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Jean Talva (Autre)
EAN : 9782253034995
222 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1984)
3.58/5   111 notes
Résumé :
Capter l'insaisissable, le flux du temps, telle est la préoccupation majeure de Virginia Woolf à travers son oeuvre. Dans ce troisième roman, publié en 1922, elle entend faire le portrait de Jacob, jeune britannique de petite noblesse, mort très jeune au champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Plutôt que de tenter de trouver la voix de Jacob, l'écrivain s'approche de ceux qui l'ont connu de près ou de loin, persuadée que c'est en accordant leurs visions qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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torpedo
  30 novembre 2019
Virginia Woolf fait partie de mes auteurs fétiches et pourtant jamais encore je n'ai osé écrire le moindre avis sur une de ses oeuvres. Je souhaite remercier ici l'ami qui a exaucé un de mes voeux en m'offrant un exemplaire de la Chambre de Jacob dans l'édition à la couverture bleue de 1929.
L'écriture de Virginia Woolf me bouleverse, j'aime sa manière d'appréhender et de décrire le monde alors que je la qualifierais volontiers de cérébrale et ne comprends pas toujours où elle veut m'emmener. Cette oeuvre ressemble pour moi à un éloge funèbre. Jacob est décrit par différentes personnes de son entourage qui en montrent tour à tour une facette, un aspect, à un moment donné. Virginia Woolf nous propose un portrait éclaté et nous invite à recoller tous les morceaux à notre disposition pour avoir une idée approximative de qui il pouvait bien s'agir. Jacob est donc tout à la fois le grand absent et celui dont on parle sans cesse. Sa chambre, une pièce désormais inhabitée qui rassemble encore les objets qu'il a aimés, les livres sur une étagère, une paire de chaussures qui traînent. Cette lecture se présente pour moi comme une chasse aux indices. Rien n'est laissé au hasard, les collections, les livres cités, les dates, les pétales de coquelicot oubliés dans un ouvrage. Des petits cailloux blancs semés qui nous permettent de comprendre le dénouement sans que celui-ci soit explicite, le tout doublé de références autobiographiques de l'auteur.
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Merik
  07 janvier 2018
Un roman de 1922 pour le moins original, dans lequel le personnage incontournable et central, Jacob, glisse et se faufile comme une anguille dans l'univers feutré et coloré de Viriginia Woolf.
« Il est vain de vouloir résumer les gens. On doit s'en tenir à des indices, le dit n'est pas exactement fiable, le fait ne l'est pas non plus entièrement. Certaines personnes, il est vrai, savent d'emblée définitivement prendre la mesure d'un caractère. D'autres hésitent, s'attardent, vont où souffle le vent. »
Ce parti pris d'un portrait en creux ne rend pas la lecture aisée. Si dans l'ensemble la narration est chronologique, elle suit surtout le fil d'associations d'idées, de consciences différentes, de situations diverses, de thématiques à peine effleurées (comme la mort), pour finir par constituer une toile de la vie de Jacob, comme un réseau humain. Une sorte de Facebook avant l'heure. Par moment j'ai eu la sensation qu'un papillon tenait une caméra et s'invitait à la suite de Jacob. Alors un papillon, ça s'intéresse pas forcément à ce que le lecteur voudrait savoir. Il peut admirer un paysage le papillon. Ou s'intéresser à d'autres personnes que Jacob. Prendre de la hauteur, ou au contraire se poser pour des détails scrupuleux.
Quant à l'histoire, d'aucuns diraient qu'il ne s'y passe rien. Ce qui est un peu réducteur. Il s'y passe tout de même (parfois en filigrane) des bribes de vie de Jacob enfant, de Jacob adolescent, de Jacob jeune homme. Et de Jacob mort à la guerre vraisemblablement, mais là c'est à peine suggéré (à part dans la quatrième de couv'). Bref une vie quoi, parmi tant et tant. Avec sa grosse part d'évanescence futile.
Il m'a fallu beaucoup d'effort de concentration pour en arriver à bout, de ce roman. La suggestion ou l'effleurement en écriture n'accroche pas vraiment le lecteur, il me semble. Mais j'ai quand même beaucoup aimé par moments... quand à d'autres j'ai beaucoup zappé.
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araucaria
  30 juillet 2013
Je crois que j'ai un peu de mal avec Virginia Woolf. Ce livre n'a pas fait exception, je m'y suis ennuyée, j'y ai trouvé des longueurs, et pourtant il s'agit paraît-il d'un très grand écrivain... Problème de traduction... problème de rythme plutôt qui ne me satisfait pas. Ou alors c'est bien trop intellectuel pour la petite lectrice que je suis. Il faut savoir faire preuve d'humilité parfois et accepter ses limites.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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ivredelivres
  09 septembre 2010
« Lire Virginia Woolf prend du temps. Son oeuvre est longue, variée, touffue, et sa manière d'écrire si peu conventionnelle que l'on doit faire attention, être vigilant, avancer à petits pas pour ne rien perdre et pour ne pas s'y perdre »
Voilà vous être prévenu, ce point du vue extrait de la biographie signée Agnès Desarthe et Geneviève Brisac, vous introduit dans l'univers littéraire de Virginia Woolf, je n'ai pas résisté à la curiosité quand est paru La chambre de Jacob dans une nouvelle traduction d' Agnès Desarthe.
Un roman mosaïque sans intrigue dont le personnage principal, Jacob Flanders, apparaît dans une série de scènes retraçant sa vie de son enfance à sa disparition. Ces scènes sont brèves, et la personnalité de Jacob se dessine peu à peu à travers les récits, les observations ou les critiques de ses amis, les réactions des jeunes femmes qui l'aiment, les apparitions de sa mère.
Nous le suivons ainsi sur la plage de son enfance, au collège à Rugby, à Cambridge dans sa chambre d'étudiant, à la bibliothèque... Nous croisons les jeunes filles qu'il séduit, ses conquêtes inavouables, celles qui l'aiment ou qui le trompent.
Nous le suivons dans son grand tour de Paris à la Grèce en passant par l'Italie.
Au fil des pages des petits cailloux sont semés qui annoncent la mort et la guerre : cimetière, cloche funèbre, détonations qui évoquent le futur bruit du canon jusqu'au choix du nom de Flanders. le temps est l'acteur principal du roman, l'on passe sans que rien ne soit précisé, de l'enfance à l'adolescence à la vie adulte
Les sentiments, les détails matériels de la vie de jacob ne sont jamais donnés, seules subsistent des images furtives et colorées
Le lecteur est toujours à l'extérieur, les choses sont effleurées, suggérées, Virginia Woolf tisse une toile aérienne et les motifs n'apparaissent que petit à petit, les images sont fugaces , la vie est passée aussitôt qu'esquissée
A travers ce roman on retrouve des thèmes chers à Virginia Woolf : le temps béni de l'enfance et des vacances à St Ives, le traitement inégal des filles à qui l'on interdit les études et l'université, « le chaos faussement ordonné de nos jours »
Virginia Woolf capte pour nous l'insaisissable, le temps qui passe furtivement, l'inconstance des sentiments.
Je laisse pour finir la parole aux deux biographes de Virginia Woolf
« La chambre de Jacob, récit autour de l'absent, à l'écriture presque dérangeante, marque une volonté de s'affranchir d'une tradition lénifiante, et une capacité hors du commun à traduire en mots les maux d'une époque. L'écrivain est comme traversée par son temps. »
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PiertyM
  11 juin 2020
Ouf! Une lecture laborieuse mais tout autant originale et frappante! Comment se raconte cette histoire de Jacob? ou celle de sa chambre où ne restent plus que quelques reflets de lui? On ne saura pas le dire précisément! En tout cas l'ingéniosité de l'auteure a été de nous la raconter en ayant l'air de frôler juste le personnage, de nous le présenter comme une ombre. Une ombre qui vient envoûter ceux qui l'ont connu, ce que le lecteur ne connaîtra jamais, connaitre Jacob! Ce sont juste les faits qui parlent de lui.
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
AunryzAunryz   01 janvier 2021
... l’accompagner jusque dans sa chambre – non, nous ne ferons pas cela.

Pourtant, bien entendu, c’est précisément cela qu’on fait. Il entre, et ferme la porte, quoiqu’il ne soit que dix heures à l’horloge la plus voisine.
Personne ne se couche à dix heures. Personne n’en a même l’idée. Nous sommes en janvier, il fait un temps lugubre, mais Mrs Wagg reste plantée sur le pas de sa porte, comme si elle attendait quelque chose. Un orgue de Barbarie, tel un rossignol lascif, vocalise sous des feuilles mouillées. Des enfants traversent la rue en courant. De-ci de-là, on entrevoit, par la porte d’un vestibule, des boiseries brunes…
La route que suit l’imagination sous les fenêtres d’inconnus est assez singulière. Tantôt distraite par une boiserie brune, tantôt par une fougère dans un pot ; ici, improvisant des paroles pour accompagner l’air de valse que joue l’orgue de Barbarie ; ailleurs, tirant du spectacle d’un ivrogne une sorte de plaisir désabusé ; enfin, complètement absorbée par les mots qu’échangent de pauvres diables, d’un trottoir à l’autre (des mots si francs, si drus) – mais gardant néanmoins toujours pour centre, pour aimant, un jeune homme seul dans sa chambre.
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SachenkaSachenka   16 juillet 2016
On dit que le ciel est partout le même. Les voyageurs, les naufragés, les exilés et les mourants tirent de cette pensée du réconfort ; et si l'on a des dispositions au mysticisme, nul doute qu'une consolation - et même une explication - ne tombe comme une nuit bienfaisante de cette morne étendue.
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Josepha_AnhJosepha_Anh   02 février 2013
Nonobstant, cinq minutes après avoir dépassé la statue d'Achille, elle avait le regard rêveur d'une personne mêlée à la foule par un après-midi d'été quand les arbres sont bruissants, quand les rayons des roues jaunes étincellent ; quand le tumulte du temps présent est une sorte d'élégie à la jeunesse envolée, aux étés défunts ; si bien qu'une étrange tristesse naissait dans son âme, comme si au travers des gilets et des robes, le temps et l'éternité devenaient visibles ; comme si elle voyait les humains marcher tragiquement vers leur destruction.
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LillyLilly   03 juin 2010
Les îles Scilly viraient au bleu ; et soudain un éclat bleu, violet, puis vert envahit la mer ; la laissa grise ; imprima une raie qui aussitôt disparut ; mais lorsque Jacob eut passé sa chemise par-dessus sa tête toute l'étendue des vagues était bleu et blanc, ondulante et fraîche, bien que, de temps à autre, une large marque violette apparût à a surface, comme un hématome ; ou encore il arrivait qu'un plein émeraude flottât, teinté de jaune. Il plongea. Il avala de l'eau, la recracha, frappa de son bras droit, frappa de son bras gauche, fut remorqué par une corde, suffoqua, éclaboussa, et fut hissé sur le pont.
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isanneisanne   29 juin 2020
Aucun de nous ne voit les autres tels qu'ils sont, et pas plus une cinquantenaire assise en face d'un jeune inconnu, dans le train. Ce qu'on voit, c'est un ensemble - c'est toutes sortes de choses - c'est "soi" qu'on voit.
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Videos de Virginia Woolf (45) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Virginia Woolf
Agnès Desarthe lit « Nevermore » de Cécile Wajsbrot.
Lecture suivie d'un dialogue sur la re-traduction avec Élise Lépine.
Elle-même traductrice et auteur de trois re-traductions – La chambre de Jacob de Virginia Woolf, Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, d'Alice Munro et Des souris et des hommes, de John Steinbeck (à paraître), Agnès Desarthe donnera une lecture de Nevermore, le roman de Cécile Wajsbrot qui met en scène une traductrice aux prises avec une nouvelle version de To the Lighthouse. Dans ce texte, la narratrice/personnage/traductrice remet sans cesse sur le métier le roman de Virginia Woolf qu'elle connaît par coeur et qui génère, outre un éventail de phrases et d'interprétations qui se déploient à partir de l'original dans une quête éperdue de l'exactitude, une réflexion vivante et multiforme autour de la disparition.

À l'occasion de la 6e édition du Printemps de la traduction – Les traducteurs parlent aux lecteurs.
À lire – Agnès Desarthe, Ce coeur changeant, éd. Points, réédition 2021 – 2015.
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