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Frank Reichert (Traducteur)
EAN : 9782743616137
181 pages
Payot et Rivages (03/01/2007)
3.7/5   129 notes
Résumé :
Jessup Dolly s'est éloigné au volant de sa Capri bleue sur la route creusée d'ornières en abandonnant à leur sort ses trois enfants et une épouse qui n'a plus toute sa tête. Il a promis de revenir avec un sac bourré de billets.
Or, Jessup n'est jamais revenu. Dans la maison isolée, les placards sont vides et il fait froid. Ree, l'aînée âgée de seize ans, veille comme elle le peut sur le reste de la famille. Elle ne tarde pas à apprendre que son père a bénéfic... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
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Chris Offut, Ron Rash, David Joy : autant d'auteurs de romans noirs qui ont pour point commun d'ancrer leurs récits dans une Amérique méconnue, l'Amérique rurale des gens de peu, semblant tout droit sortis d'un XIXème siècle, dont ils n'ont abandonné ni les codes moraux, ni la violence.

Ces auteurs situent le plus souvent leur intrigue dans les Appalaches, écrin sauvage d'une oeuvre âpre et souvent tragique illuminée par la beauté sauvage d'une nature encore immaculée. C'est en tentant une incursion dans ma bibliothèque qui ressemble chaque jour davantage à la bibliothèque de Babel chère à Borges, que j'ai découvert un ouvrage oublié de Daniel Woodrell : « Un hiver de glace ».

L'intrigue se déroule au coeur des Ozarks, dans une région vallonnée aux paysages désolés et au climat aussi rude que ses habitants. Jessup Dolly a disparu, laissant derrière lui sa femme qui n'a plus toute sa tête et ses trois enfants. Ree, l'aînée âgée de seize ans, veille, comme elle le peut, sur ses deux petits frères ainsi que sur sa mère, qui passe ses journées à végéter dans son fauteuil. le shérif lui apprend que son père a bénéficié d'une mise en liberté conditionnelle grâce à une hypothèque sur sa maison et sur ses terres. S'il ne se présente pas au tribunal le jour du jugement, les Dolly perdront tout et devront affronter la rigueur de l'hiver sans même un toit sur la tête.

Grande soeur courage, Ree a décidé de se battre et va tenter par tous les moyens de retrouver son paternel, « le meilleur fabricant de blanche » du coin, mort ou vif, avant la date fatidique du jugement. La vallée des Ozarks où vivent les Dolly semble tout à la fois perdue dans le temps et dans l'espace. Loin de tout, la jeune adolescente va devoir affronter l'hostilité de son propre clan qui semble obéir à des préceptes d'un autre temps, et rechigne à briser les tables de la loi du silence.

Perdue dans l'immensité glaciale de l'hiver, Ree comprend que, parmi les habitants de la vallée, pour la plupart des cousins plus ou moins éloignés, personne n'est disposé à l'aider à découvrir ce qui est arrivé à son père. Seule son amie d'enfance, Gail, déjà maman d'un nourrisson, va la soutenir dans son impossible quête, celle d'une vérité que le clan Dolly préfère dissimuler. La jeune fille est loin d'imaginer les ténèbres dans lesquelles son entêtement à découvrir la vérité pourrait la mener. Las. Ree n'a d'autre de choix que de continuer à mener son enquête, au risque de tout perdre.

A l'instar de David Joy ou de Chris Offut, David Woodrell nous dépeint un monde que l'on croyait disparu, celui d'un clan passé maître dans la fabrication de cocaïne, activité illicite dissimulée au coeur d'une nature hostile. Les hommes comme leurs femmes y sont aussi frustes que durs au mal et obéissent à des codes moraux que nous avons depuis longtemps oubliés. Des hommes qui ont depuis toujours appris à se taire, à ne jamais « balancer », et qui connaissent trop bien la sentence qui menace celui qui aurait le malheur d'enfreindre la loi du silence.

A l'instar de son héroïne, le roman marche sur un fil. Il mêle une violence extrême et une cruauté effroyable à des instants saisissants d'humanité. Ce mélange improbable de noirceur absolue et de douceur lumineuse transforme la quête de Ree en une odyssée poignante. le style épuré de l'auteur laisse la place au surgissement d'une forme de poésie touchante qui évite au roman de sombrer dans les ténèbres qui menacent d'emporter son héroïne.

Si « Un hiver de glace » saisit le lecteur par sa rudesse et sa violence, la beauté troublante du roman se niche au creux de quelques instants de grâce, telle que la baignade de Ree et de Gail dans une source glacée. L'intégrité, l'abnégation, et le courage de l'héroïne, qui fera tout pour sauver les siens en font un personnage traversé par la lumière qu'il est impossible d'oublier et donnent au roman ce supplément d'âme qui invite définitivement David Woodrell à la table de Chris Offut, Ron Rash et David Joy.
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Cela va durer quelques jours, quelques semaines, un mois peut-être…Mais son père a promis de revenir avec un sac de billets de banque tout frais. Alors, en attendant, Ree serre les dents, s'occupe de ses deux petits frères, de sa mère qui a perdu la boule, coupe le peu de bois qu'il reste, cuisine avec les fonds de placard. L'hiver est rude. La neige et la glace ont recouvert ce petit coin des Ozarks où les Dolly vivent depuis des générations. Ree n'a que seize ans mais elle prend à coeur son rôle de cheffe de famille, comptant aussi sur l'éventuelle générosité de ses voisins, tous des oncles, des cousins plus ou moins éloignés. Mais son père tarde et à sa place c'est le shérif qui arrive. Avec une mauvaise nouvelle. Son père a mis la maison en gage. S'il ne se présente pas à son procès, ils se retrouveront à la rue. Ree a une semaine pour mettre la main sur Jessup. Et elle ne peut compter que sur elle-même. Un rumeur court, son père, le meilleur fabricant de méthamphétamine de la région, serait une balance…

Bienvenue dans l'Amérique profonde ! Ici, tout n'est que misère, violence et hostilité.
Une communauté rurale, isolée, des femmes aussi rudes que leurs hommes. Les lois, tout le monde s'en moque. On vit d'expédients, de petits ou de gros trafics. Et surtout, on vit entre soi, entre Dolly, la grande famille du coin.
La solidarité s'arrête quand commence la délation. Si Jessup a trahi le clan, Jessup doit mourir et Ree ne doit pas remuer la boue.
Mais Ree est une résistante, une rebelle, une force de la nature. Elle ne craint pas les menaces et se relève sous les coups. Prête à tout pour protéger sa famille.
Dans cette glace qui paralyse la nature et les coeurs, Ree est un rayon de soleil qui s'obstine à réchauffer ses frères, sa mère et sa meilleure amie Gail. Elle veut le meilleur pour les petits, les garder sur le droit chemin, les éloigner de la violence et de la drogue. Elle veut que son amie quitte son mari volage. Elle veut un peu d'amour et d'affection dans ce petit monde replié sur lui-même.
Un hiver de glace est un roman âpre, rugueux, sombre qui décrit un monde cruel, sans avenir où l'espoir est minuscule, les instants de douceur miraculeux. Il doit de ne pas sombrer dans la noirceur à son héroïne courageuse, obstinée, inoubliable. Un roman qui secoue.
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Pas possible!... Ree, c'est Tess d'Urberville réincarnée dans les Ozarks... Mais une Tess différente, acérée à la rudesse d'un nouveau monde archaïque, étouffant, immuable dans sa survie misérable.
Un hiver de glace tinte des échos de Délivrance et autres sombres oeuvres du noir américain!
Ree, c'est l'héroïne qui assume sa responsabilité de chef de famille de substitution: Elle va affronter le froid de l'hiver et l'imbécilité obtuse de ses cousins ou quasi-cousins... mais elle est coriace et consciente, Ree: Il faut coûte que coûte retrouver P'pa ou tout au moins ce qu'il en reste. Pas le choix.... sinon, c'est se retrouver sans toit au milieu de l'hiver!
Ree se transforme en mère-courage: Ses petits frères ne peuvent subvenir eux-mêmes à leur subsistance... et encore moins m'man, qui est glissée zinzin!
C'est un livre à la fois poignant, désespérant et revigorant qu'offre Woodrell!.. Un monde sans beaucoup de nuances, duquel j'étais soulagé de sortir: Heureuse situation d'Horusfonck - le -lecteur.
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"Mais bien sur!"..
Cela me disait bien quelque chose...

Il n'a fallu que quelques pages pour qu'apparaissent les images du film Winter's Bone, tiré de ce roman : les paysages désolés et le froid des monts Ozarks, les populations en mobil-home ou en vieilles fermes décaties, les trafics sur fond de violence, pauvreté quotidienne et misère intellectuelle. Une région où chacun est un peu cousin avec chacun, limite consanguinité et où les hommes abusent traîtreusement les adolescentes après consommation de champignons hallucinogènes.
Voila le décor planté...

Ree porte sa famille à bout de bras à 16 ans, seul soutien d'une mère à demi folle, de jeunes frères graines de délinquants et d'un absent: un paternel évaporé, recherché par la police et qui les a laissés sans ressources en hypothéquant la maison familiale. Elle a intérêt d'ailleurs à remettre la main sur le fugitif si elle veut échapper aux huissiers.
Et elle va le chercher, mort où vivant, en prenant tous les risques...

Un sens aigu de la narration descriptive fait naitre des images de campagnes enneigées, des collines ondulantes, et un habitat diffus aux populations hétéroclites, tuant des vies épuisées et sans avenir, faites d'alcool ou de coke, et se nourissant de haines cuites et recuites entre familles.
Avec une écriture parfois sibylline, Daniel Woodrell nous offre une atmosphère glauque et délétère de vengeance, une ambiance de violence latente mais où il est capable de créer des bulles de poésie par l'amour fraternel et l'amitié. Il nous offre une portrait de jeune fille fascinante de dureté et de ténacité, un décor hallucinant d'une Amérique profonde, sans foi ni loi.

Une lecture glaciale et magistrale!
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Très rapidement en commençant ce roman, le souvenir de cette histoire a fait "tilt" . Effectivement ce roman a été adapté au cinéma en 2011 : Winters bone ..., un film que j'avais vu à l'époque de sa sortie.

C'est Ree, jeune fille de 16 ans , qui s'occupe de ses deux petits frères et de leur mère, perdue dans ses nuages . Ils habitent dans les Ozarks, un coin paumé des États-Unis , inhospitalier au possible et pas seulement à cause des hivers rigoureux ...

Jossup, le père est parti une fois de plus et a promis de revenir avec un sac de billets , mais en attendant , Ree apprend qu'il a mis leur maison en gage pour payer sa caution et s'il ne se présente pas à son prochain procès leur maison sera saisie .
La jeune fille décide alors de partir à sa recherche ...

Les gens qu'elle va rencontrer à commencer par son oncle sont tous aussi peu accommodants, menaçants et mettent en garde Ree si elle poursuit ses recherches dans ce milieu de laboratoires clandestins et de trafic de cocaïne .

les seuls moments de lumière sont son amour pour ses frères, ses liens de tendresse avec sa mère même si celle-ci ne réagit plus à la réalité et également la profonde amitié qui la lie à Gail, son amie d'enfance qui la rejoint avec son nourrisson, échappant à un mari indifférent et infidèle.
Les jeunes filles arrivent , au milieu de toutes ces souffrances, à créer une bulle de bonheur , une pause de réconfort et offrent au lecteur les plus belles pages de ce roman si sombre , les seuls instants où il peut respirer .

Tout repose sur les épaules de Ree à la détermination tenace, au courage insensé . Sa maturité précoce , son sens du devoir et son amour pour ses frères et sa mère forcent le respect et la classe parmi toutes ces jeunes héroïnes qui marquent le lecteur .

Un western crépusculaire au féminin qui ne laisse pas de glace , un peu trop violent à mon goût , avec une écriture assez âpre adaptée au froid ambiant et à l'hostilité annoncée des habitants de cette région pour l'apprécier vraiment ...

Je vais de nouveau regarder son adaptation cinématographique quand-même !
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Les pierres avaient sans doute été empilées par ses ancêtres directs et pendant un bon moment, elle s'efforça d'évoquer la vie des pionniers en se disant qu'une partie au moins de leur existence transparaissait encore dans la sienne.

En fermant les yeux, elle pouvait presque les invoquer, voir ses aïeux...dont tant d'os se brisaient, se cassaient et se ressoudaient mal, de sorte qu'ils claudiquaient toute leur vie durant, d'années en années, sur ces os mal réparés, jusqu'à ce qu'ils tombent morts, un certain soir, d'un truc qui faisait résonner leurs poumons d'un bruit mouillé...

Elle s'imaginait les femmes plus grandes et plus proches, avec des yeux noyés de solitude, de vilaines dents jaunes, un sourire figé, toujours plaqué à la bouche, travaillant à n'en plus pouvoir dans les champs brûlés par le soleil, les mains aussi calleuses que des épis de maïs secs, les lèvres gercées tout l'hiver durant, une robe blanche pour les noces, une noire pour les obsèques.
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- C'est justement pour ça que je me sens si mal depuis ... il m'a regardée droit dans les yeux, mais il a fait celui qui ne me connaissait pas, ne m'avait jamais vu de sa vie. Ils sont sortis en groupe et je suis restée plantée sur le seuil, dans le chemin, et il m'a frôlée sans même me faire un signe de tête. Ces types mijotaient un truc moche. Il se passait quelque chose de pas normal et, depuis, je n'ai pas arrêté de tourner et de retourner cette histoire dans ma tête, pour finale¬ment comprendre pourquoi il n'avait même pas fait signe de me voir. Il m'ignorait pour me protéger, tu comprends ? C'est à ça que j'ai vu que ton papa m'aimait. Parce qu'il avait regardé ailleurs.
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Ree...redescendit à travers un bosquet de pins, enveloppée par leur odeur caractéristique et cette ombre et ce silence qu'ils produisent.

Des pins dont les branches basses s'étalaient au-dessus de la neige fraîche formaient pour l'esprit une voûte plus solide que n'en pourraient jamais créer prie-dieu et chaires.
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Quand P’pa était en prison, elle ne voyait jamais le même galant plus de deux soirs de suite : c’était la règle. La première nuit passe comme un pet, après deux nuits c’est un pincement au cœur mais quand on a couché trois nuits ensemble, la souffrance commence à poindre et il en faudra une quatrième, une cinquième puis un nombre infini pour l’apaiser. Le cœur s’en mêle et se met à tisser des rêves tandis que les tourments s’annoncent. Le cœur ourdit des rêves qui s’apparentent à des projets.
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Toutes ses douleurs s'agrégèrent pour former un chœur qui chantait la souffrance dans sa chair et son esprit. (...) Quand il arrivait à Ree de bouger, elle devenait toute flasque et molle, tandis qu'en elle le chœur émettait de nouvelles notes aiguës. La chanson était sa souffrance et tant de voix l'entonnaient... Gail la fit asseoir dans la baignoire où, enfoncée jusqu'au menton dans l'eau tiède, elle réussit à intimer un relatif silence à cette chorale, sauf à ceux de ses participants qui chantaient dans sa tête.
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