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EAN : 9782234083271
176 pages
Stock (03/01/2018)
3.46/5   81 notes
Résumé :
« La première fois que j’ai vu Sylvia, Angela et Gigi, ce fut au cours de cet été-là. Elles marchaient dans notre rue, en short et débardeur, bras dessus dessous, têtes rejetées en arrière, secouées de rire. Je les ai suivies du regard jusqu’à ce qu’elles disparaissent, me demandant qui elles étaient, comment elles s’y étaient prises pour … devenir. »

August, Sylvia, Angela et Gigi sont quatre adolescentes, quatre amies inséparables qui arpentent les ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
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August est toute jeune quand elle emménage à Brooklyn avec son petit frère et son père. Elle répète à qui veut l'entendre que sa mère va les rejoindre, demain ou après demain... Mais la vie suit son cours sans elle et c'est entouré de son petit groupe d'amies, Sylvia, Gigi et Angela, qu'August grandit. Elle se cherche, s'interroge, s'imagine... Comme toute adolescente, les questions se bousculent sans trouver de réponses. Qui, dans le Brooklyn des années 70, verra ses rêves se réaliser ?

J'ai découvert grâce à NetGalley et aux éditions Stock un très beau roman. Jacqueline Woodson a une écriture très fine, très poétique malgré le regard incisif qu'elle porte sur son personnage principal. Elle nous touche en peu de mots etnous fait revivre nos propres souvenirs.

C'est un auteur à découvrir, à suivre et à apprécier...
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En refermant ce livre, j'ai compris pourquoi il figure dans le trio de romans américains recommandés par la très talentueuse traductrice Céline Leroy également membre active du Picabo River Book club, un groupe de lecteurs sur Facebook dédié à la littérature nord-américaine. Ce roman, finaliste du National Book Award en 2016 distille tout en finesse une atmosphère empreinte de nostalgie, au fil des fragments de souvenirs égrainés par August, l'héroïne qui se remémore les années charnières de sa jeunesse, celles de l'enfance et de l'adolescence, fondatrices d'une vie.

C'est la mort de son père qui déclenche chez August ce voyage au fond de sa mémoire, jusqu'aux années 70, lors de leur installation à Brooklyn. Un père et un frère, mais pas de mère et derrière eux, les années d'enfance dans une maison du Tennessee. La découverte de Brooklyn, elle-même en pleine évolution que l'on observe à travers les yeux d'une enfant de 11 ans pour laquelle tout est neuf et synonyme d'étonnement. Et puis l'amitié, la rencontre de Sylvia, Angela et Gigi. Des aspirations, des rêves, des envies de réussite qui viennent souvent se fracasser sur les murs érigés par les adultes.

"Où que nous posions les yeux, nous voyions des gens s'efforcer de rêver leur départ. Comme s'il existait un ailleurs. Un autre Brooklyn."

Ce n'est pas chose facile que d'inviter un lecteur à partager des fragments de souvenirs et à lui faire ressentir l'ambiance de l'époque autant que l'intimité des sensations de personnages qui lui sont très éloignés. Pourtant, c'est ce qui se passe ici. Avec ces fragments assemblés comme un ouvrage de dentelle, l'auteure nous envoie des images, des sons qui forment un film aux couleurs un peu passées. Et ces fragments nous renvoient à nos propres souvenirs, à ces réminiscences de nos années d'adolescence qui surgissent par surprise, stimulées par on ne sait quelle association d'idée. Et qui viennent souligner, expliquer, interroger une situation que nous vivons plusieurs décennies après. On ne peut que saluer la subtilité de cette construction qui semble si simple mais qui résulte certainement d'un gros travail d'écriture. Grâce auquel on perçoit tout, la cruauté des rapports d'amitié qui mêlent jalousie et envie, la volonté de se raccrocher aux figures rassurantes de l'enfance, l'appréhension du monde des adultes à travers des bruits qui transpercent les cloisons, la contradiction entre l'envie de voler et celle de ne pas quitter le nid.

Et le charme opère... jusqu'aux dernières lignes qui nous rappellent que nous appartenons tous à cette grande confrérie humaine. Une très jolie lecture, subtile et juste.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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J'ai découvert Jacqueline Woodson avec ce roman, mais j'ai appris après lecture qu'elle était une auteure bien connue dans la littérature jeunesse... Sincèrement, c'est plus la couverture qui m'a d'abord tapée dans l'oeil que le synopsis et pourtant, une fois commencé, j'étais comme happé par l'histoire racontée par August.
August, pratiquement la quarantaine, revient pour les funérailles de son père, à Brooklyn, quartier qui l'a vue grandir. Son regard croise les rues, le paysage, les bâtiments, la vie tout simplement, et Sylvia, une amie d'enfance, et voilà que ses souvenirs la replongent dans le passé, à travers des flash-back. Elle se revoit dans toutes les étapes de cette jeunesse lointaine, quand elle a dû quitter le Tennessee pour Brooklyn, à l'âge de 11 ans, accompagnée de son petit frère et de son père. Elle entend son frère lui demander si maman va revenir et pour le rassurer, lui dit, c'est pour bientôt. Mais cette maman ne viendra pas, car elle a perdu la tête quand son frère a été tué au Vietnam, mais ça, August ne sait pas encore que c'est bien plus grave.

Derrière cette fenêtre, tous les deux observent avec fascination le brouhaha du quartier, car papa ne veut pas les voir dehors, trop inquiet des dangers de l'extérieur. Ils ont tous les trois réellement du mal à s'adapter à cette nouvelle vie et à vivre avec le manque de leur mère. de chez elle, comme un écran télé, August regarde, intriguée par ces trois filles inséparables (Sylvia, Angela et Gigi) sauter à la corde, marcher, rigoler, s'amuser... et rêve de faire partie de leur groupe... Et elles ne seront plus trois, mais quatre nanas à survivre la préadolescence, et à subir les tourments de l'adolescence, pour enfin trouver leur chemin. Chacune aura son lot de déceptions et d'expérimentations : (premier amour), de peur, et de pertes (la perte d'un être cher) dans une époque très difficile, mais qui les forgera et les changera. Ensemble, elles sont invincibles, apprennent, découvrent, osent et se fissurent au fil du temps. Elle se souvient aussi de la peur qu'elle éprouvait face aux hommes et cette façon qu'ils prenaient plaisir à les regarder... Et c'est là que son père va l'initier à la religion musulmane (muslim), mais pour combien de temps ?! Les garçons sont beaucoup plus intéressants pour elle que cette religion.
August nous fait plonger dans notre passé par ses propres souvenirs où certaines blessures et moments de bonheur vont surement remonter à la surface. Mais on se laisse emporter dans ce court récit, très enrichissant, subliment bien écrit, comme une douce poésie, avec des thèmes justes et forts, dont la perte d'un être cher, l'amitié, la religion... On peut donc facilement s'identifier à elle, même si le vécu n'est pas le même.

Je recommande.
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Lu dans le cadre du Club de lecture de février 2018 à la librairie L'Attrape-Mots.

L'histoire se passe à New-York, dans un quartier de Brooklyn : Bushwick, dans les années 70. Ce quartier, aujourd'hui très branché, temple du Street Art, était, à l'époque (jusque dans les années 90), le plus dangereux de la ville. Il était le repère de trafiquants de drogue, de la prostitution, des règlements de compte... Les "blancs" quittaient le quartier par vagues.
L'héroïne, August, venant de son Tennessee natal, y a habité pendant son adolescence avec son père et son frère. Elle y revient, vingt ans après, pour y enterrer son père. Lui reviennent alors des images de cette époque où adolescente, elle avait tout à découvrir.
Avec Sylvia, Angela et Gigi, elles formaient un quartet de filles avides d'expériences. A quatre, elles se sentaient toutes puissantes pour affronter les premières fois de l'adolescence, liées par une amitié sans faille. Et pourtant, le passage à l'âge adulte ne se fera pas sans douleurs. Dans un quartier où le danger est partout et où elles ne peuvent faire confiance à personne. Elles seront unies dans leurs malheurs, leurs angoisses mais aussi dans leur espoir d'une vie meilleure.
L'auteur évoque, aussi, la lutte des afro-américains pour l'égalité des droits à travers les personnages du père et du fils. Ils épousent les idées politico-religieuses de la Nation de l'Islam, dont une personne clé n'est autre que Malcom X. Martin Luther King est mort assassiné le 4 avril 1968. Alors que Rosa Parks, à Montgomery, en Alabama, le 1er décembre 1955, refuse de se lever pour céder sa place à un blanc dans un bus. Malgré toutes ces luttes et bien d'autres, rien n'a vraiment beaucoup changé pour les Noirs d'Amérique en 1970. Jacqueline Woodson nous le fait bien sentir dans sa prose.
La narration de ce livre est particulière. Elle fait penser à des Haïkus (poèmes classiques japonais faits de 17 syllabes réparties en 3 vers). D'ailleurs, l'épigraphe du roman est un haïku de Richard Wright tiré de son livre "un autre monde" :
"Descends jusqu'en bas
Tourne à droite et tu verras
Un pêcher en fleur."
Jacqueline Woodson, l'auteur, a vécu, elle-même, dans le quartier de Bushwick. Elle n'a pas voulu s'inspirer de sa propre histoire mais s'en est imprégnée pour créer ces quatre adolescentes. "Un écrivain écrit pour exister. Comme je voulais transposer sur une page le souvenir du Bushwick de mon enfance, j'ai inventé quatre filles fascinantes qui m'étaient étrangères, m'éloignant de ma propre enfance. Puis je les ai enracinées dans un quartier qui m'était aussi familier que l'air que je respire." (page 165).
Jacqueline Woodson a, principalement, écrit pour la jeunesse. "Un autre Brooklyn" est son premier roman pour adultes. Elle a été finaliste du prestigieux prix américain le National Book Award en 2016. Elle avoue être très influencée par l'auteur américain James Baldwin, entre autre.
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La mort de son père est l'occasion pour August de revenir à Brooklyn et de feuilleter quelques pages de ce passé qu'elle continue à interroger.
Elle était arrivée dans le quartier à l'âge de huit ans. Son frère en avait quatre. Ils laissaient derrière eux un coin du Tennesse où il faisait bon vivre, malgré la pauvreté, libres comme ils l'étaient d'aller et venir dans la nature environnante et malgré la « disparition » progressive de leur mère, choquée par la mort de son frère au Vietnam.
A Brooklyn, on les cantonne longtemps derrière la vitre de l'appartement, d'où ils observent le monde extérieur. C'est de là qu'August remarque Sylvia, Angela et Gigi, un trio auquel elle se joindra ensuite, « quatre filles toujours ensemble, d'une beauté stupéfiante, dans une solitude terrifiante » :

« Lorsque nous avons fini par être amies, lorsque nous nous sommes fait suffisamment confiance, nous avons mis en mots notre environnement, murmuré des secrets, blotties les unes contre les autres ou assises en tailleur dans le cercle restreint que nous formions depuis peu. Nous avons desserré les lèvres et les histoires qui avaient failli être réduites en cendres dans nos ventres ont enfin trouvé une issue. »

Chronique en petites touches d'une adolescence noire dans les années 70, rythmée par les va et vient de la mémoire, « Un autre Brooklyn » laisse affleurer les traces d'un temps douloureux, même s'il ne fut pas perçu comme tel. La tragédie refusait alors d'être débusquée, « le souvenir s'estompant telle une ecchymose », et August porte encore en elle le poids de ce refus. Derrière les destins individuels, le quartier de Brooklyn se dessine en filigrane, avec ses gangs, ses Blancs qui le quittent et la percée de la religion islamique dans la communauté noire.
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critiques presse (1)
LeMonde
19 janvier 2018
Avec « Un autre Brooklyn », l’écrivaine afro-américaine joue, pour August, Sylvia, Gigi et Angel, une mélodie jazzy de l’amitié dans les années 1970 à 1990 à New York.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Je regardais mon frère observer le monde, son front droit, empreint d'une trop grande gravité, se fronçait sous l'effet de l'angoisse et de l'étonnement. Où que nous posions les yeux, nous voyions des gens s'efforcer de rêver leur départ. Comme s'il existait un ailleurs. Un autre Brooklyn.
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Nous avons eu treize ans. Où que nous soyons, mains et langues semblaient proliférer. Où que nos seins en bourgeon et cuisses qui s'allongeaient se deplacent, yeux doux et lèvres humectees se multipliaient.
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A un moment donné, nous avons tous la même destination, ai-je pensé. A un moment donné, tout, la moindre chose, chacun de nous, se mue en souvenir.
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C’est devenu l’année où j’ai disparu à force de m’enfouir dans les pages de mes manuels. L’année du cursus d’excellence et des révisions pour le PSTA, de volonté d’intégration dans un établissement d’un genre nouveau, inconnu, appelé l’Yvy League. Parce que Bushwick avait été une forêt et qu’on nous avait traitées de filles du ghetto malgré notre beauté, nos bras enlacés, nos tee-shirts où s’étalaient nos noms et signes du zodiaque.
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Il n’empêche qu’au fil de nos douze ans, nos seins et fesses s’étoffaient, nos jambes s’allongeaient. Le modelé de nos lèvres et notre port de tête suggéraient davantage aux inconnus que nous en n’avions conscience. Et, à l’approche de nos treize ans, nous arpentions le quartier comme si nous en étions propriétaires. « Ne posez même pas les yeux sur nous, ordonnions-nous aux garçons. Regardez ailleurs, regardez ailleurs ! »
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Jacqueline Woodson - Un autre Brooklyn
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