l'impression de parler de logique sur un mode ennuyeux, il ouvre la porte sur un univers dérangé et chatoyant, aussi envoûtant que les mondes étranges imaginés par Philip K. Dick. On atteint la science-fiction de plus grande qualité, et c'est peut-être de cela dont voulait parler Wittgenstein lorsqu'il évoquait l'importance de l'acte de « montrer ». Alors taisons-nous, et « montrons »…

« 5. 511 – Comment la logique qui embrasse toute chose, qui reflète le monde, peut-elle avoir recours à des attrapes et à des manipulations aussi spéciales ? Pour la seule raison que ces moyens sont liés en un filet infiniment subtil, au grand miroir. »
Lien : http://colimasson.over-blog...
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madameduberry
26 janvier 2014
Un de ces monuments que l'on peut, si on le souhaite, visiter plusieurs fois, et selon diverses modalités. Seul, encordé avec un bon guide, après avoir lu et relu quelques exégèses,après avoir fait un parcours de la philosophie, après avoir tout oublié, pour le plaisir de la redécouverte, pour se rendre compte de la profondeur de sa propre ignorance, pour en entrevoir les raisons, etc.
Et pour la note, bien se dire que celle-ci n'est pas forcément en rapport avec
sa propre intelligence de lecteur , ni sa compréhension de l'oeuvre.(je parle pour moi, bien sûr)
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mouette_liseuse
26 septembre 2014
Livre à lire religieusement devant ce grand penseur que fut Wittgenstein, ou comme un recueil de blagues. Je penche vers la 2 ème proposition car comment prendre au serieux un livre avec un tel titre et avec cette succession de courtes sentences dont on peut faire dire ce que l'on veut. La dernière sentence est peut-être la clef de l'énigme. Livre historique sans conteste, mais pour apprécier Wittgenstein, il vaut mieux lire ses autres livres publiés après sa mort.
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justeSerge
26 janvier 2012
Un petit bouquin bien aride , qui devrait être vendu avec une bouteille d'eau
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Nikoz
20 mai 2013
Indicible merveille
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Citations & extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson18 février 2014
4. 003 – La plupart des propositions et des questions qui ont été écrites sur des matières philosophiques sont non pas fausses, mais dépourvues de sens. Pour cette raison nous ne pouvons absolument pas répondre aux questions de ce genre, mais seulement établir qu’elles sont dépourvues de sens. La plupart des propositions et des questions des philosophes viennent de ce que nous ne comprenons pas la logique de notre langage.
(Elles sont du même genre que la question de savoir si le Bien est plus ou moins identique que le Beau.)
Et il n’est pas étonnant que les problèmes les plus profonds ne soient en somme nullement des problèmes.
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colimassoncolimasson25 décembre 2013
Ce qui nous fait hésiter, c’est le fait que, après tout, Wittgenstein a trouvé le moyen d dire beaucoup de choses à propos de ce qui ne peut être dit, suggérant ainsi au lecteur sceptique qu’il est possible que s’offre là une issue par une hiérarchie des langages, ou par quelque autre porte de sortie. Le sujet de l’éthique tout entier, par exemple, est placé par Wittgenstein dans la région mystique, inexprimable. Néanmoins, il est capable de faire comprendre ses opinions éthiques. Il pourrait se défendre en disant que ce qu’il nomme le mystique peut être montré, bien que cela ne puisse être dit. Il se peut que cette défense soit juste mais, pour ma part, je confesse qu’elle me laisse dans un certain état de malaise intellectuel.

-Préface de Bertrand Russell-
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colimassoncolimasson10 février 2014
3. 323. – Dans le langage quotidien, il arrive très fréquemment que le même mot désigne d’une manière différente –donc appartienne à différents symboles –ou que deux mots, qui désignent de manière différente, soient utilisés extérieurement de la même manière dans la proposition.
Ainsi apparaît le mot « est » en tant que copule, en tant que signe d’égalité et en tant qu’expression d’existence ; le mot « exister » en tant que verbe intransitif comme le mot « aller » ; « identique » en tant qu’adjectif ; nous parlons de quelque chose, mais aussi de ce qu’il se passe quelque chose.
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colimassoncolimasson09 mai 2014
6. 52 – Nous sentons que même si toutes les possibles questions scientifiques ont trouvé leur réponse, nos problèmes de vie n’ont pas même été effleurés. Assurément il ne subsiste plus alors de question ; et cela même constitue la réponse.
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colimassoncolimasson08 mars 2014
6. 41 – Le sens du monde doit se trouver en dehors du monde. Dans le monde toutes choses sont comme elles sont et se produisent comme elles se produisent : il n’y a pas en lui de valeur –et s’il y en avait une, elle n’aurait pas de valeur.
S’il existe une valeur qui ait de la valeur, il faut qu’elle soit hors de tout évènement et de tout être-tel. (So-sein.) Car tout évènement et être-tel ne sont qu’accidentels.
Ce qui les rend non-accidentels ne peut se trouver dans le monde, car autrement, cela aussi serait accidentel.
Il faut que cela réside hors du monde.
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